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MORPHINE

Action sur la pupille. — Le plus généralement, la pupille est rétrécie pendant tout le temps qu'agit la morphine; on ne sait pas à quoi attribuer ce rétrécissement.

Action sur la circulation. — De faibles doses accélèrent le cœur, par excitation des ganglions cardiaques (Gscheidlen). De fortes doses le ralentissent par excitation des pneumogastriques; en môme temps les contractions sont plus faibles, parce que la paralysie envahit alors les ganghons cardiaques (Nolhnagel et Rossbach).

La pression artérielle s'élève d'abord par excitation du centre vaso-moteur, puis s'abaisse par paralysie de ce même centre et par la faiblesse des contractions du cœur.

Action sur la respiration. — La respiration est toujours ralentie par suite de la diminution d'excitabilité du centre respiratoire (Gscheidlen).

Action sur la nutrition. — La température suit les oscillations de la circulation, elle s'élève avec l'accélération du cœur et l'augmentation de pression vasculaire, elle s'abaisse avec le ralentissement du cœur et la diminution de pression vasculaire.

Chez les chiens et les chats, l'élimination de Vurée augmente pendant la période d'excitation, diminue pendant la période de dépression (Von Bœck et Bauer).

Action sur le tube digestif. — L'usage de la morphine est ordinairement accompagné de nausées et de vomissements. Ces vomissements se produisent même quand la morphine a été absorbée par le tissu cellulaire sous-cutané, ce qui indique qu'ils sont dus à une excitation du centre vomitif; à moins pourtant

que la morphine ne s'élimine par le tube digestif, auquel cas le vomissement serait dû à l'irritation des terminaisons du pneumogastrique dans la muqueuse stomacale. A cette excitation des nerfs sensibles succèdent leur paralysie et l'anesthésie de la muqueuse; le sentiment de la faim disparaît, la quantité de suc gastrique diminue, les mouvements stomacaux sont arrêtés, et la digestion devient alors très laborieuse. Cette influence fâcheuse de la morphine sur la digestion est un de ses grands inconvénients. Les mouvements de Vintestin sont d'abord excités (Gsheidlen), mais ils ne tardent pas à se paralyser. La morphine est celui des alcaloïdes de l'opium qui empêche le plus l'action purgative du sulfate de soude; elle est par conséquent le plus aneœostnotique de ces alcaloïdes.

Action sur les sécrétions et Élimination. — La morphine s'élimine en nature par les urines. Elle n'est pas diurétique, mais elle produit, au début, des envies fréquentes d'uriner ; plus tard survient la rétention d'urine par anesthésie de la vessie. On a observé une glycosurie passagère due à l'insuffisance de combustion du sucre par le ralentissement de la circulation et de la respiration.

Il est probable qu'une partie de la morphine s'élimine par la peau, car on constate de V hypersécrétion sudorale et des éruptions érythémateuses sur la peau. Ces éruptions et cette sudation s'observent surtout chez les femmes.

IL CODÉINE (Ci8H»iAz03}.

Elle est soluble dans l'eau et l'alcool. Rabuteau ayant pris Os^lS de codéine n'a observé sur lui que

NARCEINE. 7 3

des démangeaisons, de la fatigue musculaire et la contraction de la pupille. Claude Bernard a constaté que la codéine endormait les chiens, mais que le sommeil de ces animaux était peuiDrofond. Peut-être serait-elle hypnotique chez l'homme à des doses supérieures à 08'',15.

La codéine n'est pas anexosmotique et ne parait pas non plus analgésique.

Usages. — Le sirop de codéine, dont chaque cuillerée à houche renferme Oe%0o de codéine, est d'un usage courant dans les maladies des voies respiratoires, pour calmer la toux. Cet emploi n'est nullement justifié.

m. NARCÉINE (C2»H29Az09).

Elle est peu soluble dans l'eau et l'alcool, soluble dans le chloroforme.

La narcéine est hj/pnotique, mais seulement à la dose de OS'^,20 ou 05'^,'25. Le sommeil procuré par elle est calme, et [le réveil est semblable au réveil normal. Elle devrait donc, à ce point de vue, être préférée à la morphine. Cette substance est également analgésique et anexosmotique.

Doses : 0s'-,20 — 0S'",25. — Sirop de narcéine : chaque cuillerée à bouche renferme 0^^,{0 de narcéine.

Classement des alcaloïdes de l'opium. — Les principales propriétés des alcaloïdes de l'opium sur l'organisme de l'homme et des animaux se rapportant à leur action soporifique, analgésique, anexosmotique, convulsivante et toxique, on peut les classer ainsi par ordre de puissance décroissante :

EeulioZ. — Thél-apeutique, 2^ éd. a

Puissance soporifique chez l'homme.

Morphine.

Narcéine.

Codéine.

(Rabuteau).

Puissance analgésique chez l'homme.

