CHAPITRE PREMIER
'Talllia simple.
Le taillis simple est appliqué en France sur une assez grande échelle, mais il est surtout entre les mains des particuliers. Les communes en possèdent cependant environ 300,000 hectares,
On a vu plus haut qu'un taillis est une forêt dont la régénération est principalement cherchée à Taide des rejets ou des drageons. C'est dire que les essences feuillues seules se prêtent à ce genre d'exploitation. Dans le régime du taillis on distingue deux modes de traitement : le taillis simple y qui s'exploite sans aucune réserve, ou ■ -, j
dont les réserves ne doivent vivre que deux révolutions du sous-bois; le taillis composé, encore SLjj^elé futaie swr taillis on taillis sous futaie, dans lequel les réserves sont destinées à rester sur pied au moins trois révolutions du sous- bois.
134 ÉLÉUENTS DE SYLVICULTURE.
inais ce n'est qu'exceptionnellement qu'il est appliqué par l'État. L'article 70 de l'ordonnance réglementaire, qui concerne toutes les forêts boumises au régime forestier, y met d'ailleurs obs' tacle toutes- les fois qu'une ordonnance spéciale d'aménagement n'y a pas formellement dérogé.
L'importance des taillis simples a singulièrement diminué depuis une trentaine d'années, principalement depuis que les usines métallurgiques fabriquent au combustible minéral. Le pris des bois do feu, en général, loin de suivre la progression des bois d'œuvre, est resté tout au plus stationnaire et, souvent même, a baissé. L'intérêt bien entendu des particuliers eux-mêmes les conduit ainsi à installer le taillis composé partout où existent les éléments d'un balivage en bonnes essences, et ee n'est plus que par des raisons d'essences, de sols ou de produits spéciaux, que le taillis simple peut se justifier.
Par exemple, le cbêne yeuse n'arrive pas en France à des dimensions utiles comme bois d'œuvre; au contraire, son écorce jeune est trèsriche en tannin et est de toute première qualité pour la préparation des cuirs. Le châtaignier n'est pas indigène dans notre pays; conduit à l'âge oii il pourrait donner des bpis d'œuvre, il est ^esque toujours altéré au cœur. Si on l'exploite en taillis simple, à courte révolution,
il est très-recherché pour faire des cercles et des échalas dans les pays vignobles; les réserves qu'on peut y maintenir sont alors cultivées à titre de fruitiers. Dans les mêmes conditions de culture agricole, ou aux environs des minières, il est encore possible qu'on ait intérêt à traiter les chênes rouvre et pédoncule en taillis simple, soit pour des échalas, soit pour des perches de mine, soit enfin pour leur écorce. Mais il est bien rare que les bois d'œuvre ne soient pas assez recherchés pour qu'on n'ait pas intérêt à faire plutôt encore du taillis composé. Il faudrait pour cela que le sol, très-peu profond, ne permît pas d'obtenir une hauteur de fût suffisante, au moins six mètres. Sans doute alors, dans l'intérêt général, il vaudrait mieux, comme aux compositions très-chaudes, faire de la futaie avec des essences appropriées au sol et au climat. Mais la couver* sion est une opération que l'Etat et, peut-être, quelques communes peuvent seuls entreprendre, et le taillis simple se justifie pleinement.
Les points essentiels à étudier pour le traitement en taillis ont tous pour objet d'assurer la production des rejets et la perpétuité de l'essence. Ils sont relatifs à la manière dont chaque essence rejette ou drageonne, à la durée des révolutions, à la saison la plus favorable pour l'exploitation, au mode d'abatage, de façonnage et de vidange.
136 iSléments de stlvicolture.
Origine des rejeta. — Les rejets peuvent avoir deux origines : ils proviennent de boorgeons adventifs ou de bourgeons proventifs. Les bourgeons adventifs s'organisent, après la coupe de la tige, sur an bourrelet qui se forme entre l'écorce et le bois. Les bourgeons proventifs sont d'anciens bourgeons qui ne se sont pas développés, faute d'une lumière suffisante, mais qui ont continué à vivre, sans fournir de feuilles, en traversant successivement les couches annuelles. Leur extrémité pénètre même dans l'épaisseur de l'écorce jusqu'à la pellicule externe. Le point de départ des bourgeons proventifs est le canal médullaire; ils ont donc le même âge que la tige à l'endroit où ils s'insèrent.
