CHAPITRE IV
DU SYSTÈME VASCULAIRE
Nous étudierons successivement : I°le cœur; "2° les artères et les veines ; 3° les lymphatiques.
Puis, le sang et la lymphe, et enfin, les ganglions lymphatiques.
§ 1er. — Du Cœur.
Cet organe de nature essentiellement musculaire otfre à considérer : a. son tissu propre ; b. une enveloppe séreuse externe, le péricarde ; c. une enveloppe interne, l’endocarde.
a. Tissu propre. — Il est constitué par des fibres musculaires striées et anastomosées entre elles. Ces fibres sont moins larges que celles des muscles volontaires.
Pour les étudier, on fera durcir des fragments dans l’alcool et la gomme, et on pratiquera des coupes en divers sens. Traitées ensuite par le picro-carminate, elles montreront les noyaux, et permettront d’apercevoir un certain nombre de granulations graisseuses, qu’on rencontre fréquemment groupées le long de l’axe de la fibre.
Pour observer les anastomoses, on fera macérer l’organe pendant deux ou trois semaines, dans une solution moyennement concentrée de bichromate de po-
SYSTÈME VASCULAIRE
tasse, et quand le tissu sera suffisamment ramolli, au moyen des aiguilles, on en dilacérera de petits fragments qu’on étudiera dans la glycérine, après les avoir colorés par le picro-carminate.
Les vaisseaux seront étudiés sur des pièces injectées. Ils ne diffèrent pas d’ailleurs de ceux que l’on observe dans les muscles striés. Ils sont peut-être un peu plus lâches.
Les valvules, formées d’une couche de tissu conjonctif avec réseau de fibres élastiques, sont recouvertes sur leurs deux faces, par un revêtement épithélial dépendant de l’endocarde. On pratiquera dans cette région des coupes perpendiculaires à la surface.
Fig. 126. — Faisceau strié du cœur (enfant de treize ans). (Cadiat.)
b. Péricarde. — 11 présente deux feuillets, l’un externe, l’autre interne. Des coupes montreront sa nature fibreuse et permettront de constater qu’il est tapissé d’un épithélium pavimenteux simple.
Pour bien voir ce dernier détail, on aura recours â l’imprégnation par le nitrate d’argent, avec une solution au 500e. Les préparations seront ensuite conservées dans la glycérine, ou montées au baume de Canada. On pourra colorer les noyaux de cellules avec le picrocarminate ou l’hématoxyline.
On devra également pratiquer des coupes, per-
F ig. 127. — Coupe d'une valvule auriculo-ventriculaire. — a, couche hyaline do l’endocarde ; b, couche élastique de l'endocarde ; c, fibres musculaires de l’oreillette ; d, fibres musculaires des ventricules ; e, anneaux fibreux. (Cadiat.)
mettant d’établir les rapports entre le feuillet interne et le tissu propre du cœur. On remarquera qu’au niveau des sillons, il passe d’un bord à l’au-
SYSTÈME VASCULAIRE
tre et que l’intervalle est comblé par du tissu adipeux. Les lymphatiques s’étudieront également après
Fig. 128. — Épitliélium d’un conduit lymphatique du péricarde.
(Cadiat.)
traitement par l’imprégnation au nitrate d’argent.
c. Endocarde. — C’est une membrane blanchâtre qui recouvre tout l’intérieur du cœur. Sa structure est fort simple. Il est formé de tissu conjonctif en couche mince, avec de nombreuses fibres élastiques, et d’un revêtement épithélial, composé de cellules polygonales allongées, munies d’un noyau.
On a recours aux mêmes moyens d’étude que pour le péricarde.
Quant aux nerfs du cœur, on les étudiera sur des pièces traitées par l’acide osmique au 100" ou par le chlorure d’or.
Les solutions de potasse et de soude à 35 p. 100, donnent également de bons résultats pour éclaircir les pièces.
TECHNIQUE MICHOSCÜPIQUE.
§ 2. — Artères.
Leur structure varie selon les vaisseaux qu’on examine. Tandis que certains d’entre eux présentent trois tuniques; les autres, moins compliqués, n’en offrent qu’une.
Les procédés de technique sont très simples : les vaisseaux seront desséchés à l’air libre, jusqu’à, ce qu’ils aient atteint la consistance de la cire. On y pratiquera des coupes transversales, qui seront ramollies dans l’eau et traitées ensuite par les réactifs colorants. Elles pourront avantageusement être soumises à l’aclion de l’acide acétique.
On obtient également de bons résultats, en faisant durcir les pièces dans l’alcool et la gomme.
Pour voir l’endothélium, il est nécessaire d’opérer sur des pièces fraîches. On coupe les vaisseaux longitudinalement, si la chose est possible, et après les avoir étendus sur une plaque de liège avec des épingles, on les traite selon la méthode ordinaire, par une solution de nitrate d’argent au 500°. Dans le cas où le calibre du vaisseau ne permettrait pas de le diviser, on se contentera d’y injecter la solution argenlique.
Les libres lisses se montrent avec la plus grande netteté, sur des pièces macérées dans l’acide nitrique au 5°.
Quant à l’élément élastique, il sera mis en évidence à l’aide des solutions concentrées de soude ou de potasse. L’acide acétique concentré agit également
Fig. 129. — Épithélium de la tunique interne des artè ■ res. (Cadiat.)
SYSTEME YASCULAIIÏE.
dans le môme sens, et les pièces qu’on y fait séjourner quelques heures, sont suffisamment gonflées pour qu’on puisse facilement séparer les diverses couches qui entrent dans leur composition.
Examinons maintenant la structure des artères dans les diverses régions :
Sur un petit vaisseau (3 millimètres et au-dessous), nous distinguons sur une coupe verticale : une membrane interne de nature élastique, recouverte d’un épithélium, une membrane moyenne formée de fibres musculaires lisses et une membrane externe conjonctive.
La membrane interne élastique se montre très bien sur des pièces traitées par la potasse ou la soude. C’est une membrane percée de trous plus ou moins grands.
La membrane moyenne à fibres lisses, offre des éléments qu’on isole facilement, après macération ou coction dans l’acide nitrique au 5°.
Enfin, la membrane externe se montre formée de fibres conjonctives et d’éléments élastiques, qu’on met au jour facilement, après l’action de l’acide acétique.
