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VII. — PHOSPHORE

Le phosphore ordinaire, officinal, est très peu soluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool, l'éther, les matières grasses, et surtout dans le sulfure de carbone.

Le phosphore amorphe, insoluble, même dans le sulfure de carbone, n'est pas employé.

PHYSIOLOGIE

Action locale. — Le phosphore par lui-même n'est pas irritant, car introduit sous ia peau en fragments il ne produit pas plus d'irritation que tout autre corps étranger. Cependant dans les intoxications on trouve l'estomac enflammé et ulcéré ; ces phénomènes sont dus, d'après Munk et Leyden, aux produits d'oxydation du phosphore qui, àl'état naissant, attirent à eux l'eau des tissus et les détruisent.

Absorption. — Un morceau de phosphore introduit sous la peau ne s'absorbe pas, car ni il ne se dissout, ni il ne peut émettre de vapeurs. Les vapeurs peuvent s'absorber par la peau et les voies respiratoires. Dans Vintestin le phosphore rencontre des matières grasses, de la bile qui le dissolvent et il s'absorbe en nature. Peut-être une partie se transformet-elle en acide phosphorique qui est soluble dans l'eau.

Action sur le sang. — D'après Hoppe-Seyler et

Dybkowski le phosphore donne naissance dans le sang à de l'hydrogène phosphore qui agirait comme substance réductrice de Thémoglobine. Mais cette production d'hydrogène phosphore n'a jamais été constatée dans le sang ; d'autre part le phosphore est toxique à trop faible dose pour former la quantité d'hydrogène phosphore nécessaire à l'empoisonnement. Pour Leyden et Munck le phosphore s'oxyde dans le sang en enlevant de l'oxygène aux globules rouges. Avec Nothnagel etRossbach nous objecterons à cette manière de voir : 1° que Os>",10 de phosphore (dose mortelle) ne consomment que 0^'',13 d'oxygène pour se transformer en acide phosphorique (Hermann) ; ce n'est pas la soustraction d'une si minime quantité d'oxygène qui pourrait amener l'intoxication ou la mort ; 2° que les acides phosphores sont inactifs même quand ils sont injectés dans le sang en quantités beaucoup plus grandes que celles qui peuvent prendre naissance par suite de Toxydation de la dose toxique de phosphore (Nothnagel et Rossbach).

Enfin, le phosphore ayant été trouvé en nature dans le sang, les tissus et les produits de sécrétion (Dybkowski), et son injection dans le sang produisant les phénomènes curactéristiques de l'empoisonnement par cette substance (Hermann), il y a lieu de penser que le phosphore agit sur l'organisme en tant que phosphore; mais son mode d'action est inconnu.

Dans l'empoisonnement le sang se coagule très difficilement.

Action sur lanutrition . — Des observations nombreuses prouvent que le phosphore diminue l'urée et l'acide carbonique; cette diminution est en rapport avec l'action du médicament sur les éléments anatomiques.

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Action sur les tissus. — Le phosphore produit ia dégénérescence graisseuse de la plupart des organes.

Les cellules épithéliales du foie sont gonflées par des granulations graisseuses d'où résultent la tuméfaction du foie et un ictère (d'origine hémalique).

Les fibres musculaires du cœur sont dégénérées, ce qui rend les contractions extrêmement faibles.

Les parois des vaisseaux artériels, veineux et capillaires sont également envahies par les granulations graisseuses ; il en résulte des hémorrhagies, des épancbemehts sous-cutanés. L'altération du sang contribue pour sa part à ces extravasats sanguins. Du côté des reins, mêmes altérations ayant pour conséquences l'urémie et l'albuminurie.

Ces phénomènes ne se manifestent que dans les intoxications. Leur mécanisme n'est pas connu.

Action sur les os. — Le phosphore a une action particulière sur les os. Voici ce que montrent les expériences de Wegner faites sur des lapins, des chiens, des chats et des poules. Chez les animaux en vole d'accroissement, les cartilages au lieu de former d'abord du tissu spongieux formaient de suite du tissu compact. Au bout d'un certain temps toute la substance spongieuse normale des épiphyses était remplacée par du tissu compact. Le tissu osseux formé par le périoste était plus condensé, les canaux de Havers étaient plus petits. En somme, le tissu compact se substituait au tissu spongieux.

Quand on interrompait de temps en temps l'administration du phosphore, on trouvait des couches alternantes du tissu compact et de tissu spongieux absolument comme dans les expériences par la garance. Chez les animaux adultes, les poules partieu-

]ièrenient, la cavité médullaire s'oblitérait par de la substance osseuse.

