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THÉRAPEUTIQUE ET CHOIX DES PURGATIFS

Les purgatifs peuvent être employés dans un but d'exonération intestinale, de sollicitatiun des mouvements intestinaux, de dérivation sanguine, de réoulsion, de spoliation séreuse, de modification de la nutrition.

Exonération intestinale. — On se propose ici de débarrasser l'intestin des matières qui obstruent sa cavité. La constipation est une des causes les plus fréquentes d'obstruction intestinale. Nous ne pouvons dans ce livre nous étendre sur le traitement de la constipation, contentons-nous de dire que la constipation n'étant qu'un symptôme, on doit s'adresser pour la combattre à sa cause génératrice, que l'hygiène doit entrer pour la plus large part dans son traitement, et qu'il ne faut, suivant le conseil de Trousseau, user des purgatifs qu'à la dernière extrémité On sait en effet que l'usage des purgatifs est suivi de constipation, et qu'ils sont pour ainsi dire contre-indiqués. Il est cependant des cas où on doit y avoir recours. Si l'on se trouve, par exemple, en présence d'une constipation qui par sa ténacité et sa durée fait craindre des accidents, on administrera un purgatif. Un purgatif drastique sera préféré dans ce cas.

D'autre part, les malades ne se résignent pas généralement à attendre les bienfaits d'un traitement hygiénique, ils veulent être soulagés de suite (ils appellent cela une guérison), on devra alors employer les purga-

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tifs qui constipent le moins : l'aloès, le podophylle. Les purgatifs salins seront surtout évités.

Quand il s'agit de débarrasser l'intestin de corps étrangers, on emploie les purgatifs faibles, moyens ou forts, suivant le volume du corps étranger. Si Tobstacle est formé par des entozoaires, on se servira bien entendu des purgatifs anthelminthiques : calomel, jalap, huile de ricin.

La constipation accidentelle sera traitée par les purgatifs doux.

Sollicitation de mouvements intestinaux. — Lorsque la lumière de l'intestin est fermée soit par une invagination, soit par un volvulus, soit par un anneau herniaire, on peut espérer lever l'obstacle en faisant contracter énergiquement l'intestin. Mais eston sûr d'atteindre ce but? On court au contraire la chance de resserrer l'obstacle. Malheureusement quand on se trouve en présence d'une obstruction intestinale, il est la plupart du temps impossible de déterminer la nature de l'obstacle, et pour aider le diagnostic il est indiqué de donner un purgatif. Le plus violent des drastiques, l'huile de croton, est celui qu'on choisira. Si l'obstacle résiste au purgatif, il faut s'adresser à un autre traitement. Quand une hernie est constatée on peut favoriser sa rentrée au moyen des médicaments qui excitent les mouvements intestinaux : strychnine, nicotine, ésérine. Mais là encore il ne faut pas insister si le médicament n'a pas rapidement produit son effet.

Dérivation sanguine. — Nous avons vu que les purgatifs produisent un afflux de sang vers la muqueuse intestinale. Cette congestion peut être provoquée pour détourner le sang qui se porte vers un autre organe. Ainsi, dans les cotigesticns et hémorrhagies œrêbrales,

les purgatifs sont presque toujours employés. Si l'on a affaire à une congestion grave, la saignée sera d'abord pratiquée, puis on administrera des purgatifs drastiques. La congestion est-elle habituelle, on emploiera habituellement l'aloès et fréquemment les purgatifs salins.

Les purgatifs salins sont d'un usage courant dans le traitement des maladies des yeux.

Dans la congestion ou l'inflammation des voies respiratoires on emploiera, suivant la gravité du cas, les drastiques ou les purgatifs salins.

L'indication des purgatifs est la même dans les congestions et inflammations des viscères abdominaux : foie, rate, reins, et dans celles de la moelle. Dans la congestion et inflammation de l'wiérMs, les purgatifs jouent un grand rôle, quant au traitement. Les salins sont encore des plus employés. L'aloès est contre-indiqué parce qu'il congestionne l'utérus ; mais il a, par ce fait, une indication spéciale lorsque l'on veut appeler le sang vers l'utérus dans les cas d'établissement difficile des règles. De même l'aloès est le purgatif le plus puissant pour le rappel de fluxions hémorrhoîdales. Dans les wialadies de la peau les purgatifs salins sont d'un usage répandu.

Révulsion. — On doit entendre sous le nom de révulsion l'acte thérapeutique qui consiste à créer un état morbide artificiel pour modifier un état morbide préexistant. Si la révulsion est appliquée sur l'organe malade, loco dolenti, elle est dite révulsion substitutive; si elle est appliquée loin de l'organe malade, on l'appelle révulsion transpositive.

La révulsion transpositive a beaucoup de ressemblance avec la dérivation, elle n'en diffère que pour

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l'énergie et l'intensité de son action. Nous ne nous chargeons pas d'expliquer le mécanisme de la révulsion intestinale, car une interprétation de ce genre ne serait qu'une accumulation d'hypothèses sur hypothèses. Nous nous bornerons à comparer la révulsion intestinale à la révulsion cutanée et nous assimilerons volontiers les purgatils dérivatifs aux rubéfiants, les purgatifs révulsifs aux vésicants. Cette assimilation est d'autant plus légitime que la muqueuse intestinale est souvent appelée le tégument interne (Voyez Physiologie des révulsifs).