Par conséquent, les rejeta provenant de bourgeons adventifs se présentent à la tauteur même de la section d'abatage, entre l'écorce et le bois; les autres naissent au-dessous de cette section et apparaissent en traversant l'écorce. Ces derniers sont de beaucoup les plus fréquents. De leur nombre, ainsi que de leur vitalité plus ou moins persistante, dépend surtout l'aptitude d'une essence à rejeter de soucbe. L'épaisseur et la dureté de l'écorce n'y sont pour rien.
En dehors de ces rejets de souche, un certain nombre d'essences peuvent encore fournir des drageons ou rejets de racine. Il est même remar-
quable que quelqueB-nneS) peu aptes à donner des rejets de souche, produisent de nombreux drageons et sont ainsi précieuses pour assurer le maintien du taillis. En effet, les drageons s'enra* cinent directement dans le sol et sont indépendants de la souclie mère dès leur apparition; ce fait n'arrive pour les rejets de souche qu'autant qu'ils sont en contact avec le sol.
Les essences qui rejettent le plus abondamment de souche sont les chênes, le charme, les ormes, les érables, le châtaignier, l'aune glutineux, le frêne, les saules....
Les essences les plus aptes à drageonner sont les chênes yeuse, tauzin, liège, le tremble, l'aune blanc, le tilleul, les saules, le bouleau....
Un certain nombre rejettent et drageonnent à la fois, telles que le châtaignier, les ormes, la plupart des fruitiers, le frêne, les chênes à feuilles persistantes, le tauzin, le tilleul, les saules....
Le hêtre drageonne très-rarement et beaucoup de ses rejets proviennent de bourgeons ad ventifs; encore ne se présentent-ils que jusqu'à un âge peu avancé.
RéToIutioD. — La durée des révolutions a une influence marquée sur la quantité et la vigueur des rejets. Au point de vue de la régénération, on peut dire qu'il n'y a pas de durée minima. En
138 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE.
effet, plus le taillis est coupé jeune, plus ou a de chance de trouver les bourgeons proventîfs encore vivants et vigoureux. Mais il y a une litnite inférieure qui ne saurait être dépassée : c'est le moment où les bois ont une valeur commerçable et représentent un placement avantageux. On conçoit que cette limite varie avec les essences et que, si une oseraîe peut être coupée tous les ans ou tous les deux ans, il n'en est déjà plus de même d'une châtaigneraie, qu'on ne peut exploiter utilement avant dix ou quinze ans. Un taillis simple d'aune ou de chêne rouvre et pédoncule ne doit pas se couper avant vingt ou vingt>cinq ans.
L'article 69 de l'ordonnance réglementaire de 1827 âxe, pour les forêts de l'Ltat, la durée minima de la révolution à vingt-cinq ans, à l'exception des/orêts dont les essences dominantes sont le châtaignier et les hois blancs, ou qui sont situées sur des terrains de la dernière qualité. I/artîcle 134 de la même ordonnance rend ces dispositions applicables aux forêtscommunales. C'est une excellente mesure que les particuliers eux-mêmes auraient presque toujours intérêt à adopter.
Mais s'il peut exister des différences d'appréciation pour l'âge inférieur d'exploitation des taillis, l'expérience a nettement établi une limite supérieure générale. Il faut, en effet, qu'on puisse
être certain de la régénération par rejets, et il n'est jamais prudent de dépasser Tâge de quarante ans pour aucune essence.
Possibilité. — La nature des peuplements et Thomogénéité suffisante qu'on peut avoir en constituant convenablement les séries d'exploitation, permettent d'obtenir le rapport soutenu en appliquant la possibilité par contenance, dont la détermination est d'une extrême simplicité. C'est d'ailleurs le seul moyen certain d'exploiter à l'âge fixé par la révolution.
