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SCIENCE ET EXPERIENCE J

vue possibles. Certains chapitres sont longs,d'autres courts : certains sont plus généraux, d'autres plus spéciaux : tout cela dépend de l'attitude que prend un chapitre donné visà-vis de l'expérience. Mais tous les chapitres, c'est-à-dire toutes les sciences, ont affaire au même monde vu sous ses différents aspects.

Nous avons encore à nous demander ce qu'est une loi et pourquoi le progrès d'une science est lié à la découverte des lois. La réponse est simple : à mesure que les observations scientifiques se sont poursuivies, et que les méthodes scientifiques se sont raffinées, le monde de l'expérience nous a paru de plus en plus clairement contenir de l'ordre et de la régularité. Toutes les fois que les conditions d'un fait restent les mêmes, le fait se manifeste de la même façon, et la loi scientifique exprime ainsi la régularité, l'uniformité continue d'un certain aspect de l'expérience. Prenez un dictionnaire, cherchez la loi de Charles, la loi de Grimm, la loi de Weber, vous verrez que, dans les trois exemples, l'un physique, l'autre philologique, le troisième psychologique, la loi a le même caractère.

Formuler une loi scientifique, c'est donc écrire la conclusion d'un certai i paragraphe dans un certain chapitre de ce livre du monde que forme l'ensemble des sciences. Aucune science n'est encore complète : mais l'établissement d'une loi signifie que la science dont elle dépend est achevée sur un certain point. La loi embrasse, recouvre, résume un vaste ensemble d'observations et sert également de point de départ pour des observations nouvelles. C'est pourquoi les dates les plus importantes dans l'histoire d'une science sont celles qui marquent la découverte deslois scientifiques, et c'est aussi pourquoi les noms les plus honorés de la science sont ceux des hommes qui les ont formulées.Peutêtre l'étude d'une science serait-elle plus facile pour le débutant si tous les noms propres étaient passés sous silence et si nous cessions de parler du principe d'Archimède, de la géométrie d'Euclide ou de la loi de Newton. Mais cette façon de parler a aussi son utilité : elle montre l'importance

des lois scientifiques et renforce une conclusion à laquelle nous étions déjà arrivés, à savoir que ce qui différencie les sciences, c'est la diversité des intérêts humains et que ce qui permet à une science de se constituer, c'est la fidélité avec laquelle certains esprits s'attachent à l'étude d'un aspect défini du monde.

§ 2. Objet de la psychologie. — S'il est vrai que toutes les sciences ont un même objet général, il ne peut y avoir aucune différence essentielle entre l'objet de la physique et celui de la psychologie. Matière et esprit, c'est le nom qu'on leur donne, doivent être au fond la même réalité. Voyons donc si cette proposition est au fond aussi paradoxale qu'elle le paraît au premier abord.

Toute connaissance humaine dérive de l'expérience humaine : elle ne peut avoir d'autre source. Mais cette expérience, nous l'avons dit, peut être considérée de différents points de vue : supposons alors que nous nous placions à deux points de vue aussi opposés que possible et que nous cherchions à déterminer les caractères de l'expérience dans les deux cas. Du premier point de vue, nous la regarderons comme entièrement indépendante de l'individu et nous admettrons qu'elle se déroule sans que la présence ou l'absence d'un sujet qui l'observe y modifie quoi que ce soit. Du second point de vue, nous la regarderons comme étroitement liée à l'individu et nous conviendrons qu'elle ne se manifeste pas si un sujet n'est là pour l'enregistrer. Nous trouverions difficilement des points de vue plus opposés. Quelles différences présente alors cette même expérience, considérée de ces deux points de vue ?

Prenons, à titre d'exemple, les trois questions que l'on aborde au début de la physique : l'espace, le temps, la masse. L'espace physique, qui est aussi celui de la géométrie, de l'astronomie et de la géologie, est homogène, toujours et partout identique à lui-même : son unité est le centimètre, et le centimètre a exactement la même valeur en tout temps et en tout lieu,. De même le temps physique est constant : son

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