Morphine.

Thébaïne.

Narcéine.

Puis, auexosraotique chez l'homme.

Morphine.

Narcéine.

(Rabuteau).

Puissance convulsivante Chez l'homme.

Thébaïne.

Papavérine.

Narcotine.

Codéine.

Morphine.

(Cl. Bernard).

Puissance toxique chez l'homme.

Morphine.

Codéine.

Thébaïne.

Papavérine.

Nacéine .

(Rabuteau).

Les autres principes de l'opium, acides mécojiique, méconine, etc., n'ont pas d'action particulière.

Les effets de l'opium ne peuvent être que la résultante des effets de ses principes actifs. Or, comme la morphine est le plus aclif de ces principes et celui qui y existe en plus grande quantité, c'est elle qui fera le plus sentir son action. Ce résultat, auquel on arrive par le raisonnement, est confirmé par l'expérimentation et la clinique.

Le calcul suivant montrera nettement qu'il ne peut guère en être autrement.

L'opium, avons-nous dit, doit renfermer 10/100 de morphine, O^^SO d'opium renfermeront donc 0^'',0o de morphine, dose très forte. Si maintenant nous cherchons la quantité des autres alcaloïdes contenus dans OK'-joO d'opium, en nous reportant au tableau de la composition de l'opium, nous voyons que cette dose d'opium (0^'',t>0) ne renferme que :

Doses.

Os'-jOS de narcotiue, laquelle n'est aclivc qu'à 0si",50 0 ,005 de papavcrine, — — . 0 ,50

0 ,001 de codéine, — — 0 ,15

0 ,0007 de tlicbaïnc, — — 0 ,10

0 ,0001 de iiarcéiue, — — 0 ,20

La seule différence que la clinique ait neltemenL établie, c'est que l'opium réussit mieux dans la diarrhée que la dose équivalente de morphine qu'il pourrait contenir. On ne sait à quoi attribuer cette différence.

Tolérance. — La tolérance pour l'opium et la morphine varie beaucoup suivant les individus ; aussi est-il utile de tâter la susceptibilité du sujet à leur endroit.

L'âge exerce une grande influence sur cette tolérance ; on sait que les jeunes enfants sont très sensibles à l'opium, et que des doses minimes peuvent déterminer chez eux des accidents mortels.

D'autre part, l'organisme supporte d'autant mieux la morphine qu'il est plus dévié dans un sens contraire à celui de l'action de cette substance. Ainsi, dans les douleurs très violentes, dans un délire intense, on peut donner de prime abord de fortes doses sans avoir rien à redouter (Voyez : Tolérance des médicaments, page 27). On s'habitue à l'opium, c'est un fait connu, aussi pour obtenir le même effet il faut, chez un malade habitué, des doses croissantes de morphine.

On cite des exemples remarquables de tolérance. Un pharmacien militaire avalait 4 grammes d'extrait gommeux d'opium à la fois (Gubler). Trousseau rapporte qu'un soldat prenait chaque jour 750 grammes

76 MODERATEURS REFLEXES.

de laudanum. Hérard injectait à un malade 3 grammes de morphine sans amener d'intoxication.

Quand l'organisme s'est ainsi habitué à l'opium, il est dans un état d'empoisonnement chronique qu'on appelle le morphinisme chronique.

Le morphinisme chronique ressemble beaucoup à l'alcoolisme ; il se caractérise en effet par l'amaigrissement, la perte des forces, de l'appétit, la constipation et la torpeur intellectuelle. 11 ne faut pas supprimer brusquement l'opium aux morphiniques, sous peine de voir apparaître des phénomènes d'intoxication aiguë. Il se produit ici le même fait que pour l'alcoohsme ou l'arsénicisme.

THÉBAPEUTIQUE De la morphine et de l'opiuia

Les usages de la morphine et de l'opium sont fon^ dés sur leurs propriétés excitantes (faible dose) et calmante (haute dose) des centres nerveux, soporifique, anlinévralgique, anexosniotique; aussi les affections dans lesquelles on les emploie sont-elles très nombreuses.

Maladies du système nerveux. — Dans les affections mentales, la morphine ne peut être utile que dans les états à^ excitation, elle est contre-indiquée dans les cas de folie dépressive, à moins que l'on n'emploie de faibles doses (excitantes).

Dans les affections convulsives : êpilepsie, chorée, tétanos, rage, la morphine s'est montrée de peu d'utilité; il nous semble cependant qu'elle serait avantageuse dans l'épilepsie et le tétanos réflexes dus à une irritation des nerfs périphériques.

Les affections spasmodiques : asthme, coqueluche, tic douloureux de la face, sont efficacement combattues par la morphine.

La morphine n'est pas utile dans tous les délires. C'est ainsi qu'il ne faudrait pas perdre son temps à administrer de l'opium dans un délire dû à l'hyperthermie. C'est à la méthode réfrigérante et non aux opiacés qu'on doit avoir recours dans ce cas.

