‹ Manuel de sémiologie médicaleChapitre 70 sur 113 · III. — Des principaux clêmpnt» pathologiques de l'urine · texte numérisé non relu

III. — Des principaux clêmpnt» pathologiques de l'urine

A. Albumines et albutninoïdes. — Les albumines qui intéressent le clinicien sont la serine e^W&globuline] l'albuminoîde qu'on recherche surtout est la peptone.

L'urine doit être préalablement filtrée, si elle contient des paiiicules solides en suspension ou des matières épithéliales.

1* Rechercbe des ALBLMiNËS. — a) l'rocédé de la chaleur et de l'acide acétique. — (Nous supposons l'ui-iue faiblement acide, mais non alcaline ; si elle était alcaline, il faudrait l'acidifier au préalable. 11 faut donc rechercher tout d'abord la réaction de l'urine au papier de tournesol.)

On remplit à moitié d'urine un tube à essai, on ajoute une goutte ou deux d'acide acétique dilué {\. d'acide pour 9 d'eau). Si à ce moment il se forme un précipité, c'est que l'urine contient de la imicine\ on filtre.

On saisit le tube par sa partie inférieure et on chauffe la partie supérieure de l'urine jusqu'à la première ëbullition.

Si un précipité se forme, ce précipité ne peu/ é/re que de l'albumine.

Itemarque. — Il est essentiel de ne pas ajouter un e\cès d'acide acétique, car l'albumine est soluble dans un excès d'acide.

Ce procédé est rendu plus sensible, en cas où il v a peu d'albumine, si on ajoute à l'urine 't p. IIX) de chlorure de sodium.

Potaiu a fait remarquer que ce procédé simple et précis de la recherche de l'albumine peut être mis a exécution dans presque toutes les circonstances : dans

[■aUSNE I>E CSAtlPEAL-I. i't

une cuiller en fer on met l'urine, on y ajoute un peu (le sel et (fuelques gouttes de vinaigre (au moyen d'un bois d'allumette) ; on chauffe en allumant un tampon imbibé d'eau-de-vie.

Ce procédé permet de déceler des traces d'albumine.

b) Méthode de Heller. — Elle consiste à verser lentement de l'urine à la surface d'acide nitrique nitreux placé dans un verre.

Il se forme un anneau blanc d'albumine dont nous parlerons plus loin, à propos de la recherche des pigments biliaires.

Ce procédé comporte des causes d'erreur et il n'est pas moins simple que le précédent.

c) De nombreux réactifs précipitent l'albumine, mais nous ne voyons aucune utilité de s'en servir, au moins pour le clinicien.

2° Dosage de l'^lbuimine. — Cliniquement on fait ce dosage par }a ?néthode d'Esbach, Le tube d'Esbach porte deux lettres : U (à sa partie moyenne; urine) et R (réactif; à sa partie supérieure) et des divisions de 1 à 7 correspondant aux quantités d'albumine en grammes.

On remplit d'urine jusqu'à U, puis jusqu'à R on ajoute le réactif picro-citrique :

Acide picriquc 1 gramme.

— citrique 2 grammes.

Eau distillée 100 cent, cubes.

On bouche avec le pouce et on retourne le tube, sans secousses, une dizaine de fois. On place le bouchon et on laisse reposer le tube, dans la position . verticale^, pendant vingt-quatre heures.

La précipité est évalué en grammes au moyen de la irraduation.

'RINCIPAUX ELKHBMTS PATHOLOGIQUES UE L'URINB.

Si l'urine contient beaucoup d'alliumine, il faut l'éteniired'eau dans une porportion comme, de façon q\ie le coagulum ne dépasse pas l'éclieUe dés divisions.

Le résultat de cette méthode est très approximatir, et ne peut être comparé k celui de la pesée du eoagulum lavé et sécbé à 10l)°.

3° SÉPiHATtoN DES DIVERSES ALBUMINES. — a) Serine. — C'est l'albumine normale, c'est-à-dire celle qu'on rencontre le plus souvent dans les urines albuinineuses.

Les procédés, ci-dessus décrits, s'appliquent à cette sorte d'albumine.

b) GloOuline. — Veut-on savoir si l'urine contient de la globuline, en même temps que de la serine, ie procédé le plus simple consiste à aciduler l'urine par l'acide acétique, et a ajouter un volume égal d'une solution saturée de sulfate de maynésie. On agite et ou laisse reposer, dans un endroit frais, pendant \ingt-quatre beures. Le coagulum s'éfale à la surface ou flotte dans le liquide.

V RECHERr.HE DES PEPTONES (ALBUMENOIDES). — Lil

réaction du biuret les caractérise.

