CHAPITRE DECXIËMB
Génèralitcs. — Quand on fait du taillis composé, on se propose de réunir à la fois les avantages du taillis simple et une partie de ceux de la futaie. En d'autres termes, à une régénération prompte et certaine, puisqu'elle se fait principalement au moym des rejets de souche, on Joint la pro-
ductîon de bois d'œuvre d'une qualité spéciale, de bois plus nerveux que ne peut les fournir la futaie pleine, puisque les réserves croissent à l'état isolé en développant librement leurs cimes. Ce mode de traitement comprend donc deux éléments, le sous-bois et la réserve, qui s'entravent dans une certaine mesure, mais qui peuvent cependant se concilier d'une manière suffisante. Les exploitations répétées du sous-bois isolent périodiquement la réserve, ce qui permet la production de branches gourmandes ; les arbres de futaie ont peu de hauteur parce que, choisis parmi les perches du taillis, ils ne gagnent plus en hauteur de fût après leur isolement ; enfin le sol, périodiquement découvert à des intervalles assez courts, ne peut s'améliorer. De son côté, la réserve exerce toujours sur le sous-bois une action de couvert plus ou moins nuisible.
RéTolotion. — Le choix de la révolution permet d'atténuer ce que l'exploitation répétée du sousbois a de fâcheux. Il est évident que plus on se rapprochera de la limite supérieure de quarante ans, plus longtemps le sol restera couvert, plus grand sera le sousbois et, par conséquent, le fût des réserves, et moins on aura à redouter les branches gourmandes. Il est même évident que la révolution adoptée doit être plus longue que
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celle qui aurait convenu pour le taillis simple dans les mêmes conditions de climat, de sol et d'essence. En effet, dans un taillis sous futaie, le sous-bois n'a, le plus souvent, qu'une importance très-secondaire par rapport à la réserve ; c'est donc celle-ci qu'on doit favoriser, et le meilleur moyen d'y arriver consiste à allonger la révolution.
La révolution du sous-bois étant déterminée, l'âge d'exploitation des réserves en est un multiple, mais celui-ci n'est pas le même pour tous les propriétaires, ni pour toutes les essences. C'est ainsi que l'Etat et les communes ont intérêt à laisser vieillir leurs réserves, tandis que le particulier cherchera toujours le placement le plus avantageux. C'est ainsi encore que le chêne devra être conduit plus loin que le hêtre, etc.
On distingue dans la réserve autant de catégories qu'il y a de baliveaux d'âges différents, et on appelle :
Baliveaux de Vâge ou simplement baliveaux, ceux qui ont une révolution;
Baliveaux modernes ou modernes ^ ceux qui en ont deux ;
Baliveaux ancieiis ou anciens de deuxième et première classe, ceux qui en ont trois ou quatre ;
Baliveaux vieilles écorces ou vieilles écorces, ceux qui ont cinq révolutions et plus.
Quant au couvert exercé par la réserve sur le sous-bois, on en tient compte, dans la mesure du 1
possible, à propos du choix et du :aiombre des !
baliveaux. Enfin, il faut encore s'inquiéter de la distribution des baliveaux au point de vue de j
la meilleure végétation de la réserve elle-même.
Choix des ballTeanx, — On fait choix des baliveaux en faisant attention, à leur origine, à leur essence et à leur forme.
Par origine, on entend la provenance : brin de semence ou rejet de souche et drageon.
Théoriquement, les brins de semence seuls devraient entrer dans la réserve. En effet, ils ont une longévité plus considérable. Si, au début, ils ont une croissance bien inférieure à celle des rejets, ils ne tardent pas à les rejoindre et, dès l'âge de cinquante ou soixante ans, ils les dé- -^
passent pour arriver aux plus grandes dimensions que Tessence puisse prendre. Leur pied est toujours sain. — Le rejet qui a pris naissance sur une grosse souche présente au contraire une patte défectueuse, cariée à une hauteur plus ou moins considérable qui peut aller jusqu'à deux mètres. Cela provient de ce que, en grossissant, i
le rejet englobe peu à peu la souche dans son ^
pied, alors que le bois de celle-ci est déjà en j
décomposition. Cette décomposition se propage
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de bas en haut, lentement il est vrai, mais d'une manière constante. Si on choisit un tel sujet pour baliveau et qu'on lui laisse attcindi*e un grand âge, on perd ainsi la partie la plus utile de Tarbre, celle qui a le plus de diamètre et de volume.
