CHAPITRE VIII
TOUCHER
Sommaire : DéQnition ; — Division ; — Procédés.
TOUCHER
Le toucher, auquel le chirurgien demande si souvent ses indications, et dont il en reçoit de si précieuses, n'est que bien rarement utilisé par la médecine^ pour laquelle j'écris d'une manière exclusive. Aussi, n'en dirai-je que quelques mots.
On vient de voir combien il est difficile parfois de séparer ce qui appartient à la palpation de ce qui doit revenir au toucher. Ces deux procédés d'exploration, en effet, emploient la main démunie de tout instrument ou appareil; l'un et l'autre peuvent nous donner des notions de surface, de consistance et déforme; l'un et l'autre relèvent essentiellement du même sens, le tact; enfin, le toucher, comme la palpation, utilise les indications que nous fournit Je sens musculaire. Et cependant, pour la rigueur du langage scientifique, il est indispensable que la valeur propre de ces deux mots soit fixée autant que possible. C'est là -un fait capital, surtout au point de vue auquel je me suis placé, au point de vue de la lechnique, la détermination des termes étant une de ses parties les plus importantes.
Essayons donc de bien préciser ce qui appartient à chacun de ces deux procédés.
Disons tout d'abord, qu'il est certains cas types pour lesquels le doute n'existe pour personne; et pour lesquels nul n'hésitera sur le choix du mot qu'il faut employer. On
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palpe l'abdomen, une tumeur; et on pratique le loucher vaginal, rectal, etc. Prenons donc ces cas types, et voyons ce qu'ils nous présentent de caractéristique.
Dans les cas types de palpation, assez souvent les. deux mains sont employées; et, lorsqu'une seule est utilisée, elle l'est dans sa totalité. Ce n'est pas aux côtés les plus délicats du toucher que l'on demande les sensations. Enfin, toujours il s'y joint l'appréciation de l'effort développé» le sens musculaire.
Pour le toucher, au contraire, ce sont les doigts qui servent, on peut le dire, d'une manière exclusive. C'est leur pulpe qui, autant que possible, est mise en contact avec le point examiné. Les notions que nous cherchons sont souvent recueillies non plus par un loucher grossier, mais par ce qu'il y a de plus délicat dans le tact. Enfin, les notions de résistance souvent ne sont que secondaires.
Nous devrons donc, d'après ce qui précède, employer l'expression de palper, quand toute la main aura été mise en œuvre; quand les notions à acquérir dépendent surtout du sens musculaire. Nous devrons, au contraire, dire qu'il y a toucher, quand le contact ne s'exerce qu'à l'aide d'un ou de deux doigts, comme pour le toucher vaginal, rectal, l'exploration d'une plaie, et quand il s'agit de différenciations délicates. Un exemple va faire ressortir la différence que j'admets entre ces deux méthodes c'iniques.
Supposons qu'il s'agisse d'examiner une tumeur utérine. Si un doigt est introduit dans le vagin, il pourra parcourir la tumeur, en déterminant la forme, la consistance, etc. ; et cependant il n'y aura que toucher. Mais que la main entière soit introduite, que celle main arrive sur la tumeur, qu'elle la saisisse, et il y aura palper. L'opposition des doigts et la préhension, comme le dit Lassègue seraient donc le propre de la palpation.
DÉFINITION, DIVISION, PROCÉDÉS 71 Le loucher, lel que je le comprends, peul donc s'exercer avec tous les doigts en même temps, ou môme la main entière ou avec quelques doigts isolés, selon qu'il s'agit d'examiner une surface libre ou une partie profonde. Dans le premier cas, nous avons le toucher superficiel, \q frôlement Lassègue, et dans le second, le toucher profond.
Ce n'est guère que le toucher superficiel qui est utilisé par la médecine. L'autre est presque exclusivement chirurgical. C'est de lui dont relève le toucher vaginal, rectal, etc.
Le toucher superficiel s'exerce avec la main à plat, ou avec la pulpe des doigts seulement. Mais dans ces deux cas, il faut qu'il soit dépourvu de pression, sans cela, nous ferions, nous l'avons vu, de la palpation.
Ce toucher superficiel nous révélera la température de la peau, et même certaines qualités de la chaleur que n'apprécie pas le thermomètre. C'est également lui qui appréciera les qualités de sécheresse, de moiteur ou d'humidilé de la peau, et aussi son état de finesse ou de rudesse. Enfin, c'est lui qui nous permettra de juger de la consistance des téguments (œdème, emphysème) et qui nous fera reconnaître certaines indications limitées dont il peut être le siège tels que l'urticaire, le bord de l'érysipèle, etc.
Sa technique ne se prête qu'à bien peu de considéralions. Procède de douceur par excèllence, c'est toujours avec lenteur et avec ménagement que ses indications devront être recueillies. S'il s'agit de la température, la main sera poséf à plat et laissée quelques secondes; ce n'est qu'à cette condition que cette qualité des téguments sera bien examinée. S'il s'agit de constater l'œdème, l'emphysèmeun doigt seul sera employé, et sa pression plutôt soutenue que forte. Ce sont là, du reste, des pratiques bien connues, et sur lesquelles il me semble inutile d'insisler.