Après avoir coagulé l'albumine par la cbaJeur et filtré l'urine, on met dans un tube une petite quantité d'urine qu'on additionne de quatre ou cinq gouttes de 'liqueur de Fehling (qui contient un sel de cuivre et Talcali nécessaire à la réaction).

L'urine contenant des peptoues prend une belle colo- 'raiîon violette.

Signification séméfolocique de l'albuminubik et de h PEPTONL'RiE. — Lorsqu'un liquide étranger (sang, pus, -fiperme...) est mêlé à l'urine, il est évident que l'on constate la présence de l'albumine. Il faut d'abord ■écarter ces albuminuries accidentelles, eji reconnaître

lorigine ; et, comme nous le verrons, le microscope est très utile dans ces dilTérentscas.

Il existe des albiimimiries dites physiologiques, se produisant après des exercices violents, des repas copieuï, un bain froid, etc. Elles ne se produisent pas chez tous les individus, et la plupart semblent liées à des modilicatitms de la tension sanguine, sous les intluences ci-dessus mentionnées JSenator).

On décrit des albuminuries cycliques et orlhoslatiijues (albuminuries à miuimaV Elles semblent dues à des lésions de néphrite légère {débilite rénale de Castaigne résultant du passade dans le sang du Tœtus d'humeurs néphrotoxif/ues provenant d'une mère atteinte d'une maladie rénale (Castaigne et Rathery). Ces altérations peuvent être superficielles et compatibles avec la vie; mais à l'occasion des moindres poussées toxiques ou infectieuses, le rein présente des réactions lésionnelles. Ces albuminuries peuvent s'aggraver par conséquent et se compliquerd'accirfeuts graves (rétinite par exemple).

Certains médiranienls causent de l'albuminurie (antipyi'ine, chloral, salol...j.

L'albumine apparaît, à titre de complication, dans de nombreux rta/« infectieux graves ou chroiii((ues.

Enlin elle est le plus souvent symptomatique d'une maladie constituée du rein, du mal de Bright, ou d'une car'liopnl /lie. Ces deux maladies se compliquent souvent l'une l'autre, et l'albuminurie est alors d'origine complexe.

La PEPTOKL'niE apparaît dans les maladies où il y a destruction des globules blancs du sang (afTections suppuratives des os, pneumonie, rhumatisme aigu...). Elle peut être due à ce que les peptones ne se trans-

PRINCIPAUX ÉLÉMENTS PATHOLOGIQUES DE L'URINÏ. l'orment plus en albumine assimilable, au niveau de la mii([ueuse digestive altérée (cancer tie l'estomac, dysenterie, tuberculose de l'intestin...).

Elle peut être d'origine nerveuse (méningo-encéplialite).

B. Glycose. — l" Rechehche de la gi.ïcose. — Le n)oyen !e plus simple consiste à se servir de la liqueur lie Feldinij i|ui est ainsi composée :

On a d'une part une solution de ;

Sulfate Ue cuivre 3iBr,ti4

Eau disLillée 200 grammes.

D'antre part, on fait dissoudre :

Sol de Seignelte (tartratc de palaî-se

et de soude) 173 grammes.

Lessive de soude pure (D=l.33|. aOOàtiOO —

On verse ce dernier mélange dans la solution de suirate de cuivre, et on complète à 1000 centimètres cubes avec de l'eau distillée [a conserver à l'abii de la lumière).

Manipulation. — On verse dans un tube une petite quantité de liqueur de Fehiing, qu'on chaulTe à ébullition pour s'assurer qu'il ne se produit aucun changement de coloration, que la liqueur reste bleue (bon état de conservation).

On a.joute une qnantité d'urine qui n'a jamais besoin d'être supérieure à celle de la liqueur. On cliauife de nouveau à ébnllUion.

Si l'urine contient une notable quantité de sucre, la teinte bleue passe au rouge brique par formation d'un oxydule cuivreux.

(En langage courant, on emploie souvent le nom de sucre an lieu de dire glycose, mais 11 Tant savoir que la

saccharose ou sucre ne réduit pas la liqueur cupropotassique.)

Quand il ne se produit aucune réduction de la liqueur, on peut affirmer que Turine ne contient pas de glycose, mais la réciproque n'est pas vraie.

En effet, la glycose n'est pas la seule substance capable de réduire la liqueur deFehling. Un excès d'urée et d'acide urique, de phosphates, de matières colorantes, etc., peut produire la réduction.

Il est possible d'éviter cette cause d'erreur en déféquant les urines préalablement. Pour cela on ajoute à Turine 1/10 de son volume d'acétate basique de plomb. On filtre une première fois. On agite avec un excès de carbonate de soude (sec et pur), et on filtre une deuxième fois.