Mais il n'en est pas toujours ainsi. Quand le rejet est implanté sur une souche petite, comme celle qui provient d'un brin de semence recépé à un âge au plus égal à celui du sous-bois, il a englobé la souche dans son pied avant qu'elle n'ait été atteinte par la décomposition. La souche soustraite à l'action de l'atmosphère n'est plus exposée à pourrir, et le rejet a toute la valeur d'un brin de semence.
Ce sont ces rejets de jeunes souches qui forment les baliveaux les plus nombreux et les plus beaux. Il est rare, en eflfet, de pouvoir conserver les sujets provenant directement de semence. La différence de végétation nous les montre presque toujours (Jominés, d'une forme défectueuse et trop faibles pour être utilement isolés. C'est seulement quand ils ont passé par un recépage qu'ils peuvent lutter avec les rejets voisins et qu'ils s'élancent vigoureusement.
S'il faut exclure du balivage les rejets de souche, il faut pouvoir les reconnaître. Il n'y a
aucune difficulté quand ils forment une cépée par leur réunion. Mais on en trouve d'isolés. Lorsqu'ils ne proviennent pas d'une petite souche, et c'est seulement alors qu'il y a intérêt à les reconnaître, les rejets présentent toujours, du câté extérieur à leur insertion, la trace de la courbure qu'ils ont décrite en se redressant après avoir traversé Técorce; du côté opposé ils ofirent un empâtement qui comprend tout ou partie de l'an- r cienne souche englobée. \ Comme avenir, les drageons ont plus de valeur i que les rejets de souche^ puisqu'ils sont enracinés ' directement et, par suite, indépendants. Mais les essences dragçonnantes ne sont ordinairement pas celles qu'on a intérêt à mettre dans la réserve.
— L'essence influe sur le choix des baliveaux en ce qu'il ne faut réserver que celles dont on peut attendre du bois d'œuvre utile. C'est dire que le chêne est la plus précieuse de toutes et, de plus, son couvert très*léger gêne peu le sousbois. Après le chêne, et pour les mêmes motifs, on préférera le frêne, l'orme champêtre, l'érable plane et le sycomore. Le hêtre et le charme ne viennent qu'en deuxième ligne, surtout à titre de porte -graines pour entretenir ces essences dans le sous-bois. Mais il est nécessaire d'en conserver, parce que le hêtre rejette moins bien de
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IGi ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURT,
souche que les autres essences, et que le charme, ' s'il rejette abondamment et longtemps, a uàe semence légère qui réussit presque chaque année, et qu'il est précieux pour combler les clairières. Mais il n'en faut qu'un nombre restreint et on ne leur laissera généralement parcourir qu'un petit nombre de révolutions. En effet, ces deux essences ont un couvert très-épais qui écrase tout quand elles sont vieilles; leur qualité ne gagne pas sensiblement à croître à l'état isolé, et on en trouve suffisamment, comme bois d'œuvre, dans les futaies. Entin, de même que dans les taillis simples, on peut souvent avoir intérêt à conserver un certain nombre de trembles et de bouleaux si ceux-ci ont une belle végétation.
— On ne doit choisir que des baliveaux de bonne forme, c'est-à-dire ceux qui joignent à une hauteur de fût suffisante un diamètre proportionné et une cime bien développée. Le développement de la cime, «pour les baliveaux de l'âge qui se choisissent en plein massif, peut toujours s'apprécier par l'inspection du pied. Un arbre dont le pied s'évase bien et en tout sens à l'endroit où il pénètre dans le sol, est un arbre vigoureux.
