PERCEPTIONS SIMPLES ET PERCEPTIONS COMPOSITES 36 I
et comment se peut-il que, tantôt ce soit la perception globale, tantôt les sensations composantes qui se trouvent au foyer de la conscience, nous n'en savons rien.
LECTURES COMPLÉMENTAIRES
§ 96-98. C. Stumpf, Tonpsychologie, II, 1890, 127 sq., 184 sq. ; H. Ebbinghaus, Psychologie, I, 1905, 318 sq, 344 sq. ; Wundt donne une théorie psychologique de la fusion dans sa Physiol. Psychologie, II, 1910, 116 sq., 430 sq.
Perceptions composites
§ 99. Perceptions simples et perceptions composites. — Les perceptions dont nous nous sommes occupés jusqu'ici peuvent être appelées perceptions simples puisqu'elles reposent sur une base sensorielle unique, sur l'attribut sensoriel d'étendue ou de durée ou sur le concours de qualités sensorielles. Il existe également divers types de perceptions composites. Ainsi la perception d'un mouvement dans le champ visuel ou tactile est à la fois temporelle et spatiale : le mouvement a une durée et en même temps il a de l'extention (grandeur spatiale) et une direction. La perception d'une chose, d'un objet est qualitative et spatiale : la perception d'une scène, d'une situation, d'un événement est qualitative, temporelle et spatiale.
Il n'est pas nécessaire de considérer en détail toutes les perceptions composites ; car l'analyse de la plupart d'entre elles découle directement de celle des perceptions simples. Nous devons, cependant, dire un mot des perceptions du mouvement et de la mélodie.
§ 100. La perception du mouvement. — Nous n'avons pas à nous demander comment un objet est localisé, comment nous percevons la grandeur, la direction et la durée du mouvement : nous avons déjà répondu à toutes ces questions. La difficulté qui se présente au sujet du mou-
vement est sa continuité ; et cette difficulté est résolue différemment par les théories nativistes et les théories génétiques. 11 est des psychologues qui considèrent le mouvement comme une expérience ultime et irréductible ; ils vont môme jusqu'à parler de sensations de mouvement, non pas dans le sens habituel de sensations provoquées par le mouvement du corps ou des membres, mais au sens littéral ; ils croient que le stimulus mobile éveille une sensation de chose mouvante, qu'on pourrait appeler une « sensation de translation » {travel-sensation). D'autres psychologues, au contraire, cherchent la base sensorielle de la continuité dans l'image consécutive positive (p. 65), c'est-à-dire dans la persistance de la sensation après la disparition du stimulus. Grâce à cette image consécutive, disent-ils, nous pouvons, dans le présent mental, voir ou sentir un stimulus comme étendu dans tout l'espace entre le point qu'il vient de quitter et le point où il vient d'arriver ; l'effacement de l'image consécutive, sa perte graduelle d'intensité, nous empêche de percevoir cette extension comme une extension spatiale pure et simple ; et la reconnaissance de l'objet mobile, comme moins étendu que sa trace et comme identique à tous les points de son parcours, fait naître la perception de mouvement. L'auteur incline à adopter le point de vue génétique, bien qu'il y ait des faits d'observation que jusqu'ici elle n'a pu expliquer.
On a fait nombre de recherches sur les différents aspects quantitatifs de la perception de mouvement, par exemple sur la vitesse maximum et la vitesse minimum auxquelles le mouvement est perçu, sur le seuil différentiel de vitesse, etc. Nous retenons seulement deux points : le premier, qui indique le caractère « insistant » du stimulus mobile (p. 272), a des rapports avec le seuil d'extension du mouvement. Dans la vision directe un stimulus mobile, pour être perçu comme mobile doit traverser une distance sensiblement égale à celle qui permet la distinction locale de deux points immobiles ; le seuil de dualité spatiale et le seuil d'extension du mouvement sont prati-