CHAPITRE Y
Avant d’aborder l’étude de chaque agent chimique en particulier, il est bon d’entrer dans quelques généralités relativement au rôle qu’ils jouent et surtout à l’importance qu’ils ont dans les recherches histologiques.
Lorsqu’un débutant regarde dans le tube d’un microscope, il ne voit pas nettement les détails, ou plutôt il aperçoit tant d’objets réunis, qu’il n’en distingue aucun spécialement, et que, pour lui, une préparation microscopique n’a aucune signification et forme en quelque sorte une image indéchiffrable. D’où vient ce résultat? C’est qu’il a sous les yeux trop d’objets à la fois et que chacun d’eux contribue à rendre obscur le voisin. Il en résulte donc qu’une des premières préoccupations doit être de séparer ces parties les unes des autres, pour mieux les étudier individuellement.
De même qu’en chimie, un liquide complexe étant donné, on arrive par des séries de réactions à isoler les substances qui s’y trouvent mélangées, de même, en histologie, on arrive à isoler les uns des autres les éléments constitutifs d’un tissu ou d’un liquide organique.
Précisons les faits, et, pour cela, prenons un
exemple. Supposons qu’ayant pratiqué dans la peau une section suffisamment mince, nous nous proposions d’en connaître la constitution histologique. Si nous l’examinons sans intermédiaire de réactif, nous apercevons une surface opaque, sur laquelle nous ne distinguons, en réalité, que deux couches, l’une qui correspond à l’épiderme, l’autre au derme. Quant aux détails intimes de ces deux couches, la pièce est trop opaque pour que nous puissions rien déterminer d’une façon absolue.
Si nous venons alors à faire agir sur la préparation une goutte d’acide acétique, le coup d’œil change aussitôt, et d’opaque qu’elle était, la pièce devient immédiatement transparente. Nous apercevons maintenant, dans les deux couches primitives, un certain nombre de détails invisibles avant l’action du réactif. Ainsi, la première couche, ou couche épidermique nous laissera voir ses cellules superficielles aplaties, et ses cellules profondes polyédriques. La deuxième couche, ou derme, montrera un fin réseau de fibrilles entrecroisées (fibres élastiques), et une gangue hyaline, vaguement fibrillaire, au milieu de laquelle elles sont plongées (fibres lamineuses).
Si, avant de faire agir l’acide acétique, nous avons coloré la pièce par le carmin, nous constaterons, en plus, que les cellules profondes de l’épiderme possèdent un noyau, et qu’il en est de même pour le tissu conjonctif du derme, dans lequel on reconnaît, alors, un grand nombre de ces éléments.
Nous voyons donc que la chimie, au moyen de certains réactifs, nous donne les moyens de faire apparaître des éléments qui, sans eux, passeraient inaperçus.
11 serait donc superflu d’insister davantage sur
l’importance de cette branche des études histologiques.
Remontant, en effet, à une époque peu éloignée, quelle certitude présentaient les études microscopiques? Il est bien évident que les observateurs étaient fort sujets à caution, car leur arsenal technique se réduisait à bien peu de choses, et, par suite, on voyait dans le microscope les objets d’une façon tellement vague, que l’esprit, peu satisfait, était disposé à accuser l’instrument de donner des résultats erronés. Il fallait, en réalité, accuser l’expérimentateur, qui n’avait, d’ailleurs, à sa disposition aucun moyen d’action suffisant pour faire luire la vérité d’un façon indiscutable.
Cet état de choses s’est prolongé jusqu’au jour où la technique s’est enrichie de la solution de carmin, qui permettait de colorer certains objets, et de la glycérine, qui donnait la faculté de rendre les pièces plus transparentes, et, par cela même, permettait à l’œil de plonger dans leur épaisseur, pour en disséquer les détails.
On voit donc, d’après ce qui précède, combien, en histologie, les procédés chimiques, la technique, en un mot, présentent d’importance. On peut hardiment allirmer que l’avenir et les progrès de cette science sont intimement liés au perfectionnement des manipulations pratiques.
On ne s’étonnera pas dès lors de nous voir donner à ce sujet un grand développement, dont l’étudiant qui travaille, appréciera en peu de temps l’utilité.
