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LES QUALITES AUDITIVES

troubles. Et pour l'audition comme pour la vue, les deux sortes de sensations sont, dans une certaine mesure, indépendantes l'une de l'autre, bien qu'en un autre sens, il y ait entre elles d'étroites relations. Quand nous parlons de tons, nous avons tendance à penser à ceux que donnent les instruments de musique, le piano, par exemple, ou le violon ; pourtant, les tons musicaux sont des combinaisons complexes de bruits et de tons (voir § 25). Pour obtenir des tons sensiblement purs, des processus élémentaires de tons, il nous faut avoir recours à des instruments spéciaux : le mieux est de se servir de diapasons à son faible.

Fi g. n. — Diapason sur sa boite de résonance et bouteille de verre avec dispositif pour y souiller. On peut changer la hauteur du ton de la bouteille en y versant plus ou moins d'eau.

fixés sur une boîte de résonance, ou de « bouteilles sifflantes » (Ho wn- bottles), bouteilles munies d'un dispositif spécial qui permet d'y souffler.

Si nous étudions une longue série de tons purs de ce genre, nous remarquons tout d'abord qu'ils se distinguent qualitativement en tons élevés et en tons bas : ils offrent des différences de hauteur : ces trois termes ont une origine spatiale et il n'est pas facile de voir comment on en est venu à les appliquer à des qualités de tons (1). De toutes

(1) Le compositeur Berlioz remarquait que sur le piano, le haut signifie

a droite, le tas, la gauche dans un même plan horizontal et que si la main

du violoniste monte pour les tons élevés, en revanche, celle du violoncelliste

s'abaisse. La question est discutée par Stimpf. Tonsptyrhologie, I, 1883,

façons, ils sont d'un usage courant et nous en comprenons la signification. Nous remarquons, en second lieu, que les tons diffèrent qualitativement par ce qu'il nous faut appeler (encore de termes spatiaux) leur grandeur ou leur diffusion. Cet attribut change, en général, comme change la hauteur, mais aux deux extrémités de l'échelle des tons, ses changements sont plus rapides, dans la partie moyenne ils sont plus lents que ceux de la hauteur : ainsi, tandis que les tons graves paraissent avoir un volume considérable et que les tons aigus paraissent minces et comprimés, les tons intermédiaires nous semblent tous plus ou moins de même grandeur.

Comme nous l'avons déjà dit (§ 11), quelques psychologues croient que les tons ont réellement l'attribut spatial de voiuminosité, tandis que d'autres pensent que les tons bas rappellent simplement à celui qui les entend des objets volumineux, et les tons élevés de petits objets. Cette seconde opinion contient assurément une grande part de vérité. Les tons les plus graves de l'orgue, par exemple, non seulement sont entendus par l'oreille, mais sont aussi ressentis comme un frémissement par le corps entier : et la grandeur des instruments de musique varie comme la hauteur de leurs tons. Les enfants appellent les tons graves « grands » ou « vieux », les tons aigus « petits » ou « jeunes », évidemment parce que les premiers émanent des grandes personnes, les seconds de leurs petits compagnons. Mais en même temps, il est certain que la voluminosité est un attribut inhérent aux tons : pourtant nous ne pouvons y voir une qualité réellement spatiale, pas plus que nous n'en avons vu dans la hauteur. Lorsque nous essayons de spécifier les derniers caractères de le sensation, il nous faut bien employer le langage tel que nous la trouvons et nous servir de ses métaphores et de ses analogies. Nous parlons ainsi du ton d'une couleur et de sa profondeur, sans vouloir dire par là que les couleurs rendent différents sons, ou que nous pouvons y jeter un caillou comme dans une pièce d'eau. C'est dans le même esprit que nous parlons à présent de la coloration des tons, sans vouloir dire que les tons sont rouges ou verts.La hauteur et le volume doivent être considérés comme des aspects qualitatifs de la sensation sonore, mais ni l'un ni

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