‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 132 sur 139 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

M. TROTBERG, M. DUBREUIL.

Dub. Monsieur, voilà votre appartement.

Trot. Appartement ?

Dub. Oui, votre logement.

Trot. Ah, logement, c'est appartement ; je comprends fort bon. Il est fort joli.

Dub. Monsieur, je voudrais que vous vous trouvassiez bien chez moi ; je vous ai tant d'obligations d'avoir bien voulu recevoir mon fils à Nuremberg, que je ne puis assez vous en marquer ma reconnaissance.

Trot, (écrivant sur des tablettes.) Monsieur, vous dites logement ; c'est appartement ?

Dub. Oui, Monsieur.

Trot. C'est que j'écris à mesure que je entends pour garder dans le mémoire.

Dub. C'est une très-bonne façon d'apprendre le Français.

Trot. Oui, c'est comme cela que on apprend meilleur, et j'ai commandé de même à Monsieur votre fils dans sa voyage d'Allemagne.

Dub. C'est un bon avis que vous lui avez donné.

Trot. Avis?

Dub. Oui, Monsieur.

Trot. Je n'ai rien donné qui soit avis.

Dub. Je vous demande pardon ; avis, c'est conseil, avertissement.

Trot. Ah, permettez que j'écrive avertissement, conseil, c'est avis. (Il écrit.)

Dub. Oui, Monsieur.

Trot. Tiaple, je croyais à Nuremberg savoir bien la langue du Français ; je vois à présent que c'est bien autrement encore que je disais.

Dub. Vous parlez bien cependant.

Trot. Ah, comme cela, pas trop autrement, et je suis impatientement que Monsieur votre fils, il soit ici, pour me expliquer mieux.

Dub. Il arrivera bientôt, il n'est qu'à trois lieues d'ici ; il sait que vous devez venir, et je l'ai envoyé quérir.

Trot. Quérir ? Est-ce courir ?

Dub. Non, quérir, c'est chercher.

Trot. Chercher, c'est quérir ? il faut que je écrive aussi quérir, chercher, quérir. (Il écrit.)

Dub. Monsieur, je vous prie de vous regarder ici comme le maître de la maison ; ordonnez, et l'on vous donnera tout ce que vous voudrez.

Trot. A moi ?

Dub. A vous.

Trot. Pour mon besoin ?

Dub. Tout ce qui vous sera nécessaire.

Trot. Nécessaire, cela veut dire ? . . .

Dub. Besoin.

Trot. Tiaple, vous avez toujours deux mots pour un ; je comprends pas cela, vous dites besoin ; c'est nécessaire ?

Dub. Oui, nécessaire.

Trot. Je écris aussi.

Dub. C'est très-bien fait.

Trot. Allons, je ne veux parler que Français quand je reste dans cette pays, même quand je suis avec moi tout seul ; cela il me apprendra.

Dub. C'est un bon moyen.

Trot. Un bon moyen ?

Dub. Oui, une méthode très bonne.

Trot. Encore moyen ; c'est méthode ?

Dub. Oui, dans ce cas-là ; mais il vaut mieux dire méthode.

Trot. Je écris donc méthode, puisqu'il est le meilleur.

Dub. Oui, oui, mettez méthode.

Trot. Je suis fort obligé, je demande bien pardon.

Dob. Vous vous moquez de moi.

Trot. Moi non, je ne moque pas de vous ; moquer, c'est comme rire, n'est-ce pas ?

Dub. Oui.

Trot. Oui ? j'ai écrit déjà plusieurs fois, et vous voyez bien que je ne ris pas.

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