Réactifs en particulier et classification. — Les réactifs usités en histologie sont assez nombreux, et chaque expérimentateur s’est ingénié à en découvrir
de nouveaux, pour n’arriver, le plus souvent, qu’à compliquer inutilement les choses. Nous ne décrirons que ceux journellement employés, renvoyant, pour plus de détails, aux traités de MM. Ranvier et Robin, où l’on trouvera tous les renseignements qui ne sauraient avoir leur place dans un Manuel et dans lesquels, nous le répétons, nous avons largement puisé.
Les réactifs, selon leurs propriétés, peuvent se diviser en cinq classes : 1° isolants ; 2° colorants ; 3° altérants; 4° durcissants ; 5° inoffensifs.
Expliquons ces différents termes :
1° Réactifs isolants. — On comprend, sous ce nom, les réactifs qui permettent de séparer dans une préparation les éléments les uns des autres, en détruisant le ciment ou la gangue qui les soudent les uns aux autres.
Exemple (1) : Si on prend un morceau de muqueuse, et qu’on le plonge pendant vingt-quatre heures dans l’alcool au tiers, on remarque qu’au bout de ce temps, les cellules épithéliales ont perdu leur cohésion et sont devenues libres. Elles nagent, alors, dans le liquide de la préparation. Elles sont isolées.
Si, au lieu d’une muqueuse, on prend un petit morceau de muscle, il suffit, après macération, d’écarter, avec une aiguille, les faisceaux primitifs, pour les isoler les uns des autres. La trame conjonctive qui les unissait s’est trouvée ramollie et a été en quelque sorte supprimée par l’acLion du réactif.
2° Réactifs colorants. — Ce sont des réactifs des-
(1) Nous verrons, plus loin, les details de ces diverses réactions.
tinés à rendre visibles des éléments qui, sans cette intervention et en raison de leur pâleur, resteraient noyés et dissimulés dans la trame d’une préparation
Exemple : Une coupe de peau, étant examinée au microscope, présente deux couches. Si l’on vient à la traiter par la teinture rouge de carmin, on remarque que certains points, qui n’étaient pas visibles précédemment, se colorent de préférence à certains autres, et tranchent, alors, sur la masse. Le carmin est la cause de cet effet, et l’on dit que le réactif a agi par élection, c’est-à-dire qu’il a choisi, pour se fixer sur eux, certains éléments, en respectant les voisins.
Si nous traitons la même coupe de peau par l’acide osmique, nous constaterons que certains endroits se colorent en noir, et nous en conclurons que nous avons affaire à des vésicules adipeuses, lorsque nous saurons que cet acide se réduit et devient noir au contact des matières grasses.
3 0 Réactifs altérants. — Quand il s’agit d’examiner des tissus à éléments intimement soudés, il faut se débarrasser des uns pour voir les autres distinctement. On a recours, alors, aux réactifs dits altérants :
Exemple : Supposons qu’il s’agisse de faire des coupes dans une tumeur calcifiée de l’utérus; il est bien évident que les meilleurs instruments s’émousseraient, si l’on voulait opérer directement. Il faut donc commencer par se débarrasser de la matière dure dont elle est infiltrée. On la met, dans ce but, en macération dans l’acide chromique ou dans l’acide chlorhydrique. C’est un réactif altérant.
Qu’on veuille étudier une pièce riche en graisse, un foie graisseux, par exemple, où tous les éléments sont
masqués par les gouttes huileuses qui ont infiltré la ! ‘ pièce, on la traitera par une série de réactifs (alcool et ( essence de girolles), qui, dissolvant la matière grasse, laisseront apparaître dans ses détails la trame môme de l’organe.
4° Réactifs durcissants. — Quand on veut étudier i la structure d’un tissu, il est nécessaire d’en faire des sections minces, que l’on observe par transparence, et, à de rares exceptions près, il est impossible d’arriver à ce résultat, à moins de durcir la pièce. Si l’on , essayait de faire des sections dans la pièce naturelle, , sa mollesse ne permettrait d’obtenir que des tranches très épaisses et complètement inutiles pour l’étude. On a donc cherché et trouvé des réactifs qui donnent aux tissus animaux une consistance telle, qu’on peut en enlever des épaisseurs aussi minces qu’on le désire (1 /40e de milimèlre, par exemple).
L’acide chromique et l’alcool sont les réactifs durcissants par excellence.
