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CHAPITRE XV

DE LA CONSERVATION DES SCEAUX ET DE LEUR REPRODUCTION i

La cire devient, après plusieurs siècles d'exposition à l'air, à la fois dure et cassante ; les sceaux ne doivent donc pas subir une pression qui les briserait infailliblement. Relier des pièces scellées est un procédé barbare qui doit être absolument proscrit : on doit procéder à leur enliassement même avec infiniment do précaution car il présente des dangers, le lien qui entoure la liasse pouvant opérer une pression inégale qui ne tarde pas à briser le sceau en plusieurs morceaux.

Le seul procédé qui puisse être recommandé est le dépôt des documents scellés à plat dans des cartons oîi ils ne soient pas tassés outre mesure et ne remplissent que les trois quarts de l'espace.

Tout sceau (jui se détache accidentellement de son titre doit y être replacé, soit en rattachant les lacets de suspension s ils sont brisés, soit en recousant le parchemin si la fente dans laquelle passaient les lacets a été

1. l.viiDitDH (M'* de). Préface à V Inventaire de la collection de sceaux des Archives par Doui'-t d'Arcq. p. 38 el. sui\ .

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déchirée, soit enfin en recollant à sa place primitive le sceau s'il est en papier et plaqué. En effet tout sceau détaché a perdu son certificat d'origine, on n'en peut préciser la date et dès lors son importance est beaucoup amoindrie.

Les fragments d un sceau en cire brisé peuvent malaisément être resoudés, car la colle la plus adhésive prend mal sur la cire. Le procédé le plus pratique, lorsque les fragments ne sont ni trop nombreux ni trop menus, consiste à faire fondre leur tranche à la flamme d'une bougie et h les rapprocher les uns des autres ; parfois ce procédé réussit parfaitement et sans produire de détérioration grave, mais il sera bon de l'essayer d'abord sur quelque sceau sans valeur, car il demande une certaine habileté de main et, dans ce cas, 1 inexpérience ne serait pas sans danger.

Les bulles de plomb n'ont pas cet inconvénient de se briser, mais elles sont parfois dévorées par un oxyde (jui. au bout de peu de mois, les réduit, si on n y obvie, en un amas de poussière grisâtre. Le meilleur moyen de les guérir de cette maladie est de les enduire dune couche de vernis à tableau que 1 on doit laisser sécher pendant plusieurs semaines avant d'y porter la main. Cette couche intercepte l'air et arrête la morsure de l'oxyde. Au l)esoin on doit recommencer l'opération. Pour les bulles détachées on peut employer un autre procédé de préservation et les laisser plongées pendant plusieurs mois dans de l'huile d'olive ; elles s'en imprègnent et deviennent à peu près inaltérables.

Mais on doit recommander par-dessus tout de procéder au moulage des sceaux, non seulement des plus beaux et

des mieux conservés, mais de tous; c'est le seul moyen d'assurer leur conservation à l'avenir. Quelques précautions que l'on puisse prendre, tout sceau doit tôt ou tard être détruit ; un creux pris sur l'objet lui-même peut seul le rendre immortel à cause de la facilité qu'on a dès lors d'en multiplier les reproductions.

Pour mouler les sceaux, on peut employer toutes les matières malléables, terre g-laise humide, mie de pain pétrie, mastic de vitrier, cire à modeler, etc., mais, en principe, il faut éviter toute opération par pression comme dangereuse pour la conservation des parties déliT cates du sceau. On peut, à la rigueur, admettre une empreinte prise par pression avec une matière très ductile, sur les sceaux épais, résistants et sans grandes linesses, des xii'' et xiii'' siècles, mais passé cette époque le gâteau de cire s'amincit de plus en plus, le sceau est surchargé d'ornements délicats, et l'empreinte ne doit plus être fait? qu'au moyen du coulage de plâtre très lin ou mieux encore de gélatine '.

Avant l'opération on doit nettoyer à plusieurs reprises et délicatement le sceau avec un blaireau et de la mousse de savon pour le débarrasser des impuretés qui, depuis des siècles, s'y sont collées. On l'entoure ensuite dune bande de carton mince et on remplit ce récipient factice de plâtre ou de gélatine. Le moule une fois sec et séparé du sceau, on en double l'épaisseur avec du plâtre, puis on le laisse séjourner dans de l'huile grasse dont il s'imprègne de telle sorte qu'il devient inaltérable.

Les seules bonnes empreintes à tirer des creux sont en

1. DiTASQUiEH. I)ii mnuhi(fe ù lu ijélnline Mémoires de l'Académie de Lj/on, 18 if., p. 20<J .

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plâtre teinté; on les recouvre quelquefois d'un mince épiderme de soufre, mais le soufre présente 1 inconvénient d'éclater à la chaleur.

Dans tous les anciens auteurs, Valbonnais, dom Vaissète, dom Plancher, dom Lobineau, etc., les fig-ures de sceaux ne sont gravées que par deux procédés, sur bois ou à l'eau- forte reprise à la pointe. Parmi ces gravures il en est d'exécrables, il en est aussi de fort bien exécutées, je n'en connais aucune d'exacte ^ Ce défaut ne tient pas au procédé de la gravure, mais aux artistes eux-mêmes et au temps où ils ont vécu.

