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V. — ANTIPYRINE, RÉSORCINE, THAL- LINE

Ces médicaments nouveaux dérivent de l'aniline et ont une action comparable à celle de l'acide salicylique. Pour ces deux motifs nous les classons après celui-ci.

Antipyrine. — C^^E^^kz-0. Oxymélhylquinizine méthylée. Elle se présente sous forme de poudre cristalline d'un blanc-grisâtre, très soluble dans l'eau.

PHYSIOLOGIE

D'après Arduin, elle aurait des propriétés antiseptiques plus fortes que l'acide salicylique, et elle est moins irritante.

La principale action ne l'antipyrine consiste dans V abaissement de la température des fébri citants. Tous les médecins qui l'ont expérimentée (Filehne, Bardet, Huchard, Arduin, Hocland, Ricklin, etc.) sont unanimes à reconnaître ses propriétés antipyrétiques. L'abaissement thermique dure de cinq à seize heures ; les sueurs de la défervescence sont modérées, et quand, l'action du médicament étant terminée, ia température remonte, on n'observe pas de frisson.

Le cœur et la respiration ne subissent pas d'influence appréciable.

Huchard et Arduin se sont assuré que V hémoglobine n'est pas altérée.

D'après Ricklin l'antipyrine produit chez les sujets sains et les fébricitants la dilatation des vaisseaux cutanés. Il est de fait qu'un grand nombre de médecins ont noté l'apparition d'un éry thème scarlatiniforme fugace sur leurs malades.

La température normale n'est pas plus influencée par Tantypirine que par la quinine et le salicylate de soude. Des nausées et des vomissements s'observent, mais rarement. On n'a pas signalé de bourdonnements à' ovqïWq.U élimination se fait rapidement par les urines.

Chez les animaux l'antipyrine produit des convul-

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sions ioniques et cloniques ; la mort arrive par paralysie du cœur. Chez l'homme on a observé des cas de collapsus d'une certaine gravité.

L'antipyrine est un médicament dont l'action doit être surveillée de prés.

L'antipyrine s'est affirmée comme fébrifuge important dans un grand nombre de maladies : : pneumonie, pleurésie, péricarditef scarlatine, méningite^ rhumatisme articluaire aigu, etc. Mais c'est surtout dans la phthisie aiguë ou chronique et dans la fièvre typhoïde, qu'on en a obtenu de bons résultats. A la vérité, la marche et la durée de la maladie ne sont pas modifiées, mais le malade bénéficie largement de la diminution ou de la suppression de la fièvre.

L'antipyrine a échoué dans la fièvre intermittente (Falkenheim).

Bases. — Débuter par 2 gr. et continuer toutes les heures ou toutes les deux heures une dose de 2 gr. jusqu'à effet voulu. Ne pas dépasser dO gr. pro die.

L'antipyrine peut parfaitement se donner en injection hypodermique ; 2 gr. pour 7 gr. d'eau. Faire la solution à chaud; elle restera claire après le refroidissement.

RESORCINE. — Elle se présente sous forme de cristauxblancs très solubles dans l'eau. C'est un bon antiseptique. Elle n'irrite pas la cornée en solution à 5 0/0 (Haab). Elle abaisse bien la température des fébricitants, mais pour une heure ou deux. Elle diminue le nombre des battements du cœur (Pérodon) et augmente la pression artérielle (Lichtheim), Elle a les même inconvénients que la kairine, savoir : sueurs

profuses et frissons. On n'observe ni nausée ni vomissements. E/ï'mma^io/z par les urines.

Les indications sont les mêmes que celles de la kairine et de l'antipyrine. Elle aurait réussi dans la la fièvre intermittente (Riglii). Bogusch l'a employée avec succès en injections sous-cutanées à S 0/0 pour circonscrire les plaques érysipélateuses.

Doses, — Même dose et même mode d'administration que l'antipyrine. On peut l'administrer en injection sous-cutanée, en solution à 20 p. 100 (Dujardin Baumetz).

Thalline. — Expérimentée par divers auteurs (Jaksch, Mingazzini, de Renzi, Alexander, etc.), elle s'est montrée aussi puissamment antipyrétique que l'antipyrine, mais ses effets sont plus fugaces.

Dose : 2 à 8 grammes pro die,

La plante usitée en médecine est la digitale pour' prée, de la famille des Scrofulariées.

Toutes les parties de la plante sont actives, mais on emploie de préférence les feuilles.

La digitale renferme un certain nombre de principes actifs dont la composition chimique n'est pas bien déterminée et qu'il est difficile d'obtenir à l'état de pureté. Pour cette raison, l'emploi des principes actifs isolés n'a pas encore pris rang dans la thérapeutique, et l'on préfère se servir de la plante mère.

