‹ Manuel de psychologieChapitre 98 sur 142 · PERCEPTION DU RYTHME · texte numérisé non relu

PERCEPTION DU RYTHME

avait jadis tendance à attribuer une perception rythmique distincte à l'ouïe, mais de récentes observations l'ont convaincu qu'il existait des sensations kinesthésiques dues à la contraction du tcnsor tympani de l'oreille moyenne. Il est vrai qu'un changement de hauteur peut déterminer le caractère d'un rythme auditif. Mais la hauteur peut ici être considérée comme le substitut ou même l'équivalent de l'intensité : celle-là, si elle éveille des associations qui, si l'on remonte à leur principe, ont un caractère intensif, celle-ci, si des sensations de tension sont éveillées à la fois par l'intensité et la qualité du stimulus sonore.

Le rythme auditif peut, en fait, être obtenu par une accentuation subjective, (p. 293, sq., 349) par la variation de la durée, la séparation temporelle, l'intensité et la hauteur des stimuli employés. L'accent subjectif est dû à l'insistance (p. 52) de certains éléments dans le complexe excitant : il est favorisé par l'atittiude générale du sujet et il est parfois souligné par d'importantes fluctuations organiques (respiration, balancement de tout le tronc). La forme primitive du rythme, sa matière première (car la couche du développement psychique où on peut commencer à noter la perception du rythme est encore matière à discussion), est une série discontinue d'impressions d'égale intensité dont les éléments sont séparés par des pauses égales ; on la trouve, par exemple, dans la lecture syllabique des jeunes enfants. Ensuite se développent, d'abord le rythme double, probablement dans l'ordre suivant : spondée, trochée, iambe (bien que la priorité du trochée soit discutée), ensuite, le rythme triple, sans doute dans l'ordre : dactyle, anapeste, amphibraque. On a parlé déjà des limites de la complexité rythmique (p. 293).

La perception du rythme peut être provoquée par des impressions visuelles, soit par des séries simples de stimuli discrets, présentés dans les conditions expérimentales, soit par la vue des poutres du plafond d'un corridor, soit par celle d'ornements qui se répètent sur une façade. L'avis de l'auteur est que ce rythme est toujours d'ordre kinesthésique, fondé sur les mouvements des yeux, sur de menus mouvements qui soulignent les impressions successives, ou sous quelque autre forme de kinesthésie intermittente. Même les auteurs qui croient à l'existence d'un rythme purement visuel, reconnaissent que des sensations kinesthésiques l'accompagnent presque invariablement, et sont extrêmement difficiles à éliminer.

§ 95 - Théories de la perception du temps. — En principe, nous retrouvons ici la même divergence constatée entre les théories psychologiques de l'espace. Il y a des psychologues qui font dériver le temps de la connexion intime de processus qui sont, en eux-mêmes, considérés comme intemporels. Il y a, au contraire, des psychologues qui font des deux grands attributs du temps, la durée et l'ordre, des caractères ultimes et irréductibles. Nous avons, nousmêmes, suivi les lignes tracées pour une théorie de la perception de l'espace : nous avons considéré la durée comme un attribut de toutes les sensations et regardé la localisation temporelle comme un corollaire de la durée.

Prenons, comme exemple de théories génétiques, celle de Wundt. « Une sensation, prise en elle-même, déclare-t-il, ne peut pas plus avoir d'attribut temporel qu'elle ne peut en avoir de spatial». La donnée fondamentale, pour le temps comme pour l'espace, est l'ordre, l'arrangement ; la durée, comme l'étendue, est pour Wundt une formation secondaire. Les sensations s'ordonnent dans le temps au moyen de signes temporels, tout comme elles s'ordonnent dans l'espace au moyen de signes locaux. Les signes temporels sont des fusions d'éléments affectifs et d'éléments sensoriels ; les qualités affectives de tension et de relâchement (p. 252), se mêlent avec les séries, graduées en intensités, des sensations kinesthésiques (en particulier des sensations de tension). La perception du temps est ainsi « une fusion de deux espèces de signes temporels (l'intensif et le qualitatif), l'un avec l'autre, et avec les sensations objectives arrangées dans la forme temporelle ». Le point de fixation du temps, le a maintenant » de la conscience, est déterminé primitivement par des processus affectifs ; comme ceux-ci changent, le point de fixation change aussi constamment ; et ce changement du point de fixation est ce à quoi nous pensons quand nous parlons du flux du temps.