On devra étudier des vaisseaux de divers calibres, et suivre les trois couches, jusqu’à leur disparition dans les capillaires les plus fins.
Sur un vaisseau de moyen calibre (de 3 millimètres à 6 ou 7 millimètres) les couches se modifient légèrement, dans la proportion de leurs éléments constituants :
La membrane interne présente plusieurs couches de lames striées.
La membrane moyenne plus épaisse, offre plusieurs couches de fibres musculaires et des fibres élastiques fines, formant des réseaux à larges mailles.
Fig. 130. — Tunique interne : a, couche hyaline; 6, réseau élastique compris dans la lame striée ; c, lame striée; cl, tunique moyenne. — Tunique adventice : e, fibres élastiques longitudinales ; f, fibres musculaires en faisceaux longitudinaux ; g, vaisseaux sanguins ne dépassant pas la tunique adventice. (Cadiat.)
SYSTÈME VASCULAIRE
La membrane externe est la plus épaisse et surtout la plus riche en fibres élastiques.
Enfin, on devra étudier les mêmes couches sur diverses artères et arriver ainsi aux vaisseaux les plus volumineux, où on observera surtout alors le développement de la couche moyenne.
§ 3. — Veines.
Les veines s’étudieront par les mêmes procédés que les artères.
Nous leur décrirons également trois tuniques, en faisant remarquer que la moyenne présente, au lieu d’éléments transversaux, une couche circulaire et une couche longitudinale.
On constatera par l’examen de coupes faites en diverses régions, que les éléments élastique et musculaires sont moins développés que dans les artères
Nous distinguerons, au point de vue de l’étude, deux sortes de veines : a. les veines libres; b. les veines adhérentes.
a. Veines libres. — La majorité rentre dans cette catégorie. Pour vérifier leur structure, on pratiquera des coupes transversales et longitudinales sur des canaux de divers volumes et dans un certain nombre de régions différentes. Ces coupes, traitées par le picro-carminate, seront étudiées et montées dans la glycérine.
1° Tunique externe. — C’est la plus épaisse des trois. On remarquera qu'elle contient du tissu conjonctif à fibres longitudinales, entremêlé de fibres élastiques.
Puis des muscles striés, mais seulement sur les grosses veines (veines caves et pulmonaires) disposés
en forme d’anneaux, et des muscles lisses placés en faisceaux longitudinaux à la face profonde. Cet élément ne se rencontre que dans la tunique externe des grosses veines. On ne le trouve ni dans les moyennes, ni dans les petites veines, excepté dans les racines de la veine porte, et dans les branches de la veine rénale.
On trouve les fibres lisses très développées sur la portion hépatique et sus-hépatique de la veine cave inférieure, et sur les veines iliaques primitive et externe.
Sur les veines moyennes, cette tunique a la même structure que les artères et se compose de tissu conjonctif et d’éléments élastiques en forme de membranes ou de réseaux serrés. Les veines des membres rentrent dans cette catégorie.
Quant aux petites veines, elles ne présentent à l’extérieur que des fibres conjonctives, sans fibres élastiques.
On usera avec avantage de solutions alcalines et d’acide acétique pour l’isolement des éléments élastiques.
2° Tunique moyenne. — Elle offre les mêmes limites que la précédente, et diffère de celle des artères en ce qu’elle est formée de deux couches, avec moins d’éléments élastiques et musculaires et plus de tissu conjonctif.
La couche superficielle renferme des fibres élastiques, du tissu conjonctif et des fibres musculaires lisses, le tout dirigé transversalement.
La couche profonde est formée uniquement d’éléments élastiques disposés longitudinalement et anastomosés en réseaux serrés et superposés.
SYSTÈME VASCULAIRE. 3 41
On trouve de nombreuses variétés dans la disposi-
Fig. 131. — Coupe longitudinale d’une veine au niveau d’une valvulve. — a, couche hyaline de la tunique deBichat; b, couche élastique de la môme tunique ; c, couche musculaire défibrés transversales ; cl, fibres musculaires longitudinales de la tunique adventice. (Cadiat.)
tion de cette tunique, selon les veines que l’on considère. Considérable à la partie supérieure de la veine cave inférieure, elle manque complètement dans le même vaisseau, au-dessous du foie. La veine sous-
clavière manque de fibres musculaires transversales, tandis que la veine porte et ses racines, la veine splénique principalement, en sont abondamment pourvues.
3° T un que externe. — Analogue à celle des artères, on y rencontre un épithélium pavimenteux simple, à cellules polygonales un peu allongées.
On étudiera ces éléments au moyen de l’imprégnation par le nitrate d’argent.
La plupart des veines sont munies de valvules. Ces replis sont constitués par l’adossement des tuniques interne et moyenne, réunies par du tissu conjonctif. On trouve à leur surface un épithélium pavimenteux petites cellules. Des coupes perpendiculaires à leur surface permettront de vérifier ces détails.
Notons enfin quelques particularités de structure au sujet de certaines veines : celles du cerveau et de la pie-mère sont dépourvues de fibres musculaires; elles ont une tunique externe formée de tissu conjonctif fibrillaire passant à l’état de tissu conjonctif homogène sur les petites veines; la tunique moyenne est remplacée par une mince couche de tissu conjonctif à noyaux, dirigée longitudinalement, enfin la tunique interne est représentée par un épithélium pavimenteux simple à cellules polygonales, souvent arrondies. Ces veines n’ont pas de valvules.
Celles de la rétine et du placenta ne présentent pas non plus de fihres musculaires.
Fig. 132. — Épithélium de la tunique interne des veines. (Cadiat.)
SYSTÈME VASCULAIRE
b. Veines adhérentes. — Nous comprendrons sous ce nom toutes celles dont l’orifice est maintenu béant après une section.
Les principales sont les sinus de la dure-mère, les veines des os et les veines sus-hépatiques et utérines.
Les deux premières catégories offrent une structure fort simple : la paroi est formée d’une couche de tissu conjonctif, entremêlé de fibres élastiques fines, et tapissée d’un épithélium pavimenteux simple.
La troisième présente en plus, des fibres musculaires lisses dans la tunique externe et n’a pas de tunique moyenne.
