CHAPITRE XXXIV
(Suite)
Sommaire. AuscuUaliou des bronches : Définition; — Importance; — Lieux d'élection; — Position du malade; — Position du médecin;. — Caractères normaux et pathologiques.
DÉFINITION. — Enfin, pour compléter ce que j'ai à dire sur l'auscultation de l'arbre aérien, il me reste à parler du bruit respiratoire entendu au niveau des bronches, ou bruit bronchique, i>lm fréquemment désigné sous le nom de souffle bronchique.
Il est assez souvent question de souffle bronchique, dans les traités d'auscultation et de pathologie; mais presque toujours, je dois le faire remarquer, il s'agit dans ces cas d'un bruit pathologique. Or, le bruit dont je m'occupe ici est un bruit normal. C'est celui que l'on entend lorsqu'on ausculte les bronches à l'état sain.
Importance. — Son auscultation a une importance réelle ; et qui se révélera dans la pratique, plus souvent encore que celle de l'auscultation du larynx et de la trachée.
Les bronches, en effet, et leurs premières divisions, sont le siège, souvent exclusif, des bruits qui caractérisent, ou tout au moins qui accompagnent, leurs diverses lésions.
Dans beaucoup de bronchites, il est permis d'entendre des bruits secs et humides dans une grande étendue de la surface thoracique. Cette grande étendue est même un des caractères de ces bruits, et de cette affection. Mais, je crois important de le faire remarquer, ces râles ne s'entendent que lorsque l'inflammation a gagné les divisions bronchiques encore assez fines ; ce qui n'a pas toujours lieu.
Dans d'autres cas, et ils sont assez nombreux, l'inflammation reste limitée aux bronches elles-mêmes; et quoique tous les autres symptômes rendent l'existence de la bronchite indéniable, l'auscultation la plus attentive ne fait constater aucune modification des bruits respiratoires, tant qu'on les cherche aux lieux d'élection ordinaires. Or, qu'après avoir ausculté la partie postérieure de la poitrine, où l'on trouve habituellement les râles secs et humides de la bronchite, on en vienne, dans ces cas, à examiner les foyers des bronches, et il arrivera souvent que l'on constatera des modifications qui concordent de tous points avec les autres symptômes observés. Il y a longtemps, que j'ai fait faire ces remarques aux jeunes collègues qui suivaient mes visites.
LiEox d'élection. — Les lieux d'élection des bronches sont en arrière. Ce n'est que par ce plan qu'on peut ausculter ces organes ; mais, sur ces points, leur examen est facile.
Pour les trouver, il suffit de se rappeler que la trachée se divise au niveau de la troisième dorsale; et de compter les apophyses épineuses, à partir de la proéminente, toujours facile à reconnaître. C'est des deux côtés de cette troisième vertèbre dorsale, et à quelques centimètres en dehors, que se trouvent ces lieux d'élection. Assez souvent-
le maximum du souffle bronchique est un peu plus haut, parce qu'en on'ct, vu l'inclinaison de l'apophyse épineuse, son sommet correspond largement au corps de la quatrième dorsale.
On peut donc dire, que les foyers des bronches se trouvent des deux côtés, à la hauteur des deuxième et troisième apophyses épineuses dorsales ; et qu'en largeur ils s'étendent à o centimètres environ de la ligne médiane.
Position du malade. — Les foyers des bronches étant situés en arrière, il est indispensable, on le comprendra, que le plan postérieur du malade soit facilement accessible.
On pourra donc l'ausculter debout, ou, s'il est alité, assis sur son lit. Pour que les bruits des deux côtés soient comparables, il faut veiller à ce que la situation prise par le malade soit bien symétrique.
Position du médecin. — Comme précédemment, l'emploi du stéthoscope tubulaire laisse au médecin une certaine latitude. Il se placera le plus souvent sur le côté, et un peu en arrière, de telle manière qu'il puisse voir les points exacts de l'application de son collecteur. Sans que cette application, en effet, exige autant de soins que celle que l'on fait sur le larynx ou la trachée, elle ne demande pas moins à être surveillée. Les foyers des bronches sont limités ; et les caractères du souffle bronchique varient à quelques centimètres de distance. Il est donc nécessaire de s'assurer, que l'on ausculte des points exactement symétriques, quand on fait l'examen comparatif des deux côtés, ce qui est ici indispensable.
Bruit normal. — Ainsi que l'indique son nom, le bruit respiratoire des bronches est tout à fait comparable à
celui que l'on produit en soufflant dans un tube: d'où le nom de soufjle bronchique.
Ce souffle normal, du reste, je dois le dire, est plus doux, et correspond à une note moins élevée, que le bruit pathologique auquel on a donné le nom de souffle tubaire, qui paraît provenir d'un corps vibrant plus dense.
Le souffle bronchique normal, comme tous les bruits respiratoires, a ses deux temps. Mais, tandis que pour le larynx et la trachée, nous les avons trouvés sonores à peu près pendant toute leur durée, le souffle bronchique, se rapprochant en cela du murmure vésiculaire, voit le bruit de l'expiration diminuer, et un temps silencieux séparer la fin de l'expiration de l'inspiration.
Son intensité, sensiblement inférieure à celle du bruit laryngien et du bruit trachéal, est supérieure à celle du murmure vésiculaire, à laquelle, du reste, elle devient rapidement égale, quand on s'éloigne de quelques centimètres du point précis des foyers.
Bruits anormaux. — L'intensité du souffle bronchique peut être augmentée ou diminuée, et cela, soit dans ses deux temps à la fois, soit pour un temps seulement.
Son timbre peut également être modifié.
Nous le trouverons, soit plus aigu et tendant vers la sibilance, soit plus grave et afl'eclant les caractères des divers râles sonores et ronflants.
Enfin, les mucosités s'accumulant facilement au point de bifurcation de la trachée, il est fréquent d'y rencontrer des râles bulleux, soit qu'ils n'existent que d'un côté, soit qu'on les trouve dans les deux.