Clef télégraphique de réaction
65 Figures pour l'abstraction du même (Grùnbaum)
§ 1. Science et expérience. — Chaque science embrasse un vaste ensemble de faits observés dont elle établit les rapports mutuels et qu'elle subordonne à des lois générales. Lorsque vous ouvrez un manuel de physique, vous y trouvez les résultats de nombreuses observations et la description d'expériences qui vous permettent d'observer par vousmême : résultats et expériences sont répartis en quelques chapitres généraux : mécanique, chaleur, électricité, et sont destinés à illustrer un certain nombre de grandes lois (lois de Newton sur le mouvement, loi de radiation de Kirchhoff, lois d'Ohm sur l'intensité du courant électrique). Tous les manuels scientifiques, qu'il s'agisse de physique ou de chimie, de biologie, ou de psychologie, de philologie ou d'économie politique, sont construits sur le même modèle. Aussi est-il utile, avant de commencer l'étude spéciale de la psychologie, d'examiner rapidement quelquesunes des questions que suggère cette définition de la science. Comment, pouvons-nous nous demander, les diverses sciences se constituent- elles ? Comment se différencientelles et comment leurs domaines respectifs se déliniitent-ils réciproquement ? Qu'entendons-nous dire en posant les relations réciproques des faits d'une science donnée ?
Titchener. 1
Quelle est la nature de ces rapports ? Qu'est-ce, précisément, qu'une loi scientifique ? Pourquoi importe-t-il au progrès de la science de pouvoir établir des lois ? Une réponse, même approximative, à ces questions nous aidera à comprendre ce que se propose la psychologie.
Tout d'abord, il est évident que toutes les sciences ont un même objet : elles ont toutes affaire à quelque aspect ou quelque phase du monde qu'embrasse l'expérience humaine. Si nous détachons un simple fragment de ce monde, par exemple, notre expérience personnelle pendant un seul jour, nous y constatons une confusion inextricable. Notre douche matinale obéit à la troisième loi du mouvement, tandis que le plaisir que nous y trouvons regarde la psychologie : la préparation de nos aliments est une application de la chimie, leur falsification dépend de conditions économiques et l'effet qui en résulte pour la santé est du domaine de la physiologie ; notre façon de parler est gouvernée par les lois de la phonétique, tandis que les choses que nous disons reflètent les opinions morales de notre époque : en un mot, les sciences semblent s'empêtrer les unes dans les autres, confusément, sans ordre, au hasard. Toutefois, si nous regardons le monde comme un tout, ou si nous considérons historiquement une longue période d'expérience humaine, l'examen est moins effarant. Le monde de la nature se divise, aussitôt que nous y faisons attention, en un monde d'objets vivants — ceux qui changent par croissance — et en un monde d'objets non- vivants — qui changent seulement par décrépitude. A. leur tour, les objets vivants se répartissent en êtres qui croissent sans changer de place, les végétaux, et en êtres qui se meuvent en même temps qu'ils grandissent, les animaux. Nous distinguons ainsi, grossièrement, presque du premier coup d'œil, la matière de trois sciences différentes : géologie, botanique, zoologie. Plaçons-nous maintenant à un certain stade de l'évolution humaine : arrêtons-nous à la vie de l'humanité avant l'aurore de la civilisation. La nécessité obligea l'homme primitif à fabriquer lui-même ses armes :