Les baliveaux de l'âge doivent être pris exclusivement dans les tiges droites. Il y en a. toujours
assez qui se courbent après leur isolement pour faire face aux besoins de la marine en bois coui*bants, et c'est seulement parmi les modernes et les anciens qu*il y aura lieu d'en tenir compte. C'est également dans ces catégories qu'on s'attachera à conserver les arbres qui présenteront de grosses branches pouvant donner des courbes pour la marine. Mais il faut pour cela que la branche et la tige se trouvent dans un même plan. Quant aux arbres dont la tige se partage, à peu de hauteur, en deux ou trois branches s'élevant à peu près parallèlement, il n'est pas à conseiller de les garder comme baliveaux; ils sont souvent victimes des vents violents et, dans le débit, ils occasionnent un déchet considérable sans trouver d'emplois spéciaux.
Nombre des baliTeam.* — En raison de leur cime peu .développée, et parce que l'action du couvert ne se fait pas sentir également sur toute la surface de la projection horizontale, on admet que les baliveaux de l'âge n'ont pas de couvert nuisible. Dès lors, la question du nombre des baliveaux ne doit s'entendre que pour les autres catégories, et surtout pour les baliveaux. anciens et vieilles écorces, dont la cime a non-seulement plus d'étendue, mais encore plus d'épaisseur.
Avant de rechercher l'étendue que doit recouvrir
JG6 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE.
la réserve dans un taillis composé, avant même de rechercher les circonstances qui, d'une manière générale, permettront de conserver un plus ou moins grand nombre de bajiveaux, il est bon d'être fixé sur Taction du couvert.
Comme on l'a vu dans les définitions, le couvert veut dire tantôt la projection horizontale de la cime, tantôt l'action exercée par la cime sur sa projection horizontale. Cette action est toujours nuisible, parce qu'elle intercepte la lumière directe, empêche la formation de la rosée et s'oppose à une égale répartition de la pluie. Mais d'abord le couvert n'agit pas toujours avec la même intensité, et puis il ne se fait pas sentir avec la même force sur toute la projection de la cime. A surface égale, l'intensité varie avec les essences et, pour une même essence, avec l'épaisseur du feuillage et la hauteur du fût. Avec un fût suffisamment élevé, l'action du couvert .peut même devenir à peu près nulle. On en a la preuve dans les semis qui se présentent et se développent sous les vieilles futaies pleines.
Il résulte de là que plus les réserves auront un couvert léger, plus on pourra en conserver sans augmenter le dommage. De même, si le sousbois supporte bien le couvert, on pourra augmenter le nombre des réserves. On arrive à la même conclusion pour les sols riches et les expositions
fraîches, parce que la végétation plus active y donne des fûts plus élevés.
. Dans ces derniers temps, on avait admis, comme un principe, que la réserve ne doit occuper que le tiers au plus de la surface immédiatement avant l'exploitation. Cette idée qui a pris naissance en Allemagne, où les forêts traitées en taillis forment Texception, a été introduite en France il y a un demi-siècle. La notoriété dont jouissaient les auteurs allemands a fait admettre leur opinion, malheureusement sans un examen suffisant, par les auteurs français. Cependant, si on voulait rechercher les règles à suivre pour les taillis, il fallait le faire en France, en raison de la grande étendue à laquelle ce régime s'appliquait depuis un temps immémorial et des excellents résultats qu'on en obtenait. Il n'est pas sans intérêt de rechercher ce qui a pu conduire à cette idée, et de montrer toute la sagesse des prescriptions réglementaires, qui conduisent nécessairement à avoir une réserve nombreuse, et qui ne sont que la reproduction de celles de l'ordonnance de 1669.
II y a à peine un siècle, les moyens de transport faisaient défaut dans les pays forestiers. Les grosses pièces surtout ne pouvaient être extraites. D'ailleurs il existait encore une grande étendue
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de forêts, et les bois d'œuvre dont il fallait une quantité ^bien moindre qu'aujourd'hui, n'avaient qu'une valeur relativement faible. Au contraire, les bois de feu se débitaient en charbonnette et trouvaient dans les usines métallurgiques un écoulement assuré. Dans tous les cas, réduits en charbons, leur transport se faisait économiquement. Les bois de feu pouvaient donc former le produit principal des taillis sous futaie, et il fallait entraver le moins possible la production du sous-bois.
Les faits ont bien changé depuis trente ans.
