ÉCHELLES DU DÉVELOPPEMENT DE LA TAILLE ET DU POIDS
Ages
Hommes
Femmes
Taille
Puids
Taille
Poids
CO
^ Les conclusions que Quetelet a tirées de ces études sont ainsi résumées par Lévy, auquel je les emprunte : « 1° Dès la naissance, il existe une inégalité pour le
Michel Lévv, p. 2i8.
poids et pour la taille entre les enfants des deux sexes : le ])oids moyen des garçons est de 3 kil. 20, celui des filles de 2 kil. 91 ; la taille des garçons étant de 0 m. 496 et celle des filles de 0 m. 483;
2" Le poids de l'enfant diminue un peu jusque vers le troisième jour après la naissance ; et il ne commence à croître sensiblement qu'après la première semaine ;
3° A égalité d'âge, l'homme est généralement plus pesant que la femme ; vers l'âge de douze ans seulement, un individu de l'un ou de l'autre sexe a le même poids. Entre un et U ans, la différence de poids est de 1 kil. à 1 kil. .oOO ; entre 16 et 20 ans, elle est de 6 kil. environ, et après cette époque, de 8 à9 kil.;
4" Quand l'homme et la femme ont pris leur développement complet, ils pèsent à peu près exactement vingt fois autant qu'au moment de la naissance, et leur taille est environ trois fois et un quart ce qu'elle était à la même époque ;
5" Dans la vieillesse, l'homme et la femme perdent environ 6 à 7 kil. de leur poids et 7 centimètres de leur taille ;
6° L'accroissement en hauteur est plus grand que l'accroissement transversal comprenant la largeur et l'épaisseur;
7° L'homme atteint le maximum de son poids vers 40 ans, et il commence à perdre d'une manière sensible vers l'âge de 60 ans ;
8" La femme n'atteint le maximum de son poids que vers l'âge de 30 ans. Pendant le temps de sa fécondité, c'est-à-dire entre 18 et 40 ans, son poids augmente d'une manière sensible;
9" A égalité de taille, la femme pèse un peu moins que l'homme avant d'avoir la hauteur de 1 m. 30, qui corres-
pond à peu près à l'âge de puberté ; et elle pèse un peu plus pour les tailles élevées ;
10" Abstraction faite du sexe et de l'âge, le poids moyen d'un individu est de 44 kil. 7, et, en tenant compte des sexes, il est de 47 kil. pour les hommes et de 42 kil. 5 pour les femmes. »
B. Age adulte pendant la maladie. — Jusqu'à présent, tout au moins en France, les pesées n'ont guère été appliquées, dans le courant de la clinique, qu'auxmalades pouvant se lever; et pour eux, comme pour les adultes en état de santé, c'est la balance bascule qui a été utilisée. La manière d'opérer et les recommandations restent les mêmes que précédemment.
Je pense du reste que cette balance ou celle employée pour les courses comme pour les cas précédents peut suffire.
Modifiée dans certaines de ses parties elle pourrait même devenir appliquable aux malades trop graves pour se tenir debout ou assis, pourvu qu'on puisse les placer sur un brancard. C'est dans ces conditions qu'ont été faites, dans le service du U^' Dujardin-Beaumetz, les pesées dont le résultat a été publié par le D'- Cohin K
L'instrument très perfectionné que j'ai vu dans le service de ce clinicien, dont le nom est mêlé cà l'histoire de tous les progrès scientifiques, appartient au système Chameroy.
« Une bascule, système Chameroy, dit le D"" Cohin, était installée dans une chambre chauffée. Cette bascule indiquait des écarts de poids de 25 gr. et imprimait automatiquement, sur un ticket, le poids du malade ; toute erreur de lecture était donc impossible.
1 CoaiN (D' L.), Elude sur la variation du poids du corps dans la fièvre typhoïde. {Bulletin général de thérapeutique, 15 mai 1887, page 397.)
« Le malade, vôtii seulement de sa chemise, et enroulé dans deux couvertures chaudes, était disposé sur un brancard construit exprès. Deux infirmiers transportaient le brancard sur la bascule. La pesée était faite immédiatement et imprimée sur le ticket.