5° Réactifs inoffensifs. — Nous avons vu, plus haut, que la première précaution, quand on veut étudier une coupe ou un objet quelconque, est de le plonger dans un milieu ou véhicule liquide, et de ne jamais l’examiner à sec. On se sert, en général, de l’eau, mais on remarque que souvent ce liquide défigure et rend méconnaissables les objets qu’on y plonge. Exemple : qu’on prenne du sang et qu’on l’étende d’eau, on ne tarde pas à constater que les globules changent de forme, et, de discoïdes qu’ils sont, deviennent vésiculeux et incolores. L’eau agit chimiquement sur eux, et, par conséquent, est un mauvais véhicule, puisqu’elle ne leur laisse pas leur aspect
normal. On a donc cherché des liquides sans action sur les éléments histologiques, et on a reconnu que certains produits organiques (sérum, eau de l’amnios, etc.) jouissaient de cette propriété. Ce sont des réactifs dits inoffensifs.
Examinons maintenant chaque réactif en particulier. Mais, auparavant, constatons qu’il est impossible de les décrire dans l’ordre de la classification précédente. En effet, certains d’entre eux ont des propriétés mixtes. L’acide chromique, par exemple, à la dose de 1/100° en solution, agit comme durcissant, tandis que, dans la proportion de 1/500°, il agit comme isolant. Le sérum iodé, qui agit comme liquide inoffensif, est isolant lorsqu’on l’emploie comme liquide de macération, etc.
Notre but, en présentant la classification ci-dessus, a donc été de donner seulement une idée des propriétés qu’on réclame généralement des réactifs.
1° Eau. — Par son importance, l’eau tient la première place parmi les réactifs. Elle doit être filtrée, car, sans cette précaution, elle contient, presque toujours, des corps étrangers qui troubleraient l’observation. 11 est même bon de se servir, de préférence, d’eau distillée, que son bas prix met à la portée de tous. On la vérifiera avec certains réactifs pour constater sa pureté. Le nitrate d’argent ne devra donner aucun précipité, signe qu’elle ne contient pas de chlorure, et le sulfate de baryte indiquera, s’il y en a, la présence des carbonates.
C’est le liquide qu’on emploie, le plus souvent , comme véhicule, pour examiner les coupes qu’on vient
de faire; c’est dans l'eau, d’ailleurs, qu’on les laisse tomber pour les déplisser, les séparer de la surface du rasoir sans les briser et leur permettre de se dégommer.
On y a recours encore pour diluer les mucus, par exemple, et observer leurs éléments histologiques ; les matières fécales ne peuvent être étudiées que préalablement étendues d’eau.
Ce n’est pas, comme nous l’avons dit, un liquide inoffensif; aussi, dans certains cas, doit-on lui substituer un autre véhicule. Ainsi, au contact de l’eau, certaines membranes deviennent nuageuses et granuleuses (la rétine entr’autres), et ne permettent plus l’observation de leur structure histologique.
Le motif qui la fait employer si souvent, c’est qu’elle possède un très faible indice de réfraction.
Entrons dans quelques détails à ce sujet.
Les objets soumis au microscope sont toujours examinés par la lumière transmise, qui se réfracte plus ou moins en les traversant. Généralement, la lumière passe d’un milieu moins réfringent dans un milieu plus réfringent, par exemple à travers l’eau qui sert de véhicule, et ensuite à travers la coupe. Elle est donc, dans ces préparations, réfractée en raison de l’indice de réfraction de l’objet étudié, par rapport à celui du véhicule.
Or, on sait que les contours des objets sont d’autant plus accentués que leur indice de réfraction est plus éloigné de celui que possède le fluide qui les baigne. Il faudra donc connaître les divers indices des principaux corps et des principaux fluides.
Une expérience, facile à faire, laisse voir de la façon la plus nette l’influence des indices.
Prenez trois flacons contenant, le premier de l’eau,
le second de la glycérine, le troisième du baume de Canada. Plongez un agitateur en verre dans chacun de ces flacons. Il sera très visible dans le premier, moins accentué dans le second, et, pour le voir dans le troisième, il faudra examiner avec la plus grande attention. L’explication de ce fait est facile en comparant les indices ci-dessous.
