III. — RÉVULSIFS
Les révulsifs sont des agents à l'aide desquels on détermine une irritalion locale dans un but thérapeutique. Ils correspondent aux médicaments irritants de Trousseau et Pidoux.
Suivant leur intensité d'action, on les divise en rubéfiants et vésicants.
L RUBÉFIANTS
Ainsi que leur nom l'indique, ils ne produisent qu'une simple rougeur de la peau.
La chaleur, les frictions sont des moyens faciles de déterminer la rubéfaction; le froid même est rubéfiant par la réaction qui suit l'impression première.
La moutardCj V ammoniaque, le sel marin, les acides sont habituellement usités comme révulsifs.
Moutarde. — La farine de moutarde qui sert à préparer les sinapismes provient des graines du sinapis 7iigra, famille des Crucifères. Elle renferme un sel, le myronate de potasse, et un ferment, la myrosine. Au contact de l'eau, le ferment décompose le myronate qui donne naissance à Vessence de moutarde, ou sulfocyanure d'allyle, qui est le principe irritant de la moutarde. La température de l'eau influe sur le développement de l'essence. Bouillante, elle empêche la fermentation, une température de 20 à 30° est celle qui est la plus favorable.
L'addition des acides empêche la fermentation.
Effets locaux. — Appliqués sur la peau les sinapismes ou l'essence de moutarde déterminent une douleur vive, brûlante, bientôt suivie d'une hypérémie cutanée et d'élévation de température. Si le contact est trop prolongé il peut se former des phlyctènes.
4 18 REVULSIFS.
Ces phénomènes douloureux et congeslifs durent plusieurs heures.
Au niveau du point d'apphcation la peau est devenue insensible à d'autres atleintes douloureuses, les sensibilités au tact, à la température, sont émoussées (Nothnagel et Rossbach). L'hypérémie cutanée paraît due à rirritation directe des nerfs vaso-dilatateurs, par l'essence ayant pénétré l'épiderme, et non à une action réflexe, car la rougeur représente toujours parfaitement la forme du sinapisme (Nothnagel et Rossbach). 11 arrive souvent que la région couverte par le sinapisme présente de la pigmentation ; cette pigmentation provient sans doute de la destruction des globules rouges extravasés.
Effets généraux. — L'essence de moutarde est toxique , et les symptômes de l'empoisonnement ressemblent à ceux de l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique. Les lapins intoxiqués avec 3^^,50 d'essence succombent en deux heures (Mitscherich).
Préparations. — La farine de moutarde s'emploie soit en cataplasmes, soit en hains, soit étendue sur du papier : sinapismes Rigollot. Vessence de moutarde peut être incorporée à des liniments ou des pommades, à raison de 1 gr. d'essence pour 10 ou 20 gr. d'excipient.
Ammoniaque. — Concentrée, l'ammoniaque est un vésicant et un caustique, mais suffisamment diluée elle est un agent utile de la rubéfaction.
Les proportions nécessaires pour n'avoir que la rubéfaction sont, au maximum, de 1 partie d'ammoniaque pour 10 parties d'excipient.
Le Uniment volatil et le Uniment ammoniacal camphré sont à i/10. Le baume opodeldoch est à 1/30.
RUBEFIANTS. 419
Le chlorure de sodium est un léger rubéfiant. 5 kilog. pour un grand bain.
11 en est de môme du vinaigre, de l'acide chlorhydrique, qui s'emploie àraison de 1/100.
Nous devons citer aussi comme très utiles les ventouses sèches.
Chrysarobine, acide chrysophanique. — On les extrait de la poudre de Goa. Gomme ce sont les médicaments qui se sont montrés les plus actifs dans le traitement du psoriasis, nous les mentionnerons ici, afm d'en vulgariser l'emploi. Il vaut mieux employer l'acide chrysophanique que la chrysarobine. On s'en sert en solution dans ]d.traumaticine.
ïr.AUMATlCINE.
Gutta-perclia purifiée 1 gf.
Chlorolorme 10
Ajouter acide ^chrysophanique 1
On étend avec un pinceau' cette mixture sur les plaques de psoriasis. Le chloroforme s'évapore et il reste une pellicule jaunâtre, lisse, souple, adhérente. Ges applications doivent être faites tous les jours ou tous les deux jours jusqu'à ce que l'éry thème psoriasique ait fait place à une peau blanche.
Plusieurs auteurs ont constaté que ce traitement appliqué sur un côLé du corps avait fait disparaître des plaques de psoriasis de l'autre côté. Ils en ont conclu que l'acide chrysophanique s'était absorbé et qu'il serait bon de le donner à l'intérieur. Napier a publié plusieurs cas de guérison (momentanée) obtenue par ce moyen. Dose à l'intérieur QS'^jOl à O^^^jOS.
IcHTHYOL. — Substance pâteuse, rappelant le goudron. Insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'é-
4 20 RE\ULSIFS.
ther. On l'extrait d'une roche bitumineuse du TyroJ, que l'on croit être formée par des débris fossiles de poissons. L'ichthyol agit par le soufre qu'il renferme
(lovioo).
Employé avec succès parUnna dans le psoriasis et l'eczéma suintant, il n'est presque pas irritant.
Acide pyrogallique ou pyrogalloL II est également employé avec succès dans le psoriasis, mais il a l'inconvénient de tacher beaucoup la peau et les linges. Pommade à 1/5.
JÉQUiRiTY. — Abrus preeatorius (Légumineuses). Le Jéquirity est un révulsif bien curieux, car jusqu'ici il est le seul de son espèce. En efîet ses propriétés irritantes ne sont dues ici ni à son huile essentielle, ni à sa résine, ni à son produit cristallisé, mais bien à un microbe qui se développe spontanément dans la macération des graines. C'est ce qui résulte des recherches de Cornil et Berlioz, de Satller. La macération de graines à 2 ou 5/100 [s'emploie dans les ophthalmies chroniques^ notamment ïophthalmie granuleuse. Schœnmaker fait une pâle avec les graines macérées, puis pilées, et [l'applique avec succès au traitement des ulcères atoniques, du lupus ulcéré.