I. CHALEUR
PHYSIOLOGIE
Action générale. — La chaleur exerce sur le corps humain les mêmes effets que sur tous les corps organisés ou non de la nature. Ces effets peuvent se réduire à trois principaux : changement de volume, changement d'état physique, changement de nature.
1" Changement de volume. — ^Tous les cofps se dilatent ou augmentent de volume par la chaleur. La dilatation des gaz est plus grande que celle des liquides, et celle-ci plus grande que celle des solides.
Toutes les parties de l'organisme sont soumises à cette loi de la dilatation qui chez nous est surtout appréciable sur les liquides. Quand la chaleur est poussée un peu loin, elle produit une dilatation du liquide sanguin, dilatation qui se traduit par des symptômes de pléthore, de gêne circulatoire, tels que : ralentissement des battements du cœur, par suite de la peine que cet organe éprouve à se vider; tension du pouls, par l'augmentation de volume du sang; dyspnée, par l'embarras de la circulation pulmonaire ; vertiges, étourdissements, perte de connaissance et mort, par congestion cérébrale.
Ces phénomènes s'observent fréquemment dans notre climat pendant les journées les plus chaudes de l'été.
2° Changements d'état physique. — Ces changements consistent habituellement dans \si fusion eilcivaporisation. Toutes les fois qu'un solide passe à l'état liquide, ou qu'un liquide passe à l'état de vapeur, il y a absorption de chaleur et par conséquent production de froid.
La fusion des parties solides ne peut évidemment avoir lieu dans les corps vivants, mais la vapin-isation
Berlioz. — Thérapeutique, 2'- éd. 2 7
de certains liquides se produit à chaque instant. L'exhalaison de la vapeur d'"eau par les poumons et par la peau est due en partie à la chaleur intérieure du corps; elle est favorisée par la chaleur extérieure. La vaporisation de la sueur à la surface cutanée se fait avec plus d'intensité quand la température des milieux extérieurs est élevée. La transpiration cutanée et pulmonaire, ainsi que la vaporisation de la sueur, jouent un grand rôle dans la régularisation de la chaleur animale, car elles sont une des causes les plus grandes de la déperdition ou absorption du calorique. Nous disions plus haut que nous perdions chaque jour 2oU0 calories; sur ce nombre, 364 calories sont perdues par l'évaporation cutanée, et 182 par l'évaporation pulmonaire, soit 346 pour l'évaporation totale. Ce chiffre indique déjà la valeur hypothermique de la volatilisation ; cette valeur ressort bien davantage des expériences qui montrent que l'homme peut supporter des températures extérieures très élevées (étuves chauffées à 100") à condition que l'air soit sec.
Si l'air est humide, il est bientôt saturé par la vapeur d'eau qui s'exhale du corps, et l'évaporation ne pouvant plus se faire, l'expérimentateur ressent des malaises qui l'obligent à sortir de l'étuve avant que celle-ci ait atteint une température bien élevée.
3° Changement de nature. — Le changement de nature des corps organiques équivaut àleur destruction. C'est sur cette donnée qu'est basé l'emploi de la chaleur dans le but de cautérisation destructive. Sous Fintluence de la chaleur, l'hydrogène et l'oxygène des tissus se combinent et forment de l'eau, l'oxygène et le carbone forment de l'acide carbonique, elle carbone en excès demeure comme résidu; l'azote etThydrogène
CUALi: un. 471
cloiineiil naissance à l'ammoniaque (H. Buignet).
Action locale. — Une chaleur modérée appliquée sur les téguments ne produit que le changement de volume des parties, les vaisseaux se dilatent et se gorgentde sang; une température plus élevée devient irritante et détermine par action réflexe une paralysie vaso-motrice qui se traduit par une rougeur érythémateuse. Puis avec des températures de plus en plus élevées surviennent les différents degrés de la brûlure.
Action sur la circulation. — La dilatation des vaisseaux cutanés a pour conséquence l'abaissement de la pression artérielle et l'accélération des battements du cœur, suivant le principe que le cœur bat d'autant plus vite qu'il a moins de peine à se vider. C'est ce qu'on observe sous Fintluence d'une chaleur modérée; mais de hautes températures produisent un effet contraire, par suite de l'augmentation de volume du sang et de l'élévation de la pression artérielle. Des syncopes arrivent fréquemment dans ces circonstances.
Par suite de la dilatation des vaisseaux cutanés, une quantité plus considérable de sang passe dans la peau et s'y refroidit (par rayonnement). Ce refroidissement a pour eiïet de contrebalancer la chaleur extérieure.
Action sur la respiration. — La chaleur accélère les mouvements respiratoires; cette accélération est probablement la conséquence de celle de la circulation. L'état hygrométrique de l'air a beaucoup plus d'influence sur la respiration que sa température. Si Fair est humide, la respiration s'accélère, quelle que soit sa température ; le nombre des mouvements respiratoires supplée alors à l'insuffisance de l'exhalaison de la vapeur d'eau. Si l'air est sec, le phénomène inverse se produit.
472 AGENTS IMPONDERABLES.
Action sur le système nerveux. — La chaleur diminue l'irritabilité du système nerveux, ainsi que le montre la pratique des bains chauds dans certaines maladies, mais il ne faut pas qu'elle soit à un degré trop élevé au-dessus de la température normale du corps.
Action sur le système musculaire. — Une chaleur modérée favorise le travail musculaire ; une chaleur élevée rend les muscles paresseux et inca]>able9 d'efforts soutenus.
Action sur la température du corps. — La chaleur extérieure élève avec elle la température du corps, mais dans des limites restreintes, car, ainsi que nous l'avons dit, une élévation de 20° de la chaleur extérieure ne fait monter que de 1° celle du corps, soit dans la proportion de I /20.
Les expériences d'Edwards ont démontré que la chaleur extérieure a d'autant moins d'influence sur la température des individus que ces individus ont été exposés à des refroidissements plus répétés.
Si la température extérieure a si peu d'influence sur la température du corps, cela tient d'une part à l'action produite sur la circulation, et d'autre part à ce que, chez les animaux à sang chaud, l'intensité des combustions organiques est en raison inverse de la température extérieure. C'est la lutte contre le froid et le chaud, lutte dont le mécanisme n'est pas encore complètement élucidé.
Action sur les sécrétions. — Une seule sécrétion est sérieusement influencée par la chaleur, la sécrétion sudorale,qui est activée. Cette suractivité est, c^/i partie seulement, lu conséquence de l'afflux du sang à la peau, car nous sommes porté à croire que l'exci-
FUOin. 473
talion des nerfs sadoraux y joue le plus grand rôle (Voyez Sudorifiqucs).
La sueur produite s'évapore, d'où refroidissement de la peau.
Par suite de cette hypersudation, on observe une diminution de la sécrétion urinaire, en raison du balancement qui existe entre ces deux sécrétions.
En résumé, la chaleur (modérée) accélère la circulation et la respiration, calme le système nerveux, favorise le travail musculaire, élève fort peula température du corps et active la sécrétion sudorale.