Les plus importants de ces principes sont la digitoxine^ la digitaline et la digitaléine,

La digitoxine (i) est insoluble dans l'eau froide, so-

(1) On trouve en France dans le commerce deux espèces de digitaline. L'une, la digitaline d'Homolle et Quévenne, se présente sous la forme d'un vernis sec, jaune, cassant; elle est incristallisable. L'autre, la

ble dans Feau chaude et l'alcool ; elle n'est pas irritante.

La digitaline est insoluble dans l'eau froide, soluble dans l'eau chaude et l'alcool; elle n'est pas irritante.

La digitaléine est soluble dans l'eau et ne provoque pas non plus d'irritation locale.

Ces trois principes ont la même action sur la circulation et les muscles que la plante en nature, dont nous allons faire l'étude.

PHYSIOLOGIE

Absorption et éliminination. — Il est un fait constaté par tous les observateurs, c'est que la digitale ingérée dans l'estomac ne manifeste son action que plusieurs heures (douze heures environ) après son administration, et que ses effets persistent plusieurs jours (deux à huit jours) après la cessation du médicament. On en conclut que la digitale s'absorbe difficilement et que son élimination est lente. Il faut tirer de ces faits une conséquence pratique : c'est que la digitale séjournant dans l'organisme, on ne doit pas répéter chaque jour la dose initiale; et il faudra, ou bien mettre des jours d'intervalle, ou bien diminuer les doses quotidiennes.

Cette remarque est importante, car l'accumulation des doses aurait pour effet de produire des résultats tout opposés à ceux que l'on cherche.

Action sur la circulation. — C'est sur l'appareil de la circulation que la digitale manifeste les plus importants de ses effets.

A faible dose (O^r^SO à 4 gr.) la digitale ralentit les battements du cœur, au point que le chiffre normal

digitaline de Nativelle, est une substance blanche, cristalline. Toutes deux sont insolubles dans l'eau froide, solubles dans l'alcool,

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peut lomber à 40-30 pulsations et au-dessous (Hirtz); malgré ce ralentissement, les contractions cardiaques loin de devenir faibles acquièrent, au contraire une plus grande énergie.

Le mécanisme de ce ralentissement n'est pas encore bien élucidé. Pour certains auteurs, Traube, G. Sée, Notlinagel et Rossbach, il est dû à l'excitation des nerfs modérateurs du cœur; leur opinion s'appuie sur ce fait que le ralentissement n'a pas lieu si l'on a préalablement coupé les pneumogastriques. Dybkowslii et Pelikan attribuent ce phénomène à la paralysie des nerfs accélérateurs. Stannius et Vulpian l'attribuent à la paralysie de la fibre musculaire cardiaque.

En même temps que le cœur se ralentit les petites artères se resserrent par excitation des nerfs sympathiques (Rabuteau), du centre vaso-moteur (Nothnagel et Rossbach), et la pression artérielle s'élève. Ce resserrement des petites artères a pour conséquence d'accentuer le ralentissement du cœur, suivant cette loi de Marey, que le cœur bat d'autant moins vite qu'il a plus de peine à se vider.

Si les doses ont été élevées, le ralentissement n'a pas lieu ou dure fort peu de temps, et ce que l'on observe alors, c'est V accélération considérable du cœur, consécutive à la paralysie des nerfs modérateurs et peut-être aussi à l'excitation des nerfs accélérateurs (Nothnagel et Rossbach).

La pression artérielle baisse peu à peu.

Dans une dernière période le cœur se ralentit de nouveau et faiblit, par suite de la paralysie des nerfs moteurs et du muscle cardiaque ; il s'arrête enfin en diastole.

Action sur la respiration. — Des doses théra-

peutiques sont sans action sur la respiration, mais de fortes dose l'accélèrent (Bouley et Reynal, Dubuc). Toutefois la dyspnée liée à la fièvre ou aux atfections cardiaques disparaît par suite de l'action de la digitale sur la fièvre et le cœur (Smoller, Hirtz).

Action sur le système nerveux. — Les centres nerveux subissent très peu l'influence de la digitale à dose thérapeutique ; on a remarqué seulement de la faiblesse, de la somnolence, surtout chez les fébricitants. Des doses élevées produisent des vertiges, des hallucinations, du délire (Bouillaud, Andral, Durozier), la dilalation de la pupille, et enfin un état comateux.

L'action sur les nerfs sensitifs et moteurs n'a pas été étudiée

Action sur la nutrition. — La digitale abaisse la température normale et la température fébrile. Ce résultat peut s'expliquer par ce fait que le resserrement des vaisseaux activant la circulation capillaire, il passe plus de sang, dans un temps donné, par les poumons et la peau où s'effectue le dégagement du calorique.

Les expériences de Mégevand, Stadion, Winogradofï, faites avec la digitaline dans le but d'étudier les variations de l'urée, montrent que la digitaline fait baisser le chiffre de l'urée, ainsi que des autres matières fixes de l'urine.

