II. lODURE DE POTASSIUM
Il se présente en cristaux blancs, amers, solubles dans l'eau et l'alcool. Il n'est pas volalil.
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L'iodure de polassium appliqué sur la peau et les muqueuses ne produit aucune irritation.
Absorption et élimination. — Il s'absorbe rapidement dans l'eslomac. Son élimination n'est pas moins rapide, car on le retrouve dans les urines quelques minutes après son ingestion, soit en nature, soit à l'état d'iodure de sodium; ce qui montre que l'iodure de potassium se décompose en partie dans l'organisme. Cette mutation peut se faire dans l'estomac s'il s'y trouve du chlorure de sodium; il se forme alors du chlorure de polassium et de l'iodure de sodium. L'élimination se fait par les urines, la salive, le lait, la bile, les muqueuses nasale, pharyngée, bronchique, la peau.
Action sur le tube digestif. — L'iodure de potassium pur est parfaitement supporté par l'estomac, il ne trouble nullement la digestion, souvent même il augmente l'appétit; mais quand il renferme de l'iode ou un iodate il produit alors de la douleur, des vomissements dus à l'irritation de la muqueuse stomacale par l'iode. Le fait a été mis en lumière par Rabuteau.
Action sur le sang. — Nous avons vu tout à l'heure l'iode injecté dissoudre la matière colorante des hématies; le fait n'a pas été constaté pour l'iodure de potassium, mais il doit certainement produire quelque effet semblable, car on voit survenir, par son administration prolongée, des exsudais pleurétiques sanguinolents, des hémoptysies, du purpura (Fournier)j des métrorrhagies, phénomènes qui indiquent une altération globulaire.
Action sur la nutrition. — C'était une opinion jadis accréditée que l'iodure de potassium altérait la
nutrition et faisait maigrir. Ricord, Boinet, Wunderlicli se sont élevés contre cette manière de voir, et Rabuteaii et Milanesi ont montré par leurs analyses que l'urée diminue sous l'influence de l'iodure de potassium. Si l'iodure de potassium, comme il est probable, altère l'iiématine, matière colorante des globules rouges qui renferme le fer, c'est vraisemblablement à celte action qu'est due la diminution de l'urée.
Action sur les sécrétions. — L'iodure de potassium a très peu d'influence sur la sécrétion urinaire; il diminue la sécrétion lactée, augmente la sécrétion sàlivaire et produit souvent un gonflement de la glande ■parotide. Il produit aussi une hypersécrétion, par inflammation catarrhale, des muqueuses par lesquelles il s'élimine. On voit souvent se développer des conjonctivites, du coryza, de Vangine, de la laryngite, de l'acné, chez les sujets traités par ce médicament. Nous avons dit en commençant que l'iodure de potassium n'était pas irritant, on pourrait donc s'étonner de voir se produire ces phénomènes d'irritation. D'après Rabuteau, Buccheim et Sarlisson ils sont dus à la décomposition de l'iodure de potassium par l'acide carbonique, l'ozone, et à l.a mise en liberté d'un peu d'iode.
Les elTets physiologiques de l'iodure de potassium ne peuvent expliquer en rien la plupart de ses effets thérapeutiques; c'est l'empirisme qui l'a introduit dans la thérapeutique, et la clinique l'y a maintenu en raison de ses services. Mais il n'est pas douteux qu'un jour ou l'autre les progrès de la pathologie et de la
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thérapeuLiqiic expérimentale meltront en lumière ce qui aujourd'hui est inexplicable.
11 n'est pas de médicament dont on ait autant usé et abusé. Nothnafçel et Rossbach s'expriment ainsi sur cette administration désordonnée : « Dans tous les cas où l'on ne sait que faire, on prescrit Tiodure de potassium. »
Nous ne nous attarderons donc pas à citer toutes les maladies où l'on a donné l'iodure de potassium, nous indiquerons seulement celles dans lesquelles il est indispensable ou utile.
