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IX. — APOMORPHINE

Quand on chauffe à 150° la morphine avec de l'acide chlorhydrique concentré, cet alcaloïde perd une. molécule d'eau, et le corps nouveau qui résulte de ce dégagement a été appelé Vapomorphine,

CnHi9Az03 — H20 = Ci7Hi7Az02

(morphiae) (apomorphiae)

C'est une poudre blanche, peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther. Au contact de l'air elle devient verdâtre et l'humidité lui fait perdre ses propriétés.

PHYSIOLOGIE

L'apomorphine ne produit pas àHrritation locale. Injectée sous la peau ou administrée par l'estomac, elle détermine des vomissements rapides, non précédés de nausées et non suivis de l'abattement et de la prostration qui accompagnent ceux de l'émétique et de l'ipéca.

Le mécanisme de ces vomissements est différent de celui des deux vomitifs que nous venons de citer ; il doit être attribué à l'excitation directe du centre vomitif (Nothnagel et Rossbach). Les vomissements ne sont pas suivis de diarrhée.

APOMORPHINE. 1 9 5

L'expérimentation sur les animaux montre que l'apomorphine excite d'abord les centres nerveux seri' sitifs et moteurs et le centre respiratoire, d'où résultent une exaltation de la sensibilité, des mouvements incessants el incoordonnés, l'accélération de la respiration (Harnack).

Les battements du cœur sont accélérés par excitation de nerfs accélérateurs (Nothnagel et Rossbach). A cette excitation succède la paralysie des centres nerveux qui se traduit par le coUapsus, la paralysie des membres, la disparition des réflexes (H. Kôbler et Quebl), l'arrêt de la respiration et de la circulation. Les nerfs périphériques ne sont pas paralysés. Les muscles striés et le muscle cardiaque se paralysent chez la grenouille (Nothnagel et Rossbach).

La température baisse peu à peu dans la période de paralysie.

On voit que les phénomènes généraux produits par l'apomorphine sont assez semblables à ceux de l'ipéca et du tartre stibié, mais il faut remarquer qu'ils ne se produisent qu'à la suite d'assez fortes doses, et qu'on peut facilement les éviter lorsqu'on ne donne que la dose nécessaire au vomissement. Pour cette raison l'apomorphine doit être préférée lorsqu'on ne cherche que l'effet vomitif.

Jusqu'ici l'apomorphine n'a été employée que comme vomitif. Indépendamment des avantages que nous avons déjà signalés, il en est un qui a une grande importance, c'est celui de pouvoir produire le vomissement par injection sous-cutanée sans irritation locale, dans les cas où l'administration d'un

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vomitif par la bouche est difficile ou impossible, par exemple dans le coma, les affections mentales, la contracture des mâchoires.

Préparations. — Doses.

Apomorphine, O^r^oOô à Osi",01 pour injection sous-cutanée. Solution.

Apomorphine O^r j q

Eau acidulée par l'acide chlorhydrique.. 10

Chaque seringue renferme 0 ,01

Quand on l'administre par l'estomac : O^r^Ol à O^^^fiH.

PHYSIOLOGIE

L'acide carbonique existe dans tous les liquides et tissus de l'organisme ; il provient de l'oxydation des principes immédiats des éléments anatomiques. Formé dans l'élément anatomique avec une tension donnée, il rentre dans le sang, où la pression est moins forte, et de là il s'exhale par les poumons et la peau dans l'atmosphère, où la tension est encore plus faible.

Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d'examiner la question de savoir si l'acide carbonique est simplement un corps destiné à être éhminé, ou s'il joue un rôle plus important dans les phénomènes de la vie, celui, par exemple, que Brown-Séquard lui attribue dans la stimulation des centres nerveux. Mais nous devons examiner si l'acide carbonique est un gaz purement irrespirable ou s'il est doué de propriétés toxiques.

Divers auteurs, Beddoës, Guyton de Morveau, Nysten, Demarquay, pensent que la mort qui résulte de

l'inspiration d'une atmosphère chargée d'acide carbonique esl simplement le fait de l'insuffisance d'oxygène. Pour d'autres, tels que Fourcroy, Collard de Martigny, Brown-Séquard, Paul Bert, la mort, dans ce cas, ne résulte pas seulement de l'insuffisance de l'oxygène, mais aussi de l'action toxique de ce gaz.

Voici des expériences qui tendent à démontrer la toxicité de l'acide carbonique.

Les animaux placés dans une atmosphère d'acide carbonique meurent plus rapidement que dans une atmosphère d'oxyde de carbone ou de gaz inerte : hydrogène, azote (Paul Bert).

Si l'on fait respirer à mi animal un mélange d'oxygène en quantité suffisante pour entretenir la vie, et d'acide carbonique, la mort n'en arrive pas moins rapidement.

Une poule placée dans l'acide carbonique, mais pouvant respirer de l'air pur au moyen d'un appareil spécial, est frappée d'insensibilité et de paralysie générale (Landriani). Relativement à cette dernière expérience, Coulier (cité par Dechambre, in Dict. encydopédique) dit que la mort doit être, dans ce cas, attribuée à la suppression des fonctions de la peau. La suppression des fonctions de la peau par un vernis imperméable produit, il est vrai, des accidents, mais ces accidents ne sont pas immédiats, et ils consistent plutôt dans des troubles de nutrition que dans des phénomènes graves du côté du système nerveux.