Quant aux veines utérines, pendant la grossesse, elles présentent un développement considérable des fibres musculaires longitudinales de la tunique moyenne.
§ 4L. — Capillaire».
On comprend sous ce nom le fin réseau de canaux intermédiaires aux veines et aux artères.
Les petits se rencontrent dans les muscles, les nerfs et la rétine. Dans la peau et les muqueuses, ils sont plus volumineux, et leur diamètre augmente encore dans le foie, le rein et le poumon. Leur diamètre varie entre lo p. et 4 p..
Pour se faire une idée de la finesse de ces canaux, on fera macérer une rétine dans l’alcool au tiers ou dans le sérum iodé, et quelques jours après, on pourra enlever par le lavage la plus grande partie du tissu. Il ne restera qu’un magnifique réseau de capillaires.
On devra également examiner un grand nombre de pièces injectées. La disposition variera à l’infini.
On remarquera que la forme du réseau capillaire des organes est subordonnée à la disposition des élé-
i EC1INIQUE MICROSCOPIQUE.
ments anatomiques, d’uù il résulte que la forme du réseau capillaire est toujours la même dans le même organe, dans le même tissu; elle le caractérise, de sorte qu’en voyant une injection capillaire, l’histologiste peut dire à quel tissu, à quel organe appartiennent ces vaisseaux ,
C’est ainsi que dans le tissu adipeux et autour des glandes en grappe, le réseau est constitué par des mailles arrondies; la disposition est la même pour les capillaires qui se distribuent à la muqueuse stomacale, où ils forment une couronne autour de chaque orifice glandulaire; autour des cellules hépatiques, les mailles sont polygonales; dans les papilles du derme et les villosités de l’intestin, elles forment des anses et dans les muscles et les nerfs, le système capillaire est disposé en forme de rectangles très allongés.
On voit donc que l’aspect est très variable. Ou devra étudier sur des pièces injectées ces diverses dispositions. Les pièces, éclaircies par l’essence de girofle, seront montées au baume de Canada. On obtiendra ainsi de magnifiques préparations, qui se conserveront indéfiniment.
Quant à la structure des capillaires, elle est fort simple. La paroi n’est formée que par une simple couche de cellules épithéliales dont on prouvera l’existence par une injection gélatineuse de nitrate d’argent au 3001’ ou au 500°. On constatera ainsi que les cellules sont aplaties, à bords irréguliers, tantôt ondulés, tanLôt dentelés, et possèdent un noyau ovalaire ou arrondi, avec un ou plusieurs nucléoles. Elles ont des dimensions fort variables, à tel point que quelquefois une seule cellule suffit pour former la paroi du vaisseau. Le nombre de cellules que l’on observe le plus souvent est de quatre ou cinq.
SYSTEME VASCULAIRE
§ 5. — Lymphatiques.
Avant d’entrer dans les particularités de structure relatives à ces vaisseaux, nous allons donner quelques règles pour les étudier.
L’injection, qui est la première opération à exécuter, présente en général d’assez grandes difficultés. Les détails qui suivent sont empruntés pour la plupart au Traité du microscope de M. le professeur Robin.
Les lymphatiques, dit-il, seront injectés à l’aide des appareils à pression continue ; l’injecteur, que nous avons déjà plusieurs fois conseillé, donne ici d’excellents résultats. On cherchera à pénétrer par les réseaux, en s’exerçant d’abord dans les points où la réussite est plus facile, comme le gland, le périnée, les lèvres, l’intestin. Si l’on désire remplir les vaisseaux sanguins et les lymphatiques sur le même organe, on commencera par les lymphatiques.
La substance que l’on emploiera de préférence est la solution de nitrate d’argent au 300°, qui a le mérite de montrer les contours des cellules, ou le bleu de Prusse soluble.
On procédera avec une grande lenteur et une pression excessivement faible. Les canules dont on se servira seront effilées et tranchantes sur les bords.
Pour effectuer l’injection, il ne faut pas songer tout d’abord à pénétrer dans les lymphatiques, ces canaux étant d’un calibre fort petit et d’ailleurs invisibles. On pique le tissu qu’on se propose d’injecter, en introduisant obliquement la canule, bien remplie et communiquant avec l’appareil à pression, et on cherche à léser par la piqûre, le plus grand nombre de radicules lymphatiques.
Si l’on a atteint quelques lymphatiques, l’injection
s’étend autour de la piqûre et on peut alors, lorsqu’on aperçoit enfin un vaisseau distendu, le piquer directement et continuer l’injection par son intermédiaire.
S’il se produisait des fuites, on les arrêterait au moyen de pinces à pression continue.
Nous le répétons, les injections lymphatiques exigent une grande patience et beaucoup d’exercice.
Les pièces injectées sont traitées de la même manière que s’il s’agissait de vaisseaux sanguins. Elles sont durcies et étudiées au moyen de coupes pratiquées en divers sens.
Voyons maintenant quelle est la structure des vaisseaux lymphatiques, et nous y joindrons celle du canal thoracique.
1° Vaisseaux lymphatiques. — Gomme les artères et les veines, ils ont trois tuniques, et comme ces dernières, ils sont munis de valvules.
La tunique externe esL constituée par des faisceaux de tissu conjonctif dirigés longitudinalement, et entremêlés de fibres élastiques fines. On y trouve également quelques fibres lisses.
La tunique moyenne, la plus épaisse, est composée de fibres musculaires lisses transversales et de fibres élastiques.
La tunique interne est formée de deux couches : une couche épithéliale, qu’on met facilement au jour parle traitement au nitrate d’argent, composée de cellules d’épithélium pavimenteux allongées, et une couche sous-épithéliale élastique, à fibres anastomosées, formant une membrane réticulée.
2° Canal thoracique. — 11 présente également trois tuniques, dont la structure est à peu près la même que celle des vaisseaux lymphatiques.
SYSTÈME VASCULAIRE
§ O. — Ciaiifflions lymphatiques.
Ces organes seront étudiés sur des pièces convenablement durcies. Comme leur textuie est lies molle, on les plongera d’abord pendant vingt-quatre heures dans l’alcool absolu, et de là, on les transportera dans une solution de gomme très épaisse, où on les laissera quelques jours, et on achèvera ensuite le durcissement, en plongeant la pièce dans l’alcool absolu. On devra diviser les ganglions, pour permettre à la gomme d’infiltrer la pièce.
