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BATTEMENTS ET TONS INTERMEDIAIRES

viennent plus rudes et moins houleux et l'on peut les comparer au roulement d'une timbale ou même à une succession rapide de coups de marteau sur une enclume. Lorsque la hauteur des deux tons diverge davantage, les battements séparés font place à un bruit inanalysable, rude, discordant et âpre qui, avec une divergence plus grande encore, disparaît enfin.

Le nombre des battements produits en une seconde est toujours égal à la différence qui existe entre la hauteur de deux tons constitutifs. Supposons, par exemple, que nous écoutions des tons de 100 et de 101 vibrations, et que les deux séries d'ondes partent à la même phase de leur développement. A la fin de la première demi seconde, le ton de 101 vibrations sera exactement en avance d'une demi-vibration sur le ton de 100 vibrations : la crête de l'une correspondra à la vallée de l'autre et il en résultera un affaiblissement du ton résultant. A la fin de la deuxième demi seconde, le ton de 101 vibrations sera juste en avance d'une vibration, les crêtes des deux vibrations coïncideront et, en conséquence, le ton global sera renforcé. Ainsi n'entendrons-nous qu'un seul battement, une seule fluctuation de l'extrémité pendant une seconde : et 101 — 100 = 1. La même règle vaudra évidemment pour tout autre paire de tons générateurs. L'on distingue et l'on compte facilement les battements lorsqu'ils se produisent avec une vitesse de 3 ou 4 par seconde. Une oreille exercée peut les suivre depuis une limite inférieure de 1 par 180 secondes jusqu'à une limite supérieure de 20 ou 30 par seconde. A ce degré, pourtant, le ton composé acquiert déjà une certaine rudesse ; l'impression de rudesse et de discordance est plus prononcée et plus persistante dans les régions élevées de l'échelle des sons que dans les régions basses. Ainsi, les tons ut1 — sol1, sol1 — ut2, ut2 — mi2, mi2 — sel2, ut3 — ré3, ré3 — mi3, si3 — ut* donnent tous pareillement 33 battements à la seconde mais la rudesse s'accroit à mesure que le nombre des vibrations augmente. De même, le passage du son rude au son doux se produit dans l'octave ul1 — ut2 environ à 40 battements, et dans l'octave ut' — ul7 seulement aux environs de 400 battements par onde.

ioA l'auditiok

Les battements qui procèdent d'une très petite différence de hauteur sont entendus comme les fluctuations d'un seul ton, dont la hauteur ne peut être distinguée de celle des deux tons générateurs. Lorsque cette différence s'accroît, le ton à battements (beating tone) peut être distingué et reconnu comme un ton intermédiaire qui, tout d'abord, est voisin du ton générateur le plus bas, et qui s'élève graduellement pour se rapprocher du ton le plus élevé. Lorsque la différence est suffisante (dans l'octave ut' — ut4, il faut la distance de l'intervalle musical de seconde majeure), l'on peut entendre les deux tons générateurs à côté du ton intermédiaire. Le ton le plus élevé apparaît alors, avec des intermittences irrégulières, comme un ton égal et continu : le ton intermédiaire (qui comporte des battements) commence à prendre les caractères d'un bruit : le ton générateur inférieur qu'il est parfois difficile d'identifier à cause de la présence des tons différentiels (§ 27), a moins de stabilité que le ton supérieur, mais semble, en général, jouer un rôle secondaire ou même nul dans la production des battements. Finalement lorsque cette phase est passée, le ton intermédiaire perd sa tonalité propre et nous entendons les deux tons générateurs comme des tons séparés, accompagnés d'un bruit continu dont nous avons noté plus haut la dureté ou la rudesse.

On peut facilement démontrer le phénomène des battements à l'aide de diapasons, de bouteilles sifflantes (blown-botiles), etc. Mais distinguer les tons générateurs en dessus et au-dessus du ton intermédiaire à battements n'est pas chose aisée : cela demande un entraînement spécial. Ce ton intermédiaire, on peut le remarquer, est d'origine physique : dans certaines conditions, la superposition de deux vibrations pendulaires de hauteurs très voisines, donne naissance à une vibration de hauteur intermédiaire (1).