De bonnes routes permettent d'aller chercher à peu près partout les grosses pièces. Les chemins de fer, le développement de l'industrie, le bienêtre ont augmenté dans une énorme proportion la consommation des bois d'œuvre, tandis queia production en a diminué. Aussi les prix ont-ils plus que doublé depuis cette époque. Au contraire, la transformation des usines métallurgiques, qui fabriquent maintenant au coke, a rendu disponible la plus grande partie de ce qui se débitait en charbonnette. En dehors des grands centres, le prix des bois de feu a souvent même diminué. La valeur d'une coupe de taillis sous futaie dépend maintenant presque uniquement de la quantité de bois d'œuvre qu'elle fournira, et les particuliers eux-mêmes sont amenés, par
leur intérêt, à tenir de plus en plus compte de la réserve. Aussi, le principe du tiers à la réserve est devenu tout à fait inadmissible.
D|ailleurs, dans les taillis soumis au régime forestier, on ne pouvait appliquer ce principe qu'en violant les prescriptions de l'article 70, dont il reste à examiner les grands avantages et les quelques inconvénients.
L'article 70 comprend deux paragraphes, dont le premier est relatif au nombre de baliveaux de l'âge à conserver par hectare. C'est le moins important. — Le second dit : « Les baliveaux moder- « nés et anciens ne pourront être abattus qvf autant « qu'ils seront dépérissants ou hors d'état de pros- • pérer jusqu'à une nouvelle révolution, » Ainsi, à moins d'être dépérissantes, d'être arrivées à leur maturité réelle ou de se gêner entre elles, les différentes essences de la réserve doivent rester sur pied; et, comme les essences longévives sont les seules intéressantes, cela veut dire que nécessairement la réserve sera très-nombreuse et arrivera à couvrir la plus grande partie du terrain, à la condition cependant que les cimes resteront libres. Le but principal qu'on doit se proposer dans les taillis composés est, en effet, d'élever des arbres, des chênes surtout, à bois nerveux que ne peuvent pas fournir les futaies en massifs pleins.
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Ainsi qu'il est facile de le comprendre, toutes les fois que la réserve est en chêne, son grand nombre ne sera pas un danger réel pour le sousbois, surtout si celui-ci comprend, avec une certaine quantité de chênes, des charmes et des hêtres. Le taillis pourra bien être formé de cépées plus rares et présentant des rejets moins vigoureux; mais, eous ces réserves nombreuses, il se présentera des semis dont une portion notable se j maintiendra jusqu'au moment de l'exploitation .
Ces semis seront alors recépés avec le taillis, et là où on aura coupé des arbres mûrs, les rejets qui se formeront sur des souches petites et jeunes se développeront vigoureusement, et ils donneront dans l'avenir les plus beaux et les meilleurs baliveaux.
Les faits viennent confirmer ce raisonnement^ ou plutôt la théorie est ce qu'elle doit toujours être : l'explication des phénomènes naturels observés. Tant que l'ordonnance de 1669 a été appli- . quée rigoureusement (jusqu'au commencement de ce siècle), le chêne s'est parfaitement perpétué dans les taillis. Il en est de même dans les forêts où, depuis, l'esprit de l'article 70 a prévalu. C'est seulement "quand la réserve est peu nombreuse qu'on constate la disparition du chêne, et cela devait en être la conséquence forcée. Si la réserve couvre peu le sous-bois, celui-ci se déve-
TAILLIS SOUS FUTAIE. BALIVAGE. 17i
loppe avec vigueur, et les rejets étouffent infailliblement les brins de semence qu'on ne retrouve plus lors de l'exploitation.
Pour les forêts communales, l'article 70, qui leur est rendu applicable par Tarticle 134, est peut-être plus important encore^ parce que c'est le seul point d'appui légal qui permette aux agents de résister aux abus de jouissance de la génération actuelle. Seulement le second paragraphe reste seul applicable dans sa teneur. Le premier est remplacé par les dispositions de l'article 137. Cet article comprend aussi deux paragraphes, dont le second, concernant les coupes des quarts en réserve, a donné lieu à une prétention dont il est bon de montrer le mal fondé.