Eau 1,338
Glycérine 1,475 Verre.. 1,538
Baume 1,528
La différence entre l’indice du verre étant plus grande avec l’eau qu’avec le baume, l’agitateur sera plus apparent dans le premier cas que dans le second. Si l’on venait à plonger le verre dans un liquide ayant le môme indice que lui, il deviendrait invisible. C’est ce qui fait que le cristallin plongé dans l’eau ne présente plus que des contours à peine perceptibles.
Nous expliquerons plus loin et par la suite, quelles sont les applications pratiques à tirer de ces propriétés physiques.
Quand l’eau ne peut être employée par suite de son action chimique sur certains tissus, on lui substitue alors l’eau albumineuse, le sérum iodé ou tout simplement l’humeur aqueuse du cristallin. Il est toujours facile de s’en procurer avec les grenouilles.
2° Glycérine. — Après l’eau, c’est le réactif le plus souvent employé. Elle sert à donner aux objets de la transparence et agit également comme agent conservateur. Nous verrons que, dans la plupart des cas, ■c’est dans ce fluide qu’on monte et qu’on conserve lies préparations.
Ce qui fait qu’elle donne de la transparence, c’est
5 G TECIINIQTTE MICROSCOPIQUE.
qu’elle possède un indice fort élevé et très rapproché de celui de la plupart des tissus qui ont, en général, des indices considérables, etl’on n’oublierapas que plus les indices sont voisins, plus les objets deviennent transparents.
Elle doit être aussi pure que possible et dépourvue d’eau. Quelquefois, on l’emploie mélangée avec de la gélatine. 11 est surtout utile de bien constater qu’elle n’est pas acide.
Ce réactif doit toujours être à portée de la main, sur la table de travail.
3° Alcool. — L’alcool sert à durcir les pièces et à les conserver. Il est nécessaire de s’en procurer à divers degrés de concentration : 36, 40 et 100°. Ce dernier est l’alcool absolu.
On l’emploie fréquemment pour durcir les pièces, quand on tient à les étudier rapidement.
On le préfère à l’acide chromique dans un grand nombre de cas. En effet, il ne rend pas les objets aussi opaques, ce qui simplifie les manipulations ultérieures, et il permet aux matières colorantes de conserver beaucoup mieux leur propriété d’élection.
L’alcool sert encore à durcir les pièces injectées au carmin. Il ne faut pas les plonger dans un autre milieu, on s’exposerait à les voir se décolorer. Dans le cas seulement où l’injection a été pratiquée au bleu de Prusse, on a le choix entre ce dernier réactif et l’acide chromique.
On a recours à l’alcool, pour enlever l’eau des préparations qu’on se propose de monter dans les milieux résineux, et, comme véhicule, quand il s’agit d’observer des éléments fortement chargés de graisse qui ne seraient pas mouillés par l’eau.
Lorsqu’il s’agit de repasser des rasoirs, on doit préférer i\ l’huile la glycérine alcoolisée. La lame ne se trouve pas graissée et reste susceptible d’être mouillée par le liquide dont on la couvre quand on s’en sert pour faire des coupes.
C’est enfin dans l’alcool qu’on conservera les pièces durcies, jusqu’au moment où on se décidera les étudier. Il sera bon, dans ce cas, de choisir de l’alcool absolu, ou tout au moins de l’alcool à 40°.
Alcool dilué ou alcool au tiers. — C’est un réactif que Ranvier, le premier, a préconisé, et qui présente en effet de sérieux avantages dans un grand nombre de cas. Nous ne saurions mieux faire que de résumer le mémoire publié par lui dans les Archives de physiologie (2° série. 1874. T. I, p. 781).
Ainsi que nous le verrons plus loin, la technique possède un certain nombre de réactifs, qui jouissent de la propriété de dissocier les éléments histologiques, et, bien qu’avec eux on obtienne souvent de bons effets, ils donnent, cependant, des résultats inférieurs au réactif de Ranvier.
Voici comment on le prépare : on introduit dans un flacon un volume d’alcool à 36° (on a soin de vérifier son degré de concentration à l’alcoomètre de Cartier; suivant la force, on ajoute de l’eau ou de l’alcool absolu) et deux volumes d’eau distillée. On agite, et le mélange obtenu constitue ce que nous appellerons l’alcool au 1/3.