Saison d'abalage. — Il faut, à ce sujet, considérer la coupe en morte-saison et la coupe en temps de sève.
La première condition pour que les rejets se produisent, c'est que l'écorce soit bien adhérente au bois. Si elle en est séparée, le bourrelet sur lequel se développent les bourgeons adventifs ne peut se former. De même, si les bourgeons préventifs, dont l'extrémité est engagée dans toute l'épaisseur de 'l'écorce, ont été brisés, la production en est singulièrement amoindrie.
Pour conserver cette adhérence, il est nécessaire de ne pas exploiter avant les grands froids; car les plu|o0 d'automne peuvent s'infiltrer dans les tissus ligneux, entre l'écorce et le bois. Si les gelées surviennent alors, il en résulte un décol-
140 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE.
lement. De même, il faut éviter de couper pendant les grands froids, parce que, à ce moment, l'adhérence de l'écorce au bois est moins grande, et celle-ci peut sauter sous le choc de l'iDStrument.
D'un autre côté, on reproche h l'exploitation en temps de sève de donnerdesrejets moins nombreux, moins vigoureux, exposés aux gelées d'au tomne avant d'être bien lignifiés et, surtout, de faire perdre l'accroissement d'une année.
Il ne resterait ainsi pour l'exploitation qu'un temps assez restreint, compris entre le commencement de février et la fin de mars. On conçoit qu'un pareil délai est trop court, et qu'il exigerait tout d'un coup un nombre de bras impossible à trouver. Il aurait de plus le grave inconvénient de supprimer le travail d'hiver pour tous les ouvriers de métiers qui se font bûcherons pendant le chômage de leurs travaux.
Mais s'il faut reconnaître que les rejets les . plus nombreux et les plus vigoureux se montrent quand l'exploitation a lieu en février et en mars, surtout lorsque le printemps est bien éclairé ; d'un autre côté, il ne faut pas s'exagérer les dangers de la coupe à un autre moment de l'année.
En effet, le climat général de la France est un climat tempéré ; c'est seulement dans des situations exceptionnelles qu'on peut avoir à craindre
des froids intenses, et encore [n'est-ce qu'à des intervalles assez longs. Il n*y a donc pas de dan- t^
ger sérieux à commencer les exploitations en r
automne, aussitôt après Tarrêt de la sève. Ces J^
travaux pourront se continuer pendant tout Thi- ;f
ver, sauf le moment des fortes gelées, pendant S-
lesquelles tout travail extérieur est d'ailleurs im- :'
possible.
Quant à la coupe en temps de sève, elle n'est jamais à conseiller, mais il semble qu'on en a
singulièrement exagéré la portée* Les rejets, il
est vrai, ne se présentent qu'à la seconde sève,
même, dans les taillis sartés, qu'au printemps
suivant. Mais il est bien difficile, quand la révolution est seulement de vingt à vingt-cinq ans, de
constater la différence de volume résultant d'une
année de végétation en moins. L'observation ne
confirme pas non plus ce fait que les taillis à
écorce qu'on exploite en temps de sève, donnent
des cépées moins bien garnies ou d'une moindre
durée, si ce n'est à la suite d'étés exceptionnellement chauds et de sécheresses prolongées. Le plus
grand inconvénient de la coupe en temps de sève
paraît être dans la moindre qualité des produits
ligneux.
Iode d'abatage. — Le mode d'abatage est, sans contredit, ce qui peut influer le plus sur la pro-
12 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE
action des rejets et la perpétuité da taillis. On eut le considérer au point de vue des inetrulents à employer, aussi bien que de la forme à onnerà la section et de la hauteur à laquelle il invient de couper. Sous tous ces rapporte, il faut citer l'éclaiement de la souche, le décollement e l'écorce et l'infiltration de l'eau entre l'écorce t le bois.