L'essai à la liqueur de Fehling sera fait sur l'urine ainsi déféquée.

Une autre cause d'erreur existe de ce fait qu'un certain nombre de médicaments réduisent Ta liqueur (chloroforme, chloral, antipyrine, salol, sulfonal...).

L'examen au saccharimètre^ après défécation, sera le seul moyen de déceler la présence du sucre dans les cas que nous venons d'énumérer.

En résumé : 1° si la liqueur de Fehling n'est pas réduite, il n'y a pas de sucre ; 2° si elle est réduite, le saccharimètre seul permet d'affirmer la présence de la glycose.

2° Le DOSAGE DU SUCRE sc fait au moyen de la liqueur de Fehling titrée ou par le saccharimètre (consulter les iouvrages spéciaux).

Signification séméiologique de la glycosurie. — La glycose ou sucre de raisin n'apparaît dans les urines qu'à l'état pathologique.

MENTS pathologiques de l'urine. 34T La glycosurie peut être jonssnj^/'e (Vny. Examen <lu foie). On peut se demander si cette glycosurie alimentaire ne constitue pas un diabète latent.

Dans la goutte, l'obésité, le labes, les lésions bulbaires, oh constate souvent ce genre de glycosurie.

La glycosurie permanente est symptomatiqne du diabète sucré (diabète gras, arthritiqTie ; diabète maigre, pancréatique).

Le dosage du sucre, chez les dialiétiiiues, est loin de donner des indications sur le pronostic. La diminution wii même la disparition du sucre coïncide souvent avec des complications graves (coma diabétique).

An lieu de la glycose, on peut rencontrer dans les urines de la léoulose, qui dévie à gauche la lumière polarisée et réduit la liqueur cupro-potassique (diabète lévoBurique).

C. Bile. — A l'état normal, l'urine ne contient pas L de bile. Si elle en renferme, elle a une teinte assez L caractéristique ijaune foncé).

Les recherches porteront sur les pigments biliaires |»«t les acides biliaires, puis le pigmeni anormal, l'urol'itiline.

1° Pigments BiUAifiKS (bilirubine et ses dérivés). — Ils useront recherchés par :

a) La réaction de Gmelin, qui consiste à faire I couler lentement de l'acide nitrique nitreux sur de Ll'urÎDe. Il se produit une série d'anneaux colorés, qui

(Ont, de haut en bas, vert, bleu, violet, rouge, Jaune, Le Wieerl seul est caractéristique.

b) Réaction île Maréchal. — Par addition d'eau iodée f i[l p, 13), il se produit une coloration vert émeraude.

, La solution d'iode à 1 p. 100 donne une réaction Ibeaucoup plus sensible (Kosin).

■ 348 EXAMEiN DES URINES.

Si les pigments sont en très faible proportion, il faut les dissoudre dans le clilorororme et traiter celui-ci, après décantation, par Tacide azotique.

c) Spectroscope. — Par ie speclroscope â main de llayem, qui est d'un usage facile en clinique, on reconnaît les pigments biliaires. Us éteignent toute la partie droite du spectre.

2" Acides BaumES (taurocholate de soudej.

a) Béac/ion de Haycraft. — On saupoudre la surface de l'urine, fraîchement Émise, avec un peu de fleur de soufre. Celui-ci tombe presque aussitôt au fond du verre, si l'urine contient des acides biliaires.

Après cinq minutes, la précipitation n'a plus aucune valeur.

Cetle méthode comporte des causes d'erreur, par suite de la présence de certains médicaments dans les urines.

b) Réaction, de Pettenkofer. — On ajoute à l'urine quelques gouttes de sirop de sucre. On dépose quelques gouttes de celte urine ictérique sucrée sur du papier à filtrer. On laisse sécher. Puis on laisse tomber, à l'aide d'une baguette de verre, sur le papier, une goutte d'acide sulfurique concentré, il apparaît une couleur rouge carmin, qui tourne au violet pourpre,

3° UnoBiLiNE. — Ce pigment anormal se recherche au moyen :

a) Du speciroscope. — On observe dans le vert une bande d'absorption, dont l'intensité varie avec la proportion de l'urobiliue.

Pour rendre visible le chromogène (furobiline au spectroscope. il faut l'oxyder par de l'eau iodée (iode, gr. 5U; iodure de potassium, 12 grammes; eau, ^ lOU grammes). La bande ci-dessus apparaît.