Il est ainsi conçu : « Dans les coupes des comc munes et des établissements publics^ la réserve « prescrite par Varticle 70 de la présente ordon- « nance sera de quarante baliveauan au moins et de « cinquante au plus par hectare.
« Lors de la coupe des quarts en réserve, le nom- « bre des arbres à conserver sera de soixante au ^ moins et de cent au plus par hectare, »
On a argué du mot arbre employé dans le second paragraphe pour prétendre que le nombre prescrit comprenait les baliveaux de toutes catégories. — D'abord l'article 137 ne le dit pas. Il
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ne déroge qu'au premier paragraphe de l'article 70, le seul qui formule un nombre de baliveaux à réserver. En second lieu, par baliveau de Tâge on entend généralement des sujets de Tâge d'un sous-bois soumis à une révolution ordinaire de taillis. Or, Tarticle 140 indique que les quarts en réserve ne doivent, en règle générale, être exploités qu'au moment de leur dépérissement, c'est-à-dire quand toutes les tiges sont devenues des arbres dans l'acception ordinaire du mot. Dans l'incertitude de l'âge d'exploitation, on a donc mis le mot arbre; et il faut entendre par là des tiges de l'âge, du sous-bois, sans préjudice du maintien sur pied des baliveaux, dans la limite prescrite par le second paragraphe de l'article 70, pour les autres catégories. Il serait, d'ailleurs, déraisonnable de prétendre qu'on a montré moins de sollicitude pour les quarts en réserve que pour les coupes ordinaires ; et on serait tout aussi fondé à dire que le premier paragraphe de l'article 137 ne spécifiant pas qu'il s'agit de baliveaux de l'âge, le nombre de quarante au moins et de cinquante au plus s'applique également aux ba^ liveaux de toutes catégories. Cela n'a jamais été soutenu.
Mais l'article 70 lui-même n'est pas irréprochable, car il ne fait pas de distinction entre les différentes essences. S'il est excellent pour les
chênes, il n'est pas toujours bon pour les hêtres, les charmes, etc., dont le couvert très-épais, quand ils sont vieux, ne permet pas aux semis de s'installer au-dessous d'eux, et qui laissent de grands vides après leur exploitation, surtout si la révolution est courte. On peut cependant, tout en restant dans la légalité, obvier à cet inconvénient par des dispositions spéciales d'aména'gement. L'article 1 5 du Code forestier dit en eflfet : « Tous « les bois et forêts du domairiè de l'État sont assu- ^jettis à un aménagement réglé par des ordon- « nances. » L'article 90 porte les mêmes dispositions pour les forêts communales. L'ordonnance d'aménagement a donc la même force que Tordonnance réglementaire et peut y déroger.
De ce qui précède, il est permis de conclure, relativement au nombre des baliveaux, que :
1** La réserve doit être nombreuse et composée principalement de chênes ; c'est le meilleur moyen d'assurer les besoins du balivage et la perpétuité du chêne ;
2* Il n*y a pas à s'inquiéter de la surface occupée par la réserve, tant que les arbres ont leurs cimes libres ;
3" Il est bon de conserver comme baliveaux de l'âge tous les brins de semence ou rejets de jeunes souches bienvenants, essences chêne, frêne.
orme, etc., et un certain nombre de hêtres et charmes ;
4° Les chênes, frênes, ormes, etc., ne doivent pas être exploités avant leur maturité réelle, à moins qu'ils ne se gênent entre eux ou soient dépérissants ;
5^ Si, pour une même essence, deux baliveaux de catégories diflFérentes, encore bienvenants, se gênent ou doivent se gêner avant la fin de la révolution, c'est le pluer petit qu'il faut exploiter ;
6° Les essences conservées en vue de maintenir le sous-bois aussi plein que possible, seront exploitées quand elles seront devenues franchement fertiles, les hêtres généralement à trois ou quatre révolutions, les charmes à deux.
Si on objectait qu'une pareille forêt n'est plus un taillis sous futaie, il serait facile de répondre que c'est au moins une futaie sur taillis, et que si cette dernière répond mieux aux besoins actuels de la consommation et est plus en rapport avec les intérêts de l'avenir, il faut lui donner la préférence. D'ailleurs, il n'est malheureusement pas à craindre, lorsque la réserve est surtout constituée en chêne, qu'elle soit souvent assez nombreuse pour devenir nuisible.