Si des tons composés résonnent simultanément, des battements peuvent se produire entre leurs tons harmoniques. Dans

(1; Raleich. Tie Theory of Sound I, 1894, 49-71 ; II, 189C, 443-450.

TONS RÉSULTANTS 105

certaines conditions, les harmoniques d'un seul ton composé peuvent battre également les uns avec les autres. Tel est le cas de l'ut1 de l'harmonium : les tons partiels au dessus du septième (si*) sont suffisamment voisins et suffisamment forts pour donner naissance à des battements sensibles.

§ 27. Tons résultants (Gombinational Tones). — Si nous faisons résonner deux tons exactement semblables de la région supérieure de l'échelle musicale, et si nous désaccordons lentement l'un d'eux sans modifier le second, nous entendrons, selon ce qui a été exposé dans le paragraphe précédent, d'abord un seul ton égal, puis un ton irrégulier, enfin un ton martelé. Quand les battements ont atteint une, fréquence d'environ 30 à la seconde, nous entendons un ton entièrement nouveau et très profond, dont la hauteur correspond à la différence de hauteur des deux tons générateurs. Si nous appelons le ton le plus élevé u, le ton le plus bas Z, nous entendrons en général un troisième ton, dont le nombre de vibrations sera égal à u — l. On l'appelle le premier ton différentiel Dr Dans des circonstances favorables, un seul couple de tons ne donnera pas moins de cinq tons différentiels, dont les hauteurs respectives correspondront aux différences successives entra les hauteurs des tons les plus bas présents dans le son complexe. Par exemple, soit «, un ton de 1.328 vibrations, et l un ton de 1.024 vibrations. Nous aurons alors :

D, = l - Dt = 21 - u = 720.

D, = D, - D4 = in- bl =192.

Tous ces tons différentiels peuvent être saisis par une oreille exercée.

On peut montrer l'existence de ces tons au moyen de diapasons élevés, de sifflets de Galton, de tubes de Quincke, etc.

io6 l'audition

Pour les entendre, il faut négliger les tons élevés des instruments et écouter quelque chose de plus bas et de plus ample. Parfois le ton différentiel semble se diffuser à travers la pièce comme le ronflement d'une toupie ; parfois il apparaît comme un bourdonnement profond dans l'oreille. On peut en donner une démonstration très frappante à l'aide de deux sifflets de Galton, l'un de hauteur constante, l'autre de hauteur variable, Puisqu'une différence d'un certain nombre de vibrations signifie un intervalle plus grand dans la région du ton différentiel que dans celle des tons générateurs, un léger changement du sifflet à hauteur variable produira un changement prononcé dans le ton différentiel qui, en conséquence résonne comme le hurlement du vent ou le son d'une sirène à brouillard. Pour entendre la série complète Fig. 16. — Série de des tons différentiels, il faut un entraînement

tubes de Ouincke. , ■ -,

spécial.

Le ton différentiel, au contraire du ton intermédiaire du paragraphe précédent, ne peut être obtenu par la superposition de vibrations pendulaires. Il faut donc, si toutefois il existe réellement en dehors de l'oreille, qu'il soit produit par quelques vibrations secondaires du corps sonore. Des tons différentiels objectifs sont en fait engendrés par des instruments comme l'harmonium, dans lequel les deux tons primaires sont produits par le même courant d'air, et par certaines formes de membranes vibrantes. Mais les tons différentiels en grande majorité sont subjectifs : ils doivent être rapportés à l'oreille, et non aux vibrations de l'air. Ils sont dûs au mécanisme même de l'audition.

Il est à remarquer que les tons différentiels se comportent, dans les combinaisons de tons, précisément comme les tons générateurs. Un ton différentiel, par exemple, produira des battements avec un autre ton différentiel, ou avec un ton générateur : et deux tons différentiels, ou encore un ton différentiel et un ton générateur, peuvent donner naissance à un ton intermédiaire et à de nouveaux tons différentiels. Tant qu'il ne s'agit que de l'audition, les tons différentiels doivent se mettre sur la même ligne que les tons dûs aux, vibrations de l'air.

