CHAPITRE IV
OUTILLAGE DU MICROGRAPRE.
Les études micrographiques exigent un assez grand nombre d’instruments. Nous ne sommes pas de l’avis de ceux qui prétendent qu’avec un rasoir et deux ou trois aiguilles, on peut faire toutes les recherches désirables. Si l’on veut avoir des résultats satisfaisants, il faut, au contraire, être parfaitement outillé et posséder des instruments de qualité supérieure. Nous allons les décrire successivement :
1° Table de travail. — La première condition est de se procurer une table solide et un peu massive, qui ne soit pas susceptible d’oscillation au passage des voitures et que l’on disposera devant une fenêtre, de façon que le jour arrive directement sur le microscope pendant le travail. Cette table sera recouverte d’une plaque de glace posée sur une couche de ouate, destinée à l’empêcher de se briser, dans le cas où l’on viendrait à s’appuyer sur elle.
Un excellent procédé consiste à étendre une couche de plâtre sur laquelle on dépose la plaque de glace qui, lorsque la masse est solidifiée, se trouve fixée parfaitement d’aplomb et acquiert ainsi une grande solidité.
11 est bon de glisser sous cette lame de glace une
plaque de carton partagée en quatre carrés, teintés de couleurs différentes (rouge, vert, noir et blanc, par exemple). Les objets que l’on examine ressortent mieux dans certains cas, quand on les manie au-dessus d’un fond de telle ou telle couleur.
C’est sur cette table que l’on disposera les principaux instruments de travail, en évitant toutefois l’encombrement qui gène les mouvements. Nous recommanderons également les plus grandes précautions de propreté dans les manipulations. La poussière est l’ennemie du micrographe et surtout de celui qui débute. Souvent il voit dans une préparation des objets qui attirent son attention et qu’il croit appartenir à la pièce qu’il examine : ce ne sont le plus souvent que des corps étrangers de la nature la plus variée.
Il est bon que la table soit munie de tiroirs et entourée d’un petit rebord, pour empêcher les instruments de tomber.
2° Lampe pour le travail du soir. — Si l’on se livre le soir à l’étude, ce qui peut se faire parfaitement, sans le moindre inconvénient, il est de toute nécessité d’avoir un bon éclairage. La lampe à pétrole, avec sa lumière blanche, est la meilleure. On devra posséder une grande loupe, que l’on disposera, au besoin, devant la flamme pour diriger la clarté sur la place où l’on manipule. On trouvera chez MM. Ilartnack et Yériclc des modèles de lampes d’un usage parfait.
3° Lames de verre. — On doit en avoir une provision. Elles seront rodées sur les bords, de façon à ne pas blesser les doigts et plutôt minces qu’épaisses.
OUTILLAGE DU MICROGRAPIIE.
leur examen, elles se dessèchent et ne sont plus bonnes le lendemain. Pour obvier à cet inconvénient, on place, alors, cette petite étagère sur une assietLe, où l’on a déposé une légère couche d’eau, on recouvre le tout d’une cloche, et les préparations, étant ainsi maintenues dans un air humide, se conservent sans altération pendant deux ou trois jours. Nachet construit un modèle encore plus commode. C’est une sorte de petite vitrine contenant dans sa partie inférieure une capsule remplie d’eau, et dont les parois sont garnies de rainures dans lesquelles on glisse les préparations que l’on veut conserver.
7° Microtomes. — Nous arrivons à parler d’un instrument de première nécessité pour les recherches micrographiques. Les tissus à étudier, pour être perméables à la lumière, doivent être réduits en tranches ou lamelles excessivement minces (1/20° ou 1 /40e même de millimètre d’épaisseur), sinon il serait impossible à l’œil de reconnaître l’agencement de leurs éléments constitutifs, par suite de leur tassement les uns sur les autres. Il faut donc pouvoir obtenir une tranche qui ne contienne qu’une épaisseur ou deux au plus de ces éléments. Pour atteindre ce résultat, dans beaucoup de cas et surtout lorsqu’on a acquis l’habitude nécessaire, on peut couper, à main levée, des tranches assez minces, mais on n’est jamais sûr de réussir du premier coup et surtout de pratiquer une section à l’endroit voulu. On a donc cherché à remédier par des procédés mécaniques à cette inexpérience des doigts, et c’est dans ce but qu’on a imaginé les microtomes.