Comment expliquer cette action singulière? On pourrait croire qu'elle est due à la formation de phosphates. Nullement, Wegner a trouvé que les proportions de la substance organique et de la substance inorganique n'avaient pas changé, et que les phosphates n'étaient pas en plus grande quantité.

Cet envahissement du tissu spongieux par le tissu compact s'est même produit en privant les animaux de sels calcaires; seulement le tissu de nouvelle formation n'était pas un véritable tissu dur, mais seulement un tissu ostéoïde extrêmement compact, tel que celui qu'on trouve dans les os des individus rachitiques. Wegner a fait une expérience sur l'homme, les résultats ont été les mêmes que chez les animaux.

La nécrose phosphorée des maxillaires est encore un effet de l'action du phosphore sur les os. Elle se produit soit par le contact direct des vapeurs de phosphore avec l'os, par l'intermédiaire des dents cariées, soit peut-être, après absorption de ces vapeurs, par l'élimination du phosphore parles glandes saUvaires.

Action sur le système nerveux. — Le système nerveux est peu influencé par le phosphore, si ce n'est dans l'empoisonnement où l'on observe des douleurs intenses le long de la colonne vertébrale, de l'anesthésie, du délire, du coma. Le phosphore fait élection dans le tissu nerveux.

Élimination. — Le phosphore s'élimine par la bile, les urines, soit en nature, soit à l'état d'acide phosphorique. Les urines, dans l'intoxication, deviennent albumineuses par altération de l'épithéhum rénal.

Le phosphore est peu employé en raison des dangers que présente son administration. Il est réputé ana^hrodislaque, mais aucune observation ne prouve son efficacité. On l'a donné dans l'état typhoïde, les 'paralysies comme excitant du système nerveux.

Les recherches de Lépine ont montré que dans les maladies des centres nerveux à forme dépressive, il y avait une élimination plus grande de l'acide phosphorique.

Le phosphore est donc indiqué dans ces cas.

Une autre indication qui ressorte nettement de sa physiologie est de le donner dans les affections osseuses : ostéites raréfiantes, carie, rachitisme, ostéomalacie, et dans les cas de lenteur de formation du cal. Mais l'expérience chnique n'a pas encore été faite.

Préparations. — Doses

On donne le phosphore dissous dans le chloroforme ou le sulfure de carbone et renfermé dans des capsules de gélatine ; chaque capsule renfermera O^r^OOl de phosphore.

Doses : 1 — 3 capsules par jour.

Traitement derempoisonnement parle phosphore. — Vomitifs et purgatifs. Mais éviter les purgatifs huileux qui dissoudraient le phosphore; éviter par la même raison de donner du lait.

Administrer du sulfate de cuivre qui donne naissance à un phosphure peu soluble, ou de l'essence de térébenthine. Il faut une dose d'essence cent fois plus grande que celle du poison ingéré.

En chimie on appelle alcalins tous les sels des métaux alcalins: potassium, sodium, hthium, rubidium,

cœsiuni el Ihallium; mais en médecine le mol alcalin ne s'applique qu'aux carbonates de potasse et de soude, les carbonates des autres métaux n'étant pas usités, si ce n'est le carbonate de lithine.

Les rôles physiologique et thérapeutique des alcalins sodiques et potassiques étant les mêmes, nous les réunirons dans une même description.

PHYSIOLOGIE

Rôle des alcalins dans l'organisme. — On jugera de l'importance du rôle des alcalins dans l'organisme par les propositions suivantes :

1° Tous les liquides de l'organisme sont alcalins, sauf l'urine, la sueur, le suc gastrique et le mucus vaginal. Il est absolument nécessaire que le sang soit alcalin, et il doit son alcalinité au bicarbonate de soude.

2° Quelques-unes des substances albuminoïdes du sang sont probablemeait maintenues en dissolution grâce à l'alcali contenu dans ce liquide. Ainsi la globuline neutrahsée par l'acide acétique devient insoluble (Nothnagel et Rossbach) .

3° Grâce à l'alcali libre un grand nombre de substances organiques ont la faculté de se combiner avec l'oxygène, de s'oxyder à la température du corps. Le sucre de lait et le sucre de raisin, en présence d'un alcali, et à une douce chaleur, s'oxydent très rapidement.

4» Les alcalins fixent les acides qui proviennent des aliments et ceux qui résultent de la combustion des tissus. Les acides malique, critique, acétique absorbés par l'estomac se transforment dans le sang en malates, citrates et acétates; l'acide carbonique se fixe sur le carbonate de soude et le transforme

en bicarbonate; de même l'acide urique devient un iirate.

5° L'albumine des éléments anatomiques est toujours associée à de sels alcalins.