Distribution des ballYeaux. — Il y a peu d'observations à faire à ce sujet, parce que, le plus
souvent, on est conduit par la force des choses. Si on doit réserver tous les brins de semence et • rejets de jeunes souches chêne bien venants, on les prend évidemment où ils se trouvent et, une fois devenus modernes, leur état de végétation indique seul s'il faut les exploiter ou les maintenir. Seulement on peut faire remarquer qu'il n'y a aucun intérêt à réserver un baliveau chêne audessous d'une réserve qui doit encore vivre plusieurs révolutions; il vaut ihieux profiter d'une jeune cépée. Quand les diflférentes catégories sont d'essences mélangées, il ne faut pas conserver un moderne ou un ancien hêtre s'il doit gêner, avant l'exploitation prochaine, un beau baliveau chêne ; cela ne serait permis que si les chênes étaient très-abondants et les hêtres très-rares, aussi bien dans la réserve que dans le sous-bois. On a quelquefois recommandé de ne pas conserver plusieurs baliveaux d'une même catégorie voisins les uns des autres, surtout quand ce sont des anciens. A moins qu'il ne s'agisse de hêtres, qu'on n'a pas d'ailleurs intérêt à laisser beaucoup vieillir, la réunion de plusieurs anciens paraît, au contraire, une circonstance avantageuse. En effet, ces arbres se poussent mutuellement et acquièrent un fût plus élevé qu'ils ne l'auraient autrement. Us soqt ainsi plus utiles et, sous le. couvert léger des chênes, on est bien certain de
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trouver des semis qui assureront les besoins du * balivage et le maintien du sous-bois sans avoir recours aux repeuplements artificiels.
Mais s'il ne faut pas craindre de conserver plusieurs chênes voisins, il ne faut pas non plus, sous prétexte d'éviter de grands trous et de répartir également l'ombrage, réserver un grand nombre de baliveaux de l'âge charme ou d'une essence inutile comme bois d'oeuvre. Sans doute, il est fâcheux de n'avoir pas du chêne partout, mais ce n^est pas le baliveau charme qui en fera venir. Ce baliveau ne donnera toujours que du chauffage quand il sera devenu moderne. En le conservant, on se sera privé d'une jeune cépée au moins aussi productive que lui, et qui aurait mieux assuré l'état complet du sous-bois. Quant à l'utilité de répartir également l'ombrage, elle est très-contestable lorsqu'il s'agit d'essences spontanées, appropriées au sol et se perpétuant par rejets. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que les baliveaux de l'âge conservés au moment de l'exploitation seront devenus des modernes à la fin de la révolution, et qu'ils auront acquis alors un couvert nuisible en proportion de l'épaisseur du feuillage. Quand on parcourt les taillis sous futaie, on peut constater que les brins de chêne font défaut sous ces modernes charme, hêtre, etc.; on en trouve fréquemment, au contraire, sous les
trembles et les bouleaux. C'est une raison de ne pas exclure ceux-ci du balivage quand leur végétation est belle, d'autant plus qu'ils sont très-recherchés pour certains emplois.
— On voit dès lors que les balivages dans les taillis sont des opérations difficiles à bien faire tant pour, désigner les arbres à exploiter que pour réserver les baliveaux. C'est ainsi qu'il faut, tout en cherchant une réserve nombreuse, la constituer tout d'abord avec des éléments réellement utiles. A moins qu'il ne s'agisse de convertir en futaie, c'est une erreur de chercher le nombre pour lui-même. Outre les inconvénients du cou-, vert et l'obstacle à la réussite des brins de chêne, il y a à craindre la fatigue de corps et d'esprit. Quand on marque beaucoup de baliveaux, on se fait illusion sur l'importance de la réserve et, souvent, on se trouve n'avoir conservé que quelques modernes et à peine trois ou quatre anciens par hectare. Ce sont cependant ceux-ci qui font la richesse d'un taillis. Il faut donc surtout porter son attention sur la réserve existante, sur l'exécution intelligente du second paragraphe de l'article 70 de l'ordonnance réglementaire. Sans négliger le premier paragraphe, il serait tout aussi puéril de prétendre atteindre le nombre' réglementaire à l'aide d'essences quelconques, que do
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s'arrêter sous prétexte qu'on a le nombre voulu, eu égard à l'étendue totale de la coupe, quand on n'en a parcouru que la moitié ou les trois quarts.