De môme que pour le microscope, nous dirons que les plus simples sont les meilleurs.
recouverts d’un linge, et on les fera rouler entre ces deux doigts sans trop de force, de telle sorte que tous les points de la surface soient frottés successivement.
o° Porte-réactifs. — Ainsi que nous le verrons tout à l’heure, le micrographe emploie à chaque minute un certain nombre de réactifs chimiques, qu’il doit constamment posséder à sa portée. Les flacons ordinaires se renversent facilement, aussi M. Ranvier a-t-il imaginé un petit appareil fort simple, mais dont l’utilité et la commodité sont de tous les instants. Il consiste en un cristallisoir bouché d’une plaque de liège percée de trous, dans lesquels entrent à frottement doux, de petits flacons à pipette. Le tout est recouvert d’une cloche de verre, pour préserver de la poussière. Les flacons sont au nombre de six. Nous verrons, dans le chapitre suivant, quels sont les réactifs que le micrographe doit toujours avoir à sa disposition sur sa table de travail.
Pour se servir de cet appareil, rien de plus simple : on n’a qu’à saisir la pipette et à déposer sur la lame de verre la goutte de réactif qui tend à s’en échapper ; puis on la replonge tout naturellement dans le flacon auquel elle appartient. Il n’y a aucune perte de temps, et les flacons sont toujours bouchés. C’est un des instruments les plus indispensables.
Ces appareils, ainsi que tous les objets de verrerie, se trouvent, chez Leviel, rue de l’Ancienne-Comédie, n° 21 .
6° Chambre humide. — Autre appareil fort utile. C’est une petite étagère formée de quatre montants de bois reliés en carré par des tringles de verre sur lesquelles on dépose les préparations à mesure qu’on les fait. Sans cette précaution, si l’on ne peut achever de suite
OUTILLAGE DU MICROGRAPIIE.
leur examen, elles se dessèchent et ne sont plus bonnes le lendemain. Pour obvier à cet inconvénient, on place, alors, cette petite étagère sur une assiette, où l’on a déposé une légère couche d’eau, on recouvre le tout d’une cloche, et les préparations, étant ainsi maintenues dans un air humide, se conservent sans altération pendant deux ou trois jours. Nachet construit un modèle encore plus commode. C’est une sorte de petite vitrine contenant dans sa partie inférieure une capsule remplie d’eau, et dont les parois sont garnies de rainures dans lesquelles on glisse les préparations que l’on veut conserver.
7° Microtomes. — Nous arrivons à parler d’un instrument de première nécessité pour les recherches micrographiques. Les tissus à étudier, pour être perméables à la lumière, doivent être réduits en tranches ou lamelles excessivement minces (1/20° ou 1 /40e même de millimètre d’épaisseur), sinon il serait impossible à l’œil de reconnaître l’agencement de leurs éléments constitutifs, par suite de leur tassement les uns sur les autres. Il faut donc pouvoir obtenir une tranche qui ne contienne qu’une épaisseur ou deux au plus de ces éléments. Pour atteindre ce résultat, dans beaucoup de cas et surtout lorsqu’on a acquis l’habitude nécessaire, on peut couper, à main levée, des tranches assez minces, mais on n’est jamais sûr de réussir du premier coup et surtout de pratiquer une section à l’endroit voulu. On a donc cherché à remédier par des procédés mécaniques à cette inexpérience des doigts, et c’est dans ce but qu’on a imaginé les microtomes.
De même que pour le microscope, nous dirons que les plus simples sont les meilleurs.
Sans parler de certains instruments complexes et fort chers, qui ne sont plus guère employés et qui ne donnaient guère de résultats supérieurs à ceux dont nous allons parler, nous citerons seulement deux modèles, l’un, que l’on trouvera chez M. Nachet (fig. 26), est
Fig.
le plus simple de tous ; c’est celui que nous avons adopté dans notre cours, et il permet de faire des coupes excellentes. Il consiste tout simplement en un tube, surmonté d’une plate-forme, dans lequel pénètre à vis un autre tube plein qui glisse à frottement doux. Lorsque les deux tubes sont entrés inégalement l’un dans l’autre, il reste une cavité où se place l’objet à couper (nous verrons, au chapitre des coupes, la manière de le fixer), et en vissant graduellement le tube plein, on fait dépasser cet objet d’une quantité extrêmement minime. Le tranchoir, rasant alors la plateforme, enlève tout ce qui dépasse, c’est ce que l’on appelle « faire une coupe ».