Comme exemple des théories nativistes, prenons celle d'Ebbinghaus. Selon cet auteur, les sensations ont deux catégories d'attributs : les uns sont individuels ou spécifiques, les autres généraux ou communs. Bans cette seconde catégorie, il met l'espace et le temps (extension et durée), le mouvement et le

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changement, la ressemblance et la différence, l'unité et la multiplicité. Le rythme est compris sous la rubrique de l'unité et de la multiplicité. L'ordre temporel, la succession est tout simplement l'aspect discontinu de la durée, l'alternance de la « durée » et de 1' « intervalle » ; et la distinction de la durée et de l'intervalle n'est elle-même qu'un effet de la direction de l'attention ; nous appelons « durée » l'attribut temporel quand nous sommes attentifs à quelque attribut du processus durable, et nous l'appelons « intervalle » quand nous sommes indifférents à ce processus, mais attentifs aux impressions qui le limitent.

La théorie de Wundt prête le flanc à l'objection qu'on a déjà faite à sa théorie de l'espace. Le mélange d'un processus affectif et d'une sensation, partout ailleurs dans la vie mentale, engendre un sentiment et non pas du temps ; et nous ne pouvons comprendre comment, dans ce cas particulier, un produit tout nouveau pourrait apparaître. La catégorie des attributs sensoriels généraux ou communs d'Ebbinghaus nous semble supposer trop de choses : nous sommes tenus de pousser notre analyse aussi loin que possible. Ebbinghaus semble bien, en ce qui concerne à la fois la localisation dans le temps et la perception du rythme, s'arrêter avant d'avoir atteint le but que se propose la psychologie.

Toutes les théories du temps reconnaissent l'importance des critères secondaires, soit de la durée, soit de la localisation. Nous pouvons estimer la longueur du temps par une foule de processus variés, par notre ennui, par la tension de notre attente, par un temps-type familier ; la date d'un processus peut être déterminée par l'étendue et la particularité de la mémoire, par son rapport avec quelque événement saillant, par une association verbale, etc. Tout cela n'a rien à faire avec la perception spécifique du temps.

LECTURES COMPLEMENTAIRES

§ 93-95. Wundt, Physiol. Psychologie, III, 1903, 1 sq. ; Ebbinghaus, Psychologie, I, 1905, 432 sq. On trouvera dans son Grundriss un compte-rendu résumé de la théorie de Wundt.

Une bibliographie des recherches sur la discrimination temporelle est donnée par l'Auteur dans Expérimental Psychology,

Titchener. 23

35/l PERCEPTIONS QUALITATIVES

II, ii, 1905, 393 sq. Pour la perception du rythme voir id. ; I, ii, 1901, 337 sq. ; R. Mac-Dougall, The Structure of simple Rythm Forms ; dans Harvard, Psychologie al Studies, I, 1903, 309 sq. (Psychological Review Monograph, Supplément 17) ; C. R. Squire, A genetic Study of Rythm, dans American Journal of Psychology, XII, 1901, 492 sq. ; K. Koffka, Expérimental Untersuchungen zur Lehre vom Rhythmus, dans Zeits f. Psychol.,

III, 1909, 1 sq.). Pour le présent mental, voir L. Stern, Psychische Pràsenz-zeit, id., XIII, 1897, 325 sq. ; pour la fixation du changement, même auteur dans Psychologie der Verànderungsauffassung, 1898.

Perceptions qualitatives

§ 96. Perceptions qualitatives. — Nous avons eu des cas de perceptions qualitatives dans le ton musical ou composé (§29), dans les divers mélanges gustatifs (§ 34), dans les mélanges tactiles (§50) et dans certains complexes organiques comme la nausée et la faim (§ 57). Ce qui caractérise tous ces processus, c'est, en premier lieu, que les qualités composantes fusionnent, se mélangent, s'unissent de telle sorte que la perception paraît simple ou tout au moins semble posséder une certaine unité ; mais, c'est, en second lieu, que les qualités composantes peuvent être identifiées, de sorte que la perception devient analysable, par une recherche rigoureuse et approfondie, en un certain nombre de processus élémentaires. La conséquence de ces mélanges sensoriels est que la perception qualitative se présente au foyer de la conscience comme un tout. Récemment, un auteur a déclaré que la « contexture » de la perception qualitative, due à 1' « agglomération » {massing) de ses éléments sensoriels (il est malaisé de trouver des mots qui expriment exactement ce qu'on veut dire) peut, dans certains domaines, avoir la même importance, en donnant naissance à des différences qualitatives appa-