Les instruments trancbants sont préférables à L scie, à moins qu'il ne s'agisse de souches assez ieilles pour ne plus en attendre de bons rejets. In effet, la scie décbire et ne coupe pas ; on rieue donc de décoller l'écorce. En outre, elle onne une surface mâchonnée qui forme éponge, ;tient les eaux et favorise leur infiltration. Cette lu, qui séjourne sur la souche, en accélère la éco m position ; elle peut amener la pourriture à i base des rejets qui englobent la souche dans iurpied, et empêcher, à l'exploitation suivante, i production de rejets ou, du Bioins, altérer leur italité. Ce danger disparaît pour de petites seules; le grossissement des rejets les sonstran-a à action de l'atmosphère avant la décomposition u bois. Mais on a rarement intérêt k se servir B la scie, parce qu'elle exige plus de temps aand il s'agit de perches de la grosseur de celles un taiHis. C'est seulement pour des arbres poumt fournir du bois l'œuvre que l'emploi de la
TAILLIS SIMPLE* 143 i
scîe reprend ses avantages, parce qu'on écono- J
mise tout le bois qui tomberait dans la taille d'à* batage. Mais alors on ne se propose plus d'obtenir des rejets de souche.
La hache ou cognée et la serpe sont les instruments tranchants les plus employés. La serpe se manie d'une seule main et exige ainsi moins d'espace. Le choc est moindre que celui qui résulte de l'emploi de la cognée. Aussi doit-on prescrire de s'en servir pour les tiges d'un diamètre inférieur à cinq centimètres, afin d'éviter l'ébranlement des racines. On s'exposerait autrement à briser le chevelu et à détruire la vitalité de la souche. La hache sert pour les tiges d'un diamètre plus considérable.
Qu'on se serve de la serpe ou de la hache, il faut toujours prendre la précaution d'entamer l'écorce jusqu'au bois du côté opposé à celui où l'on achève de couper. C'est pour ne pas risquer d'arracher l'écorce et pour laisser les racines intactes.
La surface de section doit toujours être unie et légèrement en pente, de manière à permettre l'écoulement facile de l'eau : elle doit être en talus et non en pivot. Si on a coupé à droite et à gauche, et donné à la souche la forme d'une gouttière, il faut ensuite ravaler la surface en l'aplanissant.
144 ÉLÉMENTS D£ SYLVICULTUBE.
La coupe rez-terre doit être prescrite et observée rigoureuaement.il n'y a d'exception que pour les endroits plats et bas, exposés à de fréquentes inondations. Alors il faut exploiter un peu audessus de la hauteur qu'atteignent habitaellement les eaux, pour empêcher leur séjour sur les souches. Les avantages de la coupe rez-terre sont considérables. Puisque les rejets les plus nombreux proviennent de bourgeons proventifs, en coupant rcz terre, ils apparaîtront en terre, ou au moins en contact avec elle. Ils y trouveront ainsi un point 'd'appui nécessaire pour résister au vent et à la pression de la neige on du givre; ils y développeront surtout des racines qui en feront des pieds indépendants du sort de la souche
C'est de cette manière qu'on peut expliquer la durée, pour ainsi dire indéfinie, de certains taillis simples, sans aucune réserve, ne pouvant, par conséquent, se reconstituer à l'aide de brins de semence et dans lesquels, de temps immémorial, on n'a jamais fait de repeuplements artificiels.
Ce fait peut, du reste, s'observer directement dans les taillis. On voit fréquemment des cépées indépendantes les unes des autres, mais disposées suivant une circonférence d'un diamètre variable. Ces cépées proviennent d'une souche primitivement unique et dont la partie centrale
s'est détruite. Ce phénomène peut se suivre depuis la formation d'une cépée, au centre de laquelle on retrouve encore Tancienne souche, jusqu'au moment où les rejets se séparent par la décomposition de plus en plus complète de cette souche. Ce cercle, qu'on appelle quelquefois le cercle des fées, s'agrandit jusqu'à ce qu'il y ait assez d'espace à l'intérieur pour permettre la production de rejets et de nouvelles souches. Alors la disposition devient diffuse et on a peine à la reconnaître.
Quelquefois, lorsque les essences sont disposées à drageonner, on coupe en terre. C'est ainsi qu'on opère dans certaines forêts où les cépées sont alors formées de tiges qui sortent directement de terre. Mais ce procédé ne saurait être généralisé avant de s'être bien assuré que les essences se comporteront comme dans les endroits où il a été employé jusqu'à présent.
