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LES PROCESSUS MENTAUX ÉLÉMENTAIRES

mais elle est naturelle et ne discrédite pas la psychologie. Il faut du temps pour résoudre tous les problèmes scientifiques, et le problème de la nature et du nombre des éléments de la conscience est relativement récent (il ne remonte pas au delà du milieu du siècle dernier). Tant qu'on a considéré l'esprit comme une substance, une entité réelle, une créature personnelle, la psychologie n'avait qu'à noter les différents pouvoirs, facultés ou capacités de l'esprit, tels qu'ils tombaient sous l'observation. La liste en restait toujours ouverte. Mais dès que l'esprit est considéré comme un courant de processus, dont le flot obéit entièrement à la loi psychologique, le problème de l'analyse devient pressant. En outre, ce problème ne peut être résolu que grâce à la méthode expérimentale : or, le premier laboratoire de psychologie n'a été fondé qu'en 1879 ; il ne faut donc pas s'étonner du désaccord qui sépare encore les psychologues à ce sujet. Chaque année voit quelque nouveau processus demander sa place dans la nomenclature des éléments : chaque année apporte la preuve qu'il faut, après un examen approfondi, disqualifier l'un ou l'autre des anciens compétiteurs. Et ce mouvement de va-et-vient continuera sans doute de nombreuses années.

Il y a néanmoins, au-dessous de toutes ces divergences et de toutes les controverses, une tendance bien définie dans l'opinion psychologique au sujet des processus élémentaires. La liste que nous adoptons dans cet ouvrage est acceptée par un grand nombre de psychologues et, comme hypothèse de travail, elle s'est révélée parfaitement adéquate à la composition de l'esprit humain. Si, plus tard, il nous faut la modifier, nous pouvons être à peu près sûrs que le changement se fera par voie d'addition et non par voie de soustraction, si bien qu'en l'adoptant, nous n'aurons rien à désapprendre. Nous nous mettons au travail en affirmant qu'il y a au moins trois classes d'éléments mentaux : que deux de ces classes peuvent sans aucun doute, être considérées comme les subdivisions d'une même caté-

gorie générale, même si l'on ne peut les ranger franchement dans une classe unique et que ces trois classes peuvent assez vraisemblablement être considérées en dernière analyse comme les processus différents d'un type unique.

Ces trois classes de processus élémentaires sont connus sous le nom de sensations, d'images et d'affections. Le* sensations sont, naturellement, les éléments caractéristiques des perceptions, de ce qu'on voit et de ce qu'on entend, et de tous les processus analogues que provoque notre entourage actuel. Les images sont exactement dans le même sens, les éléments caractéristiques des idées, des représentations mentales que la mémoire fournit pour l'expérience passée, l'imagination pour l'expérience future. Sensations et images se ressemblent si bien qu'elles 3ont fréquemment confondues. Nous aurons à discuter en détail sur leurs relations au paragraphe 61. Enfin, les affections sont les éléments caractéristiques des émotions, de l'amour et de la haine, de la joie et du chagrin. A première vue, ils paraissent essentiellement différents des sensations et des images, mais un examen plus attentif nous montrera entre ces deux groupes un certain nombre de ressemblances fondamentales. Nous en reparlerons au paragraphe 69.

Nous avons ainsi à décrire et à expliquer ces processus élémentaires et à montrer que, groupés et arrangés de certaines manières uniformes, ils donnent naissance aux différents processus complexes qui constituent les divers états de la conscience humaine.

Nous aurons l'occasion plus loin de parler des autres processus qu'on a présentés comme élémentaires. Beaucoup de psychologues, par exemple, ajoutent une classe d'éléments de relation (relalional éléments). Une citation de H. Spencer fera comprendre ce qu'on entend par là : « Les premiers éléments de l'esprit qui nous apparaissent, écrit-il, appartiennent à deux espèces qui s'opposent nettement : les sentiments et les relations entre ces sentiments. (Le mot sentiment (feeling), peut être pris ici dans un sens large qui englobe sensations, images et réfections). Une analyse poussée à fond, nous montre que ce que

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