LA SENSATION AUDITIVE ET LA COMPOSITION DU SON IOI
les harmoniques impairs. Son caractère nasillard doit sans doute être attribué à la présence de battements (§ 26) et au fait que les tons différentiels (§ 27) produits par les tons partiels, ne coïncident pas avec les tons simples constitutifs.
Si nous donnons au mot timbre un sens plus large, et si nous désignons par là tout ce qui nous sert à distinguer les tons des différents instruments de musique, il nous faut de plus mentionner d'abord les différents bruits qui les accompagnent : le râclement du violon, le grattement du banjo, le choc du piano, le souffle des instruments à vent, sont caractéristiques. Mentionnons également la façon dont les tons parviennent à la conscience : celui des grands cuivres pénètre lourdement dans l'oreille, tandis que celui de la flûte s'y insinue. D'autres critères sont la hauteur, l'intensité, la variabilité et le mode de production : un instrument dont les tons se répartissent dans l'octave de ut7 peut difficilement être autre chose qu'une petite flûte ; un instrument qui résonne avec une certaine force doit être une trompette ; le haubois se distingue par la délicatesse particulière d'une nuance dynamique. Enfin, beaucoup d'instruments ont des caractères propres dans la mélodie ou l'harmonie, le rythme ou la modulation, de sorte qu'on peut les identifier par la manière dont on s'en sert. Il nous est difficile de penser à la flûte, à la harpe, à la trompette, sans penser en même temps à la façon dont on en joue ou à l'usage qu'on en fait dans un orchestre.
On dit parfois que les stimuli de ton sont des mouvements périodiques de particules d'air, tandis que les stimuli de bruit sont des mouvements non périodiques. Mais d'une part, les vibrations non périodiques peuvent donner des sensations de ton, comme c'est le cas de la gamme ascendante de la sirène, et, d'autre part une vibration périodique de courte durée peut, nous l'avons vu, produire un bruit. L'ébranlement de l'air, causé habituellement par une explosion, est probablement un système périodique d'un grand nombre d'ondes de longueur légèrement différente, et d'intensité rapidement décroissante ; de telle sorte que, du point de vue physique, le craquement et le cri sont des mélanges de tons composés incomplets. De môme, le bruit continuatif, est vraisemblablement dû à un grand nombre de vibrations qui diffèrent relativement peu en périodicité, mais beaucoup en durée. Physiquement, le sifflement doit être
considère comme un mélange dejtons composés à la fois complets et incomplets. Cette analogie physique des stimuli de bruit et de ton, qui les rend aples à agir sur le même organe d'une façon sensiblement identique, nous fait comprendre la difficulté qu'éprouve l'introspection à vouloir distinguer les éléments de ton et de bruit dans une foule de cas de sensations auditives.
§ 26. Battements et tons intermédiaires. — En eux-mêmes, les tons sont harmonieux comme les couleurs sont en ellesmêmes antagonistes. C'est ce caractère des sensations tonales qui, comme nous Talions voir, a déterminé le choix des notes dans l'échelle musicale, et le développement de la musique sous sa double forme, mélodie et harmonie. En même temps, il nous faut rendre compte de deux phénomènes sensoriels qui résultent du mélange des tons : la production des battements et des tons intermédiaires, et la production de ce qu'on appelle des tons résultants (combùiational tones).
Lorsqu'on entend à la fois deux tons dont le nombre de vibrations est exactement le même, la sensation qui en résulte ne diffère qu'en intensité des deux tons qui la constituent. Lorsque les deux séries d'ondes sont réglées de telle sorte que les crêtes et les vallées des ondes de l'une coïncident respectivement avec les crêtes et les vallées de l'autre, la sensation résultante est plus forte que le ton simple ; lorsque les crêtes de l'une correspondent aux vallées de l'autre, elle est plus faible.
Mais si l'un de ces deux tons simultanés est désaccordé de U lie sorte que le nombre de ses vibrations soit légèrement augmenté ou diminué, le ton qui en résulte n'est plus uni et continu ; il présente des fluctuations rythmiques d'intensité qu'on appelle battements. Tant que la différence du nombre des vibrations est faible, les battements sont lents : le ton s'enfle jusqu'à atteindre son maximum d'intensité, puis s'abaisse graduellement. Si l'on accroît la différence des deux tons générateurs, les battements deviennent de plus en plus rapides. En même temps, ils de-