Façonnage. — Pour ne pas entraver le développement des rejets, et surtout pour ne pas les endommager alors qu'ils se détachent encore facilement de la souche, il est important que le façonnage se fasse rapidement. Il' faut encore ne pas laisser les ramiers épars sur tout le parterre de la coupe. S'il est souvent diflScile, faute de bras, de fiiçonner tous les produits avant l'apparition
»YLT.
des rejets, on peut du moins toujours rassembler les ramiers sur les endroits vides ou mal garnis. On localise ainsi le dommage et on le répare au besoin avec quelques plantations. H est également avantageux d'extraire les souches mortes et de les remplacer par des plants.
Vidange. — La vidange ne peut avoir d'influence sur les taillis que par les dégâts qu'occasionnent le parcours des voitures et l'abroutissèment. Ces dégâts peuvent être considérables si on n'exerce pas une surveillance constante. Mais on peut les diminuer en prescrivant de déposer les produits le long de chemins désignés d'avance, ou mieux encore, quand cela est possible, en les faisant sortir de la coupe au fur et à mesure du façonnage, pour les tr^t^sporter le long d'un chemin existant ou sur une pl^ce ^e dépôt.
Malgré les inconvénient^ qui peuvent résulter du façonnage et de la vidange, il ne faut' pas perdre de vue que toutes les charges imjJosées sur les coupes se ^traduisent forcément en une baisse sur les estimations. Cette moins-value est souvent exagérée par les adjudicataires, et il faut n'exiger que les précautions indispensables pour assurer l'avenir des taillis. Le cahier des charges trace les règles générales adoptées pour les forêts soumises au régime forestier, et prévoit qu'on
pourra y déroger, à l'aide de -clauses spéciales, lorsque des circonstances parti(MiIières le demanderont.
Balhage. — On a vu que les réserves du iaitiis simple n'étaient destinées qu'à parcourir deux révolutions du sous-bois. Leur but principad est de répandre quelques semences pour maintenir le taillis complet, et de donner en même temps quelques pièces de charpente. A ce dernier point de vue, daiis les sols £rais et riches, il n'est pas indifférent d'adjoindre au chêne un certain nombre -de trembles et de bouleaux, dont la croissance est très-rapide et qui donnent des bois recherchés pour certains emplois. — Quand au nombre des baliveaux à conserver, il doit être assez restreint sans qu'on puisse donner d'indication précise. En effet, du moment qu'on se décide à faire du tail^ lis simple, c'est que la production la plus importante est celle du sous-bois. Il faut donc donner à celui-ci Je <moins de couvert possible, et restreindre les réserves au rôle de porte-graines. Autrement, mieux vaudrait, et c'est souvent le cas pour tous les propriétaires, faire franchement du taillis composé.
Trayaux. — Les travaux d'entretien dans les taillis simples peuvent consister en quelques repeuplements artificiels pour reboiser les vides
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qui se produisent toujours par places quand il n*y a pas de porte-graines, et en nettoiements qui auront pour but de s'opposer à Tenvahissement des essences inférieures. Ces nettoiements auront ' en<îore pour objef spécial de dégager les brins de
semence et les plantations dont la végétation, lente au début, ne peut lutter avec la végétation rapide des rejets de souche.
, Il sera question de ces travaux en traitant de
* eeux à exécuter dans les taillis sous futaie.
Application du taillis simple. Taillis d'une seule
essence.
Les Chênes. — Le chêne yeuse en Provence et dans le Dauphiné, le chêne tauzin dans le pays de Bayonne, les chênes rouvre et pédoncule dans le centre de la France et les Ardennes, peuplent souvent à eux seuls les taillis simples. Les deux premiers sont cultivés presque uniquement en vue de la production des écorces et à des révolutions très-courtes, dix à quinze ans. Ils ne produisent guère que 14 francs par hectare et par an. Il semble qu'il y aurait mieux à faire, au moins pour le chêne tauzin.
