‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 62 sur 139 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M» DE LA TASSE, Mu.» CECILE, M. DU TROUILLET, M. DU CROC, M. DU CORNET, M. DU PONT, LOUIS.

La Tasse. Comment donc, Messieurs ! qu'est-ce que c'est que ce bruiMà ?

Du Corn. Madame, vous arrivez à propos pour faire rendre à Du Croc une bague que cet homme-là lui a volé.

La Tasse. Q,uoi, Monsieur ! chez moi ?

Du Trou. Madame, vous ne me connaissez pas ;

je viens pour être votre gendre ; je m'appelle Du Trouillet.

Du Corn. Je vous dis, Madame, que c'est un voleur.

La Tasse. Comment ?

Du Corn. Oui, Madame, il ne voulait pas me payer cinquante louis que je lui ai gagné.

La Tasse. Quand cela ?

Du Corn. Ici, tout-à-l'heure.

La Tasse, Quoi, Monsieur ! vous êtes joueur, et vous jouez si gros jeu encore ?

Du Trou. Non. Madame, ne croyez pas . . .

Du Corn. Comment, vous osez soutenir . . .

La Tasse. Un moment, Messieurs ; il peut être joueur ; mais je ne crois pas qu'il soit un voleur. Comment est faite votre bague, Monsieur Du Croc ?

Du Croc. C'est une pierre jaune, entourée.

La Tasse. Eh-bien, Monsieur Du Trouillet n'a qu'à se fouiller.

Du Trou, {désespéré.) Ah! il est bien traître celui-là !

La Tasse. Comment, vous ne le voulez pas ?

Du Trou. Pardonnez-moi, Madame.

Du Croc Cela n'est pas nécessaire ; je la lui ai vu mettre dans sa bouche ; il n'a qu'à l'ouvrir.

Du Trou. Mais . . .

La Tasse. Allons, Monsieur, ouvrez la bouche.

Du Trou. Eh-bien, oui, Madame, j'ai une bague ; mais c'est la mienne ; la voilà. {Il tire la bague de sa bouche.} Monsieur le sait bien.

La Tasse. C'est celle de Monsieur Du Croc. {Elle

la donne à M. Du Croc. ) Monsieur, je vous prie de ne le pas faire arrêter ; son père est un très-honnête homme, qui ne mérite pas d'avoir pour fils un coquin.

Du Croc. Madame, c'est à votre considération que je ne lui ferai rien.

Du Trou. Mais, Madame, pouvez- vous croire que votre gendre . . .

La Tasse. Mon gendre ! un voleur, mon gendre ! non, misérable, tu ne le seras jamais.

Du Trou. Si vous vouliez m'entendre . . .

Du Croc. Madame, puisque Monsieur n'épouse pas Mademoiselle Cécile, vous savez les propositions que je vous ai faites.

La Tasse. Oui, Monsieur, je les accepte de tout mon cœur.

Du Pont, {se levant.) Ah! Madame, arrêtez.

La Tasse. Quoi donc ?

Du Croc. Que voulez-vous dire, Monsieur ?

Du Pont. Que je vais tout découvrir ; oui, Messieurs, vous êtes deux fripons.

Du Croc Monsieur !

Du Pont. Je ne crains pas de le dire, et Louis est témoin ; vous avez cru qu'il ne vous entendait pas, et que je dormais ; vous avez forcé Monsieur Du Trouillet de vous donner cinquante louis, qu'il n'avait pas joué ; et la bague que vous venez de lui prendre est la sienne, qu'il avait dit à Monsieur Du Croc, qu'il cachait dans sa bouche, de peur que Monsieur Du Cornet ne la lui fit perdre en jouant.

Du Croc Cela n'est pas vrai.

Du Pont. Vous avez eu affaire à un nigaud, et vous l'attendiez pour cela.

Du Trou. Monsieur, je vous suis bien obligé de prendre mon parti.

Du Corn. Monsieur, savez-vous que vous risquez beaucoup ?

Du Pont. Messieurs, je vous connais, et vous risquez plus que moi ; car si vous ne rendez pas les cinquante louis et la bague, nous allons envoyer chercher un commissaire.

Du Croc. Monsieur, Monsieur, il ne faut pas faire tant de bruit ; tout ceci n'était qu'un jeu ; nous n'avions pas envie de rien garder, et vous allez le voir.

Du Pont. A la bonne heure.

Du Trou. Quoi, on me rendra tout ?

Du Croc. Sans doute. Voilà votre bague.

Du Corn. Et voilà vos cinquante louis.

Du Trou. Ah ! Messieurs, que je vous ai d'obligation !

Du Croc Madame, nous ne reviendrons plus ici puis-qu'on n'y entend pas mieux la plaisanterie qu cela.

La Tasse. Tant mieux, Messieurs, tant mieux*

Page 1