I. MORPHINE (Gi7Hi3Az
Elle esl peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et le chloroforme. Ses sels sont solubles.
Les animaux sont peu sensibles à la morphine ; on peut en injecter 1 gramme chez un chien sans l'empoisonner. Mais la morphine est très active chez l'homme, surtout chez l'enfant.
La dose mortelle minima pour un adulte est de Os%06.
PHYSIOLOGIE
Effets généraux. — Sous l'influence de petites doses, Os'^,01, on observe d'abord de l'excitation cérébrale, de l'agitation, de l'insomnie, de l'accélération du pouls. Les choses peuvent en rester là, ou bien il survient ensuite un peu d'engourdissement et de la somnolence.
A dose moyenne, 0^^,02, la période d'excitation est très courte, peu marquée, ou même fait complètement défaut; l'individu tombe rapidement dans un sommeil profond, dont il est difficile de le faire sortir; au réveil, il se produit des nausées, des vomissements, si l'estomac était plein, et une céphalalgie assez forte.
Quand les doses sont élevées, O^^OS — Os^jOG, un sommeil profond se manifeste rapidement, avec insensibilité et résolution complètes, puis le coma arrive; en môme temps, la pupille se rétrécit fortement, la respiration et le cœur se ralentissent, les contractions cardiaques sont très faibles, et la mort peut arriver dans cet état. Si la guérison peut se faire, la respiration se rétablit, le cœur se relève, le
MORPHINE. (i9
coma se dissipe peu à peu ; la connaissance eL la sensibililé reviennent, mais le sujet conserve pendant quelque temps de la céphalalgie, de la faiblesse et des troubles nerveux.
Action sur le système nerveux. — De faibles doses de morphine excitent le cerveau, ainsi que le démontrent l'agitation intellectuelle et musculaire constatée aux effets généraux; mais des doses moyennes et fortes le dépriment, en produisant le sommeil et le coma. Les réflexes persistent pendant le sommeil de la morphine.
Plusieurs opinions sont en présence pour expliquer le sommeil morphinique.
D'après certains auteurs, le sommeil normal étant du à la congestion cérébrale, la morphine endort en congestionnant le cerveau. Cette action congestive de la morphine est généralement admise.
Pour d'autres, le sommeil est dû à l'anémie cérébrale, alors la morphine doit anémier le cerveau.
En fait, pendant le sommeil par la morphine, tantôt le cerveau contient beaucoup de sang, en est même gorgé; tantôt, au contraire, il n'en contient que très peu (Nothnagel et Rossbach).
Les partisans de l'une et de l'autre théorie peuvent donc croire fondée leur opinion.
Pour nous, la conclusion que nous tirerons de ce fait, c'est que les troubles circulatoires ne jouent aucun rôle dans le sommeil morphinique, et qu'il faut l'attribuer à une action spéciale de la morphine sur les cellules cérébrales. Cette opinion, du reste, n'est pas une simple hypothèse, elle s'appuie sur des expériences.
Binz, examinant au microscope trois morceaux de
substance grise cérébrale, dont l'un avait été placé dans une solution de chlorure de sodium, le second dans une solution d'alropine et le troisième dans une solution de sulfate de morphine, a trouvé, dans les deux premières préparations, les cellules nerveuses claires, à contours vagues, la substance mtercellujaire transparente, tandis que dans la troisième, qui avait trempé dans la solution de morphine, le protoplasma était trouble, les contours très marqués, la substance intercellulaire obscurcie. Binz a remarqué que, seules, les substances qui procurent le sommeil, telles que le chloral, le chloroforme, l'éthcr, sont capables de produire cet aspect trouble des cellules.
La moelle est moins sensible que le cerveau à l'action de la morphine. Son pouvoir réflexe est d'abord excité, et cette excitation se manifeste alors même que le cerveau est déjà paralysé. Il faut, pour paralyser la moelle, des doses beaucoup plus fortes que pour paralyser le cerveau; c'est ce que démontre la persistance des réflexes pendant le sommeil (Nothnagel et Rossbach).
Les nerfs sensitifs conservent leur pouvoir conducteur, même après la paralysie du cerveau, quand la morphine a été administrée par l'estomac; mais quand le médicament est appliqué localement, en injection sous-cutanée, par exemple, la conductibilité de ces nerfs diminue considérablement (Lichtenfels, Eulenburg).
Les nerfs moteurs se paralysent, mais pas complèlement, même avec des doses énormes.
Les muscles striés conservent leur contractilité.