OUTILLAGE OU MICROGRAPDE.
Tout est réuni dans ce petit instrument : maniement facile, coupes minces, modicité du prix. Tout micrographe doit le posséder.
Nachet vient'd’ailleurs d’apporter à ces instruments un heureux perfectionnement. Autrefois, la platine, qui est en cuivre, était simplement nickelée. Il en résultait, malgré toutes les précautions, des inégalités de surface fort préjudiciables à la bonne exécution des coupes.
Aujoud’hui, la platine formée d’une plaque de nickel massif est mathématiquement planée et le fonctionnement de l’appareil est alors irréprochable.
Il est un autre modèle qui donne également d’excellents résultats, c’est le microtome de M. Lelong (1), mais il est d’un prix plus élevé (fig. 27).
Cet appareil consiste en deux plaques verticales, AA, laissant entre elles un espace à moitié comblé
par un plan incliné sur lequel glisse une pièce B des-
(1) Chez M. Favre, fabricant d’instruments de chirurgie, rue de l’École-de-Mcdccine, n° 1.
tinée à contenir l’objet à couper que l’on place dans la cavité C, où elle est fixée par pression au moyen de la vis D qui permet en attirant ou en reculant la portion E, qui sert de pince, d’augmenter’ou de diminuer la cavité.
A l’autre extrémité de l’appareil est une vis F qui vient butter contre le plan incliné et le pousse dans la direction de la llèche. On comprend qu’il arrive un instant où l’objet dépasse la platine GG. Au moyen d’un rasoir, on enlève cette portion pour égaliser la pièce, et, recourant alors, à la vis micrométrique F, on le fait de nouveau dépasser d’une ou deux divisions de façon à obtenir enfin une coupe suffisamment mince.
A première vue, cet instrument semble plus commode que le précédent et surtout plus rapide; mais, avec un peu d’habitude, on fixe très rapidement l’objet dans le petit microtome précédemment décrit et on obtient d’aussi bons résultats.
Il est un cas, cependant, où nous conseillons \d second modèle, c’est lorsqu’il s’agit de faire des sections minces dans des poils ou des cheveux, ainsi que nous le verrons plus loin.
On trouve dans le commerce un certain nombre d’autres microtomes. Mais ils ne valent pas les deux modèles que nous venons de décrire.
La môme observation s’applique au couteau double de Valentin, aux discotomes, etc. Ce sont des instruments qui tendent de-plus en plus à être abandonnés.
8° Aiguilles. — Elles doivent être assez fortes. On s’en sert pour dissocier de petits organes ou écarter sous le microscope certains éléments en contact.
OUTILLAGE DU MICROGRAPDE.
Les unes sont à manche fixe, les autres sont maintenues dans des porte-aiguilles, ce qui permet de les changer rapidement quand elles se cassent ou lorsqu’elles sont rouillées.
Nous employons, pour notre usage, de petits porteaiguilles très simples adoptés par les horlogers. Ils consistent en un manche de bois auquel est adapté un tube de cuivre dans lequel on coule de la cire à cacheter, au milieu de laquelle on fixe l’aiguille.
Ces petits instruments se trouvent chez Daussy, rue de Y al ois, n° 2.
On trouvera également dans cette maison un modèle à virole excessivement commode et d’un prix fort modéré.
9° Scalpels. — Il est nécessaire d’en avoir un certain nombre à sa disposition, afin de pouvoir, ainsi que cela arrive à chaque moment, diviser les pièces que l’on se propose d’étudier.
10° Rasoirs. — On peut dire de cet instrument qu’il est la base de toute recherche micrographique. C’est le plus important de tous, et nous ne saurions trop recommander de ne pas hésiter à se procurer les meilleurs, quel que soit leur prix. Il est impossible de faire des coupes avec des instruments imparfaits.
