‹ Manuel de sylvicultureChapitre 15 sur 51 · FUTAIE A TIRE ET AIRE · texte numérisé non relu

FUTAIE A TIRE ET AIRE

serves conseryées au-dessus du sous-bois. II en résultait un peuplement non homogène mais non pas irrégulier ; autrement il faudrait dire que les taillis sous futaie sont des forêts irrégulières. Leur conservation était même parfaitement justifiée ; elles avaient pour but, non pas le réensemencement naturel, mais la production de pièces de dimensions exceptionnelles nécessaires à certains emplois. Leur utilité est telle <ju'on prescrit d'en faire autant lors des coupes défi^nitives dans le mode des éclaircies. Seulement on prévoit qu'elles seront en chêne exclusivement et qu'on pourra les exploiter si elles deviennent dépérissantes, ou lorsqu'elles auront atteint leur maximum d utilité, sans attendre pour cela la fin de la nouvelle révolution.

A côté de ces inconvénients majeurs, il faut cependant reconnaître que le mode à tire et aire comportait dans son esprit un grand ordre dans les exploitations, et que cet ordre est indfspensable, dans une certaine mesure, au succès JLes exploitations. En raison de ces longues révolutions, il nous a souvent légué des forête riches en matériel, et s'il avait admis les nettoiements et les éclaircies dans les forêts à chêne, on aurait eu peu de chose à lui reprocher.

Actuellement toutes les futaies auxquelles il

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avait été appliqué ont été transformées dans la mesure du possible, et il ne reste plus qu'à y suivre les opérations du mode des éclaircies.

Jardinage.

Le jardinage a surtout été appliqué aux forêts de montagnes peuplées de hêtres ou de résineux (sapin, épicéa, mélèze, pin sylvestre ). Ces essences n'ont pas les mêmes exigences et on comprend très-bien que le mode de traitement doit varier avec chacune d'elles. On peut cependant dire d'une manière générale que le jardinage consiste à exploiter çà et là, où ils se trouvent, les arbres morts, dépérissants, viciés ou sur le retour, et quelques autres en bon état de végétation réclamés par les besoins de la consommation. Dans ce mode de traitement, on s'attache à n'enlever qu'un très-petit nombre d'arbres sur le même point, et à parcourir chaque année une grande étendue de terrain, sinon toute la forêt. Suivant les exigences particulières de chaque essence, selon son tempérament et son aptitude à supporter un couvert plus ou moins prolongé, on est conduit à exploiter les arbres un à un ou par j petit bouquets de 3, 4... 7 ou 8. Il en résulte que I les peuplements des futaies jardinées se présen- I tent comme un mélange confus de bois de tous

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âges et de toutes dimensions, ou comme un assemblage de petits bouquets à peu près uniformes répartis sans aucun ordre. Cet état ne se présente que lorsque la possibilité est sensiblement égale à la production ligneuse annuelle. Si elle est inférieure, le peuplement se charge de plus en plus de vieux arbres, et les étages intermédiaires tendent à disparaître ; si elle est supérieure, le peuplement s'uniformise encore, mais au profit des étages intermédiaires. Quelquefois aussi les exploitations, réduites aux besoins de la consommation locale par la difficulté d'exporter au loin les produits, ont donné des peuplements où les vieux bois sont très- nombreux et qui ont un aspect de vieille futaie quasi-régulière. Mais cet état est rare maintenant; le plus souvent Famélioration des voies de vidange a fait réaliser ces richesses accumulées; on a même parfois dépassé la production, et les bois exploitables ne sont plus assez nombreux. L'action violente des vents qui renversent tous les grands arbres a encore produit des peuplements d'apparence uniforme.

Appréciation da jardinage. — D'après ces résultats, il est facile de montrer l'infériorité du jardinage sur le mode des éclaircies.

La qualité des produits est moindre. En effet, les jeunes bois sont couverts par les plus grands

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et n'arrîvent à former Tétage supérieur qu'après des alternatives d'état libre et dominé ; il en résulte des accroissements inégaux, un manque d'homogénéité et d'élasticité. — Les arbres de même hauteur ne forment pas massif entre eux, et ils conservent longtemps leurs branches qui forment dans le bois des nœuds gros et nombreux. — L'exploitation^ d'arbres disséminés dans un peuplement toujours complet amène nécessairement des cassures et des écorchures sur les tiges voisines ; or, chez les résineux, les plaies ne se ferment que très-difficilement et amènent la carie intérieure. — La vidange produit des eflFets analogues dans la partie inférieure des fûts.

