FUTAIE ET TAILLIS
que les générations futures gagneraient beaucoup aux conversions et que les communes, propriétaires perpétuels, doivent s'inquiéter de Tavenir, il faut cependant tenir compte de la génération actuelle, et ne pas lui demander des sacrifices dont elle serait seule à ne pas profiter. On ne peut, en effet, augmenter ses revenus sans s'im- ' poser une épargne, et il y a peu de communes en état de la constituer dès à présent.
Pour elles, le taillis sous futaie est probablement destiné à rester longtemps encore le seul mode de. traitement de leurs forêts. Du reste, il ne faut pas non plus s'exagérer l'infériorité de ce régime. Bien appliqué, il donne de très-beaux résultats. La plus grande amélioration dont il soit susceptible est, sans contredit, l'allongement de la révolution et l'établissement d'une réserve nombreuse, formée principalement par des chênes. Cela constitue une épargne réelle très-productive et, en somme, faible au début, acceptable par conséquent. Si on veut réfléchir à la valeur acquise d'une vieille écorce, on voit que la conservation de trois ou quatre arbres en plus de la catégorie inférieure suffirait souvent à doubler la valeur d'un hectare de taillis. Si, de plus, on tient compte du taux de placement, on peut se convaincre qu'il est suffisamment rémunérateur quand on voit la progression constante de valeur du mètre cube de gros bois»
2D8 ÉLÉMENTS DE SYLVICULTURE.
La principale cause de l'infériorité du taillis sur la futaie tient à la courte durée de la révolution. Une seule opération désastreuse dans ces coupes à courte échéance, et la forêt est ruinée pour plusieurs générations. Le danger s'augmente avec l'étendue de la surface parcourue chaque année. Il est telle forêt où des opérations de ce genre, continuées pendant quinze ou vingt ans, ne seront pas réparées avant un siècle et demi. Dans la futaie aménagée, au contraire, si la révolution est bien choisie, si les affectations sont bien délimitées, on restreint forcément les dégâts des opérations vicieuses. Il faut des éclaircies bien imprudentes pour annihiler Tavenir d'un peuplement ; il faut une régénération bien mal conduite pour que les forces naturelles ne ramènent pas les essences précieuses spontanées avec un simple retard limité ordinairement à une période. Mais il est permis d'espérer que le progrès des connaissances restreindra ie plus en plus les opérations hasardées ou systématiques et, dès lors, on doit reconnaître que le premier devoir du forestier est d'améliorer tout d'abord le régime appliqué à la forêt. Plus tard, quand se présenteront des circonstances favorables à l'épargne, on entreprendra la recherche du mieux : on fera des conversions rendues plus faciles par l'amélioration apportée aux taillis. En présence de l'étendue considérable
EXEMPLE d'une CONVERSION. 209
occupée par le taillis sous futaie, de Timpossibilité d'en entreprendre la conversion partout à la fois, et en raison de ce que la conversion elle-même exige la continuation du taillis sur certains points, ce régime sera pendant longtemps encore le traitement principal de nos forêts. On né saurait donc y apporter trop de soins.