Une atmosphère contenant un dixième d'acide carbonique est suffisante à produire l'asphyxie. Il nous paraît donc exact d'admettre que l'acide carbonique est toxique. Ce fait n'a rien d'extraordinaire si

l'on songe que l'oxygène lui-même est toxique àhaute dose, ainsi que l'a démontré Paul Bert.

Effets locaux. — Eu contact avec la peau, l'acide carbonique produit d'abord une sensation de froid, puis des picotements, sentiment de chaleur et rougeur delà peau. Si le contact est prolongé, on arriva à un léger degré d'anesthésie.

L'action est la même, mais plus intense, sur le derme dénudé et les muqueuses.

Effets généraux. — Les phénomènes qui se produisent à la suite d'inspirations d'acide carbonique ou de la diminution de l'expiration de ce gaz sont identiques. On observe de la céphalalgie, des vertiges, une sorte d'ivresse, de la dyspnée, le ralentissement du pouls, l'élévation de la pression sanguine, des convulsions générales, enfin le coma, la cyanose et la paralysie de la respiration.

Les convulsions qui se manifestent sous l'influence de l'acide carbonique ont une importance dans l'étude physiologique des médicaments, car dans un grand nombre de cas les médicaments, à dose toxique, amènent la mort par paralysie de la respiration, il se produit alors des convulsions qu'il fautrattacher à l'acide carbonique et non au poison.

Action sur le système nerveux. — Les centres nerveux sont primitivement excités par l'acide carbonique, mais cette excitation fait bientôt place à la paralysie générale.

Les nerfs sensitifs se paralysent ainsi que le montre l'anesthésie locale obtenue sur des parties du corps en contact aveccegaz.

Les muscles striés ne se contractent pas sous l'influence des excitants directs (Rabuteau).

D'après Nothnagel et Hossbach, les muscles mis en contact avec l'acide carbonique deviennent rapidement le siège de la rigidité cadavérique, mais ce phénomène n'a pas le temps de se produire dans les empoisonnements.

Action sur la circulation. — Le ralentissement des battements du cœur doit êlre attribué à l'excitation des pneumogastriques, car il ne se produit pas si ces nerfs ont été coupés (Nothnagel et Rossbach). La pression artérielle s'élève fortement par excitation du centre vaso-moteur; à la période ultime, ce centre se paralyse et la pression baisse (Nothnagel et Rossbach).

Le sang devient noir par suite de sa surcharge en acide carbonique.

Action sur la respiration. — Les mouvements respiratoires sont d'abord accélérés par excitation du centre, puis ils se ralentissent et s'arrêtent quand la paralysie a envahi le bulbe (Nothnagel et Rossbach). Bernsteim a fait de nombreuses expériences pour étudier l'action de la privation d'oxygène ou de la surcharge d'acide carbonique sur la respiration. Il en conclut : 1» que le sang simplement pauvre en oxygène agit en excitant le centre inspiraioire, d'où le renforcement de l'inspiration; 2° que le sang surchargé d'acide carbonique excite le centre expiratoire, d'où le renforcement de l'expiration et, par suite, l'élimination plus facile de ce gaz.

Action sur le tube digestif. — L'acide carbonique produit dans la bouche une saveur piquante, une sensation de chaleur dans l'estomac. On ne sait si les sécrétions gastriques et intestinales sont activées. L'efficacité de l'acide carbonique contre les vo-

missements indique de sa part une action anestbésiqae sur la muqueuse.

Si la quantité de gaz ingérée est un peu forte, il se produit du météorisme.

Les mouvements péristaltiques de l'intestin sont accélérés dans les empoisonnements (Nasse).

Les accidents d'intoxication ne sont pas a craindre par l'absorption gastro-intestinale, car le gaz s'élimine rapidement par les poumons.

L'emploi de l'acide carbonique est fort restreint : on a pu se servir de cet agent, mais nous ne croyons pas qu'aujourd'hui on l'utilise beaucoup.

Dupont et Parkin ont essayé chez les phtisiques les inhalations d'acide carbonique ; ils ont observé l'augmentation des forces, de l'appétit et du poids des malades. Nous préférerions dans ce cas les inhalations d'un mélange à parties égales d'azote et d'air, inhalations qui ont donné de très bons résultats (Valenzuela, Sieffermann, Abermagen, Krull).

Dans les catarrhes chroniques des voies respiratoires, bronchites, laryngites, ces inhalations sontutiles quand il n'y a pas d'exacerbation aiguë, car il ne faut pas oublier l'action irritante de l'acide carbonique.

Dans Vasthme, les inhalations auraient prévenu le retour des accès (Durand-Fardel).

Dans les affections fébriles, l'acide carbonique sous forme d'eau de Seltz est très utile pour cahner la soif des malades.

Les boissons gazeuses sont souvent efficaces dans les vomissements dus à une irritation de l'estomac, par suite delà diminution de la sensibilité.

On s'est servi quelquefois d'injections d'eau de Seltz dans le rectum pour lever une obstruction intestinale j et on a rapporté des succès.

Usage externe. — Les expériences de Demarquay ont démontré que l'acide carbonique hâtait la cicatrisation des plaies. La difficulté du pansement a empêché cette pratique de se généraliser.

L'acide carbonique est employé comme anesthésique dans diverses affections douloureuses externes : cancer du sein, de l'utérus, névralgies, aménorrhée ; mais c'est un moyen fort infidèle.

Les cystites avec ténesme ont été traitées par des injections de hquide chargé d'eau de Seltz.

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