SCÈNE XI
Wm DE DE COURVILLERS, M. DE LA SAUSSAYE.
Mm0 De Courv. Quoi, vous êtes ici tout seul, Monsieur de la Saussaye ? Où est donc Monsieur de Courvillers ?
La Saus Bon, il m'a laissé au milieu d'une conversation, après m'avoir bien grondé encore.
Mmo De Courv. Comment, je ne le reconnais pas là!
La Saus. Je venais pour lui proposer un gendre qui est un garçon très-aimable, ce qu'il vous faut enfin pour Mademoiselle votre fille, et il s'est fâché tout de bon . . .
Mme De Courv. Mais pourquoi ?
La Saus. Je vous dis, je n'y ai rien compris, et encore il a bien grondé ce jeune homme.
Mme De Courv. Quoi, il l'a vu ?
La Saus. Sûrement, puisqu'il l'a grondé, et tout cela, faut de s'expliquer. Je vais vous dire si ce n'est pas un très-bon parti, quoiqu'il ne soit pas riche.
Mme De Courv. Il u'est pas riche ?
La Saus. Non.
Mme De Courv. Cela ne fait rien.
La Saus. Non, parce qu'il le deviendra. Mademoiselle votre fille est fort jolie, elle sera une femme charmante ; c'est par les femmes que l'on fait fortune ; tous les gens de la Cour viendront chez eux ; Saint-Clet ne sera pas jaloux, il sait comme il faut se conduire avec ces gens-là, et que les femmes à Paris ont toute liberté.
Mme De Courv. Q,uoi, c'est Saint-Clet ? . . .
La Saus. Oui, il adore Mademoiselle votre fille.
Mme De Courv. Il adore ma fille, et il pense comme cela ?
La Saus. Oui, parce qu'il veut la rendre heureuse : oh, il connaît le monde.
Mme De Courv. Voilà une façon de penser bien délicate.
La Saus. Il suit la mode, il faut aimer les femmes commes elles sont.
Mrae De Courv. duoi, il n'en a pas meilleure opinion, ni vous non plus ?
La Saus. Oh, moi, je devine tout cela ; car ici je ne vois rien et je trouve tout bien. D'ailleurs, qu'estce qui fait que je me mêle de leurs affaires ? C'est que ces pauvres enfants-là me font pitié, ils s'aiment à la folie . . .
Mrae De Courv. Comment !
La Saus. Oui, et voilà pourquoi je me suis chargé de vous parler pour eux.
Mme De Courv. Ma fille aime Saint-Clet ?
La Saus. Oui, et tenez, actuellement ils attendent ce que vous allez décider.
Mme De Courv. O ciel ! (Elle sonne.)
La Saus. Qu'est-ce que vous avez donc ?