Le mode d’action de ce réactif est fort simple. Par l’alcool qu’il contient, il fixe les éléments dans leur forme, tandis que l’eau du mélange se charge de dissocier et de séparer les cellules, en détruisant le ciment qui les unit.
b 8 TECHNIQUE MICROSCOPIQUE
Nous verrons plus loin comment on emploie ce réactif, pour éludier les éléments constitutifs d’une tumeur ou d’une membrane épithéliale.
Notons, en passant, que les pièces, ainsi traitées, ont conservé toutes leurs affinités pour les matières colorantes qu’on serait tenté ultérieurement de faire agir sur elles.
L’alcool au 1/3, dit Ranvier, a sur le protoplasma cellulaire une action très favorable pour l’étude des éléments délicats. En coagulant les matières albuminoïdes protoplasmiques, il fixe les cellules dans leur forme, tout en augmentant leur solidité, de telle sorte qu’il devient possible de les isoler sans les altérer. Cette dissociation est d’autant plus facile que l’albumine intercellulaire et le mucus n’étant pas coagulés par l’alcool, il se produit, par la simple macération dans le liquide, un ramollissement de toutes les matières qui sont comprises entre les cellules.
En outre, l’alcool au 1/3 modifie les qualités optiques du protoplasma et permet de distinguer nettement les noyaux qu’il contient. Comme il fixe également ces noyaux dans leur forme, il devient facile d’en étudier les détails.
L’alcool est donc un réactif à la fois durcissant et isolant, selon le degré de concentration auquel on l’emploi.
4° Acide acétique. — Celui dont on se sert est l’acide acétique cristallisable. Ce réactif possède deux propriétés différentes, selon les doses des solutions.
a. Mélangé à l’eau, dans la proportion de 2 p. 100,
il possède une action isolante. C’est ainsi cju’on l’utilise, par exemple, pour débarrasser la peau de son épiderme, quand on se propose de rechercher les corpuscules du tact, ou bien pour séparer la couche musculaire intestinale de la couche glandulaire, quand il s’agit d’étudier les divers plexus nerveux de ces régions. Il sert encore, lorsqu’on le fait agir sur le tissu lamineux, à faire apparaître les fibres élastiques, en gonflant et rendant plus transparent le tisssu dans lequel elles sont plongées.
b. En solution, dans la proportion de 5 p. 100, il constitue un liquide dissociant, auquel on aura souvent recours, pour gonfler le tissu conjonctif qui réunit les acini d’une glande, et disséquer, ainsi, ces derniers plus facilement.
Sa propriété principale est de faire apparaître les noyaux, partout où ils existent, en rendant plus transparentes les cellules et, au contraire, en condensant la substance des noyaux, ce qui les fait, alors, ressortir dans la masse du tissu.
L’acide acétique sert encore à ramollir les coupes faites sur des pièces desséchées. On doit, dans ce cas, l’employer en solutions extrêmement diluées, et avoir soin de laver les pièces, une fois l’effet obtenu, afin d’arrêter l’action du réactif.
11 sert, enfin, à enlever les sels calcaires dont certains tissus sont imprégnés, et c’est à lui qu’on a recours pour fixer le carmin sur les noyaux des pièces qui ont macéré dans la solution ammoniacale.
5° Acide chromique. — Nous arrivons à un réactif important. Nous allons l’étudier avec soin, et nous recommandons, sous peine de ne pas réussir, de
bü TECHNIQUE MICROSCOPIQUE.
bien se conformer aux indications suivantes : Selon son degré de dilution, il présente des propriétés fort différentes. C est ainsi qu’il est successivement inoflensif, isolant, colorant, altérant et durcissant. Considérons-le à ces divers points de vue.
t a- Liquide inoffensif. — A la dose de 1/5000, on peut l’employer comme véhicule, pour étudier la plupart des éléments ou tissus délicats qu’il n’altère pas sensiblement. Il produit, en effet, une légère coagulation qui, dans ce cas, conserve la forme de l’élément.
b. Liquide isolant. — L’acide chromique possède cette propriété lorsque la solution est faite à 1/2500. On laisse macérer 1 objet qu’on veut dissocier pendant un temps plus ou moins long (24 à 48 heures en général), après quoi, on peut, avec une aiguille, isoler les éléments. Dans ce cas, l’acide est en proportion suffisante pour amener une sorte de combinaison chimique entre lui et les tissus, tandis que l’eau de la solution agit sur la substance intercellulaire pour la ramollir et la dissoudre.
