‹ Manuel de proverbes dramatiquesChapitre 67 sur 139 · LE CHEVALIER DU PARC, M. DE SAINT-VIGNARD, M. DE LA VIROUX · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DU PARC, M. DE SAINT-VIGNARD, M. DE LA VIROUX

La Vir. Q,ui va là ?

Le Chev. Officier.

La Vir. On ne passe pas.

Le Chev. Pourquoi cela ?

La Vir. C'est la consigne.

Le Chev. Q,ue diable est-ce que cela veut dire ! N'est-ce pas ici la rue de la Place au Charbon ?

La Vir. Oui, mon officier.

Le Chev. Il ne doit pas y avoir de sentinelle.

La Vir. Pardonnez-moi, toujours.

Le Chev. Ah, je m'en vais par l'autre côté. (Il s'en va et reparaît.)

La Vir. Songe à toi.

St. Vign. Ne t'embarrasse pas.

Le Chev. Je passerai sûrement par ici.

St. Vign. Qaù va là ?

Le Chev. Officier.

St. Vign. Où est votre feu ?

Le Chev. Je n'ai point de feu.

St. Vign. On ne passe pas.

Le Chev. C'est un tour qu'on me joue. Sentinelle ?

St. Vign. Mon officier.

Le Chev. De quelle compagnie êtes-vous ?

St. Vign. De la compagnie de La Viroux. 13*

Le Chev. Je veux voir un peu.

St. Vign. Ne m'approchez pas.

Le Chev. Bon ! c'est Saint- Vignard ! Je savais bien qu'il n'y avait pas de sentinelle ici. Qui est l'autre là-bas ?

St. Vign. C'est La Viroux.

Le Chev. Vous vouliez donc me faire perdre le pari, tous les deux.

St. Vign. Tu le perdras bien sans cela.

Le Chev. La Viroux ? y> ■

La Vir. Eh-bien ?

Le Chev. Allons : allez-vous-en tous les deux.

La Vir. Non, nous voulons voir si tu entreras dans la maison de Madame Victoria.

Le Chev. Je te dis que j'ai la clef.

St. Vign. Mais l'on a peut-être changé la serrure.

Le Chev. Ne faites pas de bruit, et venez tous deux auprès de la porte ; car on m'a recommandé d'entrer bien doucement, de peur d'éveiller les domestiques.

La Vir. Ne crains rien.

Le Chev. (mettant la clef dans la se?Ttire.) Tiens, vois si la porte ne s'ouvrira pas. (Elle s1 ouvre ; mais lorsqu'il la pousse, la sonnette sonne, et un gros chien vient en-dedans contre la porte et aboie. Ils s'éloignent bien vite tous les trois, MM. De Saint- Vignard et De La Viroux en riant.) Mais voulez-vous bien ne pas faire tant de bruit.

St. Vign., La Vir. (riant.) Ah, ah, ah, ah, ah.

Le Chev. Paix donc.

La Vir. 11 n'y a jamais eu de sonnette à la porte de Madame Victorin.

St. Vign. Ni de chien dans sa maison, à ce qu'il me semble.

La Vir. De chien ? mais cela me rappelle qu'hier elle demanda à son frère de lui prêter celui-là.

St. Vign. C'était pour recevoir Du Parc.

Le Chev. J'espère, qu'ayant entendu ce bruit-là, elle aura fait attacher le chien, et qu'elle aura ôté la sonnette, pour l'empêcher d'aboyer.

La Vir. Ma foi, je le crois aussi ; elle est peutêtre à présent dans la crainte que tu ne reviennes pas.

St. Vign. Je la plains bien sincèrement ; il n'y a pas deux hommes comme Du Parc dans le monde ; et quand une femme a eu le bonheur de lui plaire, elle ne doit plus être malheureuse.

Le Chev. Messieurs, vous plaisantez.

St. Vign. Non, vraiment.

Le Chev. Vous voudriez bien être à ma place.

La Vir. Ah, pas encore.

Le Chev. Il me semble que je n'entends rien.

St. Vign. Non ; allons.

Le Chev. Que diable, restez-là.

St. Vign. Ah, comme tu voudras.

La Vir. Oui ; mais il ne faut pas qu'il fasse semblant d'entrer, et qu'il s'en aille.

St. Vign. Oui, oui ; approchons-nous.

Le Chev. Ne faites donc pas de bruit.

La Vir. Non, non. (Ils approchent tous les trois. Le Chevalier Du Parc ouvre, le bruit de la sonnette recommence, et le chien aboie encore plus fort. MM. De Saint- Vignard et De La Yiroux rient encore en s1 éloignant de la porte.)

Le Chev. En vérité, je ne sais pas ce qu'il y a de si plaisant à cela.

St. Vign. Comment, d'avoir la clef, et de ne pas entrer !

La Vir. C'est une bien bonne clef que celle-là !

St. Vign. Il n'a pas d'attention non plus ; on lui recommande de ne pas faire de bruit, et il fait un tintamarre de tous les diables.

La Vir. Ah, oui ; cela n'est pas honnête.

St. Vign. Sans doute ; quand on a le bonheur d'être aimé d'une femme, il faut la ménager.

La Vir. Cependant c'est sa faute à elle ; que n'empêche-t-elle la sonnette ?

St. Vign. Cela est vrai ; à sa place, j'entrerais toujours.

La Vir. Oui, mais il y a le chien.

St. Vign. Est-ce que tu craindrais le chien ?

Le Chev. Le chien ? mais . . .

La Vir. Je le connais, moi ; il est bien fort.

Le Chev. Mais, Messieurs si vous étiez à ma place, qu'est-ce que vous feriez ?

St. Vign. Moi, j'entrerais sûrement.

La Vir. Et moi aussi ; je n'en voudrais pas avoir le démenti.

St. Vign. Oui ; mais nous perdrons le pari, en le conseillant comme cela.

La Vir. Il faudra bien, tôt ou tard, qu'il y renonce.

St. Vign. Non pas, si le chien s'endort.

Le Chev. Messieurs, vous êtes de mauvais plaisants. Allons, laissez-moi, par grâce.

La Vir. Cela ne se peut pas, tu le sais bien. (Le

Chevalier Du Parc va encore pour entrer ; même bruit de la sonnette et du chien.)

Le Chev. Le diable emporte et la sonnette et le chien !

St. Vign. Ce que je trouve d'étonnant, c'est que personne ne remue dans la maison.

La Vir. Ne parle donc pas si haut, j'entends quelqu'un.

St. Vign. On ouvre une fenêtre, je crois.

La Vir. Oui ; paix, paix.

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