La quantité des produits est également moindre, car le jardinage n'admet pas les éclaircies, et il y a par ce seul fait une diminution sensible.

Enfin, au point de vue de l'administration de la forêt, on conçoit que des exploitations disséminées chaque année sur de grandes surfaces rendent la surveillance très-pénible et souvent inefficace.

Toutefois, à côté des inconvénients que nous venons de signaler, le jardinage présente des avantages sérieux : il assure, mieux que tout autre mode de traitement, la régénération et le mélange des essences. Ces avantages sont tels

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qu'il y a souvent lieu de le maintenir pour des j

motifs peu nombreux, il est vrai, mais qui trou- '

vent fréquemment leur application. .(

Transformation des futaies jardinées. — En résumé, !

toutes, les fois que la régénération n'a rien à re- I

douter des agents atmosphériques et que le sol est dans de bonnes conditions, il faut transformer les futaies jardinées, et chercher à leur appliquer I *

le mode des éclaircies. Mais, depuis longtemps déjà, on avait reconnu les inconvénients du jardinage et On a entrepris sa transformation partout où elle était possible. On a même, à cet égard, été beaucoup trop loin, et on sera obligé de ramener Tétat jardiné sur bien des points où l'expérience a démontré les dangers d'une régénération régulièrement cherchée de proche en proche.

Quels que soient les procédés d'aménagement adoptés, la transformation des futaies jardinées comporte deux opérations culturales qui doivent marcher de front : la régénération d'une partie déterminée de la forêt et la continuation du jardinage sur le reste. Mais on ne saurait y admettre l'introduction des coupes d'éclaircie, si ce n'est dans les portions déjà transformées, ou dans celles qui présentent dès maintenant une certaine uniformité, et qui pourront arriver en bon état à l'époque fixée pour leur régénération.

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Les coupée de régénération k effectuer dans la première affectation différeront des coupes de régénération ordinaires en ce qu'on devra bien plue a'attacher à profiter des semis préexistants pour les raccorder entre eux qu'à obtenir de nouveaux semis. A ce point de vue, il est évident que des fourrés, des gaulis et même de jeunes bas perchis peuvent s'élever côte à côte sans trop s'entraver; les différences de hauteur s'effaceront avec le temps. On ne devra provoquer de nouveaux semis que sur les places dégarnies ou couvertes de sujets trop rabougris, sans oublier que le sapin et le hêtre jouissent de k propriété de reprendre vigueur lorsqu'on vient à les découvrir. Chaque coupe annuelle pourra donc varier de nature sur ses différents points et ressembler tantôt à une coupe d'ensemencement, tantôt à une coupe secondaire ou définitive, selon l'état des sous-bois. En un mot, il faut bien moins chercher une régularité immédiate qu'un peuplement bien venant qui permette de l'obtenir à la prochaine régénération.

Quant aux jardinages à continuer sur le reste de la forêt, i la devront consister uniquement dans l'enlèvement des arbres morts, viciés ou complètement dépérissants, en respectant les bois simplement sur le relour et ceux en bon état de végétation, quelles que soient leurs dimensions. Les besoins de la consommation seront suffisamment

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assurés par la régénération de la première affectation. Comme ces jardinages reviendront chaque année, ou du moins à court intervalle, on sera toujours à même d'enlever les arbres sur le retour quand ils seront réellement mûrs. Si on opère de cette façon, les vieux arbres iront constamment en augmentant de nombre, et la transformation ressemblera de plus en .plus à une régénération régulière.

Nous avons dit qu*on ne devait pas faire d*éclaircies. C'est qu'en effet il faut se rappeler qu'on opère sur des peuplements où les âges sont confusément mêlés. Le peuplement n'est complet qu'à la condition de maintenir aussi bien les sujets dominés que les sujets dominants, et les premiers sont nécessaires pour remplacer les seconds si ceux-ci viennent à être victimes d'un accident. De plus, ces éclaircies ne se justifieraient que pour établir une certaine uniformité dans les âges, et on ne pourrait le faire qu'en sacrifiant souvent des bois en pleine croissance qui doivent revenir aux générations futures. On augmenterait abusivement la jouissance de la génération actuelle en lui donnant plus que la production. Enfin, tout en compromettant l'avenir de la forêt, on marcherait à l'encontre d'un des trois objets que doit toujours poursuivre un mode rationnel d'exploitation: le rapport soutenu.