Il sera bon également, d’obtenir quelques coupes, sur des organes préalablement congelés. On les traitera
Fig. 133. — Tissu réticulé d’un ganglion lymphatique. Gross. 1/350. (Cadiat.)
par le pinceau, pour les débarrasser des cellules qui remplissent les mailles.
Les ganglions lymphatiques présentent à étudier : 1° une enveloppe fibreuse, qui envoie dans l’intérieur de nombreux cloisonnements, formés de fibres conjonctives mélangées de fibres élastiques. Chez certains animaux on y trouve quelques éléments musculaires ; 2° un tissu particulier, analogue à celui que nous avons
3 4 8 TEC11NIQUK MICROSCOPIQUE.
décrit dans la rate et constitué par des libres fines
anastomosées. Ce tissu contient dans ses mailles un
Fig. 134 . — Coupe d’un ganglion lymphatique au niveau de la partie médullaire. — a, masses glandulaires disposées en ré- • seau et entourées par les sinus lymphatiques ; b, vaisseaux \ sanguins ; c, artérioles traversant les sinus lymphatiques. (Cadiat).
grand nombre de cellules, qui masquent les détails et doivent être enlevées par le pinceau.
Ces divers détails seront très visibles sur des coupes verticales.
Enfin, on devra sur des pièces injectées, étudier la distribution des vaisseaux lymphatiques et sanguins. ( On verra que ces derniers forment dans l’organe des j mailles polygonales assez petites. ’ 1 ' r
§ «. — l>u sang:.
Pour observer ce liquide au microscope, il est né- ]f cessaire de recourir à quelques précautions : on corn- i 0
SYSTEME VASCULAIKE.
mencera par neltoyer une lame et une lamelle et on y déposera une gouttelette de sang aussitôt qu’elle sera sortie du vaisseau. Le meilleur procédé pour obtenir du sang, est de piquer le doigt avec la pointe d’une aiguille, après avoir fait une légère ligature autour de l’organe.
Il est indispensable de garantir le sang de l’évaporation. On arrivera facilement à ce résultat, en déposant sur la lame une gouttelette, d’un volume exactement suffisant pour remplir l’intervalle entre la lame et la lamelle et en bordant la préparation avec la paraffine. La couche de sang devra être assez mince, pour ne contenir qu’une couche de cellules.
On devra, pour l’examen microscopique, commencer l’observation avec l’objectif 2 de Nachet, pour bien se rendre compte de l’aspect général, et soumettre ensuite les éléments aux plus forts grossissements.
Le sang présente à étudier :
l°des éléments discoïdes (globules rouges ou hématies) ;
2° Des globules blancs ;
3° Quelquefois des globules dégraissé ou de pigment;
4° Un liquide, dans lequel nagent ces divers éléments.
1° Globules rouges. — Us apparaissent au microscope, sous la forme de disques circulaires, biconcaves, ayant un diamètre de 7 millièmes de millimètre environ.
Quand on les fait nager dans le liquide de la préparation, ce que l’on obtient facilement en donnant avec le manche d’un scalpel de petits coups sur la lamelle, on remarque que les cellules passent par diverses for-
:SnO
mes. Quand on les regarde de champ, elles ont l’apparence d’un bissae et montrent ainsi qu’elles sont plus minces au cenlre qu’à la périphérie.
Yus de face, les globules rouges sont circulaires, d’une couleur jaunâtre, plus foncée sur les bords, presque incolores au cenlre.
Au bout d’un certain temps, les éléments prennent une disposition fort originale; ils se groupent les uns à côté des autres, de façon à s’empiler comme un rouleau de pièces de monnaie. Tantôt l’accolement des faces est complet, tantôt il y a imbrication, les disques ne se superposant que par une fraction de leur surface.
Il sera bon d’étudier comparativement le sang de divers mammifères. On comprend de quelle importance il peut être, dans les recherches médico-légales, de déterminer la nature de telle ou telle tache de sang. On verra que les éléments, bien que d’apparence analogue, varient comme diamètre d’une espèce à l’autre.
Les globules sanguins, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure, s’altèrent avec la plus grande facilité, soit naturellement, soit sous l’influence de certains réactifs. Il est donc nécessaire de bien connaître les aspects nouveaux qu’ils peuvent alors présenter.
Au bout de quelques heures, une préparation de sang humain, enfermée à l’abri du contact de l’air, présente des cellules crénelées sur les bords, d’aspect épineux. On en rencontre aussi chez lesquelles la forme en bissae est exagérée, par rétrécissement du centre et gonflement des extrémités.
L’eau agit énergiquement sur les globules du sang.
Pour faire l’essai de ce réactif, aussi bien que de ceux dont nous allons parler, on dépose près de la lamelle la gouttelette du liquide et avec uue aiguille, on l’approche de son bord, de façon à le faire pénétrer
SYSTÈME VASCULAIRE
3fl
,ii
par capillarité. 11 se forme d’abord un courant qui ne tarde pas à cesser, et permet alors l’observation des éléments. Us sont décolorés, sphériques, à peine visibles. Le liquide est devenu jaunâtre, par dissolution de la matière colorante.
Sous l’influence de l’alcool au 1/3, dit Ranvier, les globules deviennent sphériques, comme avec l’eau, mais ils revêtent un double contour très net.
L’alcool à 3(1° fixe à peu près les globules dans leur forme ordinaire.
L’acide acétique dilué les pâlit sans les dissoudre.
Nous verrons, au sujet de la numération des éléments sanguins, que certains sels, le sulfate de soude entr’autres, conservent assez bien la forme naturelle.
L’histologiste, dans les laboratoires, emploie si souvent la grenouille pour ses recherches, qu’il est indispensable de connaître les particularités que présente le sang de ce batracien.
La meilleure manière de s’en procurer est de piquer une patte avec une aiguille ; mais, dans ce cas, on obtient en même temps que les globules rouges, une grande quantité de lymphe, ce qni n’a d’ailleurs aucun inconvénient, si l’on se propose seulement d’observer isolément les éléments. Si l’on voulait obtenir du sang pur, on devrait aller rechercher le cœur, et après l’avoir attiré en dehors de la cage thoracique, le sectionner d’un coup de ciseau et recevoir immédiatement le liquide sur le porte-objet.