TONS RESULTANTS

C'est vers le milieu du xvme siècle que la science a découvert les tons différentiels. En 1856, Helmholtz annonça la découverte d'une nouvelle espèce de tons résultants, à laquelle il donna le nom de tons additionnels (« summation tones ») : le nombre de ces vibrations est égal à u + l, c'est-à-dire à la somme du nombre de vibrations des deux générateurs. Le ton additionnel est faible et difficile à distinguer, si bien que nombre de chercheurs ont mis en

Fig. 17. — Appareil de Koenig pour la démonstration des tons différentiels. Quelques expériences d'acoustiqne, 188a, 1 05.

doute son existence. Des observations récentes semblent toutefois devoir dissiper ces doutes, et établir l'exactitude de l'observation de Helmholtz.

On a en particulier laissé entendre que le ton additionnel est simplement un ton différentiel d'un ordre élevé, engendré par le premier harmonique de U et le premier ton différentiel: en

et : 2 u — D1 = 2 u — (u — 1) = u + 1. Mais comme un ton

io8 l'audition

additionnel objectif est produit, et produit seulement par les instruments qui donnent des tons différentiels objectifs, il est évident que les conditions physiques nécessaires à l'apparition de chacune de ces deux sortes de tons résultants sont les mcmes. Et comme l'oreille s'est montrée capable d'engendrer des tons différentiels, nous sommes en droit de supposer qu'elle peut également donner naissance au ton additionnel. Bien plus, la présence du ton additionnel a été constatée dans des cas qui semblent exclure toute possibilité de sa production par un harmonique. Mais, à cause de sa faiblesse, le ton additionnel est psychologiquement bien moins important que les tons différentiels.

§ 28. Théorie de V audition. — Les ondes sonores sont reçues dans le conduit de l'oreille externe et viennent frapper la membrane du tympan qui sépare l'oreille externe de l'oreille moyenne (1). Les vibrations de cette membrane sont transmises par les osselets avec une amplitude de déplacement diminuée, mais avec une augmentation d'énergie à la fenêtre ovale. Là elles se transmettent à la lymphe qui remplit l'oreille externe.

Le limaçon de l'oreille interne, dont nous avons à nous occuper ici en tant qu'organe terminal de l'audition, a une structure extrêmement complexe. Si nous le déroulons, nous avons un long tube non élastique rempli de liquide : ses deux extrémités sont fermées, mais l'une possède deux fenêtres fermées de membranes élastiques : la fenêtre ovale en haut, la fenêtre ronde en bas. Entre les fenêtres se trouve une cloison horizontale qui divise le tube en deux compartiments, l'un inférieur, l'autre supérieur, et s'étend sur presque toute sa longueur. La cloison, que nous pouvons nous figurer comme un rectangle long et étroit, est

(1) L'auteur emploie comme modèles d'oreilles : l'oreille de très grande dimension d'Auzoux ; le modèle n° 4 b de la série Benninghoven et Sommer ; une paire de très grands modèles d'oreille interne de la série Bock-Steger et un modèle Helmholtz de l'oreille moyenne. On peut se procurer également des préparations naturelles de l'os temporal, et des moulages de ces préparations avec des modèles agrandis d'osselets. Le modèle Ludwig ou Merk de l'organe de Corti est utile pour une démonstration détaillée.

en partie osseuse, en partie membraneuse. La partie osseuse est le plus large aux fenêtres, le plus étroite à l'autre extrémité du limaçon : la membrane forme un triangle dont le sommet est aux fenêtres. Cette membrane triangulaire, connue sous le nom de membrane basilaire, supporte les cellules ciliées auxquelles sont unies les fibres du nerf auditif, et qui correspondent aux cônes et aux bâtonnets de la rétine. Enfin, la moitié supérieure du tube est subdivisée par une cloison membraneuse transversale, tendue obliquement entre la fenêtre ovale et les cellules ciliées, comme pour protéger celles-ci contre le choc direct des ondes produites par la poussée des osselets.

