LES QUALITÉS AUDITIVES
l'autre de ces attributs ne doivent être pris littéralement comme désignant des caractères spatiaux.
Il semble y avoir, dans l'échelle musicale, une récurrence périodique de la qualité tonale ; les notes correspondantes des octaves successifs, frappés ensemble, résonnent à l'unisson. Aussi a-t-on eu l'idée de représenter le système des tons,non pas par une ligne droite, mais par une ligne qui revient sur ellemOme, par une spirale. Pourtant cette ressemblance d'une note avec son octave n'est pas une affaire de simple sensation ; elle dépend de conditions que nous examinerons dans la deuxième
~^\^ Dessus
Basse
Fie. 13. — Le « crayon des tons » représentant la totalité des qualités sonores comme la pyramide des couleurs représente la totalité des qualités visuelles. La dimension horizontale correspond à l'attribut de hauteur, la verticale à l'attribut de volume.
partie de cet ouvrage. Si l'on fait courir le doigt en un glissando sur les touches blanches du piano, l'effet obtenu est celui d'une ligne droite de qualités tonales. Par suite, on peut représenter nos sensations de ton par une ligne droite qui s'amincit, selon trois divisions, de la basse au-dessus, c'est-à-dire qui est le plus large pour les tons profonds diffus et le plus étroite pour les tons élevés, grêles et concentrés (fig. 12).
Les bruits que nous entendons dans la vie quotidienne sont de deux sortes : explosifs ou « continuatifs ». Parmi les premiers l'on peut citer la détonation du bouchon de Champagne, le claquement d'un fouet, le claquement des doigts ; parmi les autres, les divers sifflements, comme celui d'un jet de vapeur ou celui d'une bûche qui brûle, les roulements. Il semble, à première vue, qu'un bruit « continuatif » puisse être considéré comme une série d'explosions répétées : un bruit de crécelle, un cliquetis d'armes, par exemple, sont simplement une rapide succession de bruits de coups ou de chocs. L'on ne peut pourtant mener à bien
0,4 l'audition
cette réduction.Des bruits tels que le sifflement d'un échappement de vapeur, le bruissement du vent dans les arbres, le froissement d'un journal, bruits complexes, ne se laissent pas analyser par l'introspection en une série d'explosions : et, lorsque la pluie bat les vitres, ou que la graisse bouillante grésille, nous distinguons les petites détonations sèclies et rapides du sifflement monotone qui se continue à l'arrière-plan. Il y a donc deux types de bruits : le claquement (snap) et le sifflement (hiss) qu'il nous faut placer à côté des sensations de son.
Il n'y a pas lieu de se demander si nous pouvons entendre des tons non accompagnés de bruits. Il est beaucoup plus difficile de savoir si les sensations de bruits peuvent se produire indépendamment de toute sensation de ton. D'une part, en effet, tous les bruits explosifs ont une certaine hauteur, plus ou moins bien définie : un claquement de mains produit un son plus bas qu'au claquement de doigts ; la détonation d'une carabine est un son moins élevé que celle d'un revolver. Ces constatations valent pour les plus élémentaires que nous pouvons produire dans le laboratoire. Ainsi, lorsqu'on gonfle des bulles de savon avec un mélange d'air et d'hydrogène et qu'on les fait éclater avec une allumette, les plus grandes rendent un ton plus grave, les plus petites un ton plus aigu ; de même, si l'on arrête brusquement la vibration d'un diapason, de façon à ne lui faire donner qu'un son extrêmement court, l'on entend des coups instantanés et secs qui sont plus graves pour les grands diapasons que pour les petits.
Il semblerait que, dans des cas analogues, nous écoutons des bruits simples, sans tonalité, auxquels nous devons toutefois attribuer des différences de hauteur, voisines des différences de hauteur des tons, mais d'une espèce plus grossière. Mais il faut tenir compte d'un second groupe de faits. Si l'on fait tomber une pièce de bois sur une table, l'on entend un choc qui résonne comme un simple bruit : mais si l'on fait tomber ainsi toute uno série de morceaux de bois coupés à des longueurs convenables, l'on entend, outre le bruit de chute, une série de tons définis' un air joué dans une certaine clé. Le choc isolé contient donc un véritable ton, mais d'une durée si courte qu'il échappe tout
LA SENSATION AUDITIVE ET l'oNDE SONORE 0,5
d'abord à l'introspection. Et cela doit être également vrai pour le bruit des bulles de savon et des diapasons. De même, si nous parcourons lentement avec l'ongle la reliure striée d'un livre, nous entendons une succession de bruits légers et secs (plucks or taps), mais si nous recommençons plus rapidement, nous percevons un craquement (scroop) qui possède un ton déterminé. La hauteur de chaque petit bruit peut donc avoir été celle d'un ton.
