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MANUEL DK SIGILLOGKAPHIE FRANÇAISE
Les maréchaux du duc d'Anjou (1369-1370) ont fait figurer sur leur sceau commun un aigle d'un très beau style, tenant un écu dans chacune de ses serres ',
Les sceaux des titulaires de certains offices ont des supports ou "une ornementation traditionnels. Les grands
Fig. 16. —Sceau cV Antoine des Essors, vers 1480.
maîtres des arbalétriers de France ont leurs écussons timbrés ou supportés par des arbalètes. L'écu de Jean de Châtillon, grand maître en 1381, est timbré d'une arbalète; celui de David de Rambures (lil2) est timbré d'une arbalète et soutenu par deux autres - .
L'office celui dont les sceaux étaient les plus traditionnels était celui des forestiers ■^. En 1410 le
1. Demay. Inventaire de la collection Clairambault, n°' 5686 à 5711. — Roman. Inventaire des sceaux des Pièces originales, n" 7018 à 7029.
2. Demay. Inventaire de la collection Clairambault. n"' 2336 et 7579.
3. Roman. Les sceaux des forestiers au moyen âge. Paris, 1906, in-8°, 23 sceaux.
sceau de Jean de Beaumont, maître enquêteur en Champagne et Brie, porte son écusson entouré d'arbres avec eaux courantes, oiseaux et bêtes fauves ; celui de Louis de Laval-Chàtillon, grand maître des eaux et forêts de France (1468), nous montre son écu penché, surmonté de sept arbres et suspendu par une guiche à celui du milieu ^. Avec Antoine Des Essars, maître des eaux et forêts en Champagne et Brie (vers 1480) le type est parfait. L'écu est penché, posé sur huit arbres et suspendu à l'un d'eux ; un cerf et un sanglier sortent de derrière lui et il est posé sur un ruisseau d'eau courante. Les sceaux généraux de l'administration des forêts en 1553 et 1663 sont au même type, l'écu aux trois fleurs de lys remplaçant simplement les armoiries particulières des grands maîtres, et ce type ne varie plus jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, époque à laquelle il est remplacé par le type banal qui caractérise les sceaux de toutes les administrations royales de cette époque.
§ 6. — Type topographique.
Le type topographique comporte la reproduction de monuments ; il a été extrêmement répandu surtout dans les sceaux municipaux ou des bailliages, prévôtés et châtellenies. On trouve aussi des monuments sur les sceaux des seigneurs ecclésiastiques et séculiers, ou des corporations religieuses, mais en petit nombre.
1. Bertrand deBroussillon etde Faucw Sigillographie des seigneurs de Laval, p. 83.
Pierre de Donjon (122o) a sur son sceau un donjon à toit pointu; Robert du Pont (1227) un pont à quatre arches; Gui de la Tournelle (12lo) une muraille fortifiée de trois tourelles *. 11 est facile de voir que ce sont là des monuments inventés à plaisir et faisant allusion aux noms des possesseurs de ces sceaux.
Il n'en est pas toujours ainsi cependant. Plusieurs dauphins ont fait graver au revers de leur grand sceau la représentation de la ville de Vienne, à la possession de laquelle ils élevaient des prétentions, et c'est même une des séries qui montre le mieux le progrès accompli par la gravure de sceaux de la fin du xii^ siècle au milieu du xiv". Hugues de Bourgogne, dauphin (1189), a au revers de son sceau la ville de Vienne figurée par trois tours rondes reliées par une enceinte crénelée. Pendant plus d'un siècle ce type persiste, également barbare 2. En 1334, Humbert II reproduit également la ville de Vienne au revers de son sceau équestre (pi. XVII, n° 1), mais ici quelle dillerence ! le Rhône coule entre les deux villes de Vienne et de Sainte- Colombe reliées par un pont ; la ville est entourée d'une enceinte fortifiée de tours; la cathédrale Saint-Maurice, l'église Saint-Pierre, 1 Hôtel de Ville et plusieurs autres monuments se pressent dans cette enceinte 'K C'est peut-être le plus beau sceau topographique qui existe, mais il est unique dans la série seigneuriale.
1. DoLËT d'Arcq. Collection de sceaux, n» 2030. — Bibl. nat. niss. lat. 5J25, p. 161 et 5462, p. 297.
2. PÉBAHD. Recueil de plusieurs pièces servant à l'histoire de Bourgogne, p. 262.
3. Roman. Sceaux des familles seigneuriales de Dauphiné, n'^ôO.
Les monuments figurés sur les sceaux ecclésiastiques sont intéressants parce qu'ils sont parfois la reproduction d'édifices ayant réellement existé. En 1281, nous voyons sur le sceau de Pré montré une façade d'église gothique; en 1406, le sceau de la Sainte- Cliapelle de Vincennes (pi. XVII, n° 2) représente le château de Vincennes dans son ensemble avec son donjon, sa chapelle, son enceinte crénelée, ses tours et même quelques arbres de la forêt qui lavoisine '. Celui d'IIumbert,abbé de Citeaux en 1462, représente cinq églises posées en sautoir; la plus grande qui est au centre, marquée de la lettre G, est l'abbaye mère ; les autres, plus petites, marquées d'un P, d'un C, d'un F et d'une lettre illisible, sont les filiales de la célèbre abbaye -. Le prieuré de Montjoux (1313) a fait graver sur son sceau une colonne qui subsistait à cette époque du temple antique érigé sur le Mont-Cenis ^. Enfin tout le monde connaît le sceau de la Sainte-Chapelle de Paris (1480) qui nous montre, sur un champ fleurdelisé, la façade fort ressemblante de ce monument exquis ^.
Les sceaux topog^raphiques des bailliages, prévôtés, chàtellenies, etc., sont fort loin de présenter le même intérêt; ce ne sont, pour la plupart, que des reproductions de fantaisie du château où siég-eaient ces tribunaux. Presque toujours c'est un édifice à trois tours, celle du milieu plus haute ; quelquefois l'écusson royal est gravé
1. DouËT dArcq. Sceaux des Sainles Chapelles. {Reftie archéologique, 1848, p. 603.)