II. — SAIGNÉE
La saignée est un modérateur puissant de la nutrition. Employée autrefois jusqu'à l'abus, on est plus réservé aujourd'hui sur son usage, et on ne la pratique que dans des cas bien déterminés.
Il y a deux espèces de saignées : les saignées générales et les saignées locales. Entre ces deux saignées, il n'y a de différence que dans leur intensité d'action.
PHYSIOLOGIE
Action sur le sang. — La soustraction d'une certaine quantité de sang fait perdre à l'organisme des globules et du sérum. Par suite de cette soustraction, la tension vasculaire s'abaisse dans les capillaires, et le liquide extra-vasculaire qui baigne les éléments anatomiques rentre dans le sang, en sorte que ce dernier a bientôt récupéré tout son sérum. Le sang est alors plus fluide, plus aqueux, la fibrine se coagule plus difficilement. Cette fluidité du sang explique l'hémophilie qui succède aux saignées répétées coup sur coup.
Hayem a démontré que toute éniission sanguine amène une diminution dans le nombre et la qualité des hématies. Mais en même temps le nombre des hématoblastes (générateurs des hématies) augmente considérablement. Les leucocytes ne changent pas le nombre (Hayem).
Les auteurs ne sont pas d'accord sur la question de l'augmentation ou de la diminution de la fibiine et de l'albumine.
Action sur la circulation. — La tension vasculaire est abaissée, la circulation plus facile, et par
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suite les battements du cœur sont accélérés en vertu de cette loi de Marey que les contractions cardiaques sont d'autant plus fréquentes que le cœur a moins de peine à se vider.
Cette accélération fait place à un ralentissement du cœur une demi-lieure après la saignée (Hayeni).
Action surrabsorption. — L'abaissement de la pression vasculaire favorise l'absorption intestinale, la résorption des liquides extra-vascufaires et s'oppose à l'exsudation. Aussi observe-t-on la sécheresse des muqueuses, l'augmentation de la soif, la diminution des sécrétions.
Action sur la température. — La température s'abaisse. Plusieurs causes contribuent à ce fait :
1° La soustraction des hématies enlève de l'oxygène, donc les combustions sont moins actives.
2° La circulation étant plus rapide dans les caj)illaires, les hématies auront moins le temps de se débarrasser de leur oxygène.
3" Cette même accélération de la circulation aura pour effet de faire passer, dans un temps donné, plus de sang par la peau et les poumons; le refroidissement du sang sera donc plus grand.
4° L'abaissement de la pression vasculaire diminue le frottement du sang contre les parois des vaisseaux: il y aura moins de chaleur développée.
Action sur le système nerveux. — La saignée produit de l'anémie cérébrale dont les symptômes sont des phénomènes d'excitation. Ce n'est que lorsque l'on a soustrait une trop grande quantité de sang, et chez les sujets impressionnables, qu'on observe de la dépression nerveuse : syncope, coma.
THl^RAPEUTIQUE
On peut, par une saignée générale, se proposer plusieurs buts:
1° Remédier à la pléthore générale qui est due soit à la surabondance de la masse du sang, soit à l'excès de la pression vasculaire, soit à la richesse trop grande du sang en hématies. Cette pléthore est l'apanage des tempéraments sanguins, mais il faut bien avouer que les indications cliniques en sont peu précises. La pléthore est un fait habituel dans la grossesse, et quand elle est trop forte il y a lieu d'y remédier par la saignée.
2° Conjurer une pléthoi^e ou congestion locale. La saignée trouve une indication nette dans les congestions d'organes vasculaires et volumineux, tels que le foie, les poumons, le cerveau; mais encore faut- il que le sujet soit vigoureux et puisse sans inconvénient suppoi'ler une forte déplétion sanguine.
Il faut être très réservé sur la saignée dans les congestions dues aux maladies du cœur, car l'anémie cérébrale et les troubles circulatoires qui en résultent peuvent déterminer une syncope mortelle.
3° Diminuer une héinorrhagie dans un organe important, cerveau, moelle, dont les fonctions peuvent être compromises par l'épanchement sanguin. L'abaissement de la pression vasculaire diminuera l'hémorrhagie viscérale.
4° Abaisser la température et diminuer lesexsudats dans les phlegmasies.
LdLpneumonie est l'affection où la saignée a été le plus pratiquée. Aujourd'hui on restreint son emploi aux pneumonies des sujets vigoureux et robustes, et
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on s'abslient dans les pneumonies symptomatiques de maladies générales et constitutionnelles.
Dans le rhumatism,e articulaire aigu, Bouilland a préconisé les saignées répétées coup sur coup. Cette pratique n'est pas avantageuse et elle est tombée dans l'oubli.
5** Favoriser Ja résorption d'épanchements séreux ou autres. Ici c'est l'état général qui doit guider sur l'opportunité de la saignée. D'ailleurs on n'a plus guère recours aujourd'hui à cette méthode pour la résorption des exsudais, car on ne craint pas de vider, avec le trocart et le procédé de Dieulafoy, toutes les hydropisies enkystées.
6° Soustraire au sang des principes étrangers et nuisibles. Ce but est poursuivi dans Védampsie puerpérale, dans laquelle les saignées sont utiles, si l'on admet que l'éclampsie soit due à la rétention de l'urée dans le sang.
Contre-indications. — Les saignées sontcontreindiquées d'une manière générale chez les enfants, les vieillards, les cardiaques et chez tous les malades dont l'état général est mauvais.
Quant à la quantité de sang qu'on peut retirer, elle varie de 200 à 800 gr.
Saignées locales. — Elles sont employées dans les congestions locales, les inflammations, et rendent de grands services. Avec elles il n'y a pas lieu de se préoccuper de l'état général, à moins pourtant que le malade ne soit hémophilique. Leur action est en petit celle de la saignée générale.
Les sangsues, les ventouses scarifiées sont les agents habituels des saignées locales.
AGENTS IMPONDERABLES
Les agents impondérables sont le caZongwe, Vhydrothérapie et Vêlectricité; nous terminerons par la métallothérapie.