« Le poids des deux couvertures et du brancard étant connu d'une façon exacte, il suffisait de le déduire du poids total pour connaître le poids du malade.
«En ce qui concerne la quantité de boisson absorbée par le malade, tous les matins on mettait sur sa table de nuit les pots de tisane ou de bouillon nécessaires pour vingtquatre heures, et le lendemain la quantité restante permettait d'apprécier suffisamment la quantité consommée. »
Mais, on le voit, quelque perfectionnée que fût celle bascule, quelque garantie qu'elle assurât sous le rapport de l'exactitude, quelque commodité qu'elle donnât pour la rapidité du pesage, elle n'en présentait pas moins le grave inconvénient d'exiger le déplacement du malade, déplacement qui entraîne toujours un certain embarras et qui peut ne pas être sans danger.
C'est ce qui m'avait, depuis longtemps, suggéré l'idée de faire disposer le plateau d'une balance de Quintenz ordinaire, de telle manière qu'elle pût supporter un lit, ou d'adapter un peson, ou môme une romaine, à un des divers appareils que possède déjà la clinique pour soulever les malades, tels que l'appareil de Decamps (de Brest), dont je me suis servi pendant longtemps et avec grand profit. On aurait pu ainsi peser le malade, sans grand dérangement, sans danger, aussi souvent qu'on l'eût désiré, et cela avec une précision qui, sans être parfaite, eût été suffisante pour les besoins de la clinique.
Mais cette idée a été dépassée. La balance à plateau assez
large pour recevoir un lit a été adoptée ; mais en augmentant d'une manière sensible sa précision.
C'est également le D"" Dujardin-Beaumetz qui a eu le mérite de faire cette nouvelle innovation dans son service.
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FiG. 1. — Bascule enregistreuse.
Cet appareil est la bascule enregistreuse, qu'Hervé- Mangon a fait construire et employée pour ses expériences si intéressantes sur les animaux, et auquel Hedier a ajoute une heureuse modification d'horlogerie.
Le Cohin avait déjà donné dans son travail le schéma ci-conlre, et la description suivante qui le fait comprendre et que je lui emprunte textuellement:
« F, extrémité du fléau de la bascule ou d'une balance quelconque. T., terminaison en T de ce fféau. V et V, deux volants entraînés par deux rouages d'horlogerie dont B et B' sont les moteurs. L'un de ces rouages B' tourne à droite, l'autre B tourne à gauche. Si le fléau F s'élève, le volant V sera libéré et laissera tourner le rouage B à gauche. S'il s'abaisse, c'est B' libéré qui tournera adroite. Ainsi, dès que le poids change en plus ou en moins, l'un des volants tourne et son rouage avec lui. Entre B et B' est un train différentiel qui relie les deux rouages. Et le centre Q de ce train tourne à droite ou à gauche suivant que c'est B ou B' qui marche, sur cet axe est une poulie E sur laquelle est enroulé un tîl porteur d'un poids plongeur P dans un vase S. Ce vase est placé sur le petit plateau de la bascule. Si P descend, ce petit plateau s'alourdit et l'équilibre détruit se rétablit. Sur le même axe Q est une seconde poulie E' sur laquelle s'enroule un second fil lll, passant sur deux poulies e. Un poids I tend ce fil. Un crayon Y va à droite et à gauche, suivant le sens où tourne l'axe Q, et ce sont ces déplacements inscrits sur un cylindre ce qui donnent le changement de poids de l'objet placé sur le plateau.
« Ainsi, supposons F l'extrémité du fléau opposé à celui où est l'objet à étudier, si le poids diminue, T s'abaissera. V sera libéré, B' tournera à droite, le centre Q et les poulies E,E' tournant à gauche P montera, le crayon Y marchera vers la gauche, et P allégeant ainsi le petit plateau, l'équilibre sera rétabli.
K Comme on le voit, le crayon enregistre les quantités dont se déplace P pour rétablir l'équilibre.
