MODIFICATEURS DE LA MYOTILITÉ OU MUSCULAIRES
Les agents de cette classe exercent leur action principale sur le système musculaire. Cette action est excitante ou paralysante, de là deux ordres : les eœcito-musculaires et les paralyso-musculaires.
PREMIER ORDRE
EXCITO-MUSCULAIRES
Rabuteau ne place dans cet ordre qu'un seul médicament, l'ergot de seigle, dont les effets se font principalement sentir sur les organes riches en fibres lisses : vaisseaux, utérus, qu'il fait contracter. Mais, ainsi que nous le verrons, on n'est pas encore bien fixé sur le point de savoir si ces contractions s'exécutent par l'excilation directe de la fibre lisse ou par l'intermédiaire du système jierveux. Si des expérien-
ces ultérieures ne confîrmeiil pas l'opinion de Rabuteau, Tordre des excito-musculaires devra, jusqu'à nouvel ordre, être rayé de la classification.
L'ergot de seigle est un champignon, le daviceps purpurea, qui se développe sur les fleurs du seigle dans les années pluvieuses. Ce champignon se montre sous deux formes différentes suivant son degré de développement. Il se présente tout d'abord comme un corps mou, visqueux, irrégulier, d'une couleur jaunâtre; ce corps, aip^elé sphaeélie, est le résultat de la germination d'une spore du claviceps purpurea. La sphacélie donne ensuite naissance à un corps allongé, brun- violet, cassant, qui est le mycélium (partie végétative) du champignon. Ce mycélium constitue V ergot de seigle. Planté dans un milieu convenable il se développe et produit le champignon entier.
On a retiré de l'ergot de seigle plusieurs principes : acide sclérotique, scléromucine, ecboline, dont les propriétés physiologiques ne sont pas bien connues. Il est certain qu'on n'en a pas encore extrait d'alcaloïde.
Les ergotines du commerce ne sont que des extraits alcooliques [ergotine de Wiggers) ou aqueux [ergotine deBonjean) d'ergot de seigle. Elles agissent comme la substance en nature.
PHYSIOLOGIE
La physiologie de l'ergot de seigle est très incomplète malgré la fréquence de son emploi; on connaît les manifestations t^rossièrcs de son aclion, mais Ta-
â0 4 EXCITO-MUSCULAIRES.
nalyse n'en a pas encore pénétré le mécanisme.
Effets locaux. — Toutes les préparations d'ergot de seigle sont irritantes. Injectées hypodermiquement, elles produisent de la douleur et de l'inflammation. Administrées à haute dose par le tube digestif, elles déterminent des nausées, des vomissements, de la diarrhée. Neubert et Haudelin ont observé chez l'homme et chez le chien un catarrhe gastro -intestinal avec exlravasats sanguins.
Effets généraux. — Des doses thérapeutiques d'ergot de seigle ne font guère sentir leur action que sur l'appareil génital de la femme et la circulation. Le système nerveux n'est influencé que par de fortes doses et n'est sérieusement atteint que dans l'intoxication (ergotisme).
Action sur l'utérus. — L'ergot de seigle produit des contractions dans l'utérus. Ce fait est bien connu. Mais, pour que cet effet ait lieu, il faut que l'utérus se trouve dans certaines conditions : il faut que cet organe ait été préalablement modifié dans sa structure par la présence d'un corps étranger, que sa cavité soit dilatée et ses parois hypertrophiées. Ces conditions se présentent au mieux pendant la grossesse et dans l'accouchement.
Le rythme de ces contractions utérines diffère du rythme normal. Les contractions normales sont intermittentes, celles de l'ergot sont continues ou seulement rémittentes.
L'ergot de seigle fait-il contracter l'utérus en excitant directement les fibres lisses ou par l'intermédiaire du système nerveux . Aucune expérience précise n'a été faite pour résoudre cette question, mais il est permis de supposer que l'ergot agit directement
sur les fibres lisses en concluant, par analogie, des expériences faites sur les vaisseaux.