Action sur les muscles. — Les muscles striés se paralysent sous l'influence de la digitaline. La contractilité musculaire s'éteint au bout de douze heures chez une grenouille tuée par la digitaline, tandis qu'elle persiste deux jours chez une autre grenouille tuée par la ligature du cœur.

L'action sur les fibres lisses n'est pas bien connue. De ce que la digitale fait contracter l'utérus, produit

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la diarrhée et la fréquence de la miction, Rabuteau pense qu'elle excite les fibres lisses à faible dose; elle les paralyserait à haute dose.

Action sur le tube digestif. — De faibles doses de digitale et de digitaline sont en général bien tolérées par l'estomac ; mais il arrive fréquemment que lorsque le médicament est donné en trop grande quantité ou trop longtemps de suite, des nausées, des vomissements, de la diarrhée se produisent. Ces phénomènes sont attribués à l'irritation de la muqueuse stomaco-inteslinale, irritation constatée par plusieurs observateurs. Ils se produisent même lorsque la digitale a été administrée en injection sous-cutané. Il ne faudrait pas déduire de cela que les vomissements et la diarrhée ne peuvent être attribués à l'irritation de la muqueuse digestive, car, de même que le tartre slibié, la digitale pourrait bien s'éliminer par cette muqueuse.

Action sur les sécrétions. — D'après certains auteurs, la digitale est diurétique, d'après d'autres elle ne l'est pas; la vérité est que la diurèse ne se produit sous l'influence de la digitale que dans certaines conditions : lorsqu'il existe une hydropisie d'origine cardiaque (voyez diurétiques). La digitaline n'a pu jusqu'à présent être retrouvée dans l'urine.

Les autres sécrétions ne paraissent pas influencées par la digitale.

Les usages de la digitale découlent de son action sur le cœur, les vaisseaux et la nutrition.

Afifections du cœur. — Les indications de la digitale dans les maladies du cœur sont faciles à pré-

ciser : il faut donner la digitale toutes les fois que le cœur faiblit, ne suffit plus à sa tâche. Les hydropisies, les congestions viscérales sont les signes auxquels on reconnaît l'insuffisance de la force de propulsion du cœur. Il n'y a nullement à se préoccuper du siège des lésions d'orifice ; que l'on ait affaire à des lésions auriculo-ventriculaires ou artérielles, il suffit que le cœur soit affaibli pour que la digitale soit indiquée. Sous son influence le muscle cardiaque recouvre son énergie, sa régularité, la circulation du sang reprend son cours, les congestions passives disparaissent et le sérum exsudé rentre dans les vaisseaux.

Il n'existe qu'une contre-indication à l'emploi de la digitale, c'est la dégénérescence graisseuse des fibres musculaires du cœur (Bernheim). Mais comment savoir que cette dégénérescence existe ? par la digitale elle-même. Si, chez un cardiaque, la digitale ne produit aucun effet du côté dupouls ou des reins, soyez persuadés que le cœur est en dégénérescence graisseuse et cessez de suite l'emploi du médicament (Dujardin-Baumetz, Jaccoud, Bucquoy).

Les propriétés antipyrétiques de la digitale ont été mises à profit dans un grand nombre d'affections fébriles : pueumonie, fi-èvres éruptives, rhumatisme articulaire aigu, etc. ; c'est dans la pneumonie qu'on a eu les meilleurs résultats, sans doute parce que la digitale n'agit pas seulement ici sur l'élément fièvre, mais en empêchant la stase pulmonaire, par le resserrement des vaisseaux et par l'impulsion plus énergique du Cœur.

La digitale est nettement indiquée dans les congés^ tions viscérales (poumons, foie, rate, utérus).

Berlioz. — Thérapeutique, 2« (hI. 1 1

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Dickinson, Trousseau et Lasègue, ont obtenu l'arrêt â' hémorrhagies utérines par la digitale. Ce moyen pourrait être employé dans d'autres hémorrhagies, mais nous croyons qu'il serait contre-indiqué dans l'hémoptysie, à cause de l'énergie plus considérable qu'il imprime au cœur, et le poumon est certainement l'organe qui ressent le plus vivement les effets de celte augmentation de force propulsive.

Préparations. — Doses.

La meilleure préparation de digitale est la poudre de feuilles en infusion ou en macération. Dose: 0^i',25 à O^^^lb pour 100 grammes d'eau. II faut laisser infuser une demineure, macérer 6 à 12 heures et filtrer.

Teinture ûlcooligue h ijb : 1 à 4 grammes.

Extrait : 0^^ ,10 à0sr,50.

Sirop : 20 à 100 grammes.

La digitaline d'EomoWe et Quévenne se donne en pilules de 1 milligramme : 1 à 4 pilules.

La digitaline de Nativelle étant plus active doit se donner à doses plus faibles : par dixième de milligramme.

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