60 Les sels alcalins sont des substances très dialysables, par conséquent elles favorisent les phénomènes de la nutrition, absorption des aliments, résorption des déchets de l'oxydation des tissus.

Absorption. — Dans Vestomac, sous l'influence des acides du suc gastrique (chlorhydrique, lactique), les alcalins se transforment en chlorures et lactates, et il se fait un dégagement d'acide carbonique. Si la dose est faible, elle se transforme intégralement; si elle est forte, une partie seulement se transforme, le reste s'absorbe en nature. Cette mutation des alcalins dans l'estomac est très importante à retenir, car, suivant la dose, vous pouvez avoir des effets contraires à ceux que vo^as désirez. Ainsi, administrer 1 gramme de bicarbonate de soude, c'est donner du chlorure de sodium ; même fait se produit pour le bicarbonate dépotasse. Or les chlorures de sodium et de potassium ont une action contraire de celle des bicarbonates. Une dose supérieure à 1 gramme nous paraît nécessaire pourque lesalcalins agissent en tantqu alcalins. Action sur la digestion. — - A faible dose les sécrétions stomacales sont activées par les alcalins transformés en chlorures. (Voir Chlorures, page 234.) A dose moyenne, 5-10 grammes, ces sécrétions sont encore augmentées; mais à haute dose, 15-23 grammes, elles sont diminuées ou même suspendues (G. Bernard, Blondlot). Si l'absorption des alcalins ne se fait pas, par suite de doses trop fortes, ils produisent de la diarrhée.

Berlioz. — Thérapeutique, 2^ édit. 1 7

290 MODl^RAÏEURS DE LA NUTRITION.

Action sur le sang. — L'analyse du sang de cinq étudiants bien portants, qui s'étaient soumis pendant huit ou dix jours à l'usage des alcalins, a donné les résultats suivants : la densité était diminuée, les leucocytes étaient augmentés de volume et de nombre; la proportion des matières grasses était diminuée, les hématies étaient pâles, décolorées. (Lôffler).

Action sur la nutrition. — Les alcalins pris à faible dose activent la nutrition, parce qu'ils se transforment dans l'estomac en chlorures et que les chlorures sont des excitateurs de la nutrition. Mais à haute dose ce sont des modérateurs, ils diminuent l'urée ainsi que cela résulte des expériences de Rabuteau, Constant et Ritter. Ce résultat est dû vraisemblablement aux modifications qu'ils apportent aux globules rouges, dont la matière colorante (hématine), qui fixe l'oxygène, est altérée.

L'usage prolongé des alcalins n'est pas sans inconvénient; ils altèrent la santé, produisent des hydropisies, accidents qu'on appelle cachexie alcaline.

Élimination. — Les alcalins s'éliminent par les urines et en partie par les muqueuses.

Action sur les sécrétions. — A haute dose, ils rendent les urines alcalines, et c'est alors seulement qu'ils sont diurétiques (Rabuteau).

Les alcalins ont la propriété d'augmenter les sécrétions muqueuses, de dissoudre la mucine et par conséquent de rendre les exsudais muquetix plus fluides. De plus, ils favorisent la progression des mucosités en stimulant les mouvements des cils vibratiles des épithéliums.

Les alcalins augmentent la sécrétion biliaire.

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ÏUÉRArEUTIQUE

t iisilés dans maladies générales ou locales.

Diathése urique. — La diathèse ariqae, dont les deux manifestations principales sont la goutte et la graveUe, est efficacement traitée par les alcalins. L'acide urique en excès dans le sang se combine avec les alcalins et forme des sels solubles qui, au lieu de se déposer dans les reins (calculs) ou autour des articulations (tophi), s'éliminent plus facilement que l'acide urique. Mais il ne faut pas oublier que si les alcalins peuvent agir sur l'acide urique déjà formé, ils n'ont aucune action sur les conditions qui président à la formation de cet excès d'acide, et la cause première doit d'abord être écartée.

Lithiase biliaire. — C'est une maladie du même genre que la gravelle. La cbolestérine en dissolution dans la bile se dépose et donne lieu à la formation de calculs. Ces calculs se forment d'autant plus facilement que la bile est moins alcaline et qu'elle stagne plus longtemps dans la vésicule et les canaux biliaires. Les alcalins, cjui alcaliniseront la bile, augmenteront la sécrétion et liquéfieront le mucus qui agrège les calculs, sont donc parfaitement indiqués, et en fait ils rendent les plus grands services.

Diabète. — Les alcalins ont été beaucoup employés dans le diabète, sous l'influence des idées de Mialhe, qui considérait les alcalins comme activant les oxydations. Nous avons vu, en effet, que les alcalins favorisent la combustion du sucre. Les alcaUns peuvent faire disparaître momentanément le sucre des urines, mais ils ne guérissent pas la maladie.