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'est pas inutile non plus de faire remarquer a révolution de transformation doit être à la révolution normale. En effet, à son exm on doit retrouver des bois exploitables, nlement au début, mais pendant tout le ie la deuxième révolution.

Conservation du jardinage.

s avons dit que le jardinage devait êti'o mu pour des motifs exceptionnels. Il doit inservé dans toutes les forêts de protection »ut où la régénération est incertaine, difou assez lente pour qu'on ne puisse pas ,ir, avec certitude, régulière et complète n temps déterminé. Il en est de même dans aies de très-faible étendue, point de vue de In protection, on jardinera on aura à craindre les éboulements, les cbes, la formation des torrents, lorsque les iont violents et constants, à la limite supéde la végétation, sur les cols, etc.

égénération devient difficile et incertaine i le climat est excessif ou le sol ingrat. Le peut être excessif par lui-même (limite !ure de la végétation), ou par le défaut (croupes des montagnes, cols, lisières des — Le sol est ingrat par sa nature (ro-

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cliers, blocs épars, pierrailles), ou par sa pente excessive (partout où on ne peut marcher d'un pas assuré). Ces circonstances peuvent être combinées entre elles, et se traduisent par un peuplement rarement complet, ordinairement entrecoupé. Elles se rencontrent sur environ la moitié des forêts résineuses de montagne soumises au régime foi^estier.

Dans toutes ces circonstances, Tétat de peuplement complet est impérieusement commandé et, pour le maintenir tel, il faut imiter l'action de la nature qui fait disparaître les arbres individuellement. En un mot, il faut jardiner, sauf à enlever les bois quand ils peuvent être encore employés utilement.

Applicatiou aux différentes essences. — Les forêts à maintenir jardinées sont peuplées de sapins, de hêtres, d'épicéas, de mélèzes et de différentes espèces de pins (sylvestre, de montagne, laricio, cembro). Toutes ces essences réclament la lumière à des degrés différents pour leurs jeunes plants, ce qui doit amener des modifications dans le traitement.

Sapin et hêtre. — Le sapin et le hêtre supportent très- longtemps le couvert et conservent jusqu'à un âge assez avancé la propriété de reprendre k vigueur quand on les découvre ; on trouve tou-

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jours soua lea vieux arbres du souG-bois qu'on peut utiliser en n'enlevant les arbres qu'un à un. C'est avec ces essences que le peuplement peut rester partout le plus plein possible ; il faut dès lors le maintenir tel, puisque c'est surtout ce résultat qu'on cberche à obtenir dans lea futaies jardinées. D'ailleurs, il est d'observation constante que, pour le sapin, il y a un grand danger k entrecouper les peuplements : le vent agite continuellement les arbres qui bordent les trouées ; ils sèchent sur pied quand ils ne sont pas déracinés, et le vide s'agrandit continuellement. Peutêtre y a-t-il là aussi l'effet d'une insolation à laquelle ne résistent pas des arbres qui ont jusqu'alors vécu à l'état serré. Le jardinage doit être fréquemment appliqué aux sapinières situées à plus de six cents mètres d'altitude, lorsque l'abri leur fait défaut du côté des vents dangereux.

Epicf*. — Le jeune plant d'épicéa, quoique craignant souvent la chaleur, ne s'installe bien que sur les lisières et dans les endroits un peu clairs où la lumière est assez abondante. Les peuplements de cette essence se constituent à l'état de peuplement serré, et l'extraction individuelle des arbres ne produirait pas des trouées suffisantes pour assurer le maintien des semis. Il faut alors jardiner en enlevant trois ou quatre arbres

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sur le même point ; seulement il faut éviter en même temps de rapprocher ces petits vides, parce que l'épicéa en massif a un enracinement court en même temps que superficiel, et qu'il serait très-dangereux de donner accès aux vents. — On a quelquefois voulu appliquer à l'épicéa le mode des éclaircies. Sans nier que la chose soit possible dans les endroits très-abrités, je crois qu'elle est toujours très-imprudente, au moins en France. L'épicéa est en effet, chez nous, une essence exclusivement de montagne et même des montagnes élevées (il est rare dans les Vosges à l'état spontané, devient plus abondant sur les derniers plateaux du Jura, et n'est commun que dans les Alpes). Dans toutes ces situations, il est exposé à des vents violents auxquels il ne résiste pas quand il a été élevé en massif et qu'on arrive à l'isoler. Or, les coupes régulières de régénération supposent toujours l'interruption dû peuplement sur d'assez grandes surfaces.