Syphilis. — L'iodure de potassium ne peut être remplacé par aucun autre médicament dans la syphilis. Prescrit d'abord à toutes les périodes de cette maladie, son emploi est aujourd'hui bien déterminé, c'est le médicament des accidents dits tertiaires, c'est-àdire des lésions profondes qui affectent le tissu cellulaire sous-cutané, les os, les viscères. Moins les lésions sont avancées, plus la guérison est rapide. Il est certaines affections syphilitiques de la peau et des muqueuses qui par leur caractère ulcéreux (rupia, ecthyma, condylômes ulcérés) sont considérées comme des accidents de transition entre la période secondaire et la période tertiaire. Elles sont avantageusement combattues par le traitement mixte, c'est-à-dire par le mercure et l'iodure de potassium.
Le professeur Fournier prescrit volontiers la médication mixte pour les accidents syphilitiques tertiaires et principalement pour les localisations viscérales de la syphilis. L'iodure et le mercure sont donnés simultanément ou alternés par des périodes de cinq à six semaines.
Goitre. — L'étiologie du goitre n'est pas parfaile-
2H6 MODERATEUl^.S DE LA NUTRITION.
ment connue, toutefois les intéressantes recherches de Chatin ont montré l'absence de l'iode dans l'eau et l'air des pays où Je goitre est endémique. Ce fait peut servir à expliquer les heureux effets de l'iodure de potassium dont l'emploi est général dans le traitement du goitre. Ce médicament ne réussit que dans l'hypertrophie simple du corps thyroïde, mais il est sans action sur le goitre kystique et le goitre vasculaire.
Scrofule. — L'iodure de potassium étant si utile dans l'hypertrophie du corps thyroïde, on l'a donné dans la scrofule oii les hypertrophies des ganglions lymphatiques sont si fréquentes, et en fait il rend de grands services dans cette maladie. Mais la médication chlorurée convient mieux à la scrofule que la médication iodurée.
De ce que l'iodure de potassium fait diminuer le volume des glandes hypertrophiées, on en a conclu qu'il atrophiait les glandes à l'état normal, en particuher les mamelles, les testicules, les ovaires. Il n'y a pas une seule observation précise qui le prouve.
On a voulu utiliser dans beaucoup de maladies les propriétés résolutives que l'iodure de potassium montre dans la syphilis, le goitre, la scrofule, et on l'a administré dans une foule d'affections et productions pathologiques. Telles sont : le rhumatisme où il n'est utile que dans les formes subaiguës et chroniques; la goutte, où son efficacité est douteuse; les péritonites, les pleurésies, péricardites, méningites, les tumeurs diverses : carcinome, sarcome, lipome, etc. Dans tous ces cas l'iodure de potassium a peu d'action, quand il en a; mais on ne risque rien à le donner. Dans la phtisie, l'iodure de potassium nous
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paraît contre-incliqiié en raison de son action sur le sang qui facilite les hémorrhagies.
Récemment, Germain Sée a obtenu des succès dans Vusthme. L'iodure de potassium donné avant l'accès peut le prévenir, et son usage prolongé peut guérir la maladie.
Préparations. — Doses.
En solution avec da sirop : 8°'',50 — 4 gr. par jour. Solution d'iodure de potassium.
lodure de potassium 10 gr.
Sirop d'écorces d'oran ges 50
Eau 1 50
Chaque cuillerée à bouche renferme 1 gr. d'iodure.
m. lODURE DE SODIUM.
Il est peu employé en médecine. Quoique ses effets physiologiques soient les mêmes que ceux de l'iodure de potassium, on ne sait pas si son action thérapeutique est la même.
loDisME. — Quelques médecins, entre autres Coindet et Rillet, ont signalé des accidents résultant de doses trop élevées des iodiques ou de leur usage prolongé.
Des doses élevées produiraient une sorte àHvresse iodique, caractérisée par de l'insomnie, des vertiges, éblouissements, démarche titubante; il y aurait même une fièvre iodique (Lugol).
L'usage prolongé amènerait l'amaigrissement, l'atrophie des organes glanduleux, des troubles paralytiques des fonctions nerveuses, des palpitations; phénomènes qu'on désigne sous le nom d'iodisme constitutionnel.
L'iodisme n'est pas admis par le plus grand nom-
bre des auteurs, et s'il existe, il est très rare et particulier à certaines localités et aux sujets goitreux.