Dans la Sologne et le centre de la France, on adopte généralement une révolution plus longue :
de vingt à vingt-cinq ans. Aussi les chênes rouvre et pédoncule y donnent-ils, outre de bonnes écorces, des produits ligneux assez importants et même des perches utilisées comme menus bois d'œuvre. Là où le chêne pédoncule est seul, il couvre très-mal le sol, et les taillis sont d'un entretien plus diflScile. Ici encore il est préférable de le voir associé au charme.
Dans les Ardennes, les taillis simples de chênes rouvre et pédoncule, tantôt purs, tantôt mélangés entre eux ou avec des bouleaux, des charines et des noisetiers, sont soumis à un procédé particulier qu'on appelle le sartage : c'est-à-dire quOi après la coupe, on brûlé les ramilles et tous les rémanents de Texploitation, et on cultive des céréales pendant un an. On applique généralement aux taillis sartés une révolution de vingt-quatre ans. Les produits consistent dans la récolte des céréales, dans l'écorce, en étançons de mines, en charbonnette et en bois de chauflFage très-estimé. Tous ces produits réunis donnent un revenu net moyen de trente francs par hectare et par an. — Le sartage semble avoir eu sa raison d'être dans le défaut de communications et dans la pauvreté du sol, qui ne permettait pas une culture agricole continue. Avec la facilité actuelle des transports, il a perdu toute son importance, et son maintien
150 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE.
n'est plus qir*une habitude destinée à disparaître avec fe temps et le développement de Findustrie dans la vallée de la Meuse. On pratique le sartage à feu courant ou à feu couvert.
Sartage à feu conrant. — Il est le plus avantageux, mais il ne peut pas s'appliquer dans les terrains fortement enherbés. Quand la coupe, qu'on exploite en temps de sève pour pouvoir écorcer les | chênes, est façonnée et vidée, c'est-à-dire vers le mois d'août, on répand, aixssi également que possible, les brindilles et tous tes rémanents de Texploitatien. On y met le feu par un temps calme. Pour empêcher nncendie de se propager dans les parties voisines, on a soin de piocher le pourtour de la coupe sur quelques mètres de largeur, et des hommes dirigent le feu à l'aide de grandes perches. Quelquefois on partage la coupe en plusieurs lots qu'on brûle successivement. Quelques jours après l'incendie, lorsqu'on peut entrer dans la coupe, on répand à la volée une semaille de seigle qu'on recouvre à Tarde d'une légère culture à la houe.
Ce mode de sartage peut s'appliquer aussi bien . sur les rampes que sur les plateaux. Il présente plusieurs avantages : dans ces sols de schistes ardoïsiers, par conséquent froids et pauvres, il rend tout d'un coup, par les cendres, une portion
TAILLIS SIMPLE. 151 i.
notable des principes inorganiques absorbés par [
les bois pendant la durée de la révolution ; il permet ainsi de faire une culture agricole, et le surplus de ces principes non utilisés par les céréales profite à la végétation forestière pendant quel- 1
quea années. — Le passage du feu a pour résultat de brûler les semences des mauvaises herbes ; mais il détruit en même temps le terreau ainsi que les quelques glands et jeunes semis qu'avaient pu fournir les perches du taillis. — Au ^. point de vue forestier, le plus grand avantage I" consiste dans la culture donnée au terrain, ce qui ;) a pour effet de Tameublir et surtout de ramener la terre autour des souches. Comme celles-ci ont été exploitées rez-terre, elles se trouvent quelque peu au-dessous de la surface du sol, et les rejets ont uU point d'appui solide en même temps qu'ils s'enracinent directement.
Après la récolte des céréales, il se présente un phénomène singulier. On voit apparaître un grand nombre de genêts dont les graines, conservées en terre depuis la dernière exploitation, ont échappé à Taction du feu. Ils se développent rapidement et ne tardent pas à former avec les rejets de chêne un massif serré. Si leur extraction n^a pas été faite dès la première année, il serait imprudent de les enlever ensuite radicalement en une seule
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fois, parce que les chênes, poussés en hauteur et n'ayant encore qu'un faible diamètre, ne se maintiendraient pas.