Dans le cas, où l’on voudrait observer la circulation sur l’animal vivant, on pourra choisir la membrane interdigitale; mais, vu la présence de nombreuses cellules pigmentaires, la langue sera bien plus favorable pour l’examen. 11 y a dans ce cas, à tenir compte d’un
3 52 TECHNIQUE MICBOSCOPIQUE.
petit manuel opératoire assez compliqué, que nous allons exposer.
On se procurera une plaque de liège un peu plus grande que la platine du microscope et de 3 ou 4 millimètres d’épaisseur, dans l’une des exlrémités de laquelle on pratiquera une ouverture circulaire d’environ 1 centimètre carré. C’est au-dessus de ceL orifice qu’on étalera la langue de la grenouille à la façon delà peau d’un tambour.
Pour arriver à ce résultat, on couche l’animal sur le dos, de façon que la tête arrive au bord de l’orifice, et on le fixe dans cette position au moyen de cinq épingles, une, qui pénètre dans chaque membre et une, qu’on introduit dans l’extrémité du museau. Cela fait, on n’oubliera pas que l’extrémité de la langue regarde en arrière et soulevant les mâchoires avec une pince, on attire en dehors, la pointe de l'organe, qu’on fait passer au-dessus du trou, et qu’on fixe avec une première épingle. On saisit successivement le bord droit et le bord gauche, en les attirant sur les parties latérales de l’orifice où on les fixe également, et on achève l’opération, en plaçant quelques épingles intermédiaires.
La langue apparaît alors sous forme d’une membrane Lransparente, dans laquelle on distingue déjà les gros vaisseaux.
Pour faire l’observation, il ne reste plus qu’à appliquer à sa surface un fragment de lamelle, pour obtenir une surface plane et à ajouter une goutte d’eau, qui s’opposera au dessèchement de la partie.
L’appareil est maintenu sur la plaLine au moyen des valets, et l’observation se fera d’abord avec des grossissements faibles, en augmentant successivement les numéros des objectifs.
SYSTÈME VASCULAlltE.
Rien n’est plus beau que cette expérience, où l’on peut observer avec la plus grande faciliLé, les plus petits détails de la circulation.
On remarquera que les globules du sang sont elliptiques et assez volumineux. Ils sont munis d’un noyau. On rencontre d’ailleurs dans le sang des batraciens les éléments correspondant à ceux de l’homme.
2° Globules blancs. — Ce sont des corpuscules sphériques dont le diamètre est de 12 millièmes de millimètre environ. Ils se présentent avec un aspect granuleux, un contour irrégulier et une couleur blanchâtre, assez caractéristique, pour qu’on les aperçoive immédiatement dans le champ du microscope.
Si l’on vient à faire agir l’eau, on voit aussitôt apparaître un ou deux noyaux, réaction qui est encore plus accentuée avec l’acide acétique.
On observe alors des mouvements browniens dans l’intérieur de l’élément.
Il n’est pas rare de trouver dans le sang des globules blancs plus petits : ce sont des globulins.
Les globules blancs, qui sont identiques avec les cellules lymphatiques, sont doués des mouvements amiboïdes.
On les observera facilement sur la grenouille, où ils se montrent à la température ambiante. On opérera de la façon suivante :
Après avoir coupé le doigt de l’animal, on exprimera sur une lame, le liquide qui s’en échappe et après avoir rapidement recouvert avec une lamelle préparée à l’avance, on fermera la préparation avec de la paraffine.
En examinant soigneusement une cellule avec un fort grossissement, et pendant quelques minutes, onia verra
prendre successivement Jes formes les plus variées.
Les mômes phénomènes pourraient s’observer sur le sang des animaux supérieurs, mais l’emploi d’une platine chauffée serait indispensable.
3° Globules de graisse et pigment. — On rencontre quelquefois ces éléments dans le sang, mais toujours en petites quantités. 11 en est de môme de larges cellules pâles, que l’on trouve isolées, et qui sont des éléments endothéliaux détachés de la paroi des vaisseaux.
4° Liquide propre. — Ce liquide qui est constitué par de la fibrine, se coagule, aussitôt la sortie du sang hors des vaisseaux; il se présente alors sous forme d’un fin lacis de fibrilles entrecroisées, contenant ou non des éléments sanguins dans ses mailles.
On notera que le réactif caractéristique de la fibrine est l’acide acétique, qui la gonfle, lui donne un aspect homogène et gélatineux et finit par la dissoudre complètement.
Numération des globules sanguins.
Maintenant que nous connaissons les éléments histologiques du sang, nous allons aborder une question dont l’importance, soit au point de vue physiologique, soit au point de vue thérapeutique, n’échappera à personne ; nous voulons parler de la numération des globules sanguins.
Nous empruntons la presque totalité de cet article, au mémoire que M. Hajmm a publié sur ce sujet.
Nous engageons d’ailleurs à consulter, pour plus de détails, les nombreux et intéressants travaux du savant professeur.
« Rendons-nous compte tout d’abord du problème
SYSTÈME VASCULAIRE
à résoudre. Lorsqu’on examine une goutte de sangpur au microscope, les globules extraordinairement nombreux s’empilent, se superposent et forment des amas confus, de sorte qu’il est matériellement impossible de les délimiter et de les compter.
« De là résulte la nécessité de faire une dilution, c’est-à-dire d’augmenter, en quelque sorte, la proportion du plasma. On fait alors un mélange avec un liquide étranger, et il faut que ce mélange soit aussi homogène que possible, c’est-à-dire que la répartition des globules y soit la même dans tous les points. De cette manière, en comptant les globules contenus dans un volume connu du mélange, on peut, par un calcul de proportions, ramener le chiffre trouvé à 1 millimètre cuhe de sang pur.
« Toutes les méthodes employées ont dû se soumettre à ces exigences.