rentes, que la qualité de la sensation simple (1). Et W. James, en un passage bien connu, a prétendu que le goût de la limonade se révèle à nous comme une qualité simple (2). Il y a là un fait important : nous pouvons faire attention à la perception comme à un tout et le mélange peut être assez intime pour nous donner l'illusion de la simplicité qualitative. Mais, d'autre part, une observation systématique nous révèle toujours la complexité de la perception et ce nouveau fait n'a pas une moindre importance que le premier. Nous pouvons faire attention séparément aux éléments séparés ; et, si nous prenons cette attitude mentale, la perception se dissout en un certain nombre de qualités sensorielles réellement simples. Ainsi un observateur qui n'a jamais goûté de citron, s'il a quelque habitude de l'introspection, distinguera le froid, l'arôme particulier, le goût doux, acide et amer de la citronnade pendant que son hôte, qui a mêlé les ingrédients, s'il n'est pas psychologue, considérera le goût comme une impression simple et unique. L'auteur que nous avons cité, remarque dans un autre passage, que « l'analyse montre que nombre de différences considérées à première vue comme irréductibles, sont dues aux diverses façons dont les sensations composantes sont coordonnées et agglomérées (3), et il ajoute que « la dissection ainsi opérée n'est pas purement hypothétique, mais qu'elle avait été faite dans presque tous les cas directement par l'introspection ».

W. James nous met ici en garde contre deux raisonnements faux. Le premier est celui-ci : « Puisque nous apprenons graduellement à analyser tant de qualités, il nous faut conclure qu'il n'y a pas de sentiments (4) indécomposables dans l'es-

(1) E. Murray, Organic sensation, dans American Journal of Psychology, XX, 1909, 446.

(2) W. James, Principles of Psychology, II, 1890, 2.

(3) E. Muïiray, A qualitative Analyse of Tickling : its relation to cutaneous and organic Sensation, dans American Journal of Psychology, XIX, 1908, 315 sq.

(4) Le mot sentiments signifie ici processus mentaux ; dans la citation sui-

prit ». Nous avons déjà traité cette question au § 11. Voici le second : « Puisque les processus qui produisent nos sensations sont multiples, les sensations, considérées en tant que faits subjectifs, doivent être aussi des composés ». Nous avons noté cette cause d'erreur, 1' « erreur du stimulus », p. 219. Dans quelque cas, 1' « erreur du stimulus » est supprimée par ce fait que le sujet ignore les conditions dans lesquelles se produit le processus mental qu'il lui faut analyser ; d'ailleurs, en général, un long entraînement peut en triompher. Un troisième raisonnement, qui certainement est aussi dangereux que les deux premiers, est le suivant : les éléments psychologiques, justement parce qu'ils sont des éléments, sont, chronologiquement, les premières réalités psychologiques, de sorte que les perceptions sont formées par les connexions mutuelles de sensations originellement séparées. Les éléments sont, nous l'avons vu (§ 9), le résultat de l'analyse ; les perceptions sont les réalités originales et c'est l'observation qui découvre en elles les sensations ; ce qui nous est donné d'abord, ce sont les perceptions et ce n'est qu'ensuite que nous constatons qu'elles sont analysables. Méconnaître cette vérité est un fait très grave pour l'étudiant psychologue, car c'est poser d'une façon illégitime le problème psychologique central.

§ 97. Les fusions tonales. — L'exemple classique de la perception qualitative est la fusion tonale. Nous avons vu au § 25 que le ton musical est un complexe d'un ton fondamental et de tons harmoniques et que son onde globale peut être décomposée en ondes simples dont le rapport de vibrations est 1 : 2, 3, 4, etc. En d'autres termes, le ton musical est une fusion tonale. Mais c'est une fusion d'une espèce compliquée : car le nombre et l'intensité des harmoniques sont l'un et l'autre variables (p. 100).

