II. YÉSICANTS OU ÉPISPASTIQUES
Les vésicants possèdent des propriétés irritantes, plus grandes que les rubéfiants, car leur action va jusqu'à produire des bulles et des phlyctènes. Les agents habituels sont le vésicatoire cantharidé, Vammoniaque, le garou, le thapsia, etc.
Cantharides. — ■ Les canlharides sont des insectes coléoptères dont on retire un principe vésicant, la cantharidine, substance cristallisable et volatile.
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Effets locaux. — La poudre de canlharides ou la cantharidine appliquée sur Ja peau détermine au bout d'un certain temps (quelques minutes pour la cantharidine, plusieurs heures pour les cantharides) une sensation de brûlure suivie bientôt de rougeur. Puis s'élèvent de petites bulles de sérosité qui se réunissent entre elles pour former une vaste ampoule. Le liquide de l'ampoule est citrin, alcalin et renferme de la cantharidine en dissolution. Quand la bulle s'est rompue et que le liquide s'est écoulé, le derme fortement rougi est mis à nu, et se recouvre d'un exsudât pseudo-membraneux au-dessous duquel de nouvelles couches épidermiques se forment. Quand la plaie du vésicatoire est guérie, la peau reste à son niveau plus ou moins fortement pigmentée.
Récemment Grasset de Montpellier a appelé l'attention sur un effet particulier des vésicatoires cantharides. Chez des malades atteints d'anesthésie, l'application de vésicatoires fit revenir la sensibihté dans toute l'étendue du membre sur lequel le vésicatoire avait été appliqué. Le retour de la sensibilité se fait suivant deux types différents : tantôt la sensibilité se rétablit d'une façon permanente, sans transfert; tantôt ce rétablissement n'est que transitoire et s'accompagne de transfert, c'est-à-dire produit de l'autre côté du corps une zone d'anesthésie d'une étendue à peu près égale à celle où la sensibilité est revenue du côté où existait l'anesthésie primitive.
Le vésicatoire a, dans ces cas, une action esthésiogène, comme les aimants (Voy. Métallothérapie).
Absorption. Effets généraux. — La cantharidine étant volatile peut s'absorber par la peau intacte; lorsque l'effet vésicant est produit, l'épiderme étant
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soulevé, l'absorption se fait avec d'autant plus de facilité; on observe donc souvent les effets déterminés par la cantbaridine après absorption.
L'action de la cantbaridine absorbée porte principalement sur les organes urinaires qui sont la voie d'élimination. Les phénomènes observés du côté de ces organes consistent en : douleurs rénales, dysurie, cystite, sensation de chatouillement au gland; les urines sont parfois albumineuses et renferment [des globules purulents. Les altérations anatomiques des reins ont été étudiées par divers auteurs. Langhans et Schachowa ont observé que de petites doses de cantbaridine (Os'', 06) provoquent, chez les chiens, une forte congestion des reins. Des doses plus élevées (Igr.) produisent une néphrite purement parenchymateuse, limitée à l'épilhélium des canalicules urinifères, le glomérule restant normal.
Plus récemment ^Cornil et Broviez et EliaschofT ont également constaté l'existence d'une néphrite parenchymateuse, chez des lapins, mais l'inflammation portait d'abord exclusivement sur l'épithélium des glomérules. La divergence d'opinion de ces auteurs relativement au siège de l'inflammation (glomérules ou canahcules) ne tient peut-être qu'à l'époque de l'examen plus ou moins rapprochée de la date de l'intoxication.
Dans la vessie on trouve une inflammation catarrhale et des ecchymoses.
Par suite de la cysliLe, de l'uréthrile (?) et de la sensation éprouvée au gland il se produit des érections, du priapisme, phénomènes qui ont fait considérer la cantharide comme un excitant du sens génital. Ces efl^ets sont aujourd'hui rattachés à leur vraie cause.
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Aufrecht a déterminé un ulcère rond de restomac chez des lapins, avec des injections sous-cutanées de cantharidine.
Le système nerveux n est influencé que par des doses fortes de cantharidine. On observe alors l'accélération du pouls et de la respiration, de la dyspnée, des convulsions (par la rétention de l'acide carbonique), enfin l'arrêt de la respiration et de la circulation.
La dose mortelle de poudre de cantharides est de Os'*,05 pour un lapin; de Oe^,oO pour un chien ; de 2 gr. pour un homme (Orfila, Schroff).
Préparations. Doses. — L'emploi intérieur de la cantharide n'est d'aucune utilité ; il est même imisible.
Pour l'usage externe on se sert de :
Emplâtre vésicatoire composé d'excipients divers et de poudre de cantharides;
Collodion canthartdal; il est d'une application commode, surtout quand on se propose de faire absorber des alcaloïdes à la surface dénudée. Une ponction faite à la couche de collodion permet d'écouler le liquide et d'introduire la substance.
Les teintures alcoolique et éthérée servent à préparer des linimenls et pommades vésicantes.
On recouvre habituellement les vésicatoires de poudre de camphre ou de bicarbonate de soude, dans le but d'empêcher les effets irritants de la cantharide sur les voies urinaires.
Gubler conseille, non pas de saupoudrer de camphre le vésicatoire, mais de prendre le camphre à l'intérieur. D'après cet auteur, le camphre s'emparerait de la cantharidine, dans l'organisme, et l'entraînerait avec lui vers d'autres voies d'élimination.
Ammoniaque. — L'ammoniaque pure, marquant 20
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à 25 degrés à l'aréomètre de Baume et maintenue en contact avec la peau pendant un quart d'heure environ, produit la vésication. La meilleure manière de produire rapidement un vésicatoire est de remplir de coton imbibé d'ammoniaque un dé à coudre, ou verre à liqueur, et de maintenir le récipient renversé sur la peau.
Lsi pommade ammoniacale de Gotidret est très active ; elle renferme 1 d'ammoniaque pour 2 d'axonge.
Veau sédative contient 1/9 d'ammoniaque.
Égorges de daphné. — Les écorces de divers arbres du genre Daphné, famille des Thymelées, renferment un principe irritant, la da-phnine, dont les effets locaux et généraux sont semblables à ceux de la cantharide, mais moins intenses.
Ces différents arbres sont :
Le Baphne gnidium,, garou ou sainbois.
Le Daphné mezereum, ou laureole femelle.
Le Baphne laureola, ou laureole mâle.
On apphque simplement l'écorce sur la peau, après l'avoir ramollie dans l'eau. On fait aussi une pommade épispastique au garou.
Thapsia. — L'écorce du thapsia garganica et du thapsia sylphium, famille des Ombellifères, contient une résine irritante, employée comme purgative par les Arabes, comme révulsive en France et ailleurs. Cette résine produit une éruption de petites vésicules qui restent indépendantes et disparaissent rapidement. On fait avec la résine un sparadrap de thapsia fort commode et fort utile.
L'huile de croton tigltum produit des effets semblables à ceux du thapsia. Mais l'absorption cutanée de l'huile de croton peut produire des accidents graves.
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On l'emploie en nature, ou incorporée à de l'huile simple, de l'axonge dans la proportion de 1/1.
La CLÉMATITE (Clemalis vilalba) et la renoncule (Renonculus acris), de la famille des Renonculacées, renferment aussi un principe vésicant.