« Le liquide employé pour diluer doit altérer le moins possible les globules, et ses proportions doivent être choisies de façon à faciliter les calculs. Chaque expérimentateur a employé un liquide différent, qu’il a mélangé au sang dans des proportions variables. Cette partie importante du problème offre ses difficultés : mais le point difficile, le plus délicat, est la numération des globules compris dans le mélange ou dans une de ses parties. »
Plusieurs procédés ont été successivementemployés, M. le Dr Malassez a fait à ce sujet de remarquables travaux et a eu l’immense mérite de faire construire, le premier, un appareil d’un maniement assez facile et d’une conception très ingénieuse. Nous l’avons employé longtemps, mais depuis nous avons trouvé plus simple, l’appareil de M. Ilayem, que nous allons décrire. Les chances d’erreurs sont d’ailleurs beaucoup
356 TECHNIQUE MICROSCOI'IQUE.
moins grandes avec ce dernier modèle. On comprendra qu’une discussion des divers procédés ne saurait avoir place dans ce manuel.
L’appareil de M. Hayem, construit avec le plus grand soin par M. Nacliet, est d’une grande simplicité et permet d’opérer après quelques jours d’exercice, avec une grande célérité.
Mais nous laissons ici la parole à M. Havem. « Le but que nous avons essayé d’atteindre, dit-il, était de trouver un appareil simple, facile à manier et fondé sur un principe exact.
« Le mélange du sang étant fait d’une manière aussi homogène que possible, il fallait en circonscrire un volume mathématiquement déterminé, sans modifier, par les manœuvres de la préparation, la répartition des globules.
« A l’aide de la petite cellule que je vais vous présenter, nous croyons être arrivés d’une manière extrêmement simple à un résultat satisfaisant.
« Notre cellule (fig. 135) est formée par une lamelle de verre mince, perforée à son cenLre, de manière à présenter un trou d’environ 1 centimètre de diamètre, et collée sur une lame de verre porte-objet, parfaitement plane. Cette lamelle de verre ayant été amincie d’une quantité déterminée à l’aide du sphéromètre, on a ainsi une cavité, dont la hauteur est mathématiquement connue. La hauteur que nous avons choisie est celle de 1/5 de millimètre.
En déposant au centre de la cellule une goutte du mélange sanguin et en la recouvrant immédiatement par une lamelle de verre très plane, qui vient reposer sur les bords de la cellule, on obtient ainsi une lame de liquide à surfaces parallèles, dont l’épaisseur est de 1/5 de millimètre.
SYSTÈME VASCULAIRE
Si l’on a soin de bien placer la goutte de liquide à examiner, au milieu de la cellule, et de ne pas la prendre assez volumineuse pour qu’elle remplisse la cavité lout entière, on n’aura pas à craindre le soulèvement de la petite lamelle par le liquide, phénomène qui se produit facilement, lorsque la cellule contient une quantité surabondante de liquide.
11 ne reste plus qu’à compter les globules dans un certain espace, mesuré par un oculaire quadrillé.
Yoici d’ailleurs la manière donton opère. Pour faire le mélange, nous nous servons de deux pipeltes graduées, une pour le sang, une autre pour le sérum; on pourrait également se servir du mélangeur de M. Potain.La pipette destinée au sérum porte des divisions, qui permetttent de prendre à volonté 100, 150, 200, 250, 300, 400 et 500 millimètres cubes de liquide. Ün en prend par exemple 500 millimètres cubes.
Le sérum dont on se sert est loin d’être indifférent. 11 doit, avons-nous dit, conserver aux globules leur aspect physiologique et permettre, de plus, une dissémination des globules, aussi parfaite que possible. Après avoir fait un grand nombre d’essais, j’ai été conduit à rejeter les diverses formules qui ont été proposées pour la fabrication des sérums artificiels, et je préfère les sérosités naturelles ou pathologiques.
Le sérum iodé de M. Schultze, qui est préparé, comme vous le savez, avec le liquide amniotique de la vache, permet de faire un mélange très homogène; mais il rétracte un peu les globules et ne peut convenir que lorsqu’on ne tient pas à prendre en même temps le diamètre de ces éléments. Le liquide qui m’a donné les meilleurs résultats à cet égard, est celui que j’ai obtenu par une ponction chez un malade atteint
d’hydropneumothorax. C'est un liquide très riche en albumine, ne contenant que des traces de fibrine, et dont la densité est de 1019.
Je suis persuadé que la sérosité de l’ascite, que tout médecin peut se procurer facilement, fournirait également un excellent véhicule.
M. le Dr Grancher, dont on connaît les savantes recherches, après de grands tâtonnements, est arrivé à donner la préférence au sérum composé de la manière suivante :
Sulfate de soude cristallisé 1 gramme Eau distillée 40 —
Cette solution, que nous conseillons d'adopter, peut être préparée séance tenante. Elle sépare les globules, les gonfle et les rend sphériques, sans les décolorer. De plus, grâce à la légère densité du liquide, les éléments gagnent rapidement le fond de la préparation.
Le sérum, aspiré par la pipette, qui a été graduée de façon à tenir compte du mouillage du verre, est déposé avec soin dans une petite éprouvette.
C’est alors qu’on prend le sang.
Quaud on éludie le sang de l'homme à l’état physiologique ou dans les maladies, on l’emprunte à la pulpe de l’un des doigts, partie très vasculaire, sur laquelle il est facile d’opérer. Mais la manière de prendre le sang mérite de fixer toute votre attention. On emploie communément un procédé, qui consiste à piquer avec une aiguille l’extrémité d'un doigt préalablement entouré d’un lien, à la base de la première phalange. On obtient ainsi un liquide qui diffère notablement du sang physiologique et qui, dans des numérations successives, faites chez la même personne, donne des
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SYSTÈME VASCULAIRE
résultats non concordants. On évite cette cause d’erreur en faisant, à l’aide de la pointe d’une lancette, sur le doigt libre, une petite plaie suffisante pour laisser échapper quelques gouttes de sang, dès qu’on exerce la plus légère pression sur la pulpe. Des recherches comparatives m’ontdémontré l’importance de cette manière d’opérer. La petite plaie faite parla lancette est d’ailleurs tout aussi inoffensive que la piqûre d’une aiguille.
L’aspiration d’une quantité déterminée du sang se fait à l’aide d’une pipette parfaitement calibrée et graduée, qui ressemble à celle de M. Potain.
Les divisions que porte le tube permettent de prendre 2 millimètres cubes, 2mm, 5 ou 5 millimètres cubes de sang. Supposons qu’on en prenne 2 millimètres cubes. En les portant dans la petite éprouvette, qui contient 500 millimètres cubes de sérum, on aura un mélange au 248e.