^^^INCIPAUX ËLËMEMS PATyOLOGlQUËS DE L'tIRIXE. ^H^ Lorsque l'urine contient à la tins de rurobitin ^P^des pigmetils biliaires, nés derniers donnent également une liande d'absorption dans le vert. Il faut alors employer le procédé de Hayem :

D.ins un tube étroit on met de l'urine; on verse goutte à goutte de l'eau acétifiée, qui ne se mélange pas avec l'urine. L'urobiline dliïuse plus vite que les pigments, et si l'on e.iamine au spectroscope la partie où se fait l'imion des deux liquides, on constate la bande d'absorption du pigment anormal.

bi Jîénclion de Gerhardt. — L'urine est agitée avec du cliloroforme qu'on décante; on l'additionne d'eau iodée, puis ou l'figite avec une lessive potassique diluée. L'urobiline donne à cette lessive une coloration Jaune allant jusqu'au brun Jaunâtre et une fluorescence d'un vert superbe (dicbroïsmc).

VALEUii sÉMÉioi.oGiQUE DE n BELE (Voy. Exanien du foie, icière).

D. Acétone. — Acide diacÉtiqtie- — L'acélone se rceonriait à Vodeitr (oilcur acétonique rappelant le chloroforme).

L'acide diacétique se recherche par la réaction de Oerhardl. On se sert d'une solution de percblornre de Ter très diluée (couleur rosée) qu'on ajoute eu excès à l'urine. En cas d'acide diacétique, l'urine prend une coloration rouge foncé (vin rouge de Bourgogne foncé). Cette réaction ne doit pas être négligée dans le diabète, oii elle permet de prévoir les terribles com|iliciitions de In maladie (com» diabétique).

IV. — De l'action de l'acide azotiqae sur Turine (aperçu d'ensemble).

Nous avons parlé de la réaction de Heller pour la recherche de l'albumine, de celle de Gmelin pour les pigments biliaires, nous allons maintenant donner un aperçu d'ensemble des différents cas qui peuvent se présenter, lorsqu'on fait agir de Tacide azotique sur '*urine.

L'urine limpide^ occupant le fond du verre, on verse doucement de l'acide nitrique nitreux au moyen d'un tube effilé. L'acide tombe au fond du verre, et l'on attend quelques minutes.

(En cas où le malade suit un traitement résineux, i faut avoir soin de traiter l'urine par l'acide acétique et la filtrer préalablement.)

1° Albumine. — L'anneau d'albumine est situé à l'union des deux liquides.

Si l'urine albumineuse contient en même temps un excès d'urée, l'acide décompose cette urée, et les gaz azote et acide carbonique ainsi produits s'échappent sous forme de bulles, qui soulèvent le voile d'albumine à sa partie supérieure.

2° Bile (pigments biliaires). — L'anneau vert caractéristique est situé au-dessous du disque d'albumine. hurobiline et le jngment rouge brun se manifestent par un anneau de couleur acajou foncé.

3° Urée. — En cas d'excès d'urée, celle-ci n'est pas toute décomposée, une partie est précipitée au fond du verre sous forme de petits cristaux d'aspect grenu, cristallin.

\° Acide urique. — L'anneau, formé de petits cristaux, est situé à 1 ou !2 centimètres au-dessus de l'anneau

UlAZO-BËACnOiN D'EIIRI.ICII.

iralbiimine. par conséquent au-dessus de la surface de

séparation des deux liquides (urine et acide nitrique).

En chaulTant le récipient à -|- i"iO', cet anneau dis

- Diaxo-rôaction d'Ëhrllch.

On prépare deu\ solutions :

Soluliim II" I.

Acide sulfilnilique 5 grammes.

— clilorhydrique pur HU —

Eau dialillôe Q. 8. pom- 1 lilce.

Solulio,

Nitrite de soude.

Bau djsimiïc....

On met dans un verre à cenlîméties cubes d urine, on ajoute 5 centimètres cubes de la solution n° 1, puis 3 gouttes de la solution n° S. et enfin 20 gouttes d'ammoniaque.

On agite le mélange, et si la réaction est positive le liquide prend une coloration rouge sang, et In mousse tme coloration rosée.

Dans la ftùcre typhoïde, la dlazo-réaction est ti-ës souvent positive, mais nullement caractéristique puisqu'elle existe dans la tuberculose aiguë, la pneunionie, certaines maladies éruptives. Elle n'a par conséquent qu'une valeur très relative pour le diagnostic.

Sa valeur pronostique dans la tuberculose serait plus considérable: une diazo-réaction positive prouverait la gravité de l'alfection.

(C'est un élément de la série des corps aromatiques qui donne naissance à cette réaction.)

Page 1