‹ Manuel de psychologieChapitre 67 sur 142 · LOI DE WEBER · texte numérisé non relu

LOI DE WEBER

mulus. Nous aurions, du côté de la sensation, une série d'intensités 01, 1, 2, 3, 4... situées à des points équidistants sur l'échelle des intensités sensorielles, et, du côté du stimulus, nous aurions une progression de l'ordre : R, R(l + r), R(i -f r)1, R(i + r)3...,dans laquelle R représente le premier stimulus considéré (ici le stimulus 10

correspondant à l'intensité sensorielle 0) et r une cer-

\ taine fraction de R (ici — ).

Nous pouvons appliquer au problème l'épreuve de l'expérience. Prenons, par exemple, le cas des sensations de lumière. Nous savons, d'après de nombreuses recherches, que la succession des différences juste perceptibles de la sensation de lumière est parallèle à une série géométrique de stimuli lumineux physiques. Maintenant ayons recours à des différences supraliminales de la sensation de lumière. Plaçons sur l'appareil à disques rotatifs (fig. 4), trois disques composés de papier noir et blanc. Les deux disques extérieurs sont ajustés de façon à donner respectivement, lorsqu'ils tournent, un gris foncé et un gris clair : ils resteront constants pendant toute la durée de l'expérience. Au contraire, nous ferons varier la proportion de blanc et de noir du disque du milieu jusqu'à ce que nous obtenions un gris également distant, pour la sensation, des deux gris extrêmes. Nos trois disques tournants nous donnent alors deux distances sensibles égales (qui dépassent de beaucoup la distance liminale). Que dire alors des stimuli ? Ceux-ci, mesurés au moyen du photomètre, se trouvent précisément être les termes d'une série géométrique, c'est-à-dire que leurs valeurs photométriques diffèrent, non pas de quantités égales, mais de quantités relativement égales.

(1) Ce 0 n'est pas, naturellement, le point 0 de l'intensité de la sensation, pris absolument ; il est seulement le point 0 de notre échelle arbitrairement choisie et représente, par conséquent, l'intensité de la sensation par laquelle nous commençons l'expérience. Lorsque nous mesurons une table avec un mètre, nous commençons au point 0 de la même façon : nous ne voulons pas dire que l'espace commence, absolument, au bout de notre règle.

218 l'intensité de la sensation

Voilà, cependant, la réponse à notre question. Nous avons bien là une série arithmétique de distances sensibles, à savoir deux distances successives dont l'introspection nous garantit l'égalité, série qui correspond à une série géométrique de stimuli lumineux. Puisque, donc, nous avons trouvé une série géométrique de stimuli correspondant à notre série de différences juste perceptibles de sensation, il s'ensuit que ces différences juste perceptibles doivent elles-mêmes être égales. Ainsi la différence juste perceptible peut être acceptée comme unité de l'échelle des intensités.

Une façon de procéder rigoureusement méthodique est aussi nécessaire dans ce cas que dans celui de la différence juste perceptible : nous ne découvrons pas l'égalité de deux distances sensibles par une introspection directe, mais nous calculons le point d'égalité le plus probable à la suite d'une longue série d'observations in.trospectives.La seule différence entre ces dsux expériences est la suivante : lorsqu'on cherche à déterminer la différence juste perceptible, l'observateur note l'identité ou la différence de deux sensations, tandis que dans l'expérience précédente, il note l'égalité ou la différence de deux distances sensibles. Par suite, nous avons, lorsqu'il s'agit de différences supraliminales, un contrôle introspectif qui nous manque pour les différences liminales.

En môme temps, le passage de la comparaison de sensations à la comparaison de distances sensibles, peut avoir une influence notable sur le jugement de l'observateur. Nous avons dit plus haut (§ 65) que les résultats des expériences sont ambiguës. En fait, des travaux récents ont conduit à cette constatation que des distances supraliminales égales, déterminées selon la méthode ci-dessus décrite, ne contiennent pas comme nous pouvions le penser, des nombres égaux de différences juste perceptibles mais qu'au contraire, la plus élevée de ces deux distances en contient un nombre moindre que la plus basse (1).

(1) Voir par exemple W. Ambnt, Ueber das Verh'ïltnis der ebenmerklichen zu den ùbermerklichen V nterschieden bei Licht- und Sckaliintensitàten, dans dans les Philosopfusche Studien de Wlndt, XVI, 1900, 135.

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