Pour expliquer ce chiffre de 248, il faut considérer que la grosse pipette ayant en général 6 millimètres cubes de mouillage, les 500 millimètres cubes de liquide pris avec cette pipette n’en fournissent que 494, auxquels on ajoute 2 millimètres cubes de sang. Le volume total étant de 496 millimètres cubes dont 2 de sang, la dilution est au 248e.
On comprend qu’il est très facile d’obtenir de même des mélanges au 198° ou au 98°, soit en faisant varier la quantité du sérum, soit en prenant une proportion plus grande du sang. 11 suffit de souffler dans le tube en caoutchouc que porte la pipette, pour faire tomber le sang au fond de l’éprouvette, et en aspirant deux ou trois fois de suite un peu de sérum, qu’on repousse aussitôt, on vide facilement tout le tube capillaire. On introduit alors dans la petite éprouvette contenant le
sérum et le sang, un agitateur terminé par une petite
palette, et l’on imprime à celte baguette de verre un mouvement cle va-et-vient assez rapide (fig. 136).
On doit agiter le mélange jusqu’à ce qu’il soit bien également fait et jusqu’au moment de s’en servir.
On dépose alors, à l’aide de l’agitateur, une goutte du mélange au centre de l’espace cellulaire, puis on place sur le tout une lamelle de verre parfaitement plane, en ayant soin de la poser doucement et directement sur la goutte.
Il reste à réunir ensemble la lamelle couvre-objet et la cellule. A cet effet, on se sert d’un peu de salive. Appliqué sur les bords de la lamelle, ce liquide visqueux s’infiltre par capillarité entre les deux plaques et s’oppose ainsi au glissement de la lamelle et à l’évaporation delà goutte. La préparation est alors terminée,
Fig. 135.
Fig. 13(5.
SYSTÈME VASCULAIRE
et il ne reste plus qu’à compter les globules. Cette numération s’exécute à l’aide d’un procédé analogue à ceux de Cramer et de M. Malassez. On a disposé dans l’oculaire une glace sur laquelle est gravé un carré, et le tube rentrant du microscope est enfoncé dans sa monture jusqu’à un trait, calculé de façon que le côté du carré ait, avecl’objectifdonton se sert (n°2, Nachet), une valeur d’un cinquième de millimètre, soit celle de la hauteur de la cellule. On a ainsi sous les yeux la
Fig. 137.
projection d’un cube d’un cinquième de millimètre de côté. De plus, ce carré de l’oculaire est divisé en seize carrés égaux, dans lesquels on a tracé des lignes réciproquement perpendiculaires, qui n’arrivent pas jusqu’aux bords des petits carrés et qui sont destinés à faciliter la numération (fig. 137).
Au bout de quelques minutes, les globules son
Latteux, 2' édition.
tombés, par leur propre poids, au fond de la cellule. En comptant ceux qui sont compris dans les seize petits carrés, on a très exactement le chiffre des globules contenus dans un cube d’un cinquième de milli- , mètre de côté. Il suffira donc de multiplier ce chiffre par 125, pour savoir ce que renferme 1 millimètre cube de mélange, et pour connaître la valeur de 1 millimètre cube de sang, de multiplier le dernier chiffre trouvé, par le titre de ce mélange.
Dans l’exemple que nous avons choisi, c’est-à-dire avec un mélange au 248e, soit x , le nombre de globules comptés dans les seize carrés, il faudra multiplier x par 125, puis par 248, soit par 31,000. Si le mélange avait été fait au 198e, on aurait à multiplier x par 24,750, et avec un mélange au 98e par 12,250.
Pour obtenir le nombre x avec une exactitude suffisante, il est nécessaire de faire plusieurs numérations. On a ainsi 4, 5 ou 6 chiffres indiquant le nombre de globules compris dans des points plus ou moins éloignés de la même goutte de mélange. On en prend la moyenne, qu’il reste à multiplier par un des chiffres précédents, selon le titre du mélange.
En résumé on peut considérer le nombre 5 millions comme la moyenne physiologique du nombre de globules contenus dans le sang du doigt.
Les lecteurs qui seraient désireux d’approfondir la question de la numération des globules sanguins devront consulter la thèse de M. Malassez, Paris 1873; un mémoire du môme auteur publié dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, décembre 1872 et les recherches de M. le professeur Ilayem publiées dans sa Revue médicale et dans d’autres mémoires.
Nous venons de parler des globules rouges, mais une question non moins importante d’hématologie, con-
SYSTÈME VASCULAIRE
siste à pouvoir se rendre compte du nombre de globules blancs.
M. leDr Grancher a fait à ce sujet des recherches fort intéressantes, consignées en partie dans la thèse du Dr Fouassier {Delà numération des globules du sang; avec trois tableaux permettant de calculer rapidement le chiffre des globules rouges , celui des globules blancs et leur rapport. Chez Coccoz, Paris, 1876).
Nous allons analyser succinctement ce mémoire :
Les manœuvres décrites ci-dessus, dit l’auteur, pour la numération des globules rouges, sont insuffisantes pour ce qui concerne les globules blancs.
D’abord leur nombre est relativement très restreint; ce nombre peut osciller à l’état physiologique, chez l’adulte, dans les limites extrêmes de 1/300 à 1/2200, rapport qui correspond aux chiffres réels suivants, par millimètre cube; pour les globules rouges, S à 6 millions; pour les globules blancs de 4,000 à 10,000. Ce sont là les chiffres qui découlent des recherches de M. le Dr Grancher.
On a dû remarquer, quand on observe les globules rouges, qu’on n’aperçoit guère qu’un ou deux globules blancs dans chaque quadrillage que l’on compte. 11 est donc impossible de tirer des conclusions sérieuses, quand on n’a qu’un chiffre aussi faible.
En outre, si les globules rouges sont assez également répartis pour que tous les points de la préparation en présentent à peu près le même nombre, il est loin d’en être ainsi pour les globules blancs. Souvent, par exemple, tout le champ du microscope n’en présente pas un seul, tandis qu’un simple mouvement de la préparation en fait apparaître un grand nombre sur un point tout voisin. Cela tient peut-être à la viscosité bien connue de ces globules, de sorte que malgré un mélange aussi
intime que possible, on ne peut jamais être assuré d’une égale répartition dans la gouttelette.
