BRUITS DU CŒUR
de l'évolution cardiaque et les bruits ; et il faut renoncer aux diverses théories, qui ne voyaient dans les deux bruits qu'un signe révélateur des contractions des oreillettes et des ventricules, et qui faisaient correspondre le silence avec le repos. Bruits et temps de l'évolution se superposent autrement. Mais la connaissance de cette superposition ne date pas de longtemps. Elle a été admise surtout par Rouanet, et n'a été établie ensuite d'une manière irréfutable, que par les expériences de Ghauveau et de Marey.
La contraction des oreillettes est silencieuse ; à l'état normal rien ne la révèle à l'examen même le plus attentif. La contraction des ventricules, au contraire, correspond au premier bruit; et le repos du cœur, au deuxième. On le voit donc, l'ordre de succession est le môme ; la différence consiste dans ce que les bruits sont d'une manière constante en retard d'un temps.
Quel est le siège de ces bruits? Je viens de le dire. Après de nombreuses discussions, c'est à la théorie de Rouanet que s'est rallié le monde médical; et aujourd'hui, si l'on discute encore sur la valeur de telle ou telle cause accessoire, celle invoquée par Rouanet ne l'est plus.
Pour cet auteur, les deux bruits du cœur se produisent au niveau des valvules : le premier bruit au niveau des valvules auriculo-ventriculaires, et le second au niveau des- valvules sigmoïdes.
Chaque bruit, par cela môme, serait donc double, et serait composé par la réunion de deux bruits isochrones et similaires. Celui du premier temps correspondrait aux deux produits au niveau des valvules mitrales et tricuspides; et celui du second temps serait la réunion de ceux se formant au niveau des sigmoïdes pulmonaires et aortlques.
Théorie acoustique des bruits. — Le vérilable siège des bruits du cœur, est la colonne sanguine elle-même. Nous retrouvons ici l'application des lois d'acoustique, que j'ai exposées à propos des bruits respiratoires. Les bruits ne sont produits ni par les vibrations des tubes, ni par celles des parties avoisinantes; mais par la colonne aérienne pour le poumon, et parla colonne sanguine dans le cas actuel.
Une colonne, qu'elle soit aérienne ou liquidienne, reste donc aphone, tant qu'elle parcourt des tubes d'un calibre égal, et avec une vitesse égale. Nous savons aussi, que pour qu'une colonne passe de l'état aphone à l'état sonore, il suffît d'une modification dans les résistances qu'elle rencontre, que cette résistance soit augmentée ou diminuée.
Or, dans le cas qui nous occupe, la résistance est augmentée par l'arrêt brusque de la colonne sanguine; et ainsi s'explique le bruit de clapet que l'on entend, bruit qui se forme également, du reste, au. niveau de toute soupape. Les deux bruits du cœur sont donc deux bruits de soupape, ou pour mieux dire, valoulaires.
II se peut que d'autres causes interviennent. Tel serait, par exemple, le choc du cœur contre la paroi thoracique pendant le premier temps, l'entrée du sang dans le ventricule pendant le second, etc. ; mais, je le répète, le claquement des valvules n'en existe pas moins ; et c'est lui qui constitue la cause, de beaucoup la plus importante.
Rapports du cœur. — Foyers de ses brdits. — Le cœur, nous le savons, est divisé dans le sens vertical en deux parties, qui ont reçu les noms de cœur droit et de cœur gauche. Mais, on se tromperait, si on donnait à ces expressions une acception exacte ; et si l'on considérait cet organe comme composé de deux parties, l'une à droite