Action sur la circulation. — Les expériences de G. Sée, faites avec l'ergotine Bonjean sur des malades, ont appris que cette substance ralentit les battements du cœur en les affaiblissant. Nous ne connaissons pas d'expériencepropre à expliquerle mécanisme de ce ralentissement, mais on peut s'en rendre compte en examinant les phénomènes observés du côté des vaisseaux. L'action de l'ergot sur les vaisseaux a été mise en lumière par les expériences de Holmes et de Peton.
Si on fait une injection hypodermique d'ergotine entre les deux oreilles d'un lapin auquel on a préalablement sectionné d'un côté le ganglion cervical supérieur et le nerf auriculaire du plexus cervical, on voit la vascularisation et la température diminuer dans les deux oreilles, ces organes s'anémient. Ces phénomènes sont surtout marqués du côté où ont été faites les sections nerveuses, cai- les vaisseaux y étaient dilatés et la température élevée par suite de cette section (Peton).
Holmes examinant au microscope la membrane interdigitale ou la muqueuse linguale d'une grenouille soumise à l'influence de Tergot de seigle, vit le calibre des vaisseaux diminuer considérablement.
L'ergot de seigle fait donc resserrer les petits vais^ seaux»
Cette constriction a pour résultat d'élever la prèssion artérielle et vraisemblablement de ralentir les battements du cœur par suite de cette loi de Marey, que le cœur bat d'autant moins vite qu'il a plus de peine à se vider.
Bf.rlioz. •=- Thérapeulique, 2'^ éd. 1 2
2 06 EXCITO-MUSCULAIRES.
Peton a constaté en outre que l'effet constrictif de l'ergotine sur les vaissseaux était d'autant plus marqué que l'injection était faite plus près de l'organe.
Toutes, ces observations et expériences prouvent indubitablement la constriction (ies fibres lisses, mais elles ne disent pas si l'excitation porte directement sur les fibres lisses ou sur les plaques terminales motrices.
Action sur d'autres organes riches en fibres lisses. — Peton a constaté également dans ses expériences la dilatation de la pupille malgré la section du sympathique; des contractions de la vessie et la fréquence de la miction ; Taccélération des mouvements intestinaux. Pour ces organes, comme pour l'utérus, on en est réduit à l'hypothèse relativement au mode d'action du médicament.
Action sur le système nerveux. — Les symptômes nerveux ne se manifestent que chez les sujets débilités, irritables, ou à la suite de fortes doses. Ils consistent en : céphalalgie, vertiges, douleurs et crampes dans les membres, faiblesse et somnolence. Ces phénomènes sont passagers (pour l'action des doses toxiques, voy. Ergotisme).
Action sur les sécrétions. — La sécrétion urinaire est la seule dans laquelle on ait remarqué quelques modifications. Yvon (thèse de Peton) expérimentant sur lui-même a constaté une légère augmentation de la quantité des urines, et encore cette augmentation esl-elle inconstante. Le fait le plus remarquable consiste dans la grande fréquence des mictions, phénomène qui s'explique par l'excitation des mouvements de la vessie.
Usage obstétrical. — Les médecins ont fait et quelques-uns font encore un étrange abus de l'ergot de seigle dans raccouchement. On peut affirmer sans crainte qu'un grand nombre de femmes et de nouveau-nés sont morts par le fait de l'administralion intempestive de ce médicament.
Ses indications se déduisent de son mode d'action. L'ergot tétanise l'utérus, l'immobilise en contraction, et cette immobilisation porte aussi bien sur le col que sur le fond. 11 s'ensuit que l'on ne doit pas compter sur lui dans un but d'expulsion. Non seulement l'ergot n'est pas capable de rien expulser de l'utérus, mais il est un obstacle sérieux aux manœuvres (version, forceps, curage) qui ont pour but de délivrer l'utérus de son contenu (enfant, placenta, caillots sanguins). La rétention du placenta, de débris placentaires, de caillots sanguins, est fréquente après l'administration de l'ergot, et l'on sait que leur putréfaction est la cause habituelle de la fièvre puerpérale. Voici du reste la loi formulée par Pajot : Tant que l utérus renferme quelque chose, que ce quelque chose soit un enfant, un placenta ou des caillots sanguins, ne donnez jamais l'ergot.