Nous avons vu que l'oreille est un organe d'analyse, capable de décomposer un mouvement ondulatoire complexe en vibrations pendulaires simples ou de résoudre un ton complexe en tons partiels simples. Selon la théorie de Helmholtz, cette analyse est la fonction de la membrane basilaire. Les histologistes nous disent que cette membrane se compose essentiellement d'un grand nombre de fibres transversales (nombre qu'on estime de 13.400 à 24.000),

dont la longueur va de 0,041 mm. pour les plus courtes à

0,49 mm.pour les plus longues, soit un rapport de jk. Les

fibres représentent un système de cordes tendues comme celles d'une harpe ou d'un piano et répondent par leurs vibrations sympathiques aux mouvements ondulatoires auxquels elles sont accordées.Supposons ainsi qu'une onde d'une certaine fréquence se produise à la fenêtre ovale. Le mouvement est transmis à travers la cloison membraneuse transversale à la membrane basilaire. Une certaine fibre basilaire (la fibre dont la période naturelle de vibration est la même que celle de l'onde qui arrive) se met à vibrer. Ce mouvement vibratoire est communiqué aux cils des cellules qui s'appuient sur la fibre et l'agitation des cils agit comme stimulus sur les fibrilles du nerf auditif. Le mouvement ondulatoire, ayant ainsi joué son rôle sur la mem-

IIO L AUDITION

brane basilaire se perd à la fenêtre ronde et le système entier revient à l'état de repos.

La théorie de Helraholtz considère les fibres de la membrane basilaire comme des résonateurs et c'est pourquoi on l'appelle théorie de la résonance. De m'me que chaque corde d'un piano ne répond par ses vibrations qu'à un certain ton produit Jans l'instrument, de m?me les fibres basilaires vibrent par sympathie avec le mouvement ondulatoire qui correspond à leur périoda naturelle de vibration. Cet accord des fibres et leur réponse sélective ne doivent pourtant pas être considérés comme absolus. Des fibres basilaires voisines ont des longueurs peu différentes et sont étroitement liées les unes les autres. Aussi devonsnous supposer que lorsqu'une simple vibration pendulaire se communique à la fenêtre ovale, ce n'est pas une seule fibre, mais plutôt une étroite bande de la membrane basilaire qui se met à vibrer sympathiquement. La sensation de ton simple résulte de l'agitation des cils d'un petit groupe, d'un petit champ de cellules ciliées. Pour rendre compte de la sensation de bruit, nous n'avons qu'à supposer qu'une bande plus large ou peut-être m me plusieurs larges bandes de la membrane basilaire sont en poème temps ébranlées par une courte vibration. Le ton composé sera produit par la vibration simultanée, avec des amplitudes différentes, d'un certain nombre de bandes étroites, dont chacune, si elle vibrait seule, aurait donné la sensation d'un ton simple. Pour expliquer les battements, il nous faut supposer que les bandes ébranlées par les deux tons générateurs se recouvrent partiellement. Tant que les tons générateurs sont voisins, nous n'entendons qu'un seul ton, le ton intermédiaire dû à la superposition des vibrations primaires. Les parties des deux bandes qui ne se confondent pas sont si minces qu'elles ne peuvent vibrer indépendamment et donne naissance à des sensations de tons distincts. Les battements du ton intermédiaire résultent de l'interférence des différents mouvements oscillatoires transmis aux fibres. Lorsque les tons générateurs divergent, nous les entendons résonner doucement plus haut et plus bas que le ton battant intermédiaire. Maintenant, en effet, les deux régions vibrantes n'ont plus qu'une étroite bande commune,de sorte que la majeure partie des deux régions vibre

chacune de son côté, provoquant chacune sa propre sensation de ton.

Helmholtz lui-même a expliqué que les tons résultants sont dûs aux mouvements du tympan et des osselets. Depuis, l'on a essayé de les faire dériver de la vibration des fibres basilaires, mais des recherches récentes semblent conclure dans le sens de Helralholtz et placer l'origine physique de ces tons dans l'oreille moyenne.

