I. — VÉRATRINE
La vératrine est un alcaloïde qui existe dans plusieurs végétaux du genre Veratrum, famille des Colchicacées.
Elle se présente sous forme d'une poudre blanche, cristalline, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'élher. Elle forme des sels solubles.
PHYSIOLOGIE
Effets locaux. — La vératrine est très irritante. Appliquée sur la peau, elle produit une sensation de brûlure, de la rougeur et même des vésicules. Sur les muqueuses, les effets sont encore plus marqués. Elle produit rapidement des vomissements et de la diarrhée. A la douleur produite localement par la vératrine succède de l'anesthésie.
Effets généraux. — • La vératrine se dissolvant difficilement, son absorption est lente et les effets généraux ne se produisent qu'au bout d'un certain temps. Ils consistent en : fourmillements et douleurs dans
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les membres, mouvements involontaires, dilatation de la pupille, ralentissement de la respiration et du cœur. La connaissance se conserve jusqu'à la période terminale d'asphyxie.
Action sur les muscles striés. — C'est sur ces organes que l'action de la vératrine est le plus remarquable. On doit distinguer deux périodes.
i° La première est caractérisée par V excitation du système musculaire. Si l'on examine le tracé graphique de la contraction musculaire, chez une grenouille à laquelle on a injecté une faible dose de vératrine, on voit que la ligne horizontale (période d'excitation latente) présente sa longueur normale , que la ligne ascendante (période de contraction) atteint une hauteur double ou triple de la hauteur normale ; que la ligne descendante (période de retour) est 40 à 60 fois plus longue que celle d'un muscle à l'état normal (Kôlliker, Bezold, Fick, Bôhm). La lecture du tracé indique donc que la vératrine à faible dose augmente Vénergie (hauteur de la courbe) et la durée (longueur de la ligne descendante) de la contraction musculaire. Il est facile, dans ces conditions, d'obtenir, par des excitations très rapprochées, un état tétanique du muscle.
Lorsqu'un muscle a été épuisé par des milliers d'excitations successives on peut lui rendre son excitabihté au moyen de faibles doses de vératrine, et dans ce cas il peut exécuter des contractions quatre fois plus énergiques qu'avant Tintervention de l'alcaloïde (Rossbach et Harteneck).
Une conséquence naturelle de l'augmentation d'énergie du travail du muscle, c'est l'élévation plus considérable de sa température (Fick et Bohm).
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Cette période peut exister seule sous l'influence de faibles doses.
Quel est le mécanisme de cette excitation. Est-elle due àl'action de la vératrine sur les nerfs, les centres nerveux ou les muscles ? Les expériences nous permettent de résoudre cette question.
Vexcitation n'est pas due aux nerfs moteurs. — En effet, si l'on supprime par le curare le pouvoir des nerfs moteurs, la vératrine produit les mêmes effets sur le muscle que si l'animal n'avait pas été curarisé (Kolliker).
Vexcitation n'est pas due aux centres nerveux. — Si par la ligature des vaisseaux d'un membre on empêche le poison de pénétrer dans ce membre, la vératrine est sans action sur les muscles ainsi préservés du poison.
La destruction du cerveau (Prévost) et de la moelle épinière (Nothnagel et Rossbach) n'empêche pas l'action de la vératrine sur les muscles.
Toutes ces expériences montrent que la vératrine excite les muscles sans V intermédiaire du système nerveux et par conséquent par une action directe de sa part sur la fhre musculaire.
, 2° A la période d'excitation succède celle de paralysie de la fibre musculaire qui ne peut plus se contracter sous l'influence des excitants directs (Rabuteau).
Action sur le système nerveux. — Les centres nerveux ne paraissent pas sensiblement influencés par la vératrine. Ils sont probablement excités au début ; en tous cas ils finissent par se paralyser comme les muscles (Nothnagel et Rossbach).
Les nerfs moteurs se paralysent dans la dernière pé-
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riode de l'intoxication, sans avoir été préalablement excités (Rossbach et Glostermeyer).
Les nerfs sensitifs ou lés centres de la sensibilité sont d'abord excités par la vératrine, ainsi que le montrent les picotements, démangeaisons et douleurs qui se produisent aussi bien après l'ingestion du poison qu'à la suite de son application locale.
Plus tard on observe une paralysie de la sensibilité.
Action sur la circulation. — Le muscle cardiaque éprouve la même inflaence que les autres muscles. Il y a donc une première période pendant laquelle les battements du cœur sont plus lents et plus énergiques. C'est ce que l'on observe cbez les lapins et les cbiens, par de faibles doses de vératrine, Oe^GOl (Notbnagel et Rossbach). Pendant cette période, la. pression artérielle s'élève par l'augmentation d'énergie des contractions cardiaques.
Puis arrive la période de paralysie, qui se manifeste par de la faiblesse, l'irrégularité des battements du cœur, et enfm l'arrêt de cet organe.
Alors, natureltemenl la pression artérielle s'abaisse (Braun).
Chez l'homme fébricitant la vératrine diminue considérablement le nombre des battements cardiaques.
Action sur la respiration. — Chez les animaux la vératrine accélère d'abord la respiration par excitation des terminaisons du pneumogastrique dans le poumon, car cette accélération ne se produit pas si l'on a coupé les pneumogastriques (Bezold). Mais bientôt les mouvements respiratoires se ralentissent et s'arrêtent par suite de la paralysie du centre respiratoire (Nothnagel et Rossbach).
Action sur la nutrition, — La température
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baisse chez les animaux à l'état de santé (Braun) et chez les animaux fébricitants (Drasche, Kocher). Il en est de même chez l'homme.
La vératrine n'a pas d'action marquée sur les secr étions.
La vératrine a été utilisée comme antipyrétique et antinévralgique.
Dans le rhumatisme articulaire aigu, Piédagnel , Trousseau et Pidoux en ont obtenu de bons résultats. La fièvre et les douleurs diminuaient rapidement, mais la maladie ne fut pas abrégée. Nous avons un moyen bien plus puissant dans la médication salicylée.
Aran traita pendant un certain temps tous les malades de son service atteints de pneumonie par la vératrine, et il lui reconnut une efficacité semblable à celle du tarbre stibié.
Les résultats ne furent pas aussi avantageux dans d'autres affections fébriles : variole, scarlatine, fièvre typhoïde.
La valeur de la vératrine comme antinévralgique est certaine, mais elle est loin d'être aussi grande que celle de la morphine et de l'atropine.
Nous ne savons si la vératrine a été employée dans les paralysies, mais il nous semble qu'elle serait utile pour prévenir la dégénérescence graisseuse des muscles. L'indication serait la même dans VatropMe musculaire progressive.
Préparations. — Doses.
Vératrine, Elle se donne en pilules de un milligramme^ trois à dix pilules par jour.
Ou peut employer aussi les préparations de veratrum alhum. Poudre de racines : Os',05 à 0^%20.
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■ Teinture à 1/5 : 3 à ô gouttes.
, Pour usage externe : Vératrine 0^r^o5 pour 4 ou 10 gr,
de vaseline ou d'axongo.
Traitement de l'empoisonnement par la vératrine. — Évacuants si la vératrine n'a pas produit de vomissements. Donner du tannin, combattre les symptômes d'asystolie.