‹ Manuel de sigillographie françaiseChapitre 25 sur 205 · MATIÈRE DES SCEAUX · texte numérisé non relu

MATIÈRE DES SCEAUX

En somme les chancelleries françaises n'ont fait usage <|ue de la cire et du plomb.

La plupart des sceaux français sont en cire : les plus anciens en cire naturelle, avec adjonction de craie ou de cendres tines, ce qui leur donne une couleur blanchâtre, une grande dureté et a l'avantage de les rendre à peu près inaltérables à la chaleur. C'est à partir des dernières années du xii*" siècle qu'on a commencé à teinter la cire en rouge, en vert ou en bleu ; cette dernière couleur est très rare .

Au XIV'' siècle, on a tiré de charmantes épreuves de sceaux parla juxtaposition de plusieurs couleurs. Sur un noyau de cire naturelle, préalablement strié pour faciliter l'adhérence, on étendait une mince couche de cire rouge ou verte, très fine et très ductile, qui recevait l'empreinte. Elle se trouvait ainsi entourée d'un rebord saillant en cire naturelle, comme d un cadre. De même pour le contre-sceau on appliquait au milieu du revers un mince disque de cire de couleur. Ces sceaux, tirés en plusieurs couleurs, ont été, en général, très soignés et réservés pour des actes importants.

A partir du milieu du xV siècle, le sceau en cire, soit plaqué soit suspendu, est souvent recouvert d'une feuille de papier qui reçoit directement l'empreinte. On espérait par ce procédé assurer la conservation du sceau, tandisquon n obtenait qu'une épreuve grossière et défectueuse rapidement détruite, car le gâteau de cire aminci par la forte pression nécessaire pour faire saillir le type sur le papier se brisait au moindre choc.

Au XVI® siècle, le mode de scellement le plus usité est en papier plaqué sur l'acte lui-même soit à l'aide d'une

40 MANUEL \>E SlfilLLOGHAPIIIi: FRANÇAISK

mince couche de cire, soit à l'aide de pâte ou de pain à cacheter. Ces sceaux en papier plaqué ont été constamment en usage jusqu'à la fin de la monarchie, sauf poulies rois, les princes, les grands corps de l'Etat qui ont toujours scellé en cire, et pour les magistrats inférieurs, les seigneurs subalternes et les petites collectivités ecclésiastiques qui ont fait usage de cire d'Espagne.

La cire d Espagne qui est un mélange de résine, de craie, de laque et d'une matière colorante, avait été inventée, on ne sait par qui, à la fin du xvi'" siècle; on en trouve déjà des exemples en i.'JSO. Elle fut mise à la mode vers 1635 par un nommé Rousseau, marchand papetier à Paris ^ et servit au scellement de tous les actes de minime importance, quittances, nominations de gardes, certificats, légalisations, etc., et à cacheter les correspondances; elle sert encore à cet usage.

Les bulles de plomb ont été employées par les princes carolingiens ; la plupart de celles que nous possédons d'eux sont détachées des actes et plusieurs sont d'une authenticité discutable ; il est cependant iiors de doute qu'à l'époque carolingienne il en a été fait usage, car, non seulement il en est fait mention dans un certain nombre de diplômes auxquels elles étaient suspendues, mais il en existe encore deux en place, l'une à un diplôme de 874 de Louis II, l'autre à un diplôme do Charles le Gros en 883 ^.

Ensuite on ne trouve plus de lîulles en France pendant

1. DoM Tassin et oom ToiSTAiN. Nouveau Imité de diplomatique, t. IV, p. 33.

2. La première est aux archives de Parme et la seconde à celles de Munich.

MAIMÈRK DES SCEAUX 41

deux siècles. On possède, il est vrai, une bulle de Drogon, évêque de Thérouanne, rivée à un acte de 1063, mais cette bulle est plus que suspecte ' . ' C'est à la fin du xii'' siècle seulement qu elles reparaissent en Provence, en Dauphiné, à Lyon et suj- une bande étroite longeant la rive droite du Rhône et englobant le Forez, le Vivarais, le Gévaudan et le Bas-Languedoc jusqu'à Montpellier. Il faut remarquer que l'usag-e de la bulle se localise à peu près exactement pas tout à fait cependant) - dans les territoires du sud-est de la France dépendant de l'empire g-ermanique.

