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CHAPITRE X

DE l'authenticité DES OBJETS PREHISTORIQUES

Dans les sciences, aussi bien que dans les arts, d'habiles simulateurs ont reconstitué les objets, espérant tromper le collectionneur, et mettre dans Tembarras le préhistorien.

On ne saurait trop recommander aux débutants de ne pas rechercher la collection d'objets rares, trop beaux, et d'une origine douteuse. Ses recherches seront dirij;ées de préférence vers le faciès préhistorique de la réjj:ion habitée. La collection régionale peut s'étendre indélinimcnt, et sera du plus haut intérêt ; elle pourra dans ravenir servir de base solide à l'étude de quelques questions encore confuses.

Le préhistorien, évitant ainsi l'achat de pièces rares, fera décroître la falsification.

Il est cependant utile de posséder les instruments typiques des principaux âges. Les moulages, dans ce cas, sont bien préférables aux pièces douteuses ou peu caractéristiques.

Par les ouvriers ou par voie d'échanges, on peut se procurer des objets sur l'authenticité desquels il est parfois difficile de se prononcer.

C'est après une longue expérience qu'on arrivera à appliquer les préceptes magistralement exposés par G. et A. de Mortillet \ pour déjouer la fraude.

1. G. et A. de Mortillet, Le Préhistorique^ Paris, Schleicher et 0% 1900.

AUTIIEXTICITE DES OBJETS PnEHISTORlQUES

DViprès ces auteurs, nous résumerons les caractères d'une pièce eu examinant successivement :

La (aille de foulil; la patine,

l. Taille. — La taille est le travail intentionnel d'une roche» très fréquemment celle du silex. Les diÏÏèvents procédés de taille sont :

I L'étonnement; la percussion; le martellenienl; la I pression.

1 Un doit donc» sur un outil travaillé par Tliomme» ^tretrouver au moins un de ces modes de tabricalion. ^^ 1** XSétimnemf^nf est le craquela^e d'un silex, exposé ^nuccesslveraent à la chaleur et au l'roid. La chaleur solaire ^Bét le froid nncturne peuvent |B produire ce phénomène» aussi ^\ bien que T indus trie humaine.

Cependant raction fin feu attaque plus profondément le îlex, qui se déshydrate, se blanhit et devient oj jaque. Ses Iclats, quand Tindustrie huaine est intervenue, sont de orme conchoïdale; le fond des dépressions est rn^'^ueux et irrégulier; en outre» la surface du

eilex présente de nombreuses craquelures polyédriques

rré^'ulières. Au contraire, dans les actions métèorolo-

iques» celle du désert par exemple, nous trouvons un

clatemeut plus superliciel.

Les silex de l'henay et de Puy Courny, de Tépoque

rliaire» sont souvent étonnèa^ c'est-à-dire craquelés; il

faudra rechercher dans les tissures du sttex les traces du

rrain ambiant.

2'^ La percussion est le coup donné intentionnellement our écailler la pierre.

Fi-agitH'nt de silex.entît^remettt

<Honné par lo feu.

Musée de SaiuL-Germaia,

Ce travail a permis à Thomme de dégrossir d'abord à grands coups un bloc de silex, puis avec une percussion plus prudente d'*achever son travail, et d'obtenir ces magnifiques pièces qui caractérisent certaines périodes préhistoriques.

A Tépoque chelléenne, la percussion seule a donné le coup-de-poing ; il en est de même pour les haches néolithiques, dites préparées pour le polissage.

A propos de ces deux outils, nous devons signaler un caractère de taille sur lequel on a peu insisté. Toute- fois G. et A. de Mortillet, dans le Préhis torique ^ indiquent la ligne sinueuse, qu'on peul voir sur le tranchant en coup-de-poin{;.

Cette ligne a été obtenue par ralternance des coups portés sur le bord du fragment de silex soumis à la taille. Chaque coup de percuteur devait dégager un éclat sur la face latérale de la pièce et déterminer une cuvette sphérique concave, dont le bord libre, en arête vive, venait contribuer à la* formation du tranchant. Les coups se succédaient avec une inclinaisor tantôt à droite, tantôt à gauche, jusqu'î percussion complète de la périphérie dt la pièce.

Fig. 23. L^ ligne sinueuse est donc un bon ca-

Profil de coiip-de- ractère de taille intentionnelle ; on 1î

poing chellécn, j u ji x-i ' i-

montrant la ligne retrouve dans beaucoup d outils neoli-

sinueuse du Iran- ,, . . i i . «n » . t

chant. Iniques : scies, haches taillées, etc. Lei

gros nuclei du Grand -Pressigny ont auss le bord sinueux en arêtes extrêmement vives.

Aux époques moustériennes, solutréennes et magda léniennes, la percussion est encore employée ; ell<

AUTHENTICITE DES OBJETS PREmSTOHlQÙES

îll

donne des lames adroitement déga^^éew ; mais très fréquemment le trav-'ail est com])lété de retouches obtenues par pression.

Certains silex travaillés par percussion possèdent à lu ne des extrémités un espace plus ou moins ^rand désigné sous le nom de plan de frappe.

Les lames et les j)ointes présentent BDitiinairement ce caractère important.

Sur un silex ^taillé, on trouve Hsouveut un autre ^BÎgne d'authenti- ^cité d*une grande valeur : c'est le conchoTde de percussion. Le conchoïde apparaît sur une lame de tilex au monieut de son dégagement du nucléus. Il lécessitei pour se produire^ un coup sec et fort^ [>orté SUT le plan de frappe. Sa forme est celle d'une portion de sphéroïde^ plus saillante au contact du plan do frappe; su largeur est très variable ; elle peut intéresser presque toute la base de la lame ou n'en occuper que le tiers moyen. Ses bords s'étalent en pente dnuce sur lame.

