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APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES

Nous ne pouvons, sans faire des répétitions inutiles, exposer ici les applications thérapeutiques de la chaleur.

Ce qui a rapport aux applications locales de la chaleur a déjà été traité aux articles Révulsifs, Caustiques. L'emploi des boissons chaudes a été étudié avec les Sudurifiques. Quant à l'emploi plus général de la chaleur, il ne peut être exposé nulle part mieux qu'au chapitre de V Hydrothérapie.

PHYSIOLOGIE

Action générale. • — Le froid produit des effets inverses de chaleur : il diminue le volume des corps, il liquéfie les gaz et solidifie les liquides.

Cette expression de phénomènes inverses pourrait faire croire à une action différente du calorique, suivant qu'il est porté à des températures élevées ou basses; or cela n'est pas, car une force produit toujours les mômes effets. L'inversion n'estqu'apparenle.

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Le calorique peut être considéré comme une force diamétralement opposée à une autre force, l'attraction. Celle-ci tend à rapprocher le plus possible les molécules des corps, celle-là tend à les écarter; si l'attraction agissait seule, tous les corps seraient solides ; si le calorique agissait seul, tous les corps seraient gazeux.

Lors donc qu'on soustrait une certaine quantité de calorique à un corps maintenu par cette force à l'état gazeux, l'équilibre des deux forces est rompu, l'attraction l'emporte, et le corps passe à l'état liquide. Aussi, toutes les fois qu'un corps change d'état physique par le fait de l'attraction (liquéfaction des gaz, solidification des liquides), y a-t-il dégagement de calorique ; et quand le changement d'état est produit par le fait du calorique (liquéfaction des solides, vaporisation des liquides), il y a au contraire absorption de chaleur. On voit donc qu'il n'y a pas d'action contraire entre la chaleur et le froid, il y a seulement ceci : une faible quantité de calorique (température basse) ne peut produire les mêmes effets que des températures élevées.

Changement de volume. — Le froid diminue le volume des corps. Cette action se traduit sur l'organisme par le resserrement des tissus, la diminution de la tension des gaz, et, par suite, leur augmentation de solubilité et leur plus grande puissance endosmotique; par la diminution de volume des liquides sanguins et extra-vasculaires.

Changement d'état physique. — La liquéfaction des gaz, la solidification des liquides ne se produisent qu'avec un abaissement de température incompatible avec la vie; le sang se coagule à — 1° (Crecchio).

Changement de nature. — Si des températures élevées

détruisent les corps organisés, des températures très basses les conservent, et cela pendant un temps indéfini. Des exemples montreront bien la puissance conservatrice du froid. Des cadavres d'animaux antédiluviens ont été retrouvés parfaitement conservés dans les mers glaciales, et leurs chairs ont pu servir de nourriture à des hommes et à des chiens. D'après Gaymard, des crapauds exposés à un froid très vif devinrent durs et cassants; quand on les brisait il ne sortait pas une goutte de sang; ces animaux purent être rappelés à la vie.

Action locale. — L'appKcation du froid à des degrés divers sur les téguments produit, soit une simple constriction des tissus suivie de pâleur et d'anémie de la peau, d'abaissement de la température locale, soit l'anesthésie, soit enfin des troubles de nutrition (congélation) et la mort (gangrène par arrêt de la circulation) des tissus.

La succession de ces phénomènes est troublée, interrompue, par la réaction que nous étudierons plus bas.

A ction sur la circulation. — Lorsqu'on applique un morceau de glace sur la membrane de l'aile d'une chauve-souris, on voit avec une forte loupe que les vaisseaux se rétrécissent et que la circulation s'accélère (Marey). Laveran a constaté sur la membrane interdigitale de la grenouille, que l'action prolongée du froid arrêtait la circulation d'abord dans les petits vaisseaux, puis dans les vaisseaux plus volumineux, et enfin coagulait le sang.

Par suite du rétrécissement des artères périphériques les battements du cœur se ralentissent et la pression augmente dans les artères. Marey a démon-

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tré en outre qu'une injection d'eau froide dans les veines élève la tension artérielle, tandis qu'une injection d'eau chaude l'abaisse.

Réaction. — Lorsque l'action du froid n'est pas trop intense, le phénomène de la réaction se produit. 11 consiste dans la dilatation réflexe des vaisseaux primitivement resserrés, en sorte que Ton observe des symptômes absolument inverses de ceux que nous venons de décrire : congestion et rougeur des téguments, ralentissement de la circulation, abaissement de la pression artérielle, accélération du pouls. La réaction est en raison directe de l'intensité du froid, de la jeunesse et de la vigueur de l'individu.

La réaction peut se produire alors même que les parties sontcongelées, raidies, insensibilisées, et que le sang s'est coagulé (Laveran). Mais dans ces cas extrêmes elle n'est pas spontanée et il faut la favoriser parla chaleur.

Ainsi la chaleur et le froid aboutissent au même résultat : dilatation des vaisseaux périphériques, congestion, accélération de la circulation, l'une directement, l'autre indirectement, par la réaction.

Une conséquence qu'il est à peine besoin d'énoncer est celle-ci : lorsque la périphérie est congestionnée, les centres sont anémiés ; lorsque la périphérie est anémiée, les centres sont gorges de sang.