La présence de ces genêts est souvent plus utile que nuisible. Ils protègent les rejets contre les vents froids du Nord, que rien ne brise sur le plateau des Ârdennes. Autrefoison laissait autour de chaque coupe un rideau de grands arbres destinés à rompre les vents; mais ces^xîdeaux ont été exploités et n'ont pas été remplacés. Aussi le taillis périclite sur les points culminants. Dans ces endroits on a quelquefois fait des repeuplements en pin sylvestre et en épicéa. Leur action protectrice se fait sentir au loin, en raison de rhorizontalité presque complète du plateau. Jusqu'ici le pin et Tépicéa y prospeFent parfaitement, et peut-être Serait-il bon d'établir avec ces essences un rideau continu le long de la ligne de faîte.
Sartage à lea conyert. — Quand le terrain est couvert de grandes herbes, le sartage à feu courant perd tous ses avantages. En effet, l'incendie ne détruit que les chaumes sans atteindre les racines des herbes. La culture du terrain devient ainsi impossible, et d'ailleurs le seigle serait étouffé par la végétation herbacée, dont la vigueur serait encore augmentée par l'action des cendres. Il faut
alors enlever par plaques la surface gazonnée ; on seeou'e les mottes et on les réunît par tas avec les brindilles et tout ce qui n'a pas pu entrer dans la charbonnette. On allume ces petits fourneaux, puis on en répand les cendres sur la coupe. On sème ensuite le seigle à la volée et on le recouvre comme dans le sartage à feu courant.
Cette manière d'opérer présente l'avantage de pouvoir conserver quelques réserves dans le taillis simple, mais elle est bien inférieure à l'autre. Ainsi on enlève la partie supérieure du sol, qui est la plus riche en terreau. Si le terrain est fortemont incliné, on favorise l'entraînement des terres vers le bas. Quand on répand les cendres, il y a toujours des mottes de gazon incomplètement brûlées, et l'expérience prouve que toutes les souches sur lesquelles elles tombent meurent sans produire de rejets. Enfin les souches restent plus souvent un peu au-dessus de terre.
En somme, il est douteux que le sartage soit réellement profitable à la culture forestière. L'avantage le plus certain provient de la culture donnée au sol. Mais si la végétation profite dans les premières années de l'action des cendres, il est probable qu'elle gagnerait au moins autant à la décomposition lente mais continue des feuilles mortes. La pratique du sartage force d'ailleurs à maintenir le taillis simple, et il paraît évident
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que le taillis composé bien compris compenserait, et au delà,* la perte qu'on éprouverait en supprimant la récolte de seigle. En effet, avec le taillis sous futaie on pourrait augmenter un peu la durée de la révolution du sous-bois; on en retîrerait moins de bois de chauffage et plus de perches de mines ; enfin la réserve donnerait des bois d'œuvre très-utiles et qu'on paie de plus en plus cher.
le Hêtre. Faretage. — On a vu que le hêtre est peut-être Tessence qui convient le moins au taillis simple. Cependant il en existe environ quarante mille hectares appartenant surtout aux particuliers. Ces taillis sont situés principalement dans l'ancien Morvan, dans le Jura, sur le versant suisse, et au pied des Pyrénées. Ils y sont fréquemment soumis à un traitement particulier appelé le furetage, (Dans quelques contrées les taillis de chêne ou d'essences mélangées sont également soumis au furetage.)-
Le furetage consiste à couper dans une cépée les tiges les plus grosses, en laissant subsister les plus faibles. On revient sur le même point tous les huit ou dix ans et, si on coupe les perches à l'âge de vingt-quatre ou trente ans, les trochées sont formées de tiges de trois âges. C'est le jardinage appliqué aux taillis. Les taillis furetés sont
TAILLIS SIMPLE. 15o î
ordinairement des taillis simples sans aucune réserve. On les connaît peu et ils n'ont peut-être l pas été assez étudiés. Il ne semble cependant pas •; que le furetage doive être généralisé, parce que, d'abord, il paraît préférable de traiter le hêtre en futaie et, pour les particuliers qui possèdent des forêts de hêtres, en taillis sous futaie. En ne conduisant pas les réserves à un âge trop avancé, elles n'écraseront pas le sousbois, surtout si la révolution est suffisamment longue, et elles pourront donner des ternis qui maintiendront le peuplement complet. En outre, si le furetage a maintenu jusqu'ici les taillis de hêtre dans un état plus ou moins satisfaisant, il présente de nombreux inconvénients. C'est ainsi qu'il est fort difficile d'exploiter certaines tiges dans une cépée sans endommager les autres ; dans tous les cas, la main-d'œuvre est plus coûteuse. De plus, le façonnage est moins aisé quand il faut respecter les tiges laissées sur pied, et on est obligé de transporter les produits à dos d'homme, ou de laisser pénétrer les voitures au milieu des peuplements, ce qui entraîne forcément des dégâts.