Dans l'audition, il n'y a rien d'analogue à ce qu'est dans la vision la cécité chromatique. D'un autre côté, la théorie de la résonance a été fortifiée par certains faits pathologiques. Dans certains cas, bien que l'oreille externe et l'oreille moyenne soient indemnes, l'étendue de l'ouïe est grandement réduite : tout ce qui reste de l'échelle des tons se réduit à un « ilôt » de tons qui peut s'étendre sur deux octaves,parfois même se limiter à deux demi-tons consécutifs. Dans d'autres cas, l'étendue de l'ouïe est normale mais l'échelle des tons est discontinue : il y a des lacunes, grandes ou petites, des régions de l'échelle des tons pour lesquelles le sujet est complètement sourd à tout stimulus, bien qu'il puisse parfaitement entendre les tons plus élevés ou plus graves. Ces deux défauts de l'ouïe marquent bien l'existence, dans l'oreille interne,d'une série d'organes terminaux que peuvent exciter un à un les tons de hauteurs différentes : et les organes terminaux de cette sorte sont fournis par les fibres basilaires et les cellules ciliées qu'elles supportent. La principale objection qu'on soulève contre la théorie de Helmholtz est que les fibres basilaires sont beaucoup trop petites pour servir de résonnateurSjSpécialement pour les tons de la région inférieure de l'échelle. On a répliqué qu'elles sont alourdies par les arcades de Corti et les cellules adjacentes, et qu'ainsi leur fréquence de vibration est réduite d'une façon considérable.

Nous ne pouvons dire, jusqu'à présent, si cette objection est fatale à la théorie ou si la réplique réussit à la dissiper. Pourtant, on n'a encore proposé aucune théorie capable de grouper un aussi vaste ensemble de faits et d'en donner une explication aussi satisfaisante que la théorie de la résonance.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES §§ 23-28. Un résumé général des faits et des théories est donné

par K. L. Schaefer, professeur de physiologie à Berlin dans le Handbuch de Nagel. III, 1905, 476 sq. Le sujet est traité avec plus de détails dans la Tonpsychologie de C. Stumpf, professeur de philosophie à Berlin. Sur les caractères généraux des sensations auditives, voir : I, 1883, §§ 10-11 ; II, 1890, § 28 : Sur la coloration tonale et le timbre ; II, § 28 ; sur les battements, II, § 27 ; sur les tons résultants, II, 243 sq. et d'autres passages cités dans l'index. Un autre ouvrage classique est celui de Helmholtz. Die Lehre von Tonempfindungen 1896.

Les parties I et II traitent le même sujet que notre chapitre : la théorie de l'auteur est exposée p. 128 sq., 158. A consulter aussi A. Barth, Zur Lehre von den Tônen und Geràuschen dans Zeitschrift fur Ohrenheilkunde, XVII, 1887, 81 : art. Hearing dans le Dictionnaire de Baldwin, I, 1901, 443 sq ; W. Wundt, Physiologische- Psychologie, II, 1902, 63 sq., 370.

On a reconnu, depuis quelque temps, que les sons des voyelles dans la voix humaine doivent leur timbre, non pas à une série régulière d'harmoniques, mais à certains tons concomitants dont la hauteur reste relativement constante quel que soit le ton fondamental dans lequel la voyelle est prononcée ou chantée. Ces tons, que L. Hermann appelle des « formants » représentent apparemment les tons propres des chambres de résonance buccales ; ils sont d'ordinaire inharmoniques par rapport au ton fondamental et l'un par rapport à l'autre ; et ils peuvent atteindre un haut degré d'intensité. Des recherches récentes semblent de plus montrer que le timbre des instruments à vent peut aussi être dû à la présence de formants : au « lieu d'une st-rie caractéristique d'harmoniques, il semble que chaque instrument possède plutôt un ton ou des tons caractéristiques

de hauteur constante pour toutes les notes de son échelle ». (D. C. Miller, Science, N. S., XXIX, 1909, 171 ; cf. R. Wachsmuth und G. Meis&ner, Arch. f. d. gesammte Physiologie, CXVI, 1907, 543 ; E. Herrmann-Goldap., Annalen d. Physik., XXIII, 1907, 979). Si ce résultat est confirmé, la théorie du timbre exposée au § 25 doit être, en conséquence, modifiée. Des résultats négatifs ont pourtant été obtenus par W. Kohler, Akustische Untersuchungen. dans Zeits, /. Psych., LIV, 1909, 241 sq.