« Il est entendu que le cylindre ce tourne régulièrement, conduit par une horloge. En sorte que le tracé indique les moments précis où s'opèrent les changements de poids. »
Depuis, dans un article tout récent du D"" Slackler publiant des observations de fièvres thyphoïdes prises dans le même service, nous trouvons la description suivante du même appareil :
« L'appareil employé est la bascule Hervé-Mangon- Redier. C'est une bascule ordinaire, très sensible. Sur le grand plateau, un lit et le malade ; sur le petit plateau, des poids; ceux-ci sont quelconques, sauf l'un d'eux : un cylindre mobile de haut en bas et de bas en haut, plongeant dans un vase rempli aux deux tiers d'un liquide non volatil ; les oscillations de ce cylindre sont telles, que le petit plateau se met constamment en équilibre avec le grand plateau, quelles que soient les variations de celui-ci. Ce résultat est obtenu de la façon suivante : une aiguille est fixée à l'extrémité du fléau, du côté du petit plateau ; quand le grand plateau s'élève ou s'abaisse, cette aiguille oscille en sens inverse, et, dans son mouvement, agit sur un appareil enregistreur, de telle sorte qu'à ce moment, d'une part, le cylindre, suspendu à une poulie de cet appareil et chargé de rétablir constamment l'équilibre des deux plateaux, et, d'autre part, le crayon, qui fixe les oscillations du cyhndre sur le papier, se déplacent ensemble.
«Supposez que le grand plateau augmente de poids: aussitôt le cylindre plonge d'une longueur pioportionnelle à cette variation de poids; l'équilibre se rétablit; mais, en même temps, le crayon s'est déplacé proportionnellement au déplacement du cylindre. Le crayon et le cylindre se déplacent dans le sens opposé, quand le grand plateau
diminue de poids. L'aiguille et le cylindre chargé de rétablir l'équilibre ont élo imaginés par M. Ilervé-Mangon. L'appareil d'horlogerie qui commande les oscillations du cylindre dans un sens ou dans l'autre et les enregistre, a ■été inventé par M. Redier. » {Société d'encouragement pour V industrie nationale. Rapport de M. Goulier, 1878.)
On ne saurait nier que la bascule enregistreuse d'Hervé- Mangon, à laquelle est venu s'ajouter le perfectionnement de Redier, ne constitue un appareil des plus ingénieux et ■en même temps des plus précis. Je l'ai vu fonctionner, et je me plais à reconnaître ses précieuses qualités. Mais je crains d'abord que son perfectionnement même, qui forcément en augmente le prix, ne l'écarté trop longtemps encore de la clinique courante, et ensuite que sa sensibilité, précieuse dans des mains soigneuses et exercées, ne le rende bien fragile et bien sujet à erreur dans d'autres condilions. De sorte que tout en rendant justice à l'ingéniosité des inventeurs de cet appareil, que je trouve tout à fait applicable dans les recherches délicates auxquelles se livre le savant clinicien de Thopital Cochin, je pense qu'il serait à désirer que l'on trouvât pour la pratique un appareil moins exact, si l'on veut, mais d'un prix moins élevé, et plus en rapport avec les conditions de la clinique courante.
Quelques exemples feront voir l'importance que peuvent acquérir les pesées dans l'étude des maladies. Je les prendrai parmi les maladies aiguës et chroniques.
Fièvre typhoïde. — ht?, résultats constatés parleD''Gohin, soit avec labascule système Ghameroy, soitaveclabas- , cule enregistreuse Hervé-Mangon-Redier, sont les suivants : « 1° La fièvre typhoïde présente deux périodes : une
période de perte, une période de gain ; cerlaines causes accidentelles peuvent les modifier, mais non en affecter le sens général ;
2° La perte est surtout due à la combustion fébrile et très peu à la diète ;
3° La perte varie avec les individus ;
4° Les pertes d'azote total et de poids sont presque parallèles à la marche de la température, sans toutefois la suivre exactement;
5" L'étude du graphique peut aider au pronostic; une ascension continue du poids étant un signe de convalescence ;
6° Les complications de la maladie augmentent la perte du poids;
7» L'étude de la perte du poids permettrait de préciser l'action des substances nutritives dans les fièvres;
8° La perte du poids chez un typhoïde se fait chaque jour d'une manière uniforme. »
Pour les affections à marche chronique , je pourrais donner les résultats obtenus dans l'anémie, la diabète, les atreclions intestinales des pays chauds, etc., mais seuls ceux obtenus dans ces dernières trouveront place ici; et j'y joindrai quelques mots sur ceux observés récemment chez les épileptiques.