c .Liquide colorant. — Peu employé dans ce but. Ce n’est que dans les cas exceptionnels qu’on s’en sert. On possède d’autres matières colorantes d’un effet plus sûr et plus rapide. Toutefois, on l’applique, quelquefois, à la coloration de certaines cellules munies de cils vibratiles, dont il augmente le degré de réfringence, et qu il rend, ainsi, plus perceptibles. Sur les muscles, par exemple, il augmente la netteté des stries transversales.
d. Liquide altérant. — Quand on a affaire à une pièce
imprégnée de sels calcaires ou phosphatés, il serait impossible de pratiquer, en suivant la règle habituelle, des coupes dans un tissu aussi dur; il faut le ramollir. Une solution d’acide chromique, à 1/100, décalcifie la pièce, qui peut, alors, être soumise au rasoir et se réduire en minces lamelles. Il sera, toutefois, indispensable, quand on l’aura traitée de la sorte, de la laisser, quelque temps, macérer dans l’eau pour enlever les traces d’acide qui altéreraient le rasoir.
e. Liquide durcissant. — C’est à ce point de vue que l’acide chromique est un réactif précieux. Mais, pour réussir, il est indispensable d’observer strictement les prescriptions que nous allons donner.
Supposons qu’il s’agisse de durcir la moelle épinière de l’homme : On commencera par faire une solution de deux litres d’acide dans la proportion de 1/1000 au milieu de laquelle on suspendra la pièce au moyen d’un fil. On l’y laissera séjourner huit jours. Au bout de ce temps, on remplacera la première solution par une autre plus forte (1/500), et on laissera de nouveau la pièce macérer huit jours. Enfin, une troisième solution, au 1/250 cette fois, recevra définitivement la pièce qui achèvera de s’y durcir. On la surveillera tous les deux ou trois jours, et lorsqu’elle aura acquis la dureté suffisante (six semaines environ pour une moelle), on la retirera et on la fera dégorger dans l’eau pendant un jour ou deux, après quoi, on pourra la conserver dans l'alcool pour y faire des coupes au fur et à mesure des besoins. Il est indispensable que les fragments destinés à durcir ne soient pas trop volumineux, et n’aient pas plus de deux ou trois centimètres cubes. Il faut de plus qu’ils nagent dans le liquide durcissant et qu’ils ne reposent pas sur le fond du flacon, sans quoi Latteux, Ie édition. 4
6 2 TECUNIQUE MICROSCOPIQUE.
ils se durciraient inégalement. Une dernière recommandation est d’ajouter un peu de glycérine à la solution. De cette façon, les pièces cessent d’être friables et acquièrent une sorte de malléabilité qui permet plus facilement d'y pratiquerles coupes nécessaires. L’acide chromique, dans certains cas, est préférable à l’alcool. Pour les centres nerveux entr’autres, on arrive à un durcissement tel qu’on obtient des coupes beaucoup plus fines. Cependant, les manipulations ultérieures sont plus compliquées.
L’acide chromique doit être acheté cristallisé et conservé dans des flacons bien bouchés. Pour plus de commodité, on le dissout en solution à 1/100. De la sorte, rien n’est plus facile que d’obtenir, au moment voulu, le degré de concentration nécessaire.
Nous verrons, plus loin, que M. le Dr Luys a donné un procédé excellent pour rendre trasparentes les coupes faites sur les pièces durcies dans l’acide chromique.
La règle est donc de commencer par des solutions faibles, qu’on augmente graduellement, d’employer une grande quantité de liquide par rapport à la pièce à durcir, et, enfin, de bien connaître le titre de la solution employée. Il ne faudra pas, comme on l’indique quelquefois, se contenter d’une solution ayant telle ou telle couleur; on devra, au contraire, mesurer exactement la quantité de sel qui s’y trouve dissous.
6° Bichromate de potasse ou d’ammoniaque. — Mêmes propriétés que l’acide chromique, mais à des doses dix fois plus fortes. L’action aussi est plus lente, mais les pièces durcies ne sont jamais friables. Le bichomate entre dans la composition du liquide de Muller, qu’on
emploie si souvent dans les laboratoires et dont voici la composition :
Eau 100 parties.