LA VUE ET L'OUÏE : LE GOUT ET l'oDORAT Il3

L'Odorat

§ 29. La vue et Vouïe : le goût et Vodorat. — Si l'on vous demandait de dresser la liste des sens, il est probable que vous commenceriez par la vue et l'ouïe. Ces deux sens semblent devoir aller naturellement ensemble : ils sont les sens supérieurs, qui s'opposent à tous les autres sens, les sens inférieurs : le mot supérieur peut avoir deux significations différentes : ou bien il signifie que les organes senloriels, l'œil et l'oreille, ont atteint le plus haut degré de développement biologique, ou bien que les sensations qui en dérivent ont pour nos fins intellectuelles la plus grande utilité ; la seconde signification est sans doute la plus familière au sens commun. En effet, la vue et l'ouïe ont évidemment une double valeur pour l'organisme : une valeur sociale, en tant qu'ils sont le véhicule de toute communication, du langage écrit ou de la parole ; et une valeur de culture, en tant qu'ils sont le véhicule des beaux-arts : peinture, sculpture, littérature et musique.

De ce point de vue, le rapprochement de la vue et de l'ouïe est à la fois naturel et juste : mais tant que nous parlons le langage du sens commun, nous devons nous représenter ce rapprochement comme un parallélisme. D'autre part, il convient de se rappeler que, psychologiquement, les différences entre les deux sens sont très grandes. Les sensations visuelles forment une variété à trois dimensions ; les sensations sonores une variété à deux dimensions. Les mélanges de couleurs apparaissent eux-mêmes comme des sensations simples, tandis que les mélanges de tons musicaux peuvent être analysés dans leurs éléments constitutifs. De plus, il n'existe pas de contraste de tons, non plus que des images consécutives de tons. Le phénomène des battements a été comparé à celui du papillotement (flicker), mais la vue ne connaît rien d'analogue aux tons résultants. Et lorsque nous cessons de décrire pour nous efforcer d'expliquer, nous voyons que le principe de la théorie de la vision est l'antagonisme, tandis que

Titchener. 8

celui de la théorie de l'audition est la résonance par sympathie. Nous pouvons résumer d'un mot toutes ces différences : nous dirons que la vue est un sens chimique, l'ouïe un sens mécanique.

Aussitôt après la vue et l'ouïe, dans la liste des sens, se présentent le goût et l'odorat. Ces deux sens aussi semblent aller naturellement de compagnie : et, en vérité, du point de vue psychologique c'est à bon droit qu'on les rapproche. Tous deux sont pareillement des sens chimiques, et les deux groupes de sensations sont intimement unis dans notre expérience interne, si intimement même que dans la vie quotidienne nous attribuons constamment au goût ce qui, en réalité, appartient à l'odorat. La plupart des viandes et des légumes sont insipides, et si vous vous bouchez le nez, vous ne pouvez plus distinguer un morceau de pomme d'une pomme de terre crue, ou le vinaigre du vin blanc. Un rhume de cerveau n'affecte aucunement le goût, comme on le croit généralement. Ce qui arrive, en réalité, c'est une accumulation de mucosités dans le nez qui empêchent l'odorat de fonctionner. Il est évident qu'une confusion aussi grossière ne serait point possible si les qualités du goût et de l'odorat ne se ressemblaient beaucoup : personne ne confondrait une couleur et un son ! En fait, il se pourrait bien que le parfum de la lavande et le goût du sucre soient plus voisins l'un de l'autre que le goût du sucre ne l'est de celui de la quinine.

Du point de vue biologique également, le sens du goût et celui de l'odorat ont d'étroites relations. Tous les deux, bien que de façons légèrement différentes, montent la garde auprès de la grande fonction de nutrition, attirant l'organisme vers ce qui lui est salutaire, la prémunissant contre ce qui lui est dangereux.

Le sens de l'odorat présente un intérêt particulier ; en partie à cause des problèmes qu'il soulève en psychologie, et qui, comme nous le verrons bientôt, sont encore loin d'être résolus ; en partie à cause du rôle qu'il a joué au cours de l'évolution

