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CHAPITRE XXXVII

CARDIOGRAPHIE

Sommaire. Cardiographie en géaéral: Définilioo; — Historique; — Division.

Gardiograpliie physiologique.

CARDIOGRAPHIE EN GENERAL

DÉFINITION. — A l'exemple des divers auteurs, qui se sont occupés de cette question, je réunirai sous le nom de eardiographie l'ensemble des procédés destinés à l'étude du cœur normal et pathologique, à l'aide d'appareils enregistreurs.

HIST0RIQU3. — L'emploi de ces divers procédés est de date toute récente. Même en donnant à cette méthode ses limites les plus étendues, nous pouvons dire qu'elle ne remonte guère au-delà de la seconde moitié de notre siècle.

A Buisson revient le mérite d'avoir le premier essayé d'enregistrer les mouvements du cœur; mais c'est surtout à Chauveau et Marey, et tout particulièrement à ce dernier, que revient l'honneur d'avoir créé la méthode, d'avoir révélé son importance, et surtout de l'avoir fait asser dans le domaine de la clinique.

Ce fut, en effet, pour l'étude des fonctions du cœur, que, dès 1861, ces deux grands physiologistes inventèrent

310 CARDIOGUAPHIE et perfectionnèrent les divers appareils cardiographiques Leurs travaux, commencés vers 1860, se continuèrent jusqu'en 1863.

Avant cette époquo, en effet, la plus grande divergence régnait encore sur ce que l'on appelait la théorie du cœur ; c'est-à-dire sur l'explication des principaux phénomènes apparents des fonctions de cet organe : les bruits et les chocs. Beau, et avec lui une partie du corps médical, pensait que les bruits correspondaient aux périodes de résolution des cavités cardiaques, oreillettes et ventricules; tandis qu'une autre partie du corps médical, au contraire, fidèle à la théorie d'Harvey, continuait * à croire, que ces bruits s'entendaient pendant leur contraction. •

La question en était là, elles diverses expériences entreprises par les deux camps opposés étaient restées sans résultats, quand Ghauveau etMarey résolurent de l'élucider. Pour y arriver, renonçant à tous les procédés suivis jusqu'à eux, et faisant table rase de toutes les expériences invoquées de part et d'autre, ils s'adressèrent à la méthode graphique. Mais, cette voie étant nouvelle, il leur fallut tout créer, méthode et instrumentation. Si le temps nous le permettait, il serait plein d'intérêt de suivre ces deux expérimentateurs aux prises avec les difficultés qu'ils rencontraient à chaque instant; et de voir leur ingéniosité en triompher. Mais, outre que le temps nous manquerait, ces recherches intéressent surtout la cardiographie physiologique; et nous devons nous occuper ici surtout de la cardiographie clinique.

Ghauveau et Marey, dans leurs mémorables expériences, qui furent contrôlées par des commissions des corps savants, Académies de Médecine et des Sciences, établirent d'une manière irréfutable que le premier bruit était sys-

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tolique et le second diastolique. Ils confirmèrenl ainsi la théorie de Rouanet, el fondèrent sur des bases inébran-

lables la théorie des bruits du cœur telle que nous Tavons aujourd'hui.

Mais Marey ne s'en tint pas là. Après avoir étudié les fonctions du cœur dans un but exclusivement expérimental, il voulut faire profiter la clinique de ses découvertes.

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Utilisant d'abord le stéthoscope de Kœaig, dont j'ai donné la description dans un précédent chapitre, il put, à sa grande satisfaction, obtenir le tracé du cœur de l'homme sain; et, cela, avec des détails toujours uniformes, et dont la ressemblance avec celui des grands mammifères, déjà bien connu, était telle, qu'il ne pouvait rester aucun doute sur son exactitude. Mais l'instrument de Koenig présentant quelques inconvénients pratiques, Marey chercha mieux ; et dota bientôt le corps médical d'un instrument simple et d'un maniement facile et suffisamment exact, permettant au cœur de reproduire les divers temps de sa révolution avec la plus exacte fidélité.

Le même instrument, légèrement perfectionné, put même servir à plusieurs fins, et enregistrer plusieurs phénomènes de la circulation d'une manière synchronique : le cardiographe était devenu le polygraphe clinique.

Je figure ici son appareil enregistreur (fig. 33).

Enfin, Marey voulut donner l'exemple; et ce fut lui qui fit de son instrument les premières applications cliniques. 11 nous donna des tracés types de quelques affections du cœur, et, notamment, de l'insuffisance aortique pour laquelle il fit la contre-épreuve expérimentale.

Depuis, de nombreux cliniciens s'en sont servi ; et si maintenant il est un peu délaissé, c'est, comme je chercherai à l'établir en terminant, que l'on a demandé à cet instrument plus qu'il ne pouvait donner, plus qu'il n'avait promis.

Division. — Comme ou peut le voir par ce qui précède, les applications de la cardiographie sont de deux ordres : les unes intéressent la physiologie expérimentale, et les autres, la clinique. De là une division toute naturelle :

La cardiographie physiologique ;

CARDIOGRAPHIE PHYSIOLOGIQUE 315 La eardiographie clinique.

La première sortant du cadre que je me suis tracé, je n'en dirai que quelques mots, réservant toute l'attention pour la seconde, qui seule relève de mon sujet.

CARDIOGRAPHIE PHYSIOLOGIQUE

Division. — La cardiographie physiologique comprend elle-même quatre divisions, ce sont :

La cardio-puncture enrégistrée ; 2° La eardiographie simple ; 3° La cardiographie manomêtrique ; 4° La cardiographie physiologique expérimentale^

i° Cardio-puncture enrégistrée. — On donne ce nom à, un procédé qui consiste à analyser les mouvements du cœur, à l'aide d'une aiguille qui le pénètre après avoir traversé la paroi thoracique.