Les agents de la révulsion transpositive intestinale seront donc les drastiques dans les affections aiguës, les purgatifs moyens dans les affections chroniques. Les cas dans lesquels ils sont indiqués sont les mêmes que ceux que nous avons énumérés déjà à propos de la dérivation, et principalement les affections cérébrales.

La révulsion substitutive s^applique aux maladies inflammatoires du tube digestif. C'est ici le lieu de parler du traitement de la diarrhée par les purgatifs Cette médication mise d'abord en usage par Trousseau et Bonnet a été reconnue efficace par un grand nombre de médecins. Mais toutes les diarrhées ne sont pas justiciables des purgatifs, et il convient de distinguer les cas.

La diarrhée catarrhale simple, aiguë ou chronique, mais surtout chronique, est celle qui réclame le plus énergiquement l'emploi des purgatifs ; c'est là que la médication montre toute son efficacité. Ce sont les purgatifs salins qui sont usités.

La diarrhée de la dysenterie et de la fièvre typhoïde est occasionnée par une entérite ulcéreuse, et les purgatifs donnent dans ces affections de bon? rf'sul-

tats. Pour la dysenterie on emploie un médicament qui purge, mais qui a été décrit ailleurs qu'aux purgatifs, l'ipécacuanha. Dans la fièvre typhoïde ce sont encore les purgatifs salins qui sont préférés.

Les diarrhées des pays chauds, la diarrhée palustre, la diarrhée de la septicémie, de Vinfection purulente, du choléra sont également traitées par les purgatifs salins.

Les purgatifs sont contre-indiqués dans la diarrhée des phthisiques ; ih sont sans utilité dans les diarrhées exanthématiques liées à la variole, rougeole, scarlatine, érysipèle (Trousseau et Pidoux).

L'action curative des purgatifs dans la diarrhée doit-elle s'expliquer dans tous les cas par une révulsion substitutive? Nous ne le pensons pas, bien que nous ayons placé le traitement de la diarrhée sous le titre de révulsion substitutive, à l'exemple de Trousseau et Pidoux.

La guérison par substitution nous paraît devoir être admise dans la diarrhée catarrhale aiguë, dans celle de l'embarras gastrique. Dans la diarrhée catarrhale chronique la substitution a lieu également, l'inflammation produite par les purgatifs détermine une accoutumance de la muqueuse, accoutumance suivie de guérison de la diarrhée, de constipation semblable à celle qui est normalement la conséquence de l'emploi des purgatifs.

Dans la diarrhée dysentérique l'efficacité reconnue d'un agent particulier semble indiquer une action spéciale et probablement substitutive, mais nous admettons en même temps une action éhminatrice, comme dans les cas suivants.

Nons croyons fermement qup In muqueuse diges-

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tive n'est pas seulement une surface d'absorption, mais aussi une surface d'élimination. Le fait n'est pas douteux en lui-même, car il est prouvé que certaines substances introduites dans le sang s'éliminent par le tube digeslif, tels sont le tartre stibié, l'urée. Certains gaz s'éliminent aussi par cette voie, et il n'est pas un étudiant en médecine qui n'ait pu le constater. Lorsque l'on fait un séjour prolongé à l'amphithéâtre, lorsqu'on a pratiqué l'autopsie d'un sujet en putréfaction, il arrive fréquemment que l'on soit atteint de coliques et de diarrhée avec expulsion de gaz dont l'odeur est semblable à celle que dégagent les corps putréfiés. La fonction éliminatrice du tube digestif n'est-elle pas dans ce cas évidente? Nous appuyant sur cette fonction éliminatrice, nous pensons que dans un certain nombre d'états morbides liés à l'absorption de principes morbifiques : fièvre typhoïde, infections putride, purulente, palustre, l'élimination du principe se fait par cette voie, et nous considérons la diarrhée de ces maladies comme le résultat du passage du principe infectieux à travers la muqueuse intestinale. Dans ces conditions, la diarrhée, loin d'être combattue, doit être favorisée, et si les purgatifs font cesser la diarrhée, c'est parce qu'ils hâtent l'élimination du germe infectieux, cause de la diarrhée. Les purgatifs employés dans ce sens sont des agents d'élimination, de dépuration, pour employer un terme affectionné du pubhc mais trop vague pour le médecin.

Spoliation séreuse. — Nous avons vu qu'une des conséquences de l'action purgative était la résorption des hquides extra-vasculaires, par suite de la soustraction d'eau opérée au sang. Les purgatifs

agissent comme la saignée, en abaissant la pression vasculaire.

Cet abaissement de pression est utilisé dans les divers épanchements cavitaires ou interstitiels : pleurésie, péricardite, ascite, œdèmes.

Les purgatifs drastiques et salins auront la préférence en raison de l'abondance et de la fluidité des selles qu'ils produisent.

Modifications de la nutrition. — L'usage répété des purgatifs équivaut à une diète prolongée. Aussi sont-ils fort en usage dans le traitement de la polysarcie, et il est juste de dire que ce traitement rationnel est suivi de succès. Toutefois il ne faut pas oublier que l'hygiène est dans ce cas plus puissante que les purgatifs. On emploie généralement les eaux minérales purgatives.

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