‹ Manuel de thérapeutiqueChapitre 147 sur 250 · PHYSIOLOGIE DE LACTION PURGATIVE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE DE LACTION PURGATIVE

L'action purgative est caractérisée par les deux phénomènes suivants : fluidité, fréquence d'expulsion des matières contenues dans l'intestin.

318 MODIFICATEURS DES SECRETIONS lA'TESTlNALES .

Ces phénomènes sont ceux que l'on observe à la suite de toute purgation vraie, c'est-à-dire réellement active. On peut, en effet, atténuer l'action purgative de façon à n'obtenir que l'un des effets de la purgation : la fréquence d'expulsion des matières contenues dans l'intestin.

Dans ce cas le médicament n'agit pas comme un purgatif proprement dit, mais comme un simple laxatif. Devons-nous pour cela faire deux classes de médicaments : les laxatifs et les purgatifs ? Non; car la différence n'existe pas dans le médicament luimême, il n'y a que l'intensité d'action qui est variable suivant les doses et le mode d'administration.

Ces explications données sur la définition des purgatifs, nous pouvons aborder leur physiologie.

1° La fluidité des matières expulsées est due à une augmentation de la quantité des liquides intestinaux, augmentation prouvée par les expériences de Moreau et de Colin avec les purgatifs sahns. Voici en quoi consistent ces expériences :

Dans une anse intestinale liée aux deux bouts, sur un animal vivant, on injecte une solution de sulfate de magnésie à i/5 et on constate qu'après un certain temps, six à vingt-quatre heuies, l'anse renferme de 7 à 300 centimètres cubes de hquide, suivant le laps de temps écoulé.

Ce liquide peut provenir de deux sources : ou d'une exsudation de la muqueuse, ou d'une hypersécrétion des glandes intestinales.

Le liquide fourni par exsudation et le liquide fourni par les glandes n'ont pas assurément la même composition, cependant l'analyse n'a pas permis de reconnaître la nature exsudative ou glandulaire du

PURGATIFS, — PJiYSlOLOGlb:. 319

liquide inlesliiial. Il est plus que probable que ces deux liquides sont mélangés.

Quoi qu'il en soit, examinons le mécanisme de l'exsudation et de la sécrétion.

Le liquide d'exsudation est produit soit par endosmose, soit par augmentation de "pression vasadidre.

La tlréorie purgative de Yendosmose, énoncée d'abord par Poiseuille, repose sur l'expérience suivante. Si l'on plonge un tube renfermant une solution de sulfate de soude et fermé par une membrane animale dans un vase contenant du sérum, un courant (endosmotique) s'établit du sérum vers la solution salée, tandis qu'un courant beaucoup plus faible (exosmotique) se fait en sens inverse. Ces deux courants persistent jusqu'à ce que les deux liquides ainsi mélangés aient pris à peu près la même composition. Appliquant ces données expérimentales à l'action des purgatifs, on considère l'épithélium animal comme formant la membrane de l'endosmomètre ; la cavité de l'intestin représente le tube renfermant le sulfate de soude, et les vaisseaux de la muqueuse sont le vase qui contient le sérum.

Quelle est la valeur de cette théorie ? Faisons remarquer tout d'abord qu'elle ne peut s'appliquer qu'à un certain nombre de purgatifs, à ceux qui ont un pouvoir osmotique, et que, par conséquent, elle ne peut être générale.

Cl. Bernard s'est d'abord opposé à cette théorie en montrant que les sels purgatifs injectés dans les veines purgent aussi bien et même mieux que dans l'intestin II est vrai que Rabuteau, Jolyetet Cahours répétant ces expériences n'ont pas réussi à purger des animaux sur lesquels, ils injectaient par les vei-

nés 7 à i4 grammes de sulfate de soude. Rabuteaii aurait même observé une constipation remarquable à la suite de ces injections.

Nous nous trouvons donc en présence d'expériences contradictoires dont il serait impossible de tirer une conclusion légitime, si nous étions persuadés qu'elles eussent été faites dans les mêmes conditions. C'est ce dont il est permis de douter en considérant les résultats obtenus par Luton et par Gubler dans leurs injections sous-cutanées de sel purgatif. Luton injectant bypodermiquement une faible dose de sel purgatif obtient des etfets purgatifs ; Gubler injectant, par la même méthode, de plus fortes doses du même sel, n'obtient pas d'effet purgatif. Il est donc possible que les 7'ésultats opposés de G. Bernard et de Rabuteau soient dus à une simple différence de doses. Cette question n'est donc pas définitivement jugée.

Le professeur Vulpian combat aussi la théorie de l'endosmose en s'appuyant sur ce fait que le liquide appelé dans l'intestin (expérience de Moreau) est trouble, rempli de cellules épithéliales, de leucocytes, de mucus épais ; les noyaux des cellules épithéliales ont subi l'altération vésiculaire qui, suivant Ranvier, est le signe de l'irritation ; que la muqueuse enfin est congesUonnée, infiltrée, de coloration rouge presque ecchymotique. Il est assez difficile de ne pas voir dans ces divers phénomènes la trace d'une véritable inflammation catanhale. Ceci nous amène à parler du second mécanisme de la production du liquide transsudé : V augmentation de pression vasculaire.

Étant admise l'irritation locale produite. par le purgatif, il est facile d'en suivre les conséquences. L'ir-

Page 1