Cette aiguille présente dès lors deux parties : l'une intérieure et l'autre extérieure, et un point tixe au niveau de la paroi thoracique. Chaque mouvement, imprimé par le cœur à la partie intérieure, se reproduit donc en sens inverse à la partie extérieure, et avec une amplitude qui sera proportionnelle aux longueurs de ces deux parties.. On pourra donc ainsi compter les contractions, et apprécier leur amplitude. On comprend même que, si la partie extérieure est mise en rapport avec un cylindre enregistreur, elle puisse tracer sur ce cylindre un graphique qui reproduise fidèlement ses divers mouvements.

2° Cardiographie simple. — Le cœur des animaux à sang froid, on le sait, séparé de l'organisme, continue à battre pendant un temps encore fort appréciable. On voit alors les oreillettes et les ventricules se contracter succes-

SÉMÉIOLOGIE. Q

su CARDIOGRAPHIE sivement. Mais si ce simple examen permet de constater ■le fait principal de cetle conlraction, ainsi que le prouve l'expérience suivante, il laisse échapper de nombreux détails C'est à cette expérience que l'on a donné le nom de cardiographie simple.

Cette expérience se pratique à l'aide d'un levier articulé interpuissant. Le cœur, qui représente la puissance, est placé sous le levier, près de son articulation, qui est fixe, et séparée de lui par un cylindre en moelle de sureau. Toutes les fois que le cœur se contractera, l'exlrémilé libre du levier sera soulevée; et, cela, en décrivant des mouvements d'autant plus grands, qu'il existe une disproporlion plus considérable dans la longueur des deux bras du levier. Un cylindre enregistreur, mieux encore que précédemment, pourra traduire les dilTérenles oscillations de .ce levier.

On pourra ainsi étudier successivement soit le ventricule, soit l'oreillette; et voir quelle est la marche de cette contraction, ainsi que son intensité.

3° Cardiographie manométrique. — Nous arrivons ici à une expérience se rapprochant plus de l'état normal -que la précédente.

Si, en effet, dans cette expérience, comme dans la dernière, le cœur est complètement séparé de l'organisme, il ne se contracte plus à vide. Dans l'expérience actuelle, le cœur est traversé par un sérum artificiel ; et c'est par l'intermédiaire de ce sérum qu'est mesurée la différence de pression.

4° Cardiographie expérimentale physiologique. — Elle est de beaucoup la plus compliquée, mais aussi la plus intéressante. C'est elle qui a été surtout employée par Ghau- 'veau el Marey. Son but est de donner le graphique de la

■ CARDIOGRAPHIE PHYSIOLOGIQUE SIS-

contraction des difTérentes parties du cœur, sans compromettre l'existence de l'animal sur lequel on opère.

Chauveau et Marey, à l'aide d'un appareil spécial, ont étudié successivement ou simultanément les contractions de l'oreillette droite, celle du ventricule droit, celle du ventricule gauche et le battement du cœur.

L'idée fondamentale de leur appareil est la suivante :

1" Faire pénétrer dans la cavité cardiaque, dont on veut examiner la contraction, une poire élastique communiquant avec un tambour enregistreur ;

2° Avoir un tambour enregistreur assez sensible pour traduire les différences de pression légères ;

3" Avoir un appareil enregistreur jouissant d'un mouvement régulier.

Voilà le but à atteindre. Or, quelque délicat et difficile que parût le problème, ces habiles expérimentateurs l'ont résolu. Pour les deux cavités cardiaques droites, ilsy sont arrivés par la veine jugulaire. Ils ont même pu, à l'aide d'une sonde double, dont chaque division porte une poire qui pénètre, l'une dans l'oreillette et l'autre dans le ventricule, étudier simultanément les contractions de ces deux cavités.

Pour le ventricule gauche, on y arrive par la carotide^ en ayant soin de profiter du moment où le ventricule sa contracte. Les valvules sigmoïdes sont alors appliquées contre les parois de l'artère; et un léger effort permet de faire franchir le passage à la poire exploratrice, dite comme les précédentes, poire initiale.

Quant à Voreilleiie gauche, elle n'a pu encore être explorée. Son accès est trop difficile.

Enfin, le choc du cœur a été étudié, en plaçant la poire initiale entre les deux plans des muscles intercostaux^ les internes et les externes.

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Le tambour enregistreur, ou poire terminale, peut varier de forme ; mais la plus fréquente est la suivante : -un segment de cylindre en métal léger, communiquant par un tube flexible, mais inextensible, avec la poire initiale, est fermé à sa face supérieure par une feuille de caoutchouc, portant à son centre uneplaque en bois léger, ■qui, elle-même, supporte une tige, sur laquelle repose un levier articulé interpuissant. Celte tige atteint le levier près de son point fixe, et le divise en deux bras très inégaux, dont le plus long porte la pointe écrivante.

L'appareil étant ainsi disposé, on comprend facilement, que toute pression sur la poire initiale aura pour effet de soulever le levier, qui décrira sur l'appareil enregistreur une ligne ascendante. Le contraire aura lieu, quand la ■contraction diminuera.

Quant à V appareil enregistreur, il a été constitué tantôt par un cylindre noirci ou recouvert d'une feuille de papier, selon que le stylet enregistreur trace sa courbe avec une pointe sèche ou avec de l'encre; tantôt par une bande de papier glissant sur une lame plane (fig. 33).

C'est à l'aide de cet appareil que Chauveau et Marey ont recueilli les tracés que je représente dans le chapitre suivant, tracés dont toute l'importance ressortira dans l'étude ■de la cardiographie clinique que je vais aborder.

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