En Suisse, où l'épicéa est très-répandu et descend assez bas vers les plaines, on a quelquefois appliqué un procédé particulier. On divise la forêt en plusieurs séries ou cantons et l'on établit dans l'un d'eux une coupe très-étroite qu'on exploite à blanc étoc. L'année suivante, on en fait autant dans un autre canton, et on s'arrange de façon à ne revenir sur le même point que quatre

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OU cinq ans après, en établissant noe rotation entre les différents cantons. On compte sur les portions voisines pour ensemencer la partie exploitée à blanc. Ce procédé peut réussir lorsque la coupe coïncide avec une année de semence. Mais dans les climats et les sols humides qui conviennent A l'épicéa, le terrain se couvre rapidement d'une végétation herbacée abondante, et le semis se fait souvent jittendre longtemps, k moins qu'on n'ait recours aux repeuplements artificiels.

Essences à tempërameot rokosle. — Quand la forêt est peuplée de mélèzes ou de pins sylvestreie et laricios, les semis ne peuvent s'obtenir et surtout se maintenir qu'à la condition de recevoir largement la lumière. Les trouées faites pour l'épicéa ne pourraient pins «uffire. Il faut alors concentrer davantage le jardinage et enlever huit à dix arbres sur le même point, de manière & créer de petits vides de trois à quatre ares, sur lesquels il est bon d'ameublir quelque peu le sol pour mieux assurer la régénération. Seulement on doit évitor de donner accès au vent en rapprochant trop les points d'exploitation et en faisant de la forêt un véritable échiquier. Toutes les fois que cela sera possible, il sera avantageux de partager la forêt en plusieurs groupes qu'on parcourra successivement, et, dans chacun d'eux, au retour des jar-

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dînages, d'exploiter à peu près de proche en proche.

Dans la vallée de TAdour, certaines* forêts de chêne pur sont jardinécs. Mais ce sont des forêts où le pâturage s'exerce tous les ans sur toute retendue, et où il ne peut dès lorsy avoir de semis. Aussi, après l'exploitation des vieux chênes arrivés à maturité, vient-on faire des plantations de hautes tiges de 4, 5 et 6 mètres de hauteur. Par ce procédé, on obtient des arbres à cimes très-développées, à bois très-nerveux, mais sans hauteur de fût. \ »

Règles générales de eallare. — Il est bien difficile, on le voit, de donner des règles précises à propos du jardinage ; les circonstances locales doivent décider. On peut cependant en formuler quelques-unes qui trouveront généralement leur application.

Les jardinages devront se faire comme par le passé, c'est-à-dire qu'ils devront s'étendre sur une assez grande surface chaque année. Seulement, pour éviter des exploitations trop rapprochées sur le même point, ce qui fatigue toujours les peuplements et devient très-pénible pour les agents, il est avantageux de diviser la forêt en un certain nombre de parcelles, cinq à dix, qu'on parcourt successivement.

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Afin d'égaliser autant que possible les produits nnuels, on cherchera à faire ces parceJlee d'éale étendue ou d'égale fertilité. Il ne faudra ependant pas y attacher une trop grande împormce, et on se contentera d'une certaine approxiaation.

Dans chacune de ces parcelles, on enlèvera les loia réputés exploitables, c'est-à-dire pour Icsproiriétaires impérissables, ceux qui sont arrivés à Qaturité; dans les forêts particulières, on pourra létermlner les dimensions au delà desquelles les rbres encore bien venants pourront être exploités ioncurretnment avec les arbres morts ou tout à ait dépérissants ou viciés. Ces extractions se eront en tenant compte des exigences de chaque issence et par nombre fixe de pieds d'arbres. j'est la règle indiquée dans les anciens règlenents d'exploitation des sapinières du Jura et des S^osges; c'est également l'application intelligente le l'article 72 de l 'ordonnance réglementaire, dans lequel le mot âge est mis pour état de végétation. 3e genre de possibilité a en outre l'avantage capital de tendre constamment à constituer la forêt lans un état déterminé, et il serait étrange de chercher dans les futaies à jardiner un rapport soutenu plus rigoureux que dans les taillis sous futaie, pour lesquels on applique la possibilité par contenance avec tous ses écarte possibles.

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