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CHAPITRE VIII

ENCEINTES DEFENSIVES

Les enceintes défensives ont existé bien avant la période protohistorique et sont probablement plus nombreuses qu'on ne le suppose. Afin de faciliter leur découverte et leur exploration, il est bon de les signaler et de les examiner attentivement.

Le camp fortifié était ordinairement établi sur un plateau élevé, au point présentant le plus de défenses naturelles. Ce choix très judicieux des escarpements permettait d'en défendre plus facilement les abords et limitait le travail de défense artificielle, qui consistait en rétablissement d'un fossé ou d'un mur^ souvent des deux.

Selon la nature géologique du plateau choisi pour établir le camp, on creusait un fossé, si le terrain était argileux, ou bien on construisait un mur, si la nature rocheuse du sol s'opposait au creusement d'un fossé. Il était en effet beaucoup plus facile d'accumuler les matériaux d'une muraille que de faire de grands terrassements, avec l'outillage dont disposaient les constructeurs d'enceintes fortifiées.

Les escarpements choisis sont toujours à proximité d'un point d'eau, source ou rivière, coulant au pied du^ rocher à pic. 11 fallait donc ménager dans l'enceinte une polerne, affectée au service du ravitaillement en eau.

*2\H\ MAM'EI. DE HECIIKRCnivS PRéllISTOHIQUES

Dans beaucoup decamp8, cette poterne a été établie à l'endroit le plus propice pour son usag'e etllanquée d'un couloir forlilié jusqu'au point de ravitaillement en eau.

En plus de la poterne, les camps possédaient une porte située vers le centre de Tonvrag-e défensil", fossé ou muraille. L^abord en était protégé par des flanquements.

Du haut des camps, la vue s'étendait fort loin et il (Hait relativement facile de suivre les évolutions de t'ennemi.

Les enceintes fortifiées préhistoriques ont été utilisées plus Lcird, à toutes les époques^ et plus ou moins améliorées par les nouveaux occupants ; il est donc à peu près constant d'y trouver un mobilier fort mélangé.

Les ouvrag-es de défense sont constitués de dilTérentes façons et selon le cas on trouve :

A. — Un Fossè^ avec un épaulement de terre en arrière.

B. — Lîo mur en pierres sèches, présentant de g-ros blocs de pierres, que Von appelle Mur.s ctjclopéenjf,

C. — Une muraille en pierres sèches^ ou mêlées de terre avec un fossé en avant,

D. ' — Des remparts^ composés de couches de terre, alternant avec des couches de pierres, qui forniaient comme le remplissage d'une sorte de palissade et qui la renforçaient en arrière.

E. — Certaines enceintes présentent une particularité fort curieuse. C'est la inlrifiealîon ou la calciuRfion de leurs murs. Les murs vitrifiés sont propres aux pays granitiques ; les murs calcinés aux pays calcaires. Dans les deux cas, Factinn du feu est évidente, et encore inexpliquée. Il y a donc lieu d'étudier cette question, lors de toute occasion favorable.

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La hauteur des ouvrages de défense varie entre 2 et 10 mètres, selon le cas et selon la conservation du retranchement; l'épaisseur peut aller jusqu'à 15 et ^0 mètres.

Quant à la surface des enceintes défensives, elle varie depuis quelques dizaines de mètres carrés jusqu'à plusieurs hectares.

P Recherche des enceintes défensives, — La première des indications est de rechercher les plateaux, grands ou petits, bordés d'escarpements abrupts, et particulièrement les éperons séparés du reste du massif montagneux par un isthme étroit, par une bande de rochers. Les chances seront d'autant plus grandes d'y découvrir une enceinte, s'il y a de l'eau à proximité. Pour ces sortes de recherches, il y a l'intuition topographique, qu'il est difficile d'expliquer ; mais il faudra se demander quel point du pays, que l'on ■étudie, on aurait choisi pour s'y défendre, si l'on avait été obligé de le faire à l'époque qui nous occupe.

Du reste, quand on a Thabitude de lire une carte d'État-Major, on peut y indiquer les points facilement défendables; et ensuite on peut les explorer avec chances de réussite.

Il faut interroger les gens du pays, particulièrement ceux qui doivent vivre dans les bois ou sur les hauteurs : bûcherons, bergers, gardes forestiers, et même braconniers, etc.

Une précieuse indication donnée par la carte d'Ktat- Major et par les habitants est celle des lieux-dits. Les enceintes défensives ou les camps portent des noms

MAXiri'L J>E Ui-ClItHCIIES HIKIIISTOHIQUES

spéciaux qui varient avec les régions et dont les principaux sont :

Bttr^ Ltt li.'trre, Mf^i/mrs, Muntharntis {de i>rîr, défense).

Cr^1f/e^^^ LVj.v/ero//, Ctisfre.s^ Cfistremtinl (de Caslra, camp).

Cas tel, C€ixleUan, Cnslillon^ G a le au, CAlel, Ciitl' Lh(s^ C/itifftfti, (^h.'tsxet/^ (^hristeil, Chùfeim^ Châlel^ Ch fi t e la rd , Ch â ( tl /o /? (de ca -v le ihi m , c h à l ea u for t ) .

Defeits, Le ÏJeffnnd (de defendere^ défendre).

Camp de Ccifiu\ Cnmp des /htmalnfi^ Camp dWUila, Le Clus, Le Camp.

Levée, Murée, Mtirfjer \ Fossé (des Sarrazîns, etc.); ForC Mtttiffnrl^ qui désignent un point fortifié,

On a aussi signalé uu fîiît très curieux : c'est que beaucoup de lieux de pèlerinag'es et d'antiques chapelles se trouvent druvs d'anciennes enceintes forli fiées.

li^niin, la plupart des j^roupes de iumulus sont situés dans d'anciens camps^ ou à proximité.

'2'' Fouille d^une enceinte défensive. — Lorsqu'on a ,

découvert une enceinte fortifiée, la première chose à 1

faire est d'en lever un plan (voir levé d'un terrain), j

avec toutes les mensurations et tous les détails de Len- )

ceinte. |

Pendant ce levé» on remarquera les endroits les (

mieux conservés pour y dirig-er ses recherches. ||

On pratiquera une Iranchée de 0"" 70 de lar^e, per- !

pendiculaire an mur, et on la creusera jusqu'au sol 1

naturcL Sur celte coupe, on étudiera le mode de cons- j

traction du retranchement et peut-être y trouvera-t-oo ||

des sépultures, des débris de poteries, des silex, du '

bronze et du fer. Dans certains camps, on a trouvé des ]

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pointes de flèches en silex, des haches polies, mêlées à des outils et des armes de différents âges et à des monnaies.

Dans le voisinage des retranchements, on peut trouver des fonds de cabanes^ que Ton fouillera méthodiquement (voir fonds de cabanes) ; des tumulus, et des puils comblés (Voir ces chapitres).

Les objets et les armes de tous âges se trouvent plus spécialement sur le revêtement intérieur de l'ouvrage défensif, au milieu de foyers et d'une couche de terre noire, charbonneuse, caractéristique.

En résumé, la fouille d'une enceinte fortifiée doit se faire avec le plus grand soin et la plus grande méthode, si on veut en tirer tout le parti que comporte une telle découverte. C'est ainsi que les fouilles du mont Beuvray ont donné les splendides collections que l'on sait et ont jeté un jour nouveau sur la civilisation de ses habitants.

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