Ici encore, c'est Tindication causale qui prime tout.

Albuminurie. — Les alcalins n'ont rendu aucun service dans cette affection. Ils sont même contre-inqués par la physiologie, car ils diminuent la densité du sang et favorisent, par conséquent, l'albuminurie et les hydropisies.

Rhumatisme articulaire aigu. — Entre les mains de Garrod, Jaccoud, Charcot et Vulpian, la médication alcaline a été très favorable. La durée de la maladie était diminuée et les complications cardiaques moins fréquentes. Dans ce cas, les alcalins agissent comme antiphlogistiques. Nous avons aujourd'hui le salicylate de soude qui est bien préférable.

Dyspepsies. — Les alcalins ne sont pas utiles dans toute espèce de dyspepsie; il faut donc distinguer les cas où ils sont utiles de ceux où ils sont inutiles ou nuisibles.

Dans la dyspepsie putride, caractérisée par l'insuffisance de l'acidité du suc gastrique (que cette insuffisance soit due à une altération dans la quantité ou la qualité du suc), les aliments se putréfient dans l'estomac, d'où résultent de la gastralgie, des vomissements, des renvois fétides. Dans ce cas, les alcalins sont indiqués, mais à petite dose, parce qu'ils excitent la sécrétion gastrique.

Dans la dyspepsie acide qui est produite par une hypersécrétion du suc gastrique, les alcalins doivent être donnés à haute dose, pour diminuer l'acidité du liquide digestif.

La dyspepsie atonique, flatulente, dont la cause réside dans la parésie ou la paralysie de la tunique musculaire, n'a pas besoin d'alcalins. Ce qu'il lui faut, ce sont les amers, les strychniques, les poudres ab-

soi'bantes et l'électrisalion de la région épigastrique.

Diarrhées, — Dans les diarrhées chroniques, les alcalins sont utiles, car après avoir été absorbés, ils agissent comme anexosmotiques. Le chlorure de sodium vaut mieux à ce point de vue.

Pneumonie. — Les alcalins sont utiles dans la pneumonie par leur action antiphlogistique, parleur propriété de liquéfier l'exsudat, et de favoriser son éliminalion par l'excitation des mouvements des cils vibratiles.

Ils conviennent surtout aux pneumonies et bronchopneumonies chroniques.

Bronchite. — Les mêmes efl'eLs peuvent être mis à profit dans les bronchites.

Pléthore. — Les alcalins sont indiqués chez les sujets pléthoriques, pour diminuer la densité du sang.

Dans les empoisonnements aigus par les acides, les alcalins sont des antidotes, mais ils ne valent pas mieux que la craie ou la magnésie.

Préparations. — Doses.

Nous avons à con%\ù.QVQv \q,s, car bonatt s neutres Qt bicarbonates et les sesquicavbonates.

1° Les carbonates neutres sont caustiques et par conséquent proscrits de l'usage interne. On ne les emploie qu'à l'extérieur.

Bain alcalin : 250 — 500 — 800 grammes de carbonate de soude pour un bain complet.

Pommade alcaline : carbonate de soude — 10 axongo — 50

Le carbonate de potasse est plus caustique que le carbonate de soude, on diminue les doses.

Les bains alcalins sont usités dans les maladies de la peau : psoriasis, eczéma, pityriasis, prurigo, etc.

2° Les bicarbonates se donnent en poudre, en solu-

lion, en pastilles (de Vichy), ou mieux sous la forme d'eaux minérales.

Les doses ont une grande importance, ainsi que nous l'avons dit en physiologie et eu thérapeutique.

A moins de 1 gr. — F'", 50 ils agissent comme chlorures.

Pour obtenir les etï'ets de la médication alcaline il faut donner 2 à 10 grammes.

Comme antiphlogistiques, de 15 à 10 grammes.

3° Le sesquicarbonate de soude, peu employé de nos jours, l'était beaucoup chez les anciens. Ses doses sont les mêmes que celles du bicarbonate.

Eaux minérales alcalines. Elles jouent le plus grand rôle dans la cure par les alcalins. Nous donnons la teneur en bicarbonate de soude des principales eaux alcalines.

Bicarbonate de soude par litre.

Vais (Ardèche) 7,10

Vichy (Allier) 4,80

Châteauneuf (Puy-de-Dôme) 8,78

Boulon (Pyrénées-Orientales) 2,40

Saint-Alban .'Loire) 1,20

Chaudesaigues (r,autal) 0,50

Mont-Dore (Puy-de-Dô.ne) 0,30

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