On n avait pas alors la moindre idée du style du moyen âge, on en a maintenant beaucoup mieux l'intuition, les |)rocédés sont plus perfectionnés et cependant les reproductions de sceaux sont rarement parfaites. 11 sullit, pour s en convaincre, de comparer entre elles les planches de divers ouvrages de sigillographie parmi les plus récents ; les sceaux d'une même époque ont. dans deux ouvrages différents, des aspects très dissemblables et n'ont aucune aiïinité de style ; ces reproductions sont donc inexactes.

(}uelques-unes, charmantes, flatteuses à l'œil, sont évidemment le résultat dune fâcheuse interprétation"^;

1. Les 60» sceaux reproduits dans les planches delà Généalogie des romtes de Flandre, par Olivier de Wrée.sonl des chefs-d'œuvre de gravure aussi remarquables par leur finesse tjue par leur désolanle inexactitude.

-. Dans Toux rajre de Cibrario et Promis sur les sceaux de la maison <le Savoie, par exemple, les chevaliers sont tous afTublcs du même harnois. quelle (pie soit la date du sceau.

dans d'autres le travail sec et heurté de l'eau-forte donne exactement au sceau l'aspect ([u'il ne devrait pas avoir : mais rien ne produit un eiîet aussi désastreux que la lithographie. Ces planches, dessinées par leurs auteurs, avec une déplorable facilité, sont peut-être ce qu'il y a de pis'. Admissible pour la reproduction de sceaux très usés, la lithographie produit, pour ceux dont le relief est accentué, un tlou des plus médiocres.

La gravure sur bois est peu susceptible de reproduire les finesses des détails, ces lignes redoublées ou triplées, ces bordures engrelées, ces rosaces découpées à jour dont les oraveurs du xiv'' et du xv*" siècle aimaient à surcharger leurs œuvres.

Reste l'héliogravure ou photogravure d'après des photographies directes.

Pour un sceau à fort relief et parfaitement conservé, la photographie donne de bons résultats ; il n'en est pas de même pour ceux dont le type et les légendes ont été écrasés par une pression séculaire. In œil exercé parvient à tout voir dans un sceau pareil, mais à la condition de le faire tourner dans un rayon de soleil auquel on le présente sous toutes ses faces et dans des angles divers. La photographie, ne pouvant donner qu'un seul aspect du monument, est dans ce cas insulfisante.

Je ne puis (jue répéter ce que me disait un jour Douët d'Arcq : pour reproduire un sceau rien ne vaut une plume sincère et habile. Vn dessin à l'encre de (jliine fait avec le soin le plus minutieux et surtout avec

1. Voir Ifs ]3lanches lilhograpliiques dessinées par M. Laiigier pour l'ouvrage de M. Hlaiicard. sur les sceaux des archives des Bouches-du- Rlione.

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une scrupuleuse exactitude, exempte de toute interprétation, donne une idée beaucoup plus juste et plus complète du sceau que toutes les photographies du monde '. Mais rien nest moins aisé que de faire un dessin de sceau irréprochable ; il y a des finesses de détail, des traits redoublés ou triplés qui ne peuvent être aperçus qu'à la loupe. Le dessin, au surplus, ne doit pas être trop poussé, et les ombres portées doivent être indiquées légèrement pour éviter la surcharge.

Il faut surtout bien se pénétrer de cette idée que le sceau n'est pas en marbre, en ivoire, en métal dur et brillant, mais en une substance sans reflet, malléable et affaissée, et, préalablement à tout, s'imprégner du style de son modèle. Les plis des vêtements, l'allure des animaux héraldiques, les rinceaux et les feuillages stylisés, ont un caractère très particulier que bien des dessinateurs, fort habiles du reste, ne saisissent pas.

C'est pendant des siècles que les graveurs de sceaux ont travaillé ; leurs œuvres sont donc de styles variés, et dans des planches elles ne doivent pas paraître, quand elles sont juxtaposées, être sorties toutes à un jour donné du même atelier. Les à peu près surtout sont dangereux, et une bonne et minutieuse description serait préférable à des reproductions hâtives qui trompent sur le caractère, le style, l'époque et les détails du monument reproduit.

La reproduction des sceaux à laide de la plume et de l'encre de Chine demande un long aj)prentissage. Le

l. Je ne connais rien de meilleur con)me reproductions de sceaux que les planches de la Sigillographie Je Toul de Charles Robert; elles ont été exécutées par le procédé que indique.

dessin une fois terminé, il est préférable de le faire reproduire par l'héliogravure ou la phototypie ; plutôt que de le confier au burin d'un g-raveur qui est toujours porté à interpréter ce qu'il a sous les yeux ; il vaut mieux faire usage d'un procédé qui reproduit servilement et mécaniquement ce qu'on lui présente.

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