En second lieu, il est certain que nous ne connaissons pas de « bruits continuatifs », qui ne contiennent certains éléments manifestement sonores. Le bourdonnement des voix dans une salle remplie de monde, le battement des vagues sur le rivage, le raclement d'un livre qu'on glisse parmi d'autres ouvrages sur l'étagère, un S que l'on chuchotte, le bruit d'un paillasson traîné sur le plancher, contiennent tout de même des sons variés que peut distinguer une oreille entraînée (1). Inversement, un bruit prolongé peut être engendré par un mélange confus de stimuli sonores. Frappez, toutes ensemble, les notes d'un octave grave sur le piano, ou mieux mettez brusquement la pédale forte sans frapper le clavier et vous entendrez un bruit rude, une sorte de grondement confus qui n'a plus trace de ton.
En résumé, l'introspection distingue tons et bruits : et parmi les bruits elle en distingue certains, tels que le sifflement, le murmure, le gazouillis, le craquement, le roulement, d'autres bruits, comme le claquement d'un fouet (clack) ou des doigts (snap), le coup qu'on frappe à la porte (knock), le cri (roar), le bruit que fait le fumeur en renvoyant la fumée (puff). Mais nous n'avons encore aucun moyen de déterminer avec précision la nature et le nombre des qualités élémentaires des bruits.
§ 24. Comment les sensations auditives dépendent du nombre des vibrations sonores. — Comme les ondes lumineuses, les ondes sonores diffèrent les unes des autres par leur longueur d'onde, leur amplitude ou énergie, et leur
(1) Stumpf raconte qu'en écoutant couler un ruisseau dans la montagne, il entendit un ton clair et constant de sol dièze, accompagné de tons voisins : en outre, un glou-glou et un murmure fait de tons instantanés plus graves,et enfin, un bruit de clapotement qu'il ne put analyser. (Stumpf, Tonspsychologie, II, 1890, 502.
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forme ou composition. Nous n'avons pas à parler ici de l'énergie, qui n'a aucune influence sur la qualité de la sensation auditive. Et nous ne parlerons pas tant de la longueur d'onde que de la vitesse (nombres d'ondes complètes pendant une seconde) qui est étroitement liée à la qualité du ton. Lorsque ce caractère est rapporté aux tons eux-mêmes, on l'appelle d'ordinaire la hauteur : lorsqu'il est rapporté au mouvement des corps sonores, on l'appelle la vitesse de la vibration.
Le nombre de vibrations détermine la qualité, la hauteur et la voluminosité des sensations sonores.
Les tons de l'échelle musicale se répartissent entre les limites extrêmes de 40 à 4.000 vibrations par seconde. L'échelle des tons accessibles à l'oreille est beaucoup plus longue et s'étend de 12 à environ 50.000 vibrations. Entre ces limites, l'oreille exercée peut distinguer à peu près 11.000 tons différents.
Le nombre de vibrations a également une certaine influence sur l'intensité des sensations sonores.
Les tons élevés sont intrinsèquement intenses, les tons graves, intrinsèquement faibles à peu près
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Fig i3. — La série des qualités auditives. Ias clavier «1 un grand piano s'étend du la j (27,5 vibrations) à l'ut7 (4aa4 vibrations). Le clavier d'un piano plus petit va de l'ut0 33 vibrations) du la6 (35ao vibations). La limite inférieure de la musique d'orchestre, selon Heimhoiu est comme dans le spectre le jaune est
au mi0 (6i,2L> vibrations . .
double basse); sa limite su- une couleur claire, le violet une COU-
périeure est au ré-; (475a vi- \ c >
brations petite flûte;. L'orgue leur IOnCee. a une étendue de 9 octaves :
ut ., fiG,5 vihrations) à utg
(8448 vibrations). La plus haute note du violon est le mifi (a64o vibrations). L'étendue de l'audition va approximativement du sol— 2 ("2.35 vibrations) au fa10 (45o56 vibrations).