‹ Manuel de psychologieChapitre 68 sur 142 · LOI DE WEB ER · texte numérisé non relu

LOI DE WEB ER

On en concluait que la différence juste perceptible est une grandeur qui augmente en même temps que s'accroit le stimulus, de sorte qu'elle ne peut servir d'unité de mesure. Mais une autre interprétation reste possible. La distance supérieure, qui contient un plus petit nombre de différences juste perceptibles, peut, en réalité être plus courte que la distance inférieure : il se peut, qu'à cet égard, le jugement de l'observateur soit erroné. En effet, une des plus dangereuses sources d'erreurs dans les expériences qui portent sur la comparaison de distances sensibles supraliminales est la tendance de l'observateur à juger, non pas d'après les sensations mais d'après les stimuli. Il pense non pas aux sensations de lumière mais aux papiers gris ; il pense, non pas aux sons qu'il entend, mais aux diverses hauteurs d'où doivent tomber les billes pour donner de tels sons (§62). Si cette erreur, qu'on appelle en langage technique erreur de stimulus (stimulus-error) s'introduit dans les observations, les stimuli qui délimitent les deux distances sensibles formeront, vraisemblablement, une série arithmétique et non pas une série géométrique. La conséquence est évidente : la distance supérieure doit contenir un plus petit nombre de différences justes perceptibles que la distance inférieure ; ce n'est pas psychologiquement mais seulement physiquement qu'elles sont égales. L'observateur dont la consigne était d'évaluer des distances entre des intensités sensorielles, a, en réalité, évalué selon ses JJ habitudes de l'expérience quotidienne, les distances qui séparent des caractères ou des propriétés de Choses matérielles : , ViB .37— Représentation générale de

.la relation entre la sensation iîs| et le stiet Cette évaluation a Conduit mulua K formulée dans la loi de YVeber.

naturellement à une égalité Les dis,an;?s, se^u,, égaie» sont ,„ar-

t> q uees sur 1 abscisse et les valeurs corres-

physique approximative. Telle pondantes du stimulus sont inscrites sur

est, en général, l'explication or onnee-

que donne l'auteur des divergences qui se manifestent dans les

résultats expérimentaux.

La loi selon laquelle des distances sensibles égales correspondent à des différences relativement égales de sti-

mulus, est connue sous le nom de loi de Weber. On a pu montrer sa valeur, au moins approximativement, et dans les limites de la région moyenne de l'échelle des intensités, pour les sensations de bruit et de ton, de lumière, de pression, pour des complexes kinesthésiques variés (poids levés, mouvements du bras, des yeux), et enfin pour l'odeur. Sa validité, dans les domaines du goût et de la température, est au contraire douteuse. Peut-être vautelle aussi pour l'affection (§ 73) aussi bien que pour la sensation ; mais aucune démonstration expérimentale n'a encore été faite dans la sphère du sentiment.

En 1834, le physiologiste allemand E. H. Weber (1795-1878) fit quelques expériences avec des poids et des distances visuelles, qui semblaient établir la constance du seuil diiïérentiel relatif. Il en concluait que « ce que nous percevons, quand nous distinguons deux objets n'est pas leur différence absolue, mais plutôt le rapport que la différence soutient avec leur grandeur. »

G. T. Fechner (1801-1887) a donné à la loi un énoncé précis et l'a soumise à une investigation expérimentale serrée. Bien que la modestie de Fechner lui ait fait conserver pour cette loi le nom de Weber, il serait plus juste de l'appeler loi de Fechner, ou loi de Weber- Fechner.

Fig. 38. — Paire de disques blancs et noirs pour la démonstration de la loi de Weber. La clarté du disque de gauche croit du centre à la périphérie en progression géométrique : celle du disque de droite croit en progression arithmétique. A. Kirschmann. American Journal of Psychology VII, 1896, 386 tq. ; E. C. Sanford. A course in expérimentât Psychology. i8<j8, 335 sq.

Fechner a formulé la loi dans l'équation : S = C log. R, dans laquelle S représente l'intensité de la sensation, R le stimulus et c ■n facteur constant. L'interprétation que Fechner donnait à sa formule était erronée. Il tomba dans l'erreur si fréquente que nous avons critiquée au § 62.Mais nous pouvons retenir cette

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