Bichromate de potasse 2 »
Sulfate de soude 1 »
C’est un excellent liquide pour durcir les pièces délicates qui devront y séjourner au moins une quinzaine de jours.
Une autre propriété extrêmement importante de ce sel est de conserver parfaitement les tissus organiques et surtout les pièces injectées au bleu de Prusse soluble, dont il renforce même la teinte.
On comprend l’économie que l’on peut faire dans la conservation des grandes pièces en substituant à l’alcool cette solution, dont le prix est insignifiant.
7° Acide hcrique. — S’emploie en solutions saturées, qu’on obtient en mettant au fond d’un flacon rempli d’eau des cristaux en excès. Il sert également à durcir, mais l’action est moins énergique qu’avec l’acide chromique. De plus, elle n’est pas la même, chimiquement parlant, ainsi que le fait observer Ranvier. Tandis que l’acide chromique se combine avec les tissus mêmes pour former une sorte de tannage, l’acide picrique produit une modification beaucoup moins complète et ne se combine pas, ce que l’ori constate facilement, puisque les coupes des tissus durcis de la sorte se décolorent en les plongeant dans l’eau.
Ce réactif doit être employé à l'état de saturation absolue, et les pièces qu’on y plonge ne doivent pas avoir un volume supérieur à un ou deux centimètres de côté. Il est bon de laisser au fond du vase des cristaux d’acide qui recouvrent la pièce. On est assuré,
de la sorte, de la concentration de la solution. L’acide picrique peut aussi servir à décalcifier certaines pièces, mais les fragments doivent alors être très petits.
8° Acide piiénique. — Utile pour empêcher les moisissures de se produire dans les flacons contenant des pièces immergées dans l’acide chromique ou le bichromate de potasse. Il suffit de quelques gouttes, pour obtenir ce résultat. S’emploie aussi pour conserver les pièces histologiques à l’air, sous une cloche, lorsque le temps manque pour les étudier immédiatement.
9° Potasse et soude. — Ces deux réactifs sont d’un usage assez restreint. On les utilise pour ramollir les cellules de l’ongle, qu’on arrive, ainsi, à isoler. Les solutions employées sont de 35 0/0. Si on diminue la proportion de la substance alcaline, elles sont dissolvantes.
10° Ammoniaque. — C’est le dissolvant du carmin. Nous en reparlerons, quand nous traiterons des teintures.
11° Acide osmique. — Cet acide se trouve dans le commerce sous forme de cristaux verdâtres que, vu leur facile altérabilité, on a soin d’enfermer dans des tubes scellés à la lampe. Il possède des propriétés fortement toxiques et doit, en conséquence, se manier avec la plus extrême prudence. On l’emploie en solution à 4/100.
Pour faire cette préparation, on agira de la façon suivante :
Après avoir choisi un flacon à l’émeri que l’on a soin de nettoyer scrupuleusement à l’acide sulfurique
et à l’alcool, on y introduit 100 grammes d’eau distillée. Alors, brisant, à l’aide d’une lime triangulaire, l’extrémité du tube effilée à la lampe, on ne se donne pas la peine de retirer l’acide, mais on précipite le tout au fond du flacon où la solution s’opère tout naturellement.
Ce réactif possède la propriété de colorer la graisse en noir par la réduction de l’acide à l’état métallique.
Il colore également les tubes nerveux et permet, de la sorte, de suivre leur trajet et d’observer leur terminaison. Il a encore la propriété de durcir les pièces qu’on y plonge, mais à la condition qu’elles aient un très petit volume. De plus, il les rend très opaques et amène, dans la constitution chimique des tissus, des modifications telles qu’ils deviennent réfractaires à l’imprégnation par les agents colorants.
12°. Terminons enfin par certaines substances résineuses ou essences que l’on emploie assez fréquemment en histologie pour rendre les coupes transparentes, ce sont :
a. L’essence de girofles, la plus employée et dont l’odeur est assez agréable. Nous verrons plus tard la manière de l’employer.
b. L’essence de térébenthine, qui coûte beaucoup moins cher, mais qui est d’un maniement bien moins commode, en ce sens que les pièces doivent être, pour l’absorber, beaucoup plus scrupuleusement deshydratées.
c. Le haume de Canada, résine jaune et liquide, dont nous décrirons les applications pour le montage et la conservation de certaines coupes.