Le Châtaignier. — Le châtaignier n'est pas spontané en France. Quand on veut le conduire à un âge avancé, il se carie au cœur et ne donne que des produits très-médiocres en raison du déchet.
J56 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE,
Au contraire, quand on l'exploite jeune, son boîs est sain et durable ; il est très-recherché pour les échalas de vigne et est d'un grand produit. Il est donc intéressant d'étudier la manière d'établir et de cultiver une châtaigneraie.
II faut d'abord se rappeler que le châtaignier se refuse à croître dans les terrains calcaires. Le sol qui lui convient le mieux est un sol graveleux et siliceux comme celui qui résulte de la décomposition du granit. Il est exposé aux gelées printanières sur les versants sud et ouest et il craint beaucoup l'envahissement des herbes. Sa croissance est très-rapide; il rejette et il drageonne facilement
Pour établir une châtaigneraie, il est bon de commencer par cultiver le terrain pendant deux ou trois ans, en choisissant de préférence des plantes sarclées, des pommes de terre, par exemple. Le sol est ainsi parfaitement nettoyé des mauvaises herbes et il peut recevoir les jeunes plants, qu'on a préalablement élevés en pépinière. On espace ces plants à deux mètres en tous sens, et on peut encore cultiver pendant un an ou deux des pommes de terre dans les intervalles. Au bout de six ou huit ans on fait une première coupe dont les produits couvrent seulement les frais. Puis on exploite en taillis simple, sans réserves, tous les dix, douze ou quinze ans. Un assez
bon indice de Tâge auquel il convient de couper les rejets est fourni par Tapparition de drageons à leur pied. Une châtaigneraie se maintient ainsi pendant environ un siècle et demi, après quoi il est opportun de la renouveler. Située auprès de vignobles, dans de bonnes conditions de sol et d'exposition, c'est une forêt d'un excellent rapport et parfaitement placée entre les mains des particuliers.
L'Aone. — L'aune se prête également très-bien au taillis simple. C'est une essence qui rejette vigoureusement et longtemps. Elle est précieuse pour rendre productifs des terrains mouilleux. Li'aune est rarement en mélange avec d'autres essences, tant en raison des terrains qu'il habite que de sa croissance très-rapide. Selon la nature des produits à obtenir, la/^évolution à appliquer est plus ou moins longue et varie entre vingt et vingt-cinq ans. H peut être intéressant de maintenir quelques réserves pour fournir des perches de plus fortes dimensions qui sont recherchées pour les conduites de fontaines.
Taillis simples d'essences mélangées.
Les essences qui sont le plus fréquemment mélangées' entre elles sont les chênes rouvre et
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pédoncule, le charme, le bouleau, le tremble, le frâne et le hêtre. Quand ce mélange est bien proportionné, il est très-avantageux en raison de la diversité des produits et de l'amélioration qui résulte d'un sol mieux couvert et plus riche en terreau. Mais il faut le surveiller et y pratiquer des nettoiements dans le but de dégager les quelques semis qui pourront se présenter, et d'empêcher les rejets de bois durs d'être dominés et évincés par les rejets de boia tendres. La révolution à appliquer dépendra de l'essence la plus importante et de la nature des produits demandés. Mais il est bon de remarquer que plus les révolutions sont courtes, plus on fav<H'ise les essences à croissance rapide, souvent de qualité inférieure.