Nous obtenons la fusion tonale dans toute sa pureté en faisant résonner à la fois deux tons simples avec la même intensité. Dans ces conditions, nous constatons qu'il y a différents degrés de fusion. Le tableau suivant nous montre les résultats observés.

vante, le terme sensations veut dire tout processus cognitif qui nous donne d'un fait une connaissance élémentaire.

FUSIONS TONALES

Rapport du nombre

Degré de fusion

Exemples

de vibrations des deux atimuli

Octave

do^ do.

Quinte .

do, sol

Quarte. .

f Tierce majeure.

do, fa do, mi

J Tierce mineure.

do, mi y

J Sixte majeure .

do, la

[ Sixte mineure .

do, la y

i Quinte submineure ( Septième submineure

do, sol 'y —

do, 81 -, —

1 Seconde majeure .

do, ré

j Seconde mineure .

do, ré y

\ Septième majeure .

do, si

I Septième mineure .

do, si t

Ces résultats, obtenus à la fois avec des tons simples et des tons musicaux ont été également confirmés par le jugement individuel d'observateurs entraînés et par les observations collectives de personnes non entraînées. Ils signifient que deux tons à l'octave, lorsqu'on a écouté tous les critères secondaires, fusionnent de telle sorte que l'impression qu'ils donnent est très voisine, par son unité, de celle d'une seule sensation de ton ; au contraire, deux tons, par exemple, de la septième majeure se distinguent à l'audition, lorsqu'ils se produisent simultanément. La reconnaissance des tons composants ne modifie pas le degré de fusion : nous pouvons savoir que c'est un octave que nous entendons, et nous pouvons être capables d'identifier les tons qui le composent : mais, aussi longtemps que nous écoutons l'octave, aussi longtemps que c'est la fusion même des tons qui reste au foyer de la conscience, nous entendons le ton composé comme une fusion tonale unitaire.

On a étudié en grand détail les phénomènes de fusion tonale, en groupant plus de deux tons, en faisant varier fintensité des composants, en partageant les tons entre les deux oreilles, avec

des intervalles supérieurs à l'octave, avec des intervalles musicaux désaccordés. Pour ce que nous nous proposons ici, il n'est pas nécessaire d'entrer dans ces détails. La chose essentielle est de retenir le double caractère de la fusion : son unité relative et sa complexité qu'une analyse peut révéler. L'unité se présente sous une forme sensible, quand nous percevons la fusion tonale : l'analyse ne la peut altérer. Mais ce caractère unitaire n'est jamais analogue à celui que présente une combinaison chimique : car l'analyse est toujours possible, pour l'oreille normale, et exercée.

§ 98. Théories de la perception qualitative. — Lorsque nous cherchons les conditions physiologiques de l'étendue et de la durée, il s'agit pour nous de découvrir quelque propriété des organes sensoriels qui puisse les mettre en rapport avec les aspects spatiaux et temporels des stimuli. Les objets physiques sont situés dans l'espace physique : les événements physiques se déroulent dans le temps physique. Par suite, une explication de l'étendue et de la durée est, en gros, du même genre qu'une explication de la qualité et de l'intensité ; les aspects variés du stimulus doivent être reliés à certains modes d'excitation sensorielle. Le problème qui nous occupe maintenant est différent. Il nous faut découvrir les conditions physiologiques tant du caractère unitaire de la perception qualitative que de la possibilité de son analyse. Commençons par la fusion tonale.

Stumpf, à qui nous devons surtout de connaître les faits de fusion tonale, pense que l'analyse est conditionnée par des facteurs périphériques, la fusion par des facteurs centraux : l'oreille analyse, pourrait-on dire, et le cerveau fusionne. Stumpf attribue cette faculté de fusion à une synergie spécifique des centres nerveux, à un mode déterminé de coopération entre les structures nerveuses affectées par les excitations tonales. Dans l'état présent de la physiologie cérébrale, cette théorie, Stumpf le reconnaît, d'ailleurs, n'est guère qu'une explication verbale : elle nous avertit simplement que nous ne pouvons songer à

THÉORIES DE LA PERCEPTION QUALITATIVE 35o,

découvrir dans l'oreille un mécanisme qui permette d'expliquer cette fusion. D'autre part, Ebbinghaus croit qu'on peut rendre compte de la fusion tonale par un mécanisme périphérique : la théorie de Helmholtz répond à la fois à l'analyse et à la synthèse.