Le délire alcoolique est celui dans lequel l'opium réussit le mieux.

Vinsommie se rencontre dans beaucoup de maladies et est due à bien des causes ; l'opium est surtout indiqué dans celle qui est la conséquence de la douleur. Le clhoral est préférable pour l'insomnie qui résulte de la simple agitation.

Dans les névralgies et douleurs de toutes sortes, la morphine n'a pas de médicament qui puisse lui être comparé. Mais il faut bien remarquer que si la morphine fait disparaître la douleur, elle ne s'adresse pas à la cause de celle-ci.

Affections du tube digestif. — Quoique produisant elle-même des vomissements, la morphine calme et arrête les vomissements en anesthésiant la muqueuse ; de même elle est très utile, sinon indispensable, dans la gastralgie, les coliques, Yhépatalgie, les coliques hépatiques, la perforation intestinale.

Dans les diarrhées, l'opium est un de nos meilleurs remèdes. Nous avons signalé déjà que, dans ce cas, l'opium valait mieux que la morphine.

Affections des voies urinaires. — La morphine n'est utile que pour combattre les douleurs qui se manifestent dans la colique néphrétique, la cystite, la hlennorrhagie. Quand il existe une néphrite albumi-

7 8 MODERATEURS REFLEXES.

lieuse, il faut être sobre d'opium, car on risquerait de produire uae accumulation du médicament dans Torganisme.

Affections des voies respiratoires. — La morphine calme la toux, le point de côté ; mais il ne faut pas calmer toute espèce de toux, car ce phénomène réflexe est utile quand le poumon doit se débarrasser des produits de sécrétion ou d'exsudation. Les hémoptysies entretenues par la toux cessent par le fait même qu'on supprime leur cause (occasionnelle).

Affections du cœur. — L'opium est spécialement indiqué dans les affections de l'orifice aortique qui s'accompagne si souvent d'anémie cérébrale. Dans ce cas, il ne faut donner que des doses excitantes (faibles). On doit être prudent dans l'administration des opiacés aux cardiaques, car on a vu sous leur influence survenir des accidents graves. Ils sontcontreindiquésdans les lésions mitrales (Duiardin-Baumetz).

Dans les fièvres inflammatoires : 'pneumonie, péricarcUte, pleurésie, etc. ; dans les pyrexies : fièvres éniptives, rhumatisme articulaire aigu, fièvre typhoïde, etc., on peut répondre, par l'opium, à diverses indications fournies par le malade.

Préparations. — Doses.

Morphine. — C'est le chlorhydrate qu'on emploie le plus généralement.

Dose excitante Oei-jOOS — Oer,01

— déprimante 0 ,02 — 0 ,05

Solution pour injection hypodermique

Chlorhydrate de morphine Os

Eau de laurier-cerise 10

Chaque seringue contient 06',02 de morphine.

Sii'op de morphine. — Chaque cuillerée li bouche renferme Og'',01 clo morphine.

Préparation d'opium. — L'opium en nature est peu employé. Nous donnerons les préparations les plus usuelles.

Extrait gommeux, ou aqueux, ou extrait thébaîque, Oe^Oo renferment Os^Ol de morphine. Bose : 0s%05 — 0g%2o.

Sirop diacode. Une cuillerée à bouche renferme O^^Ol de morphine. Dose : 1-5 cuillerées, soit 20-100 grammes.

Laimanum de Sydenham. 20 gouttes, soit 1 gramme renferment Oo'',01 de morphine.

Laudanum de Rousseau. 12 gouttes renferment O^'^jOOl de morphine.

Pilules de cynoglosse. Chaque pilule renferme 05^004 de morphine.

Teinture d'opium. 15 gouttes renferment O^^Oi de morphine.

Traitement de l'empoisonnement par l'opium. Empoisonnement aigu. — Évacuants, vomitifs, purgatifs, pompe stomacale. Neutraliser le poison par le tannin. Lutter contre le coma par les excitants : alcool, café, injection sous-cutanée d'éther, de camphre ; respiration artificielle. Favoriser l'élimination du poison par les diurétiques et les sudorifiques. On a beaucoup vanté l'atropine comme antidote physiologique de la morphine. On peut l'employer, mais il ne faut pas avoir une foi aveugle dans ce moyen, qui est loin d'être toujours sûr (Voy. Atropine).

Contre Y empoisonnement chronique, la diminution progressive et la suppression du poison sont ce qu'il

y a à faire tout d'abord, puis on tâchera de relever l'organisme parles toniques et l'hygiène.

Supplément aux opiacés. — Nous ne parlerons pas, autrement que pour les citer, du Coquelicot (papaver rhéas) et du Sac de laitue (lactucarium, thridace), dont l'efficacité est à peu près nulle.

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