Yoici le procédé préconisé par M. le Dr Granclier et employé par le Dr Fouassier dans ses recherches :
La numération des globules rouges étant terminée, la même préparation sert à l’étude des globules blancs, mais au lieu de compter ceux-ci seulement dans l’étendue du quadrillage, on les recherche sur toute la surface du champ du microscope.
Cette recherche n’est pas plus difficile que le comptage des globules rouges. Les globules blancs, en effet, sont ordinairement peu nombreux, sphériques, plus volumineux que les rouges, transparents et possédant un éclat particulier. On peut arriver à les distinguer, sans difficulté, si l’on tient compte de leur éclat et de leur volume plus considérable; en effet, tous les «lobules se trouvent au fond de la cellule sur un même
plan, et les blancs dépassent les autres. Donc, il suffit de relever le foyer de l’objectif pour que les globules blancs soient encore visibles, quand les globules rouges ont disparu. On voit alors dans le champ delà préparation, sur le fond rougeâtre de la masse des globules rouges indistincts, apparaître des points blancs, brillants, qui sont les globules blancs, et il suffit de baisser le foyer de l’objectif, pour reconnaître, en rendant à la préparation sa netteté première, que chacun de ces points est bien un globule blanc. Grâce à cette petite manœuvre, on fait une numération rapide et on peut s’assurer qu’aucun globule n’échappe à l’examen.
On voit donc qu’il est de toute nécessité, pour arriver à un chiffre exact, de compter les globules blancs dans tout le champ du microscope. On fera 10 comptages
SYSTÈME VASCULAIRE. 3 65
dans -10 champs différents, et on prendra la moyenne du chiffre total.
Voyons maintenant comment on obtient le chiffre exact des globules blancs par millimètre cube. La première chose, puisque nous suivrons la même marche que pour les globules rouges, est de se rendre compte du rapport qui existe entre le champ entier du microscope et le quadrillage dans lequel on comptait les globules rouges.
Nous trouvons par une série de calculs élémentaires, que le champ représente en surface, 8 fois et demi le quadrillage.
Le restant de l’opération sera donc très simple :
Après avoir fait la préparation, comme nous l’avons indiqué pour les globules rouges, on compte les globules blancs dans dix fois le champ du microscope, et on prend la moyenne de ces dix numérations. Soit a cette moyenne ; ce chiffre divisé par 8,5 représentera le nombre de globules blancs contenus dans le quadrillage, c’est-à-dire dans un cube de 1/5 de millimètre de côté.
Il ne reste plus maintenant, pour obtenir le chiffre exact des globules blancs contenus dans un millimètre cube de sang pur, qu’à faire le petit calcul déjà indiqué à propos de la numération des globules rouges. On a
M. Nachet vient de modifier heureusement l’hématimètre, de concert avec M. le professeur Hayem.
Ce nouvel appareil se distingue de l’ancien en ce que sa construction permet la suppression de l’oculaire quadrillé. 11 se compose d’une lame de cuivre (fig. 140) au-dessous de laquelle se visse un tube contenant un système de lentilles destiné à former sur la surface delà cellule placée au centre de la plaque une
3 66 TECHNIQUE MICHOSCOPIQUE.
image réduite du quadrillé situé à l’extrémité inférieure du tube; cette image représente un carré de 1/5 de millimètre de côté.
Les globules contenus dans l’épaisseur de la couche
Fig. 168.
liquide de I/o de millimètre, en venant se déposer sur la surface de la lame, se trouvent donc au même foyer que l’image du quadrillé.
Pour employer l’appareil, on introduit dans l’ouverture de la platine le tube de l’instrument après avoir au préalable réglé la lumière par le miroir de façon à s’assurer que le quadrillé sera bien éclairé; on fixe la plaque de cuivre parles pinces valets, quand onaamené au centre du champ l’image du quadrillé, on retire la plaque de verre portant la cellule et après avoir fait la préparation comme il a été indiqué ci-dessus, on la replace sous les petits ressorts d’acier. — Tous les objectifs pouvant donner dans le champ de l’oculaire l’image du quadrillé, sont utilisables, il n’y a de limites que le trop court foyer.
Nous terminerons ce chapitre en donnant une table permettant de trouver immédiatement le nombre de globules par millimètre cube correspondant à celui trouvé dans le carré.
SYSTÈME VASCULAIRE
TABLEAU POUR LES DILUTIONS à 2 millimètres cubes de sang sur 494 de sérum.
Globules Nombre
contenus des globules
dans par millimètre
le carré. cube.
Globules Nombre
contenus des globules
dans par millimètre
le carré. cube.
Globules Nombre
contenus des globules
dans par millimètre
le carré. cube.
Globules Nombre
contenus des globules
dans par millimètre
le carré. cube.
SYSTÈME VASCULAIRE
§ 8. — Lymphe et cliyle.
Ce sont les liquides qu’on rencontre dans les vaisseaux lymphatiques et les chylifères.
La lymphe présente, lorsqu’on l’examine au microscope : 1° des granulations élémentaires de nature graisseuse et protéique, en petite quantité; 2° quelques globules sanguins; 3° enfin des globules blancs analogues à ceux que nous avons décrits avec le sang et présentant les mêmes caractères. Nous ne reviendrons pas sur ces détails, non plus que sur la manière d’observer la lymphe. Le procédé est toujours le même, quelle que soit la nature du liquide.
Rappelons que ces globules sont doués du mouvement amiboïde.
Quant au chyle, ce n’est autre chose que de la lymphe prise dans les lymphatiques de l’intestin ou chylifères et contenant des matières grasses et albuminoïdes.
On y trouve : 1° des granulations élémentaires, d’une finesse incommensurable et qui donnent au chyle sa couleur laiteuse. Elles sont de nature graisseuse et solubles dans l’éther. Elles sont douées du mouvement brownien; 2° des noyaux libres : ce sont de petits corpuscules d’aspect homogène. Ils ne sont pas très nombreux. On les considère comme des débris de cellules lymphatiques rompues; 3° des globules du sang; 4° des cellules lymphatiques, qui sont identiques avec celles que nous venons de mentionner dans la lymphe, et que nous avons déjà étudiées dans le sang.