LES QUALITÉS OLFACTIVES ll5

organique. Si l'on remonte très loin dans le passé des espèces vivantes, au stade des reptiles, l'écorce cérébrale n'y apparaît guère que comme une annexe de l'organe de l'odorat. Au cours de révolution, ce sens garde son importance comme fidèle gardien de la nutrition et de la reproduction : nous savons, par exemple, quelle grande importance il a dans la vie mentale des mammifères carnivores. Toutefois, il est essentiellement un sens « terrien a (land-sense) : les mammifères qui vivent en partie ou totalement dans l'eau, la baleine, le dauphin, le phoque possèdent un appareil olfactif très rudimentaire et n'ont probablement aucune sensation olfactive. Les organes sensoriels des poissons qu'on a décrits comme des organes de l'odorat ont une structure différente de celle des organes correspondants des animaux terrestres et, selon toute apparence, ces organes leur fournissent non des sensations olfactives mais des impressions voisines de celles du goût. L'odorat est également un sens « du sol » (ground sensé) : les oiseaux, en général, ont un odorat très obtus : et le peu d'intérêt que nous portons nous-mêmes aux sensations olfactives est dû,en grande partie, à notre stature droite qui nous élève au-dessus du sol.

D'autre part, il n'est pas évident comme on le répète parfois que le sens olfactif soit,chez l'homme, en voie de dégénérescence. Sous le double rapport de la qualité et de la finesse de discrimination de l'intensité (§ 66), l'odorat peut rivaliser avec les autres sens. Bien plus, les odeurs ont encore une haute valeur biologique pour susciter l'appétit : l'odeur du plat qui cuit fait, dit-on, monter l'eau à la bouche, et l'odeur des plats qu'on leur présente peut donner aux malades l'envie de manger.

L'importance de l'odorat pour la nutrition échappe, parce que chez l'homme, l'excitation de l'organe olfactif, de l'intérieur de la bouche, spécialement lorsqu'on avale, est au moins aussi importante que l'excitation qui passe par les narines ; et, comme nous l'avons dit, tout l'effet est alors attribué à tort au goût. Le sens de l'odorat joue-t-il un grand rôle, primitif ou dérivé, dans la vie sexuelle de l'homme ? C'est là une question controversée. Sans doute y a-t-il à ce point de vue de grandes différences individuelles. Mais d'une façon générale, il faut évidemment répondre par l'affirmative.

§ 30. Les qualités olfactives. — Le sens de l'odorat,

n6 l'odorat

comme les sens de la vue et de l'ouïe, comprend un très grand nombre de qualités sensorielles. Il est impossible, à l'heure actuelle, d'apprécier ce nombre ; nous savons trop peu de chose sur le monde des odeurs pour pouvoir en entreprendre l'exploration systématique. Peut-être même ce nombre restera-t-il toujours indéterminé, car de nouvelles odeurs viennent constamment s'ajouter à la liste. Le progrès de la chimie et des arts qui en dépendent, correspond à la découverte continuelle de nouvelles substances odorantes : de même, dans la culture des fleurs et des fruits, chaque expérience nouvelle peut, lorsque les conditions climatériques la favorisent, donner un parfum nouveau.

Aussi nous ne pouvons donner qu'une classification provisoire des qualités olfactives, classification basée sur les ressemblances que les odeurs présentent à l'introspection. La division suivante, en neuf classes, date dans ses grandes lignes, du fameux naturaliste suédois Linné.

1° Odeurs éthérées (odeurs de fruits).

Toutes les odeurs de fruits et de vins, les senteurs des différents éthers, l'odeur de la cire d'abeille.

2° Odeurs aromatiques (odeurs d'épices).

Camphre, térébenthine, clou de girofle, gingembre, poivre, laurier, cannelle, cumin, anis, menthe poivrée, lavande, amandes amères, romarin, safran, thym, géranium, bergamote, bois de rose, bois de cèdre, etc

3° Odeurs fragrantes (odeurs de fleurs). Tous les parfums de fleurs : vanille, pois de senteur, thé, foin ; benjoin.

4° Odeurs ambrosiaques (odeurs musquées). Musc, ambre gris, santal, patchouli.

5° Odeurs aliacées (odeurs de poireau).

Oignon, ail, assa fcetida ; caoutchouc, poisson séché, chlore, iode.

6° Odeurs empyreumatiques (odeurs de brûlé). Café grillé, pain grillé, fumée de tabac, goudron, corne brûlée, acide carbonique, naphtaline, benzine, créosote.

7° Odeurs hirciniennes (odeurs rances).

Vieux fromage, sueur, valériane, racine et tige de l'épine blanche et du cassis ; acide lactique et acide caproïque.

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