Affections intestinales.— De^ms 1872, tous les diarrhéiques et tous les dysentériques, que j'ai eu à soigner, soit en France, soit dans les Colonies, ont été pesés tous les deux ou trois jours au commencement de leur traitement, et une fois par semaine au moins à la fin. Or, souvent, les pesées m'ont fourni de précieux renseignements. Parfois, en effet, j'ai pu rassurer des malades et persister
daas le traitement, quoique le nombre de selles ne fût pas modifié, parce que leur poids augmentait; souvent aussi les malades ont puisé, dans ces pesées, le courage pour continuer le régime lacté, par exemple ; enfin, dans la période du régime mixte, elles me guidaient dans les modifications que je devais lui faire subit' \
Les conclusions auxquelles je suis arrivé sont les suivantes :
1" Audébut,sous l'influence des purgatifs, le poids baisse toujours de bOO gr. à 1000 gr. ;
2" Cette diminution se continue au début du régime lacté, lorsque la quantité ne dépasse pas 1 litre et demi ou 2 litres ;
3° Avec 2 litres et demi quelques malades restent slalionnaires ;
4° Avec 3 litres beaucoup augmentent, et regagnent ce qu'ils avaient perdu au début du traitement;
0° Mais c'est surtout à partir de ce moment que l'augmentation s'accentue. Ce sont surtout les viandes rôties et les ragoûts qui la favorisent le plus.
Epilepsie. — Enfin, je l'ai dit, à ces recherches, je vais ajouter celles qui ont été faites par Kowalesky et Olderogge sur les variations de poids pendant les attaques d'épilepsie. Je donne le résultat de leurs recherches, du reste contradictoires, d'après le résumé que je trouve dans la Revue des sciences médicales (tome XXI, p. 6bl).
M. Kovi^alesky, en se basant sur cent quinze observations cliniques, avait admis que les attaques d'épilepsie de toutes espèces, s'accompagnent d'une diminution subite
1 Maurel (D'), Du Irailemenl de la diarrhée cl de la dysenterie chimiques par le régime laclé mixte gradué. {Bulletin général de thérapeulique.)
du poids corporel, qui, dans le cas d'épilepsie invétérée et à la suite d'une grande attaque convulsive, peut atteindre jusqu'à 0 livres. A la suite d'attaques subintrantes ou coup sur coup, celte perte de poids pourrait même s'élever jusqu'à iS livres. D'après cet observateur, ce phénomène pourrait donc servir à élucider le diagnostic d'épilepsie dans le cas de simulation présumée.
Mais, d'autre part, M. Olderogge s'est attaché à démontrer que les assertions de M. Kowalesky reposent sur de fausses interprétations de chiffres ; et reprenant les recherches cliniques de son compatriote, il arrive à cette conclusion : que si les attaques convulsives peuvent entraîner chez les épiieptiques une perte de poids corporel, celle-ci est trop minime pour pouvoir servir au diagnostic différentiel entre l'épilepsie vraie et l'épilepsie simulée. On voit quels services peut déjà rendre la balance.
Cependant, je dois en convenir, il faudrait se garder d'accepter ses résultats sans discussion. Plus encore que ceux fournis par beaucoup d'autres procédés, ils demandent à être interprétés. Plusieurs causes d'erreur sont surtout à signaler.
La première peut être due aux évacuations nombreuses et abondantes provoquées par les purgatifs ; c'est ainsi que toujours le poids est abaissé pendant l'administration de l'ipéca à la brésilienne. La seconde est l'augmentation que produisent les bains prolongés. Enfin, la plus importante est celle qui résulte des degrés divers d'infiltration dans les anémies, qu'elles soient essentielles ou consécutives à d'autres affections; on peut voir dans ces cas le poids baisser, quoique l'état général du malade se relève; et il en est ainsi à plus forte raison chez les ascitiques.
Ce sont là, évidemment, des conditions dont on doit
tenir compte et qui peuvent parfois rendre les résultats de la balance incertains. Mais je pense qu'il sera toujours facile de les apprécier, et que dans de nombreuses autres circonstances cet instrument de précision n'en sera pas moins fort utile.