1. Voici pourquoi cette bulle, conservée dans les archives de l'abbaye de Messine près Ypres, est suspecte. Elle présente un ensemble de caractères exceptionnels et anormaux : 1° Toutes les bulles sont suspendues, celle-ci seule est rivée sur l'acte lui-même par un singulier procédé. Elle se compose de deux parties, l'une pour la face, l'autre pour le revers, s'emboîtant l'une dans l'autre au moyen d'un tenon, ménagé derrière la face, el s'encastrant dans une mortaise carrée ouverte dans le revers; puis soudé à l'étain; 2° Aucune bulle n'a la forme de deux segments de cercle d'un même rayon, se coupant en forme fie navette (improprement dite forme ogivale), et celle-ci a cette forme; 3" Cette forme, dans les jiremiers sceaux où elle apparaît, est extrêmement surbaissée, les extrémités ne s'aiguisent qu'à partir de la (in du Ml" siècle : ici, en 1065, c'est-à-dire tout à fait au début de son apparition, cette forme est déjà fort allongée: i" Les bulles ont toujours un type sur chacune de leurs faces; celle-ci est uniface: 3° Enfin il n'y a aucune autre bulle que celle-ci dans le nord et le nord-est de la France. Elle présente donc plusieurs particularités tout à fait exceptionnelles, dont l'ensemble, réuni dans un seul monument, tend à le rendre très suspect. Je crois que cette bulle a été faite deux ou trois siècles après sa date, pour remplacer un sceau antérieur détruit accidentellement ; on choisit le plomb, matière très solide, pour que le même accident ne put se produire une seconde fois.

2. Ces limites de la iiulle ne co'incident pas tout à fait avec celles de l'Empire, puisqu'il y a des bulles en Forez et en Gévaudan qui n'en faisaient pas partie, et puisqu'il n'y en a aucune en Franche-Comté qui en faisait au contraire partie.

i2 MAMi;i. Lli: SUill.l.Oi.HAPHlE FRANCAISi:

La plus ancienne bulle à date certaine est celle d'Adalbert dUzès, évèque de Nîmes en lIT'i : leur apogée est vers 12o0. à partir de cette époque leur nombre décroît. En somme dans chaque seig^neurie ou évéché leur existence a été é,)hémère : une seule seigneurie, celle de Montélimar et Grig-nan en a fait un u.sage ininterrompu de liiSi à lo80.

Cet usage des bulles a été emprunté ii la chancellerie papale, cela ne fait aucun doute '. (Test autour d'Avignon et pendant le séjour des papes dans cette ville qu'elles sont les plus nombreuses et leur décroissance commence au moment oîi les papes quittent la France pour retourner à Rome.

Les bulles de plomb servaient à peu près exclusivement aux tribunaux, et aux autres juridictions ecclésiastiques ou séculières. Dans le nord de la France les sceaux juridictionnels se distinguaient des autres par des légendes spéciales: sif/illum ail causas, ohligalionum. contractuum^ etc. Dans le sud-est ces légendes n'étaient pas en usage au xni'' siècle et les sceaux de juridiction étaient généralement distincts des sceaux personnels par leur matière. ce-> tleiniers ('taient en cire et les auties rn plomb.

I. Il a a pas été enipruutL- à la cliaucellerif de l'einpiie jirernmniqm-. puisqu'il n'existe aucune bulle en Franche-Comté, en Alsace et en Lorraine, limitrophes de cet empire, mais seulement dans des contrées qui en étaient fort éloignées. 11 n'a pas été emprunté à la chancellerie espagnole, puisqu'on ne trouve aucune bulle le long des Pyrénées et dans le Flaut-Languedoc. Les comtes de Toulouse n ont pas usé de bulles comme comtes de Toulouse, ils en ont eu au contraire comme marquis de Provence : ils n'ont donc pas importé en Provence un usage qu'ils n'avaient point chez eux. et ont au contraire adopté en Provence im usage déjà evistint dans celte contrée et pri>\enanl d'Italie.

MAÏIÈRt; DES SCEAUX i3

La couleur de la cire et la matière employée pour les scellementsn'étaient pas laissées au hasard, elles avaient urie raison d être traditionnelle. Les rois de France scellaient toujours leurs lettres patentes avec leur grand sceau de cire verte, leurs lettres d'abolition avec leur trrand sceau secret de cire naturelle, leurs lettres closes avec leur petit sceau secret de cire rouge, et leur correspondance avec leur signet également de cire rouge. La chancellerie royale respectait scrupuleusement les usages des provinces qui, peu à peu, s'annexaient à la monarchie. Les Dauphins de la race de la Tour du Pin scellaient en cire rouge et leur grand sceau était au type du cavalier; après l'annexion du Dauphiné à la France on continua, jusqu'à la Révolution, à sceller les actes relatifs à cette province en cire rouge et avec un sceau à type équestre.

11 en était de même du bas au haut de l'échelle féodale, la tradition locale était toujours respectée pour les scellements. Les Dauphins, par exemple, ne faisaient pas usage de bulles de j)lomb dans leur chancellerie personnelle, mais après avoir annexé à leur seigneurie les baronnies de Montauban (1302) et de Mévouillon (1317), ils trouvèrent des bulles de plomb en usage dans ces deux terres et continuèrent à s en servir pour les actes qu'ils souscrivaient en qualité de barons de Mévouillon et de Montauban.

Il en était de même dans les autres provinces de France ; l'annexion au domaine royal et les changements de seigneurs n'amenaient aucun bouleversement dans les usages locaux relatifs au scellement qui ne subirent aucune altération au moins jusqu'au xv*" siècle.

Page 1