‹ Manuel de technique microscopique, ou, Guide pratique pour l'étude et le maniement du microscopeChapitre 13 sur 48 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

DES IMPRÉGNATIONS

Sous ce nom, on comprend un ordre d’opérations applicable surtout à l’étude des épithéliums et qui consiste à colorer d’une façon spéciale la matière intercellulaire qui réunit les éléments. C’est Recklinghausen qui, le premier, a employé dans ce sens certains réactifs dont nous allons parler.

Nitrate d'argent. — Si l’on soumet à l’action d’une solution argentique une membrane recouverte d’épithélium, on voit, au bout de quelques instants, la surface devenir laiteuse, et, en l’exposant à la lumière, on remarque, après l’examen au microscope, que tous les espaces intercellulaires sont colorés en noir, par réduction du nitrate d’argent à l’état métallique. Tous les détails de la pièce deviennent ainsi de la plus grande netteté. Mais, pour arriver à ce résultat, il est indispensable de se conformer à certaines règles, sans lesquelles il est impossible d’obtenir de résultats parfaits.

Certains auteurs préconisent l’emploi de solutions fortement concentrées et les préfèrent aux solutions faibles. Nous avons expérimenté les unes et les autres, et nous avons observé que les imprégnations étaient beaucoup plus belles et plus régulières avec

des solutions légères. Nous conseillerons donc d’employer des liquides contenant 1 gramme de nitrate d’argent pour 300, 400, 500 ou même IO0O grammes d’eau distillée. Dans ce cas, pour obtenir rapidement ces solutions, il est bon d’en faire une première au centième, et, selon les besoins, on ajoute à un volume donné, deux, trois, quatre parties d’eau distillée, ce qui donne la proportion du 300°, du 400e, etc.

Le choix de la solution étant fait, on opérera de la manière suivante : Supposons qu’il s’agisse d’observer l’épithélium du mésentère. Après avoir enlevéles intestins en masse, on en sépare un fragment avec la portion de mésentère adhérente, et on l’étend sur une plaque de liège avec des pinces, en ayant soin de fixer les divers points avec des épingles,, de façon que la membrane soit parfaitement tendue, et ne présente pas d’anfractuosités qui seraient autant décentres où l’argent viendrait se déposer, et formerait plus tard des dépôts et des taches. Cette première opération terminée, on se place dans l’obscurité et on verse avec une pipette ou mieux une seringue, qui balaie mieux les corps étrangers, de l’eau distillée à la surface de la pièce. On se propose ainsi, de la nettoyer parfaitement, et d’enlever les globules blancs ou les cellules détachées qui pourraient y être adhérents. Puis, avec une seringue de verre, en ayant soin de tenir la plaque de liège inclinée, on l’arrose avec le liquide argenlique (1 pour 300 ou 1 pour 500). Comme la solution employée à cette dose n’est pas d’un prix élevé, et qu’on n’a pas besoin de l’économiser, on la laisse couler sur la pièce, jusqu’à ce qu’elle présente un aspect blanc laiteux, prouvant que l’imprégnation est opérée. On laisse alors égoutter, et on enlève le nitrate d’argent en excès, en plaçant, quelques instants,

IMPRÉGNATIONS.

la plaque de liège au-dessous d’un robinet d’eau distillée. Il ne reste plus, alors, qu’à exposer la pièce à la lumière solaire, sous l’influence de laquelle l’argent se réduira à l’état métallique et colorera en noir les espaces intercellulaires.

Il est préférable de choisir, si la chose est possible, une lumière intense. La réduction est plus rapide et les images plus nettes. On peut cependant, avec une lumière diffuse, obtenir d’assez bons résultats. Toujours est-il qu’on attendra que la surface devienne brunâtre. La réduction est alors complète.

Pour conserver les pièces, on les lavera à l’eau distillée, et, comme une épreuve photographique ordinaire, on les fixera avec une solution d’hyposulfite de soude dans la proportion de 2 pour 100.

S’il s’agissait d’une membrane délicate, comme l’épiploon, par exemple, on pourrait, pour la nitrater,la tendre au-dessus du goulot d’un flacon comme la peau d’un tambour, ou, mieux, au bout d’un tube à large diamètre, qui permet de laver facilement les deux laces. Nous ne saurions trop insister sur la disposition préalable de la pièce, condition indispensable pour obtenir une belle imprégnation.

Si l’on veut nitrater une glande, on commencera par faire dans l’organe une section bien nette avec un rasoir trempé dans l’eau distillée, et, après avoir lavé la surface, on y versera la solution argentique. Le restant de l’opération est le môme que ci-dessus. On pourra de même injecter la solution dans le conduit excréteur. La manipulation sera la môme s’il s’agit d’étudier l’épithélium d’un vaisseau.

On se rappellera que l’imprégnation doit être faite avec des solutions faibles si l’on se propose ensuite de colorer les noyaux des cellules.

Dans ces derniers temps, au lieu du nitrate d’argent, on s’est servi des lactate et oxalate d’argent, et on a obtenu des résultats plus nets et plus réguliers. Il est bon de faire de nouvelles expériences à ce sujet.

Chlorure d'or. — Ce sel s’emploie dans certains cas, pour faire ressortir, par exemple, les terminaisons nerveuses dans tel ou tel tissu. C’est un réactif inconstant et sur lequel on ne peut compter d’une façon absolue.

M. Ranvier a cependant préconisé deux procédés, qui donnent généralement de fort bons résultats.

1er Procédé. — La pièce est plongée d’abord dans du jus de citron fraîchement exprimé et filtré à travers de la flanelle ; après un séjour de 5 minutes, on la lave à l’eau distillée et on la place pendant 15 à 20 minutes dans une solution de 1 p. 100 de chlorure d’or.

Au sortir du chlorure d’or, et après l’avoir de nouveau lavée, on fait opérer la réduction de l’or, soit en plaçant le fragment ainsi traité à la lumière diffuse dans de l’eau acidulée (2 gouttes d’acide acétique pour 50 gr. d’eau distillée), soit à l’obscurité dans un mélange de 1 partie d’acide formique et 4 d’eau.

2° Procédé. — Moins certain que le précédent, mais donnant, quand il réussit, d’excellents résultats.

11 consiste à placer de très petits fragments de la pièce à étudier dans un mélange de 4 parties de chlorure d’or à 1 ou 2 p. 100 et 1 partie d’acide formique ; le mélange, ayant été préalablement porté à l’ébullition et refroidi, les fragments doivent y séjourner 10 à 15 minutes; puis, après avoir été lavés, être soumis à

IMPRÉGNATIONS.

l’action de l’eau acidulée et réduits à la lumière. Si après cette manipulation le tissu n’élait pas assez coloré, on le plongerait pendant un temps plus ou moins long dans une solution de chlorure double d’or et de potassium à 1 pour 1000.

Acide osmique. — Nous avons parlé de ce réactif à l’article des agents colorants, mais on comprendra qu’il doive être cité ici, comme agent d’imprégnation.

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