Les indications de l'ergot se réduisent donc à ceci, favoriser l'involution utérine pour prévenir ou arrêter les hémorrhagies puerpérales.
Usage médical. — L'efficacité de l'ergot de seigle dans les hémorrhagies puerpérales l'a fait donner dans les métrorrhagies non liées à la grossesse et dans diverses autres hémorrhagies.
La thèse de Peton renferme plusieurs observations où les injections d'ergotine ont réussi à arrêter des
10 8 EXCITO-MUSCULAIRES.
hématémèses, des hémoptysies, des épistaxis. L'ergot de seigle doit donc être considéré comme mi agent de valeur dans le traitement des hémorrhagîes.
Pour que l'action soit plus certaine, il faut que le médicament soit porté le plus près possible du lieu de l'hémorrhagie.
Puisque l'ergot produit sur les vaisseaux un rétrécissement capable d'arrêter une hémorrhagie, on peut utiliser cet effet dans les congestions actives ou passives. Sparjania donné l'ergot de seigle dans les congestions utérines, et Arnal dans les engorgements chroniques de cet organe ; les résultats ont été assez satisfaisants.
G. Sée a utilisé l'action de l'ergot de seigle sur le cœur dans quelques affections de cet organe, et il a constaté le ralentissement des battements cardiaques et la diminution de leur force d'impulsion. Ce médicament semble donc particulièrement indiqué dans l'hypertrophie du cœur.
L'ergot de seigle méritait d'être employé dans la rétention d'urine et Vincontinence d'urine par regorgement. Guersant, Kensley et Houston en ont, en effet, obtenu de bons résultats. Employé dans les p«ralysies'^d.v Barbier (d'Amiens), Payan (d'Aix), Brown- Séquard, il n'a pas donné de succès bien marqués.
Usage externe. — Sédillot s'est servi de solutions d'ergotine à 10 p. 100 comme hémostatique^ et il leur a reconnu une grande valeur. Vidal a guéri trois "prolapsus du rectum par des injections d'ergotine.
Préparations. — Doses.
Pour l'emploi obstétrical on se sert surtout de la poudre d'ergot de seigle: 1 à 2 grammes en trois prises, à dix minutes d'intervalle.
Uevgotine se donne aux mêmes doses que la poudre d'ergot pour l'absorption stomacale.
Pour injections sous- cutanées :
Ergotine Bonjean 2 grammes.
Eau distillée 10 —
Glycérine 10 —
Chaque seringue renferme 0^i',10 d'ergotine. Cette dose est généralement suffisante.
Pour les injections sous-cutanées il est préférable d'employer Vergotmine Tanret. Dose 0^^0002 à
Solution.
Ergotinine Tanret 1 centigr .
Acide lactique , 2 centigr.
Eau de laurier-cerise 10 gram.
Injecter 5 à 13 gouttes avec 20 gouttes, Budin a eu des! accidents. '-
■Cil ERGOTISME ^
On donne le nom d'ergotisme à l'empoisonnement aigu ou chronique par l'ergot de seigle. Cette intoxication peut se montrer à la suite de trop hautes doses du médicament ou de l'usage de pain fabriqué avec une farine de blé ou de seigle dans laquelle se trouvent de fortes proportions d'ergot.
Les principaux symptômes de l'intoxication se montrent du côté du système nerveux et de la circulation.
Les phénomènes nerveux consistent d'abord dans une sorte d'ivresse analogue à celle de l'alcool, puis se manifestent des fourmillements, de l'engourdissement, de l'anesthésie, des crampes, des contractures dans les membres, des convulsions épileptiformes et le coma. Les troubles circulatoires dépendent du ré-
210 EXCITO-MUSCULAIRES.
trécissement considérable des artères qui va jusqu'à l'oblitération, oblitération suivie de gangrène semblable à la gangrène sénile.
Suivant la prédominance des phénomènes nerveux ou circulatoires on décrit deux formes d'ergotisme : la forme convulsive et la forme gangreneuse.
Traitement de rempoisonnement par l'ergot de seigle. — On a recommandé comme antidote le tanin. Les symptômes seront combattus par des moyens appropriés.