VISION DIURNE ET VISION CREPUSCULAIRE
projette deux ombres sur un écran blanc. La première de ces deux ombres est celle qui provient de la fenêtre blanche. Elle n'est donc éclairée que par la lumière bleue et c'est pourquoi elle paraît bleue. La deuxième ombre qui provient de la fenêtre bleue n'est éclairée que par la lumière blanche et physiquement elle devrait paraître grise, mais en réalité le contraste lui donne une couleur jaune complémentaire du bleu voisin. On peut déplacer la règle jusqu'à ce que les ombres se juxtaposent exactement : leur défaut de contours définis, leur étroitesse, leur disposition sur un même plan, tout sert à renforcer l'effet du contraste. Il est aussi facile, en variant la largeur des fenêtres, de donner au jaune un signe de saturation plus élevé que celui que possède l'ombre bleue, de sorte qu'un observateur non averti déclarerait sans hésiter que c'est le bleu qui est dû au contraste et que le jaune est la couleur réelle. Mais la teinte bleuâtre de l'écran montre naturellement que le jaune n'est qu'un effet du contraste. On peut remplacer le verre bleu par d'autres verres colorés et on obtiendra les mêmes résultats.
De tous ces faits, il ressort que lumières et couleurs ne sont jamais déterminées exclusivement par les stimuli physiques, c'est-à-dire par les ondes de lumière réfléchie qui affectent notre œil. Ce que nous voyons dépend en partie du contraste, en partie également de l'adaptation antérieure de notre œil, générale ou locale. De plus, il est clair que le contraste et l'adaptation sont, en un sens, des principes qui s'opposent, mais, en un autre sens, des principes qui se complètent mutuellement. Le contraste se produit sur tout notre champ visuel dès que nous ouvrons les yeux. L'adaptation, au contraire, demande du temps. Le contraste est un principe de différenciation, l'adaptation un principe de nivellement. Par suite, le contraste nous aide à distinguer les objets séparés dont nous sommes entourés, tandis que l'adaptation nous empêche d'être fatigués ou troublés par leur variété, après que cette discrimination s'est produite.
§ 19. Vision diurne et vision crépusculaire. — Chaque œil humain est un organe qui forme un tout, et toutes les
sensations appartiennent à une même espèce. Mais il est aussi un organe extrêmement élaboré, produit final d'un long processus de développement et de différenciation. Aussi devons-nous considérer la sensation visuelle, non seulement dans ses rapports avec les stimuli externes, mais aussi dans les relations qu'elle soutient avec les différences de structure et de fonction à l'intérieur de l'œil. Nous n'allons pas ainsi découvrir de nouvelles qualités sensorielles, mais nous allons envisager les sensations lumineuses et colorées à un nouveau point de vue, et trouver certaines uniformités qui nous aideront à en donner une explication physiologique.
Les faits dont il nous faut tenir compte sont d'abord ceux de la vision diurne et de la vision crépusculaire, et, en second lieu, ceux de la vision directe et de la cécité aux couleurs. Nous avons déjà touché incidemment à la première série de faits à propos du phénomène de Purkinje.
En effet, il est curieux que notre vue subisse une transformation radicale lorsque nous passons de la lumière à l'obscurité ou inversement. Aussi longtemps que l'énergie des ondes lumineuses qui excitent notre œil, reste au-dessus d'une certaine limite, nous avons la vision diurne : nous voyons le spectre comme une série de couleurs parmi lesquelles le jaune a un maximum de luminosité : nous avons tous les degrés de sensations de lumière du blanc au noir : en un mot, l'ensemble de nos sensations visuelles est celui que représente la pyramide des couleurs. Mais lorsque l'énergie lumineuse descend au-dessous de cette limite, nous avons la vision crépusculaire ; le spectre nous apparaît alors comme une série de gris ; le maximum de luminosité se trouve maintenant dans la région occupée par le vert à la lumière du jour et les sensations de couleur font tout ii fait défaut. Dans certaines conditions, les deux modes de vision se confondent. Ainsi la vision crépusculaire est singulièrement renforcée par l'adaptation à l'obscurité, de sorte que, s'il y a assez de lumière pour que nous puissions distinguer les couleurs, pendant que l'œil est partiellement adapté à l'obscurité, nous voyons le phénomène de Purkinje se superposer à la vision