La conchoïde olTre encore un autre caractère d'aubenticité : c'est la présence des esquilles de percussion

% Fip, 24.

Kclal de silex montrant Iiî plRii de frappe, le conclifiide ûiî péreussîùïi eu relier^ el son •'raillure ou esquille de percuKRîon,

MAM Kl. DK RKCllKKCIIES I'KKlltSTf*niQI'ES

près da pion de frappe. Klles sont déterminées pur hi force du coup porté : d'où écrasement du stilex sous le percuteur et formatioii tle jjetites esquiUles se prolon- ^^eaiit sur le conchoïde.

Ce caractère d'esquillemeul n*est pas cnuslant; mais son existence a une valeur iiitentioiuiellc hidiseutable.

Un autre conchoïde en creux peut se produire spnntanémeiil à la surface des silex par faction atmosphérique ; mais celui-ei esl plus rég^ulier et se rapproche davantaj^e de rhémis[îhère. Ce conchoïde peut se trouver en ^^rand nombre à la surface des silex ; et, dans ce cas, le plan de frappe n^existe pas.

3^ MarfelieinenL — Le martellernent est une taille variable, produisant des effets divers en rapport avec la force employée. 11 peut se rapprocher de la percussion répétée. Dans d'autres cas, ses effets seront difficiles à distin^^uer de ceux produits par des choca naturels* La forme donnée à la pierre permettra de reconnaître Ticuvre intentionnelle.

4" Pression. — La pression esl un travail s'adressant tmx objets délicats. Il est probable que les éclats, plus ou moins fins, observés sur le bord des lames et nommés retouches, oui été obtenus par pression directe de la laine sur uneautre pierre ou même sur Los, quj offrait une résistance moins brutale que la pierre. Ces retouches, suivant les époques, s'observent sur une face ou sur les deux. Les éclats de retouches ont la forme d*écailles; ils laissent sur le silex une cuvette en crois^ sant, dont la courbure s'ouvre au dehors. Ce caractère important^ joint à la ré^^ularitê et à la conlig-uïté des retouches, permet de !es reconnaître, cjuand elles sont accidentelles ; dans ce dernier cas, elles sont placées

AUTHEVTICITK I1ES OBJETS l'HéllISTORIQUES

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au hasard, sont irrégiitières, et à courbure s'ouvrant en dedans

Détht lions à lirer de h trnUe, — Tous les procédés [de taille que nous venons de passer en revue ont per- Tnis ti l'homme de tirer de la pierre des types variables d'outils et de cr<jer des industries spéciales^. Ces caractères constants permettent de fixer souvent avec beaucoup de précision Tâj^^e d'un atelier, d*une station, d*un l^isement où vivaient nos ancêtres.

Il esL donc imjïortant, comme l'ont fait remarquer G. et A* de Mortillet, de s'entendre sur la définition des termes employés, A Tépoque chelléeiine, on trouve un outil caractéristique : le eoup-de-porng ; il est taillé par percussion sur les deux l'aces. Au sotuLréen apparaît, avec la même taille, la feuille de laurier, tandis quaux autres époques, le plus fréquemment, les outils ne sont taillés que sur une face.

Désignons maintenant les diiîérentes parties d*un outil ; et pour cela ii^^urons-noiis la lame encore attachée au nucléus ; le plan de frappe est préparé et le percuteur va donner son coup. Dans cette position^ la face externe du nucléus qui siiute devient le dos ou le dessus de la lame. Cette lame déi^^agée affirme ses caractères par une face d éclalement avec son conchoïde en relief; cette face est le dessous. La hase de la lame correspond au plan de frappe, et l'extrémité opposée est le sommet Les parties latérales et amincies sont regardées comme les bords,

IL La PATINE, d'après G. et A. de Mortillet, est une altération de surface, plus ou moins profonde, de la pierre. L'altération blanche du silex se nomme Cticholong; elle est produite par la combustion des matières organiques colorantes et le départ soit de Teau de Manuel de recherches prêhisloriqaes. H

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composition, soit de la silice hydratée soluble; cette moditicaiion se produit par Taciion combinée de la chaleur, de la lumière el de Thumidité, et surtout de Tacide carbonique. Elle est plus ou moins profonde, peut même intéresser toute l'épaisseur d'une pièce, ou ne s'observer qu'à une face ; dans ce cas, la surface, qui ne se cacholonne pas, repose sur Targile.

Les modifications de couleur du silex donnent encore une patine spéciale à certains gisements. La nouvelle coloration du silex est produite par la pénétration de substances minérales dans les vides qui suivent les départs de matières.

La patine est donc un caractère très important pour ; identifier une pièce vraie ; souvent elle permet de déter- â miner la place stratigraphique d'un outil.

On peut trouver sur le même silex un travail corres- ^ pondant à deux époques différentes; la patine des I relouches anciennes sera naturellement la plus pro- l'onde.

Toutefois, dans des conditions favorables, le silex s'altère vile et quelques années d'exposition au grand soleil et à la pluie suffisent.

Dans les ateliers de surface, les silex paléolithiques sont proi'oudémenl altérés, tandis que les néolithiques le sont moins.

III. Incristations. — Le dépôt de carbonate de chaux par l'action de l'eau sur les silex produit une incrustation, qui équivaut à un brevet d'ancienneté ^. L'adhérence des slalajj^miles a la môme valeur. La présence de petits grains ferrugineux sur les silex est un signe important; il en est de même du crassin, dépôt de car-

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