Nous avons essayé ceux de tous les fabricants à peu près, et nous en avons trouvé de bons chez tous; seulement il faut les choisir soi-même, et ne pas se laisser donner le premier venu. Ceux de Luer, rue Antoine- Dubois, sont fort bons, mais très chers.
Nous avons fait établir par la maison Favre, dont la complaisance, quand il s’agit de faire quelque essai, est bien connue, un certain nombre de modèles, et
nous avons adopté définitivement un type excellent, recommandable par la délicatesse de son tranchant et la modicité de son prix.
Quel que soit le modèle que l’on choisira, il devra réunir les conditions suivantes : lame aussi longue que possible, excavée en dessous et h tranchant droit dans toute son étendue.
Nous ne saurions trop engager à s’exercer dans l’art du repassage. On devra, pour ne pas s’exposer aux insuccès, se procurer une bonne pierre, dont le prix est toujours assez élevé. Maison sera bien récompensé de cette dépense par les résultats obtenus; et d’ailleurs, il ne faut pas oublier et bien se persuader qu’il est impossible de faire des sections convenables, si le rasoir n’est pas parfaitement affilé.
Pour se servir de la pierre, on emploie généralement l’huile de pieds de bœuf, mais elle a un inconvénient, celui de laisser sur la lame une trace graisseuse qui fait que l’eau dont on se sert ne peut plus la mouiller. On fera donc mieux de lui substituer la glycérine additionnée d’eau et d’un peu d’alcool. Avec ce mélange, on sent la lame mordre sur la pierre, et l’on évite l’inconvénient précédent.
Dans le cas où l’on ne saurait repasser soi-même, il ne faudrait pas hésiter à faire souvent réparer ses instruments par un homme de la profession.
11 sera bon également d’avoir un cuir à rasoir, sur lequel on passera la lame après le repassage, pour enlever le morfil et la redresser.
11° Ciseaux. — Une paire de grands ciseaux, dits de dissection, et deux paires de petits ciseaux fins suffiront. Il est bon d’en avoir également une paire avec les extrémités arrondies.
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12° Pinces. — Elles seront à pointes fines et allongées, à ressort très doux. 11 est nécessaire d’en avoir au moins deux paires.
On trouvera chez Aubry, boulevard Saint-Michel, n°6, des pinces à bout d’iridium, présentant cet immense avantage d’être inattaquables par les acides, et des aiguilles construites avec la même matière.
13° Scie. — Nécessaire pour faire des sections de corps durs, d’os par exemple. La meilleure est la scie des tabletiers. Les lames se changent facilement, et l’on peut y adapter tous les numéros, depuis la lame la plus forte, jusqu’à la plus ténue.
14° Tournelle. — Petit plateau circulaire tournant sur un axe, et sur lequel on place les plaques de verre où l’on veut tracer des cellules de bitume. Nous en reparlerons plus loin en détail. Celle que nous avons adoptée est fabriquée par Yérick. Elle est de tout point excellente.
Nachet possède un modèle plus simple donnant aussi de fort bons résultats.
15° Pinceaux. — Il est utile d’en avoir un certain nombre. On les choisira à monture métallique et à pointe fine. Ils servent à transporter les coupes microscopiques sur le porte-objets, à les étaler, etc.
16° Moelle de sureau. — On devra en faire une provision. On la trouve chez les marchands d’objets d’horlogerie. Il faut la choisir bien blanche et bien homogène. Elle sert à fixer dans le microtome les corps sur lesquels on veut faire des coupes.
17°. Enfin, nous terminerons la liste des objets nécessaires au micrographe par les instruments sui-
vants qu’il doit posséder en certaine quantité et avoir constamment sous la main : lampe à alcool, trépied en fil de fer surmonté d’une plaque de métal, verres de montre, soucoupes de porcelaine blanche, tubes bouchés, épingles, papier à filtrer, entonnoirs, elc.
N’oublions pas de mentionner les étiquettes gommées que l’on doit avoir soin de coller sur chaque préparation.
On en trouvera un assortiment de toutes nuances chez Georges, papetier, rue Saint-Denis, n°35.