Pour aller plus vite, on fait souvent marcher de front le martelage et Testimation. C'est une manière vicieuse d'opérer : on s'expose .à la fois à mal baliver et à mal estimer. Ce dernier défaut peut, à la rigueur, se corriger lorsque le commerce ofire une concurrence suffisante ; mais un mauvais balivage se fait sentir pendant plusieurs révolutions. Aussi est-il de la plus grande importance d'y apporter tous ses soins. Quand, après le martelage, on procède séparément à l'estimation, cela force à passer une seconde fois en revue tous les arbres, au moins les chênes. Souvent on est conduit à conserver des modernes et des anciens qu'un examen incomplet avait fait abandonner, ou que, dans la préoccupation de tenir exactement le calepin, on avait oubliés. On met, il est vrai, un peu plus de temps aux opérations, mais il ne s'agit que de quelques minutes, et le temps passé à observer la forêt n'est jamais perdu : on prend goût à son service, et l'intérêt général ne peut qu'y gagner comme celui du propriétaire.
Possibilité. — Comme pour le taillis simple, on doit appliquer la possibilité par contenance au
TAILLIS sors FtTAIE. NETTOIEMENTS. 179
taillis composé, et cela pour les mêmes motifs. Si on objecte que la réserve donne des produits trèsimportants qu41 serait utile de soumettre à un rapport soutenu plus exactement déterminé, on peut répondre que les mêmes écarts existeraient avec la possibilité par volume et que, de plus, la durée de la révolution deviendrait alors incertaine.
TraTaux d'enlreiien. — De même que la futaie, les taillis exigent certains travaux d^amélioration si on veut en tirer tout le parti utile. Ces travaux se rapportent à chacun des deux éléments. Le sous-bois doit être soumis à des nettoiements et des éclaircies; il peut aussi réclamer quelques repeuplements artificiels. Dans la réserve il y a à faire des élagages.
KftttoiemeDts. — En faisant des nettoiements dans un taillis, on se propose à la fois de dégager les brins de semence et de favoriser, parmi les rejets, les* essences les plus précieuses. Pour peu que lu révolution du sousbois soit assez longue (rne trentaine d'années)^ il est bien rare de ne pas rencontrer du semis sur le sol au moment de Texploitation. Il y en a même souvent assez pour entretenir le BOUs-bois et pour assurer le balivage dans Favenir. Mais quand les semis se sont maintenus jusqu'au moment de la coupe, ils ne fiont
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pas sauvés pour cela. C'est alors, au contraire, que se présente le moment le plus critique pour eux. En effet, les rejets ont une végétation bien plus rapide au début ; et si, pendant les deur ou trois premières années, les brins de semence ne sont pas immédiatement dominés, cela tient uniquement à Técartement des souches. Mais -les cépées s'étalent bientôt, se rejoignent pour former massif, et les semis sont infailliblement écrasés sous le couvert bas. Il faut donc leur venir en aide quatre à cinq ans au plus tard après l'exploitation de la coupe.
Le moment où les nettoiements doivent commencer est facile à déterminer dans les taillis parce que la régénération se fait par rejets à époque fixe. Il suffit de rechercher combien de temps les semis de chêne peuvent rester mélangés aux rejets sans disparaître ou du moins sans s'étioler, — Il est évident qu'un seul nettoiement suffira encore moins que dans les futaies ; il faudra donc les recommencer et les faire périodiquement tous les quatre ou cinq ans, jusque vers l'âge de quinze ou vingt ans.
Dans ces nettoiements, tout en s'attachant à dégager les brins de semence, il ne faudrait pas songer à les sauver tQus s'ils étaient très-nombreux. On se contenterait d'en découvrir un peu partout, là où ils auront chance de se maintenir.