Nous savons que, selon la théorie de Helmholtz, l'oreille est un instrument d'analyse : voyons comment sa théorie explique la fusion. Nous pouvons partir du cas le plus simple, celui de l'octave. Supposons que deux tons, dont le nombre de vibrations est respectivement de 300 et de 600, résonnent simultanément. Ils vont faire entrer en vibration les fibres basilaires dont la vitesse normale de vibration est de 300 et de C00 à la seconde. Mais ils feront également vibrer les fibres harmoniques inférieures : (undertones fibres), des nœuds vont se former et les parties fractionnaires des fibres inférieures prendront le rythme des tons primaires. Ainsi :

Le stimulus de 300 vibrations Le stimulus de 600 vibrations

fait vibrer les fibres suivantes fait vibrer les fibres suivantes

avec vitesses indiquées avec vitesses indiquées

et ainsi de suite. Il est clair que la fibre de 300 vibrations doit vibrer à la fois comme un tout ( x 1) et en ses moitiés ( x 2), la fibre 150 vibrera en ses moitiés et en ses quarts. La fibre adopte le mouvement le plus aisé, c'est-à-dire la vibration la plus lente et ignore les autres, de telle sorte que le ton le plus élevé, celui de 600 vibrations subit une certaine déperdition : le ton le plus bas lui vole, pour ainsi dire, de sa substance. Par suite, le ton le plus élevé devient comme une ombre, un parasite du ton inférieur et nous avons la fusion de l'octave. On peut ainsi constater que dans les fusions de deux tons, le ton inférieur l'emporte et domine la fusion.

Considérons maintenant les tons de 300 et de 480 vibrations (sixte mineure). Les fibres excitées seront :

36o PERCEPTIONS QUALITATIVES

Dans ce cas, nous n'avons plus les mêmes fibres dans les deux colonnes, mais 150 est bien près de 160, 100 n1est pas loin de 120. Comme ce qui vibre dans la membrane basilaire, ce ne sont pas des fibres isolées, mais d'étroites bandes (cf. p. 110), les fibres 160 et 120 s'enchevêtreront dans leurs vibrations, et, ici encore, le ton le plus bas l'emportera sur le plus élevé, moins nettement toutefois et dans une moindre mesure que dans le cas de l'octave.

Il faudrait ajouter qu'Ebbinghaus ne nie pas la possibilité d'un facteur central de fusion ; il se borne à montrer que le mécanisme périphérique offre une explication plausible. Il y a cependant une observation au sujet de laquelle Ebbinghaus et Stumpf s'opposent vivement. Stumpf déclare que la fusion reste la même, que les tons soient entendus dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire avec les deux oreilles ou s'ils sont entendus séparément par les deux oreilles, ou s'ils sont représentés par l'imagination ; et il serait vraiment curieux, dit-il, que, dans le premier de ces cas, la fusion puisse être périphérique, et dans tous les autres, corticale. Au contraire, Ebbinghaus affirme que si l'on entend avec les deux oreilles des tons très faibles ou assez bas, par exemple des tons de 400 et de 600 vibrations, le ton le plus élevé se perd pratiquement dans le plus bas ; tandis que si les tons sont présentés séparément aux deux oreilles, ils sont entendus « côte à côte avec une clarté et une distinction parfaites. »

Ebbinghaus a-t-il raison ? C'est là une question à laquelle les différents psychologues répondront différemment : il a en tout cas proposé une théorie dont les contours sont définis et qui fait appel à des principes physiques connus. Encore semble-t-il qu'en général, la perception qualitative doive être attribuée à des conditions centrales et non périphétiques. Où se fait la fusion des qualités appartenant à des sens différents, comme les mélanges gustatifs ? On ne peut esquiver la question. Mais' même dans le cas des mélanges tactiles, il y a des faits qui montrent que la fusion dépend, non pas d'une irradiation périphérique, mais de processus qui se développent à l'intérieur même du système nerveux. Que sont ces processus,

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