Ranvier et Rollett ont étudié l'action du froid sur les globules rouges du sang ; il résulte de leurs observations que la congélation et le dégel successifs rendent les hématies sphériques et décolorées.

Les expériences de Schultze et de Ranvier ont montré qu'au-dessous d'une température de 20° les leucocytes sont en élat de tnort apparente, qu'ils n'ont

pas de mouvements amiboïdes. A 20" ils commencent à pousser des prolongements, et les mouvements deviennent très rapides à 36°. Du moment que les leucocytes sont immobiles, ils ne peuvent plus sortir des vaisseaux par diapédese; ce fait explique en partie l'heureuse influence du froid sur la suppuration.

Action sur la respiration. — Le froid ralentit les mouvements respiratoires, tandis que la chaleur les accélère. Malgré ce ralentissement, la consommation d'oxygène est plus grande (Lavoisier et Seguin), et l'exhalation de l'acide carbonique est plus considérable (Lelellier et Barrai, Regnault et Reiset, Schmith).

Ce phénomène est dû, d'après Mathieu et Urbain, à ce que l'endosmose des gaz est proportionnelle à leur solubilité, et que cette solubilité augmente à mesure que la température s'abaisse.

Action sur la température. — Sous l'influence du froid, la température du corps s'abaisse dans la proportion suivante : pour un abaissement de 8° à l'extérieur, la température s'abaisse de 1°; la mort arrive chez les lapins et les chiens lorsque leur température est tombée à 20° (Magendie).

C'est par l'augmentation des combustions organiques que le corps parvient à lutter contre le froid.

Brown-Séquard et Tholozan ont signalé un fait curieux de l'influence du froid sur la température. Lorsqu'on trempe une main dans de l'eau glacée, rabaissement de température ne se montre pas seulement sur cette main, mais aussi surl'auti'e, sans que la température du corps diminue sensiblement. C'est au moment où la douleur produite parTeau froide est à son maximum dans la main refroidie que l'on observe le plus fort abaissement de température dans l'autre

main. Ce phénomène est évidemment d'ordre réflexe.

De même l'immersion d'un pied dans Feau froide abaisse la température de l'autre pied.

Action sur le système nerveux. — Richardson a étudié l'action du froid sur les centres nerveux. Le cerveau, le cervelet, la moelle peuvent, dit-il, être congelés sur l'animal vivant et reprendre ensuite leurs fonctions ; il est probable, comme le fait remarquer Laveran, qu'il ne s'agit ici que d'une congélation fort imparfaite. Un froid modéré excite le cerveau, favorise le travail intellectuel, mais une température très basse engourdit l'intelligence et rend incapable de tout effort intellectuel ; les nombreuses relations de voyages aux zones glaciales indiquent toutes cette influence dépressive du froid sur l'intelligence.

L'action du froid sur les nerfs est mieux connue ; les travaux de Waller, de Mitchell, de Rosenthal, établissent les faits suivants.

Lorsqu'on applique de la glace sur le nerf cubital, au niveau de la gouttière épitrochléenne, on observe: une douleur très vive qui se fait sentir sur l'avantbras et la main, mais particulièrement au petit doigt et au côté interne du médius ; puis l'engourdissement et l'anesthésie de toutes les parties innervées par le cubital; les fonctions motrices des nerfs persistent plus longtemps que les fonctions sensitives, mais elles disparaissent complètement comme ces dernières; les fibres vaso-motrices sont paralysées, il en résulte une dilatation vasculaire des régions où se distribue le cubital, la congestion de ces parties et l'élévation de leur température, tandis que les régions voisines sont anémiées par fluxion collatérale et que leur température baisse.

Quand survient la réaction, il se produit de la douleur au niveau du coude, des picotements. Les fonctions nerveuses ne se rétablissent que petit à petit; ces phénomènes de réaction persistent de dix à quatorze jours ; ils sont dus à la congestion du nerf. Laveran a étudié les altérations que la congélation fait subir aux nerfs; il a observé que la myéline devenue granuleuse ne formait plus une gaine régulière au cylindre-axe, qu'elle était coagulée, que ni le cylindreaxe ni la gaine de Schwan n'étaient altérés.

Action sur le système musculaire. — Le froid fait contracter les fibres lisses, de nombreux faits sont là pour Tattester : phénomène de la chair de poule, contraction du scrotum, action laxative des lavements froids, contraction de l'utérus par injection d'eau froide dans les vaisseaux du placenta, resserrement des vaisseaux, etc.

Les fibres striées sont légèrement excitées, au début, par le froid, les secousses ont plus d'amplitude ; mais l'excitation ne tarde pas à disparaître, le tracé de la contraction est alors semblable à celui d'un muscle fatigué (Marey). Chacun sait qu'une impression vive de froid rend difficiles les travaux manuels. La congélation rend plus facile la séparation des disques de Bowman (Ranviei-). D'après Beck, les fibres musculaires de la patte d'un lapin soumise à un froid de 3'' pendant douze ou quinze heures subissent la dégénérescence granulo-graisseuse. Les muscles de la grenouille abaissés à une température de — 5° perdent à tout jamais leurs propriétés (Horvath).

Action sur les sécrétions. — De même que la chaleur, le froid n'a d'influence marquée que sur la sécrétion sudorale, qu'il diminue ou supprime; comme

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conséquence de cette suppression, la sécrétion urinaire est activée.

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